CHAPITRE II

I was looking for a breath of life
For little touch of heavenly light
But all the choirs in my head sang, "No!"

To get a dream of life again
A little vision of the start and the end
But all the choirs in my head sang, "No!"

But I needed one more touch
Another taste of heavenly rush
And I believe, I believe it's so

Whose side am I on? Whose side am I?

"Breath Of Life", Florence + The Machine


Quelques semaines plus tard, Hermione prenait son petit-déjeuner à la table des Gryffondor. Elle avait fini par se réconcilier avec Ron, ne supportant plus de ne pas lui adresser la parole.

C'était malgré tout son meilleur ami avec Harry, et amputé d'un membre le Trio était bancal.

Tout n'était quand même pas réglé, pensa-t-elle en observant Lavande et Ron s'embrasser langoureusement. Elle supportait bien mal ces visions parfois. Lavande pouvait se montrer incroyablement possessive et jalouse envers Ron. Elle n'appréciait pas vraiment Hermione. Mais elles essayaient de faire des efforts lorsqu'elles étaient obligées de se côtoyer. Hermione se disait bien qu'elle finirait par s'habituer à cette situation. Elle ne voulait pas créer plus d'ennui. Il fallait se montrer soudés en ces temps difficiles.

La scène qui suivit ne fit que renforcer sa pensée.

Les hiboux débarquèrent dans la Grande Salle, déposant devant chaque élève les courriers et journaux du jour. Les mines se firent sombres en voyant les gros titres. Toujours les mêmes mauvaises nouvelles du dehors, cela ne changeait pas.

Soudain un cri perçant retentit. Plusieurs têtes se tournèrent vers la table des Poufsouffle. Hannah Abbott s'était effondrée dans les bras d'une de ses amies, ses épaules se secouant de pleurs. Elles s'avancèrent maladroitement, Hannah toujours en larmes, vers la table des professeurs. L'amie murmura quelques mots à leur directrice de maison le professeur Chourave. Après quelques entretiens avec le directeur, les trois femmes quittèrent prestement la Grande Salle devenue totalement silencieuse.

Seuls quelques Serpentard ricanaient entre eux alors que le son des sanglots d'Hannah s'éloignait petit à petit. Hermione fronça les sourcils en remarquant que Malefoy en faisait parti. N'avaient-ils donc aucun respect?

Dumbledore s'était levé et se racla la gorge, ce qui intima tous les élèves à se taire à nouveau. Il porta son regard analytique sur l'assemblée et dit d'une voix forte:

- Votre camarade Hannah Abbott vient d'apprendre le regretté décès de ses parents, Mr. et Mrs. Abbott, lors d'une énième attaque de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom dans un quartier du Londres moldu. Je sais que les rumeurs circulent vite dans cette école, par conséquent je préfère vous apprendre moi-même la triste nouvelle. Ce drame n'est qu'une preuve de plus que nous devons rester solidaires quoi qu'il advienne. Je compte sur vous tous pour ne pas détourner vos yeux du bon chemin, celui de la résistance et de l'espoir.

Et en prononçant ces derniers mots, il jetait un coup d'oeil appuyé à la table des Serpentard.

Dès que le directeur se fut rassis, les conversations reprirent de plus belles. Hermione n'avait pas quitté Malefoy des yeux pendant tout le discours. Il avait levé insolemment les yeux au début, mais elle avait remarqué un imperceptible changement sur son visage à la dernière phrase prononcée par Dumbledore. Etait-ce du doute?

Il avait désormais repris contenance et bavardait avec les élèves près de lui à sa table, mais cela n'avait pas échappé à Hermione. Etait-il possible qu'il se sente visé par les mots de Dumbledore parce que justement, il avait pris le mauvais chemin?

- Pauvre Hannah, murmura Ginny. C'est vraiment horrible ce qu'il lui arrive.

- Malheureusement, cela est presque devenu commun ces temps-ci..., répondit Harry, abattu.

- Regardez Malefoy et sa bande! Cela à l'air de bien les amuser, eux. Ils sont sûrement en train de faire quelques petites blagues sur les Sang-de-bourbe, lança amèrement Ron. Chaque mort de plus est une victoire pour leur camp après tout.

- Tu ne peux pas mettre tous les Serpentard dans le même sac, répliqua Hermione.

- Tu ne vas quand même pas défendre leur attitude, Herm'!, s'emporta-t-il.

Elle se tut. Cela ne rimait à rien de nier, Ron avait raison. Leur comportement donnait réellement l'impression qu'ils appartenaient au camp de Voldemort. Qu'ils suivaient son idéal, exactement comme leur propre famille. Et Malefoy... Il était comme eux, si ce n'était pire.


La soirée étalait sa noirceur dans la salle commune des Préfets-en-chef. Assis devant la table, Drago faisait ses devoirs. Le professeur Rogue leur avait donné une énorme rédaction en Défense Contre les Forces du Mal à rendre pour demain, et il s'y attelait comme d'habitude au dernier moment. Il y mit enfin le point final et reposa sa plume en soupirant.

Au même moment, le tableau s'ouvrit en grand, laissant passer une Hermione aux bras remplis de livres. Il ne fallait pas être très perspicace pour deviner qu'elle revenait de la bibliothèque. Elle voulut se diriger vers sa chambre mais en remarquant sa présence, elle se ravisa et fit léviter ses livres jusqu'à la table basse devant la cheminée avant de se tourner vers lui.

- Tu t'es bien amusé au petit-déjeuner?, lança-t-elle d'un ton sec en le regardant dans les yeux.

Drago leva un sourcil.

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler.

- Te moquer de la situation d'Hannah avec tes amis serpents n'était vraiment pas très fin.

- Tu ferais mieux de réfléchir avant d'ouvrir la bouche pour des remarques inutiles comme celle-ci, Granger, siffla-t-il entre ses dents.

Il commença à ranger brutalement ses affaires, signifiant qu'il voulait que cette conversation se termine. Mais Hermione avait passé une mauvaise journée. Toute l'école parlait de ce qu'il était arrivé à Hannah. On ne l'avait plus vue après ce matin, on disait qu'elle avait préféré quitter l'école en précipitation pour régler ses affaires de famille. Les plus jeunes élèves étaient à fleur de peau, et Hermione devait constamment s'occuper de les rassurer. Ron passait encore son temps collé à Lavande, Harry avec Ginny. Elle avait peur d'avoir raté son devoir d'Etude des Runes. Et même ces quelques heures à la bibliothèque n'avaient pas arrangé son moral au plus bas. Alors elle avait besoin de se défouler.

- Peut-être que les rumeurs à ton sujet sont vraies après tout.

Drago s'était levé et l'observait à nouveau.

- Quelles rumeurs?, gronda-t-il.

La colère le gagnait. La Sang-de-bourbe le cherchait beaucoup trop.

- Tu n'es pas au courant?, ricana-t-elle. Tout le monde te regarde de travers au château, Malefoy. Ils te prennent tous, toi et tes copains de votre si noble maison, pour de vrais Mangemorts à la botte de Voldemort!

Ce fut la phrase de trop. Rapidement, Drago lui attrapa le poignet et rapprocha sa tête, menaçant. Hermione ne put s'empêcher de frissonner à son contact mais elle resta les yeux fixés dans les siens sans broncher. Chaleur contre glace. Il ouvrit la bouche et son haleine mentholée lui parvint.

- Fais attention à ce que tu dis, articula-t-il comme s'il parlait à une enfant. J'arrivais à supporter ta présence jusqu'ici, mais je vais devenir bien moins gentil si tu commences à t'occuper de ce qui ne te regarde pas.

Elle resta silencieuse après ses paroles, sans changer d'expression. Aucun des deux ne bougeait. Ils s'observaient, se guettaient. Drago avait à présent un sourire narquois sur la figure. Il attendait qu'elle s'écrase.

- Sale petite Sang-de...

Il n'avait pas fini de l'insulter, qu'elle avait déjà remonté la manche de chemise de son bras gauche jusqu'au coude. Et elle ouvrit de grands yeux.

Peau pâle. Veines bleutées. Aucune trace de Marque des Ténèbres.

- Tu es contente? Tu as vu ce que tu voulais?, cracha-t-il, ses traits déformés par la rage.

Il la repoussa violemment contre le mur, et son dos l'heurta douloureusement. Elle n'eut pas temps de réagir que déjà la porte de la chambre de Drago claquait, faisant trembler le sol.


Drago relâcha la fille de Serdaigle après avoir fini son affaire. Il ne connaissait même pas son prénom. C'était loin d'être le meilleur coup de sa vie, mais il n'avait pas à faire la fine bouche. Il n'était même pas encore l'heure du petit-déjeuner et le château était désert. Il ne pouvait pas avoir mieux qu'une fille qu'on pouvait séduire en dix minutes.

La fille avait l'air d'avoir apprécié, elle. Elle ne bougeait pas de la petite salle de classe vide qu'ils avaient trouvé ouverte. Drago était occupé à se rhabiller rapidement, prêt à partir sans un regard en arrière. Pourtant au dernier moment il se ravisa et se tourna vers elle pour lui demander:

- Dis moi, tu connais tous les bruits qui courent dans cette école, n'est-ce pas? Il y a bien des gens qui disent des choses à mon propos. Des rumeurs...

La Serdaigle parut ravie qu'il lui adresse la parole.

- Oui, oui!, répondit elle d'une voix aigüe. On parle beaucoup de toi, bien sûr. Tu n'es pas n'importe qui dans cette école...

Il balaya ces babillages d'un air agacé.

- Dis-moi juste ce qu'il se raconte dernièrement.

- Eh bien..., commença-t-elle, la tête baissée et soudainement gênée. Certains disent que tu es un m...man...mangemort.

Elle avait beaucoup de mal à prononcer le mot.

- Tous sont d'accord pour dire que tu es très dangereux, continua-t-elle. Mais je n'y crois pas. Ou alors si, ça ne fait que te rajouter un côté encore plus sexy...

Elle était reparti dans son monde, le regard perdu en pensant ce qu'elle allait raconter à ses amies ce soir. Comme elles allaient être jalouse!

Quelle conne, pensa Drago. Il tourna les talons sans un dire un mot.

- On... on se revoit plus tard?, lança-t-elle avec espoir.

- N'y compte pas, répliqua-t-il simplement.

Et il claqua la porte.

Drago avait très mal dormi. Ses rêves avaient été peuplés d'Hermione lui apposant la Marque des Ténèbres et de Voldemort en robe. Ou l'inverse, il ne se rappelait plus bien. Il s'était levé à l'aube et avait profité du château presque entièrement vide à cette heure pour faire une petite balade matinale dans le parc. Puis il était rentré et avait trouvé cette fille qui traînait seule vers les toilettes des filles. Une chose en entraînant une autre...

Il n'avait pas pu s'empêcher de lui demander quelle était sa réputation à Poudlard, bien qu'il la connaisse dans les grandes lignes. Mais il avait voulu une sorte de confirmation qu'Hermione Granger ne racontait pas n'importe quoi. Ce n'était pas qu'il était surpris qu'on le soupçonne non plus. Il avait passé toute sa scolarité à clamer ses idées ralliées à celles de Voldemort.

Mais quand même, cela lui avait foutu une claque qu'elle se montre aussi insolente devant lui. Jamais personne n'avait osé le défier d'une telle manière. Et Drago n'aimait vraiment, vraiment pas ça.


La Grande Salle était aussi peuplée que d'habitude, les élèves aussi agités, et Dumbledore aussi calme. Hermione était assise comme chaque matin à la table des Gryffondor aux côtés d'Harry et Ron. Pour une fois, Lavande n'était pas collée à lui. Mais elle, elle était ailleurs.

La scène d'hier soir la dérangeait encore, et elle ne savait pas quoi en penser. Elle savait qu'elle avait dépassé les bornes, et qu'il aurait pu lui faire payer très cher son accès de bravoure. Il avait été vraiment furieux. Leur relation n'allait certainement pas s'arranger après cela. Mais cela lui avait au moins prouvé qu'il n'était pas un Mangemort. Du moins, pas officiellement, vu qu'il n'avait pas la Marque.

- Hermione ?

C'était la voix d'Harry qui la tira de ses rêveries.

- Qu'y a t-il ? Tu as l'air bizarre, remarqua-t-il.

Elle devait lui dire. C'était une information importante et cela ne servirait à rien de le cacher. Mais elle esquiverait les détails entourant leur altercation, connaissant son ami, il ne réagirait pas très bien à la réaction de Malefoy.

- Malefoy n'a pas la Marque, annonça-t-elle de but en blanc après avoir vérifié qu'on ne les écoutait pas.

- Comment le sais-tu?, demanda Ron, choqué.

- On s'est un peu disputé... Ce n'était pas plus grave que ce qu'on s'échange d'habitude. Il m'avait énervé, alors j'ai remonté la manche de sa chemise sur son avant-bras gauche. Et il n'y avait rien, rien du tout, répéta-t-elle.

- Tu en es vraiment sûre?, dit Ron.

- Oui, je ne suis pas aveugle Ron! Je sais encore reconnaître une Marque quand il y en a une, s'agaça-t-elle. Et là, il n'y avait que sa peau vierge.

- Que Malefoy n'ai pas la Marque ne veut pas dire qu'il n'est pas dangereux. Il l'aura peut-être bientôt, on n'en sait rien... Il faut rester vigilant, lança Harry. Hermione, si tu vois n'importe quel comportement suspect de sa part il faut que tu nous préviennes.

Elle acquiesça à ses paroles.

- Il va sans doute m'éviter au maximum après cet incident... Mais d'accord, je ferais attention je te le promets.

Ron but la fin de son jus de citrouille d'un trait avant de lancer:

- Bon, allons-y! On va finir par être en retard au cours de Slughorn.

Ils se trouvaient tous les trois dans le hall lorsque Lavande leur sauta dessus, accompagnée de Parvati.

- Oh mon Ron-Ron, tu m'as manqué!

Hermione fit semblant de vomir pendant qu'elle l'embrassait longuement et langoureusement. Harry détourna prestement les yeux, gêné et Parvati roula les siens. Un bruit de succion accompagna la fin du baiser. Ron la repoussa gentiment.

- On doit aller en cours, Lav'...

- Pas avant que je ne vous ai donné vos invitations!, s'exclama-t-elle dans un couinement excité.

Elle fit un signe à Parvati qui leur tendit trois enveloppes avec un grand sourire.

- Vous êtes invités à la soirée d'Halloween, dans une semaine! Elle réunira les élèves de sixième et septième année de toutes les maisons... Sauf les Serpentard bien sûr, grimaça-t-elle.

Ron parut soulagé à cette mention. Ils observèrent le carton d'invitation aux couleurs orange et noir. Des chauves souris voletaient et des citrouilles clignotaient sur les bords, autour du texte écrit en lettres gothiques: "Soirée Halloween. 6ème et 7ème années uniquement. A partir de 21h dans la Salle sur Demande. Tenue de soirée exigée."

- Eh bien vous avez au moins fait dans l'originalité, ironisa Harry.

- Pourquoi les Préfets-en-Chef n'ont pas été averti?, demanda froidement Hermione.

- C'est à dire que la soirée n'est pas vraiment officielle..., dit Lavande en se tortillant les doigts.

- Tu veux dire que tu as organisé une fête de cette envergure sans prévenir Dumbledore et les professeurs?

- Hermione, comprend nous. Ils voudront qu'on fasse la soirée dans la Grande Salle, avec la permission de minuit... On sera surveillés. Alors que dans la Salle sur Demande, on sera plus libre, on pourra bien plus s'amuser sans risque d'être réprimandés, expliqua Parvati.

- Donc si je comprends bien, cette soirée ne sera rien de plus qu'une orgie alcoolisée? Et vous vous permettez d'écarter les Serpentard alors que ce sont eux les maîtres en la matière? Vous n'êtes pas mieux, s'énerva Hermione.

- S'il te plaît, arrête d'être aussi coincée!, répliqua fortement Lavande.

Le ton était monté. Hermione et Lavande se foudroyaient du regard et l'atmosphère commençait à devenir trop électrique. Harry et Ron se tenaient un peu à l'écart, largués par cet affrontement entre filles. Ils observaient la scène sans oser rien dire. Mais Ron finit par prendre la défense de sa petite amie.

- Hermione, calme-toi..., dit-il doucement. Lavande voulait simplement qu'on s'amuse un peu.

- C'est vrai qu'on en aurait bien besoin ces temps-ci..., murmura Harry.

La dénommée se retourna vers eux, en colère.

- Alors vous trouvez que c'est une bonne idée, c'est ça? Très bien, allez-y, "amusez vous"! Mais la coincée que je suis n'y mettra pas les pieds, cracha-t-elle presque.

Elle s'éloigna à grands pas du petit groupe, prenant le chemin des cachots.

- Elle serait bien capable de nous dénoncer cette garce, marmonna Lavande entre ses dents.

- Lavande!, s'indigna Ron. N'oublie pas que c'est de notre meilleure amie dont tu parles.

A ses paroles, elle pointa un doigt accusateur sur sa poitrine, énervée elle aussi.

- Tu as vu comment elle m'a parlé? Tu ne m'as même pas défendue!

- C'est faux..., bafouilla Ron.

- Va donc la rejoindre, puisque tu tiens tellement à elle!

Lavande tourna alors les talons, le menton levé, tirant Parvati par la main qui adressa un regard désolé aux deux garçons.

- Je ne comprendrais décidément jamais rien aux filles..., grogna Ron, l'air abattu.

Harry haussa simplement les épaules, et le poussa gentiment dans la direction de leur cours de potion.


Le professeur Slughorn était plongé dans une longue explication des effets de la potion complexe qu'ils allaient préparer ensuite. Les Gryffondor et les Serpentard l'écoutaient pour une fois silencieusement. Ou alors ils dormaient, pensa Drago.

Au premier rang, il voyait Granger les sourcils froncés, le dos courbé, ses boucles brunes toujours rebelles, qui prenait furieusement des notes sur son parchemin. Ses deux gros lourdauds de meilleurs amis l'observaient du coin de l'oeil avec crainte, comme s'ils avaient peur qu'elle morde. Pathétique.

Blaise était assis à côté de lui et se balançait sur chaise, ses longues jambes allongées devant lui et les bras croisés. Son regard était posé sur le plafond et il semblait plongé dans la réflexion.

Ils se plaçaient toujours tous les deux à cette place, au dernier rang de la salle de classe. Slughorn n'était pas Rogue. Le temps des privilèges était aboli, en tout cas pour lui. Le professeur avait bien sûr ses chouchous, son petit club était très réputé pour réunir le meilleur gratin des élèves de Poudlard. Mais Drago n'en faisait pas parti, alors qu'il avait exactement le profil: il était beau, intelligent, issu d'une très ancienne famille de sang-purs, et plus riche que n'importe qui. Malheureusement le côté "partisan du Seigneur des Ténèbres" tâchait ce tableau et ne lui plaisait pas. Le professeur lui avait plus ou moins fait comprendre cela lorsque Drago avait demandé, effaré, pourquoi il n'avait pas été invité à la première de ses soirées en sixième année.

Il était connu que Slughorn était terrorisé par Voldemort. C'était la principale raison qui l'avait poussé à venir se terrer à Poudlard et reprendre son ancien poste. Dans tous les cas, Drago ne faisait pas d'efforts pour participer en cours: il effectuait le travail demandé, et c'était tout. Ainsi on ne lui reprochait rien. Son don en potions était indéniable.

Pour Blaise, c'était différent. Sa mère était très connue dans le monde sorcier, aussi bien pour son habileté à manier les codes de la haute société que pour ses nombreux mariages et divorces à de riches hommes d'affaires qui défrayaient à chaque fois la chronique. Elle passait la plupart de son temps entre l'Amérique et l'Angleterre. Sa renommée suffisait à le faire membre du club privé de Slughorn, une place qu'il aurait d'ailleurs volontiers laissé à Drago. L'admiration d'un vieux bedonnant pour sa lignée ne lui importait guère.

- Drago?

C'était justement Blaise qui intervenait. Il avait cessé de se balancer et avait tourné la tête vers son ami.

- Tu as entendu parler de la soirée Halloween organisée par Brown et sa copine?

- Cette soirée où nous sommes si gentiment écartés? Bien sûr. On dirait que les Serpentard sont les nouveaux parias de cette école pathétique, grimaça Drago.

- Ouais, hé bien j'ai eu une idée, répondit Blaise avec un mystérieux sourire. On va inverser la tendance. On a jamais eu besoin des loosers des autres maisons pour faire la fête, non?

Vu que Drago ne répondait rien et attendait de voir ce qu'il avait derrière la tête, il continua finalement :

- On a qu'à organiser notre propre soirée Halloween!

- Génial, et tu comptes faire ça où?, demanda Drago. Je te rappelle qu'on a qu'une seule Salle sur Demande dans le château et que ces crétins l'utilisent.

- Ta merveilleuse salle commune de Préfet-en-Chef va enfin servir à quelque chose, triompha Blaise.

Drago n'aima pas sa réponse.

- Pas question! Vous allez foutre le bordel, je vous connais. Et si Granger l'apprend elle va me tuer.

- Tu as peur d'elle, maintenant?, ricana Blaise. Seuls les septième année seront invités.

La voix de Slughorn paraissait lointaine à Drago. Il se redressa sur sa chaise, réfléchissant.

- Tu auras tout ce qu'il faut?

- Ne t'inquiètes pas pour ça, Nott m'aidera.

- Je n'aime pas ce mec et tu le sais. Je n'arrive pas à le cerner, il a l'air de traîner dans des affaires bien plus louches qu'on ne le pense, marmonna Drago.

- Je suis au courant, s'agaça Blaise. Sa réputation le suit partout, mais c'est pour cela que c'est le meilleur pour nous ramener tout ce dont on a besoin.

Drago resta un moment sans rien répondre.

- Je te fais confiance, lâcha-t-il finalement.

Mais il ne faisait pas confiance à Théodore Nott.

Le professeur avait remarqué qu'ils ne suivaient pas le cours. Il jetait sans cesse des oeillades en coin à Drago, mais n'osait rien dire. Sûrement la peur de se faire jeter un sort impardonnable pendant la nuit par son père, le méchant Mangemort, s'il lui faisait la moindre remarque. Drago lui fit un sourire arrogant et Slughorn s'empressa de tourner la tête.