Bonjour bonjour ! Un deuxième chapitre qui arrive assez vite après le premier, pour votre plus grand plaisir, on l'espère ! Merci pour toutes vos reviews, ça fait plaisir et ça motive ! Sans plus de blabla, on vous laisse avec la suite.

Update : 13.11.16

Revu et corrigé.


« Dépêche, la cafèt' va bientôt fermer ! »

Bokuto incita Akaashi à le suivre tout en le tirant à sa suite. Certaines personnes les dévisagèrent tandis que d'autres rirent à leur passage, rendant le jeune brun encore plus mal à l'aise qu'il ne l'était déjà. Le garçon aux yeux d'or avait pris la main d'Akaashi dans la sienne et le tirait maintenant à travers la foule d'étudiants pour se diriger vers la cafétéria où il s'était fait inviter contre son grès. Sa main était chaude, la poigne assurée et rassurante, contrairement à la sienne qui était froide, molle et inexpressive. Le contact physique était perturbant, inapproprié et complètement paradoxal pour quelqu'un comme lui qui n'avait pas l'habitude d'être touché de cette façon. La course se termina et les deux garçons pénétrèrent dans la grande pièce bruyante et climatisée mais l'autre ne lâcha pas sa main pour autant. Espérant la récupérer, Keiji tira doucement dessus mais la prise autour de celle-ci se raffermit.

« Plutôt poisson ou plutôt viande ?

— Poisson, murmura le plus petit des deux.

— Sérieux ? C'est dommage ! La viande c'est tellement bon, et en plus, c'est plein de protéines ! »

Akaashi haussa les épaules. Il n'allait pas le contredire, après tout, qui était-il pour imposer ses goûts à quelqu'un d'autre ? Après s'être saisi du premier bento, Bokuto lâcha la main de Keiji qui l'enfonça profondément dans sa poche. Le plus grand attrapa son propre déjeuner et partit payer leurs repas, puis les deux jeunes hommes s'installèrent à une table, l'un en face de l'autre. Akaashi remercia timidement le deuxième année avant de piocher dans le panier-repas, mais le regard insistant de Bokuto l'empêchait de manger normalement. Après avoir fait tomber ses baguettes deux fois de suite, Keiji releva la tête et inspira profondément :

« Vous avez quelque chose à me demander ?

— Ouais, maintenant que tu en parles ! J'me disais qu'on pourrait apprendre à se connaître ? Enfin, si tu veux hein, je t'oblige pas !

— Eh bien, vous savez déjà mon nom, ma classe… Je ne vois pas ce que je pourrais vous dire d'autre…

— Tu es nouveau non ? Je t'ai aperçu dans le train ce matin. Et si ça n'avait pas été le cas, nous aurions été au collège ensemble. Mais ta tête me dit rien ! »

Keiji ferma les yeux et manqua de s'étouffer avec les grains de riz qu'il venait d'avaler. Bien sûr que la question allait être posée tôt ou tard... Qu'est-ce qu'il croyait ? Il improvisa donc une courte réponse :

« J'ai emménagé ici il y a peu en effet. Nous déménageons régulièrement pour le travail de mes parents.

— Oh sérieusement ! C'est pas cool ça.

— Non, je m'en moque à vrai dire. »

Insensible. Akaashi se mordit nerveusement la lèvre inférieure alors que Bokuto le regardait, l'air étonné, la bouche entre-ouverte.

« Ça m'fait penser à ce que tu disais tout à l'heure. T'es plutôt du genre solitaire non ? C'est pas très cool ça, surtout que tu rembarres assez froidement.

— Vous aimez le mot cool n'est-ce pas ? Vous n'arrêtez pas de l'employer. »

Le changement de sujet, pourtant évident ne sembla pas choquer le jeune homme qui ne fit aucune remarque pour le plus grand soulagement d'Akaashi qui priait maintenant pour ne pas revenir sur ce point plus tard.

« Me parle pas de ça, je suis pas un littéraire moi, les grandes paroles, les beaux discours, c'est pas pour moi !

— Vous êtes plutôt tourné vers la science, donc ?

— Ouais, même si je t'avouerais que c'est pas facile tout le temps... »

Bokuto se mit à rire bruyamment tout en passant une main sur sa nuque, puis reprit :

« Mais vu que tu es en classe 2, t'es dans le scientifique aussi non ? Sauf si l'ordre a changé depuis l'année dernière. »

Akaashi se tritura nerveusement les doigts. Il tenait une discussion, il parlait à quelqu'un. À cette pensée, son estomac se tordit dans son ventre, ce n'était pas une bonne idée, il le savait. Mais l'autre semblait avoir le fond tellement bon qu'il ne pouvait tout simplement pas l'envoyer balader comme il l'aurait fait avec n'importe qui d'autre.

« L'ordre n'a pas changé. »

Akaashi releva la tête et plongea son regard dans celui de Bokuto qui le fixait, comme à son habitude. Ce petit jeu ne dura guère plus de quelques secondes puisque le brun détourna les yeux, fiévreux :

« T'es pas doué pour faire la discussion. »

Keiji encaissa le coup sans broncher. Il était au courant. En même temps, ce n'était pas avec le peu de personnes qu'il avait eu l'occasion de fréquenter qu'il avait pu s'entraîner à l'art de la discussion... Et puis, pour tout avouer, ce n'était pas quelque chose qui l'intéressait.

L'heure de reprendre les cours arriva plus vite que prévu, le première année s'inclina face au plus grand avant de repartir rapidement. C'était malpoli, il le savait bien. Mais la vérité était toujours aussi dur à encaisser. Même pour quelqu'un de soi-disant insensible.

Il se rendit donc dans sa salle de cours et reprit sa place habituelle, près de la fenêtre. Au moins, ici, personne n'allait le déranger. Il expira. Je dois me concentrer, je dois me concentrer... Il avait beau essayer d'y mettre du sien, son attention était focalisée sur l'extérieur et il se perdit dans ses pensées. Il se remémora alors à ce qui s'était passé à la cafétéria. Tout s'était déroulé beaucoup trop rapidement à son goût, et il espérait secrètement que cette rencontre ne soit que de fortune. Il sentit la fatigue le rattraper. Sa courte nuit et toutes les émotions qu'il avait ressenties l'avaient épuisé. Il fut soulagé lorsqu'il entendit la sonnerie retentir, annonçant officiellement la fin des cours.

Pressé de mettre un terme à cette horrible journée, il récupéra rapidement ses affaires, les rangea dans son sac et sortit du lycée. Il se passa une main dans les cheveux et vint la fourrer dans la poche de son pantalon.

« Alors comme ça, tu finis les cours à la même heure que moi ! C'est cool ça ! »

Il s'arrêta, surpris qu'on s'adresse à lui aussi brusquement. Il releva la tête et découvrit l'identité de son interlocuteur. Bokuto. Encore lui... Il resta sans voix, ne sachant pas quoi lui répondre, cependant, son aîné reprit la parole en ignorant complètement le regard lassé que lui lançait Akaashi :

« On rentre ensemble du coup ? Vu qu'on prend la même ligne de train, je me suis dit que ça pouvait être sympa... »

N'était-ce pas censé être une coïncidence ?

Il répondit par un faible signe de tête signifiant qu'il était d'accord et le rejoignit, sous le regard bienveillant de Bokuto, adossé contre le poteau du portail. Ils marchèrent quelques minutes côte à côté, tandis qu'un silence s'était installé entre les deux jeunes hommes, ce qui ne déplut pas à Akaashi qui préférait largement ne pas avoir à parler. Cela lui évitait de se sentir mal à l'aise... Cependant, son repos fut de courte durée :

« Alors, cette première journée de cours, c'était comment ?

— Assez ordinaire, j'imagine, répondit Akaashi en haussant les épaules.

— T'as réussi à sympathiser ou ton regard froid les a tous gelés sur place ? »

Akaashi fit un scarface et ne prit pas la peine de répliquer. Il n'avait pas la force de formuler une réponse qui lui conviendrait, alors il se contenta de baisser la tête, ce qui ne fit pas reculer Bokuto pour autant :

« Ça te dit de passer au combini près de la gare ? La famine va me tuer si ça continue ! »

Un faible sourire en coin se dessina sur le visage d'Akaashi face au ton implorant de son aîné. Il répondit affirmativement, lui aussi avait faim. Mais l'oubli de son porte-monnaie lui rappela bien vite sa situation. Il devait attendre d'être rentré chez lui.

Une fois arrivés au petit magasin, Bokuto proposa à Akaashi de lui prendre quelque chose à manger. Proposition qu'il refusa poliment, il ne voulait pas non plus abuser de l'argent d'un inconnu. Ils continuèrent donc tranquillement leur route jusqu'à la gare, où ils prirent le même train. Cependant, le grand descendit une station avant celle d'Akaashi :

« J'm'arrête là, j'ai un truc à faire ! Bye bye, Akaashi, à demain ! », dit-il d'un ton enjoué, agitant les mains en guise d'au revoir.

Keiji lui répondit d'un léger geste de la main, puis regarda la silhouette de Bokuto se rétrécir petit à petit.

Il ferma les yeux quelques instants et se laissa doucement bercer par le rythme régulier du train. Il pensa à la journée qu'il venait de vivre. Elle n'était peut-être pas si horrible, finalement. C'était la première fois qu'il conversait autant avec quelqu'un dès le jour de la rentrée. Ce fut une rencontre inattendue, certes, mais il ne put s'empêcher de placer énormément d'espoirs en elle. Il fit donc le chemin inverse en prenant soin de ne pas trop s'attarder sur le paysage, il voulait rentrer tôt aujourd'hui, et il n'avait plus vraiment la force de s'émerveiller devant la beauté extrême de la nature. Une fois arrivé chez lui, il retira ses chaussures et embrassa sa mère qui lui demanda si ce premier jour s'était bien passé. Question à laquelle il n'avait répondu que par un léger hochement de tête. Puis il monta dans sa chambre en prétextant avoir des devoirs à faire. Il s'assit sur son lit et soupira. Toute la pression qu'il avait accumulée redescendait, il était soulagé. Cependant, sa mère l'appela quelques minutes plus tard en lui demandant de vite la rejoindre.

C'est ce qu'il fit. Il était rare qu'on le sollicite pour un quelconque service. À la maison, il se contentait de débarrasser son assiette et de ranger sa chambre. Non pas qu'il ne voulait pas faire autre chose, mais chaque fois qu'il proposait son aide, ses parents le renvoyaient directement dans ses appartements, sans un mot de plus. Il descendit donc rapidement les escaliers, heureux de pouvoir enfin se rendre utile puis se dirigea dans la cuisine en manquant de trébucher sur le tapis de l'entrée quand il se retrouva nez à nez avec son père qui venait de rentrer du travail. Il se figea sous le regard menaçant de ce dernier.

« On t'a déjà dit de ne pas courir dans la baraque, c'est si dur que ça à comprendre ? », demanda-t-il, l'air légèrement hautain.

Akaashi fit non de la tête, s'excusa et s'éclipsa discrètement jusqu'à la cuisine où l'attendait sa mère. L'air grave qu'elle arborait fit chanceler le jeune garçon qui hésita à faire un pas de plus. Il n'eut pas le temps de réfléchir puisqu'elle prit la parole :

« Keiji, il faut que je te parle. Viens t'asseoir. »

Son ton un peu trop sérieux le fit frémir. Il attendit quelques secondes avant de s'avancer, il avait un mauvais pressentiment, et Dieu savait à quel point son intuition se trompait rarement. Le silence fut soudainement brisé par le son aigu de la télévision qu'avait lancé son père qui ne daignait même pas leur accorder un seul regard.

Il tourna la tête du côté de sa mère en attendant le verdict final, qu'allait-elle lui annoncer ?

« Bon. Je ne vais pas passer par quatre chemins, Keiji, j'aimerais que tu arrêtes de te comporter de cette façon à la maison. »

Il inclina la tête sur le côté, il n'avait manifestement aucune idée de ce dont elle parlait.

« Ne fais pas l'ignorant, s'il te plaît.

— Je... Maman je ne comprends p...

— Je t'ai dit de ne pas faire l'ignorant ! »

Elle haussa soudainement le ton, ce qui fit tressaillir son fils qui plongea les mains dans ses poches. Puis elle enchaîna :

« Tu ne fais rien à la maison, Keiji ! Tu ne nous aides pas, ni pour le ménage ni pour préparer à manger, tu t'enfermes dans ta chambre après avoir terminé tes repas, tu ne nous adresses quasiment jamais la parole, c'est même rare qu'un seul et unique mot sorte de ta bouche ! Es-tu réellement humain ? Hein, dis-moi, es-tu vraiment mon fils ?! Tu es complètement passif, inexpressif, insensible ! »

Elle s'était mise à crier, et des larmes de colère roulèrent maintenant sur ses joues. Cependant, elle prit conscience de ses propres mots et porta ses deux mains à sa bouche. Elle voulut s'excuser. Elle n'y arriva pas.

Insensible. Insensible. Insensible. Toujours ce même mot qui revenait le hanter. Toujours ce même sentiment... Il serrait les poings dans ses poches. S'en était trop. Il ne pouvait plus encaisser tout ça. Il n'en pouvait plus, il voulait que tout s'arrête, qu'on le laisse tranquille une bonne fois pour toutes. Alors lui aussi, il était décidé à se faire entendre. Lui aussi était décidé à protester contre cette injustice dont il était victime ! Il s'apprêta à répondre quand son père entra dans la pièce, alerté par les cris de son épouse.

« Oh, vous pouvez faire moins de bruit là ? Merde quoi, j'aimerais bien entendre la télé !

— Tu n'as qu'à monter le son », murmura Akaashi.

Il releva doucement la tête et vit que son père se rapprochait dangereusement de lui. Il l'avait entendu. Puis tout s'enchaîna très vite. Keiji, terrorisé à l'idée d'être frappé se leva et recula, il manqua de tomber dû à la précipitation quand son dos heurta le mur de la cuisine. Mais son père se rapprochait toujours plus de lui. Il croisa rapidement son regard, mais n'y vit que haine et mépris, pas l'ombre d'une douceur paternelle n'en émanait. Il était pris au piège, comme un insecte emprisonné dans la toile de l'araignée qui attend patiemment le moment de dévorer sa proie. Il risqua un énième coup d'œil à sa mère qui regardait la scène, trop choquée pour s'interposer. Puis son père leva rapidement la main. Akaashi se prépara au pire conscient de ce qu'il allait devoir endurer. Cependant, il se surprit à ne ressentir aucune douleur. Il rouvrit les yeux tandis que son père déclara :

« Va dans ta chambre. Tout de suite. Et n'en ressors pas jusqu'à ce que je t'appelle. »

Il s'exécuta sans dire un mot de plus et remonta les escaliers sans faire de bruit.

Puis il porta sa main à sa joue. Il pleurait.


Et voilà, ahah. On commence tout doucement à entrer dans l'intrigue, et notre pauvre bébé souffre déjà, qui sait ce qui l'attendra par la suite ?

Merci d'avoir lu jusqu'au bout et n'hésitez pas à donner votre avis !