Et le 3eme.


Xanxus pila net devant le corps de Squalo, décrochant le fil de fer qui meurtrissait la chaire de son second avant de l'envoyer très loin dans un geste rageur, comme si ça pouvait faire partir tous les problèmes par là même. Douce illusion. Le boss de la Varia paniquait, ne sachant même plus par quoi commencer. Tout ce qu'il voyait c'était les trop nombreuses taches de sang et le visage de l'argenté qui, sans ses cheveux longs, semblait instantanément avoir perdu dix ans sinon plus.

Et il eut l'impression de faire face au Squalo qui lui avait juré fidélité le jour où il avait exposé son plan d'attaque du château Vongola.

Le gamin prétentieux et fier qui avait cependant accepté de lui prêter allégeance et éternelle fidélité.

Le gamin plein de vie qui passait la moitié de ses journées à hurler.

Un gamin qui, sous la couche de sang séché, était d'une pâleur cadavérique.

Sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, on l'avait éloigné légèrement de son second pour permettre à Lussuria de l'ausculter. Xanxus savait qu'ils étaient désormais tous réunis, certains posant des regards horrifiés, parfois même déjà résignés, sur le squale et qu'un grand remue méninge faisait fuir les animaux nocturnes des environs, mais lui n'entendait rien, ne voyait rien sauf Squalo et ses paupières closes qui auraient pu s'ouvrirent pour croiser son regard rubis.

Mais elles ne bougèrent pas.

" Il est vivant. " dans son état de choc éberlué, Xanxus ne pût que deviner que celui qui venait de prononcer cette petite phrase chargée d'espoir n'était autre que le gardien du soleil de la Varia.

Mais dans la vie, rien n'est jamais tout blanc ou tout noir.

" C'est génial ! " ça c'était Sawada qui soupirait de soulagement à ses côtés, mais les réjouissances furent de courte durée.

" J'ai dit qu'il était vivant, pas qu'il le resterait longtemps... Ils se sont bien amusés on dirait ces enfoirés. Levi, j'ai besoin que tu viennes ici et que tu lui files une décharge, son coeur est en train de déconner. " instantanément, le gardien de la foudre obéit à la demande d'un Lussuria inhabituellement sérieux et vint se poser juste aux côtés de ce dernier, attendant les prochaines instructions.

Mais Xanxus n'écoutait plus, il se contentait de regarder. Son esprit était en train de lui hurler de faire quelque chose, de retrouver la ou les personnes qui étaient la cause de ce carnage pour les faire souffrir, leur rendre la monnaie de leur pièce, leur arracher le visage, les faire hurler de douleur. Mais son corps ne bougeait pas, refusant de s'éloigner du requin étendu au sol et qui était en ce moment même en train de se prendre de belles décharges.

Parce qu'il n'était pas encore mort.

Parce que Squalo est vraiment un déchet et que tout le monde sait que les déchets sont les choses les plus dures à éliminer.

Une décharge.

Rien.

Deux décharges.

Le vent fait voleter ses mèches courtes, mais c'est bien la seule chose qui bouge chez lui.

Trois décharges.

Xanxus se demandait si le coeur arrêté de Squalo lui faisait plus mal que son propre coeur qui fonctionnait pourtant normalement mais qui lui donnait l'impression de subir mille souffrances.

Et il se sentait suffoquer.

Et sa bouche s'ouvrit sans qu'aucun hurlement libérateur ne franchisse pourtant la barrière de ses lèvres.

Et il tombe à genoux sans s'en rendre compte.

Et ses ongles creusent la terre.

Et sa tête commence à tourner.

Quatre décharges.

Elle tourne par manque d'oxygène.

Parce qu'entre la deuxième et la troisième décharge Xanxus avait bloqué sa respiration.

Et deux perles argentées posent une nouvelle fois un regard sur le monde.

Une bouche qui s'ouvre en grand pour avaler goulument l'oxygène de l'air.

Une poitrine que se soulève enfin.

Un gémissement douloureux qui se fait entendre.

Une respiration sifflante et douloureuse mais respiration quand même.

Et Xanxus qui reprend vie au même instant.


Combien de temps était-il resté aussi misérablement pendu à ce mur ? Squalo était absolument incapable de le dire. Et puis surtout il s'en foutait éperdument. Ses moments de conscience étaient entrecoupés de passages à vide où il se sentait basculer vers une noirceur à la fois délicieuse et affreusement effrayante. En tout cas, suivant involontairement le souhait de Byakuran, Squalo put voir le lever de lune.

Elle n'était pas ronde comme le ventre d'une femme enceinte et comme il aurait été parfait de la voir en ce moment solennel. Il s'agissait d'un croissant net qui brillait d'une lueur jaunâtre et douce. Le soleil des noctambules, tellement plus indulgente que son homonyme journalier est tellement plus changeant aussi. La confidente de tous, tant des plus innocents que des plus hideux des monstres. Car la nuit appartient à tout le monde, c'est un empire à découvrir qui offre un nombre incroyable d'opportunités à ceux qui arrivent à surmonter leur peur de l'obscurité. Et la lune est une impératrice miséricordieuse qui accepte même de rester cachée une fois de temps en temps pour permettre aux plus pudiques de verser les larmes que personne ne veut voir.

Le soleil lui n'est qu'un exhibitionniste.

Squalo avait toujours préféré la nuit.

C'est donc l'esprit étrangement serein qu'il décida de fermer les yeux, parce qu'il était définitivement trop fatigué et qu'il était certain que la lune prendrait soin de son sommeil.

Mais apparemment tout le monde n'était pas de son avis.

Car ses yeux se rouvrirent pour tomber de nouveau sur le croissant bienveillant. Pour ensuite accrocher deux rubis grands ouverts qui semblaient envahis par une avalanche de sentiments ingérables.

Il était intrigué, mais encore trop fatigué pour pouvoir enquêter.

" Vite Ryohei ! Ne laissons pas passer cette chance. Avec nos deux flammes nous devrions pouvoir le faire tenir jusqu'à l'arrivée des secours... " il n'entendit pas la fin de la phrase parce que, bon sang, qu'est-ce qu'il était fatigué.

Cependant, son cerveau lui soufflait que ça, ce n'était pas de la fatigue, mais le prologue de la mort.

Et Squalo était étonnamment calme. Quand on travaille au sein de la Mafia, la mort est un sujet que l'on ne peut décemment pas éviter, mais l'argenté n'aurait jamais pensé être aussi... amorphe au moment où son tour viendrait. Il était certes un peu frustré parce qu'il avait l'impression de rater son grand final, il aurait dû mourir comme il avait vécu c'est-à-dire bruyamment, mais ça n'allait pas plus loin.

Et son cher enfoiré de boss sembla voir quelque chose qui ne lui plut apparemment pas dans ses billes grises comme le mercure si on s'en tenait au ton furieux de sa voix :

" À quoi es-tu en train de penser espèce de déchet de requin ? "

La bouche du squale était sèche et chacune de ses respirations lui donnait l'impression de s'arracher la gorge, mais il parvint tout de même à articuler dans un murmure :

" Ça... Ça ne sert à rien de... de s'acharner. Et puis... mourir sur-le-champ de bataille est un honneur. " un silence assourdissant suivit sa réplique et dans son délire de mourant, Squalo continua " La lune est belle ce soir, elle veillera sur moi. "

Ses yeux se fermaient peu à peu une nouvelle fois, une dernière fois, quand une grande chaleur et une lumière puissante l'obligea à regarder ce qui était la cause de tout ce bordel pour tomber sur un Xanxus hors de lui, X-guns plus chargés que jamais en main et qui visait... le ciel.

" Si c'est cette putain de lune qui signera ton arrêt de mort, alors je la ferais exploser. "

Dire qu'il était surpris par les paroles de son boss était l'euphémisme du siècle. Xanxus était un être d'exagération, mais là, il venait de franchir une nouvelle limite. Sans doute qu'il était lui aussi bien fatigué.

La puissance qui se dégageait de ses fameux pistolets, la puissance de sa flamme de la colère, semblait faire paniquer les autres personnes présentes que Squalo ne remarquait que maintenant. Il crut entendre aussi Lussuria crier quelque chose qui ressemblait à :

" Xanxus-sama ! Ne tirez pas ! L'onde de choc serait trop puissance, vous risquer d'achever Squalo ! "

Mais le boss n'y pressa pas attention, continuant à charger les X-guns qui brillaient désormais comme des étoiles.

" Il n'y a que moi qui aie le droit de décider de ton sort ! Depuis quand suis-tu l'avis de quelqu'un d'autre ? Déjà que tu t'es laissé couper tes putains de cheveux alors que je ne suis même pas devenu le dixième du nom, tu comptes me décevoir sur toute la ligne ou quoi ? "

Et Squalo en put empêcher un rictus d'étirer ses lèvres fendues.

Parce que Xanxus jouait encore au sale gosse capricieux.

Et que lui, comme d'habitude, allait obéir aux ordres.

Franchement, même en ce qui concerne sa mort, Xanxus ne le laisserait pas faire ce dont il avait envie.

" Voi... abruti de boss... arrête de faire chier tout le monde et éteint cette lumière pourrie. "

Enfin, puisque cet enfoiré de Xanxus ne le laissait pas crever en paix, ça sera pour une autre fois.

Et avec un peu de chance, ce soir-là, la lune sera pleine...