Au moment où elle sut qu'elle avait gagné, Alexis prit la parole.

« Je sais à quel point l'identité que j'ai est importante. Je me ferai passer pour quelqu'un d'autre, ne vous inquiétez pas. »

Sans attendre plus longtemps, Alexis souhaita avec bienveillance une bonne nuit à Severus avant de repartir. Ce dernier la regarda disparaître aussi rapidement qu'elle était arrivée. Cette fille l'épuisait toujours autant il n'avait jamais réussi à réellement s'habituer à sa façon d'être.

Trois jours plus tard, c'est extatique mais avec la boule au ventre que Drago, Pansy et Blaise furent déplacés. Ils n'avaient aucune idée de là où ils allaient et, bien que ce soit compréhensible, cela ne rendait pas la chose plus facile. Cette décision que trois adolescents perdus avaient prise à la lueur de la lune dans leur salle commune, protégés qu'ils pensaient être par un puissant Assurdiato, était enfin en train de changer quelque chose.

Héméra, l'étrange fille de la Salle-sur-Demande, n'était pas venue avec eux et c'était une autre jeune femme, très différente autant physiquement que dans sa façon d'être, qui les avait accueillis. Les cheveux courts et bruns, les yeux marrons sans une once de particularité et le corps, petit et mal taillé, comme si les proportions n'étaient pas les bonnes.

« Bonjour ! Je suis Isabella, votre colocataire pour une durée indéterminée ! »

La jeune femme était souriante et c'était un plaisir d'être avec quelqu'un qui se soucie un minimum de vous, qui ne vous ignore pas, pensèrent Drago, Blaise et Pansy. Cependant, un détail les frappa tous les trois : la personne en face d'eux n'avait pas sorti de baguette, ne faisait même pas mine de se méfier d'eux et c'était déroutant. Ils s'étaient tous les trois attendus à être reçus avec un dégoût et une méfiance extrêmes.

« Et vous, vous êtes ? »

Blaise, Pansy et Drago furent trop choqués pour ne serait-ce que répondre à cette pourtant si simple question. Comment pouvait-elle seulement ignorer leurs noms à tous les trois ? Certes, il était vrai que Blaise n'avait pas un nom des plus connus mais la famille Parkinson et encore plus la famille Malefoy étaient loin de ne pas être connues et facilement reconnaissables dans le monde sorcier. Qui pouvait ne pas connaître au minimum Lucius Malefoy ?

« Je vous parle ! Je peux avoir une réponse ? »

Blaise réussit à se reprendre tant bien que mal et à se présenter lui-même ainsi que ses deux coéquipiers. Une idée s'insinuait lentement dans les esprits de ces adolescents sur ce que pouvait être la jeune femme en face d'eux pour ne pas les reconnaître mais ils préférèrent ne rien dire, tout d'abord parce que poser la question était gênant mais aussi et surtout parce qu'ils avaient peur de connaître la réponse.

Isabelle leur fit visiter l'entièreté de la maison, leur proposant plusieurs distributions pour les chambres mais les trois élèves choisirent de rester ensemble. Ils savaient à quel point ils avaient des problèmes monumentaux, des litiges avec chacun des camps d'une guerre destructrice et préféraient ne pas trop s'éloigner les uns des autres, par mesure de précaution. Qui savait ce qu'il pourrait arriver à l'un d'eux s'ils venaient à être séparés ?

Deux jours passèrent sans qu'aucun événement ne vienne troubler l'ordinaire. Isabella n'avait toujours pas été vue avec une baguette en main et l'idée qu'avaient Drago, Blaise et Pansy en tête devenait, pour leur plus grand désarroi, de plus en plus probable. La preuve, irréfutable, ne vint que lorsque Drago tomba sur leur hôtesse en train de… d'épandre le linge ? A la main ? Pourtant, il y avait deux elfes de maison dans la demeure, Drago les avait déjà vus et ils le servaient tous les deux alors pourquoi ? Et puis, finalement, maintenant qu'il y pensait un peu plus, le jeune homme se rendait compte qu'il avait déjà vu les elfes aux services de Blaise ou de Pansy mais jamais d'Isabella.

« Que fais-tu ? »

Même sans jamais avoir vu quelqu'un d'autre le faire, Drago se doutait de ce qu'Isabella faisait mais il préférait demander tout de même, peu sûr de lui. Et puis, peut-être la jeune femme lui prouverait qu'elle était en train de faire quelque chose de normal pour une sorcière, totalement normal.

« J'étends le linge pour qu'il puisse sécher. Ça ne se voit pas ? »

Isabella vit dans les yeux du garçon une énorme lueur de dédain teinté d'un dégoût certain pour sa condition. A quoi aurait-elle pu s'attendre de plus ?

« Pourquoi à la main ? »

Drago ne voulait pas dire à voix haute cette terrible hypothèse qu'il avait en tête, celle qui dit que, si son interlocutrice n'a pas de baguette, c'était parce qu'elle n'en avait jamais eue, qu'elle n'était jamais allée en acheter une et qu'elle ne savait même pas où en acheter une parce qu'elle ne pourrait jamais en tirer une seule petite once de magie.

« Je suis presque sûre que tu le sais déjà. »

Isabella riait comme si elle venait de faire l'une de ces blagues sans importance mais pourtant extrêmement drôle.

« Je ne suis pas une sorcière. Je n'ai ni pouvoir, ni baguette, ni robe de sorcier. Les elfes refusent de m'aider alors je dois me débrouiller seul. »

Drago sembla un instant choqué par la facilité déconcertante avec laquelle elle lui disait cela. Elle n'avait donc aucune idée de qui il était, des valeurs qui lui avait été inculquées et en lesquelles il croyait toujours, des atrocités qu'il avait commises… Isabella sembla enfin remarquer que, peut-être, son statut de moldue pouvait poser problèmes à ses invités.

« Ça te dérange, que je sois moldue ? »

Pour son bien à lui, sa sécurité personnelle, il aurait été bien plus intelligent de répondre que non, cela ne le dérangeait pas, mais la vérité était tout autre. C'était la première fois que Drago se retrouvait face à une personne entièrement moldue et elle ne semblait pas, aux premiers abords, être moins capable ou plus idiote que lui. Bien sûr, elle ne pouvait pas être plus puissante que lui puisque dénuée de magie mais, cela mis à part, elle n'avait pas l'air si différente.