L'état de Stiles s'étant amélioré, il avait pu sortir de l'hôpital deux jours après son opération. Le shérif avait ramené son fils en fin de soirée. Lorsqu'ils étaient rentrés, il l'avait fait asseoir dans le salon :
- Mets-toi ici, dit-il en lui montrant le canapé. Je vais te préparer à manger.
- Je n'ai pas faim.
- Fils, Mélissa m'a dit que tu n'as quasiment rien mangé à l'hôpital et que si elle n'avait pas fait du forcing, ils ne t'auraient pas laissé sortir. La condition, c'était que tu devais prendre soin de toi et je vais m'en occuper. Je vais te faire du poulet, je sais que tu adores ça.
- Ça fait bien longtemps que tu n'as pas cuisiné pour moi.
- C'est vrai, tu as pris l'habitude de le faire… enfin je ne t'ai pas vraiment laissé le choix non plus.
- Sérieusement papa, laisse-tomber.
Noah n'eut pas l'opportunité de répondre qu'il vit son fils se lever et avancer lentement et douloureusement vers l'escalier pour aller dans sa chambre. Il l'entendit monter les marches les unes après les autres. Peu de temps après, Scott frappa à la porte de la maison Stilinski. Le shérif lui ouvrit :
- Il a mangé quelque chose ?
- Non.
- Vous lui avez dit pour demain ?
- Je n'en ai pas eu l'occasion.
- Laissez, je m'en occupe. Il est dans sa chambre ?
Noah hocha la tête et l'alpha monta, connaissant le chemin par cœur. Il allait devoir aborder un sujet qui n'avait rien de plaisant. Il frappa à la porte de la chambre et bien que n'ayant eu aucune réponse, il entra. Stiles était allongé sur son lit, les yeux grands ouverts, focalisé sur le plafond comme s'il s'agissait de la huitième merveille du monde. Scott s'approcha, prit la chaise et la plaça juste à côté du lit puis il posa sa main sur le bras de son meilleur ami. Voyant que la douleur était fortement présente, il n'hésita pas un instant à le soulager.
- Merci, dit Stiles en s'asseyant dans le lit.
- Comment te sens-tu ?
- Ça va guérir.
- Stiles… commença Scott. L'enterrement est demain.
- Je ne veux pas y aller.
- Je comprends, tu viens juste de sortir de l'hôpital.
- Ce n'est pas pour ça. Je ne m'en sens pas la force moralement.
- Dans ce cas, je ne peux pas te laisser dire ça.
- Pardon ?
- Ecoute, on va lui rendre hommage demain, tu ne peux pas ne pas y assister. C'était l'amour de ta vie, tu te dois d'être là sinon je peux te garantir que tu t'en voudras jusqu'à la fin de tes jours. C'est certain, tu vas souffrir encore plus mais tu ne seras pas seul, je serai là, Malia et ton père aussi, on sera tous là pour t'épauler.
- Je ne sais pas si je vais tenir le coup.
- Bien sûr que tu tiendras le coup… Pour elle.
- Si seulement je ne l'avais pas laissé seule… Elle serait encore en vie.
- Arrête, tu es en train de refaire l'histoire. Tu ne sais pas comment ça se serait passé. Tu serais peut-être mort à sa place, ou bien vous y seriez passés tous les deux !
- Ça n'aurait pas été plus mal. Au lieu de ça je suis là et elle, non. Et je vais devoir vivre avec ça.
- Justement Stiles, tu es en vie alors vis pour elle. Elle n'aurait pas voulu que tu te morfondes et surtout pas que tu culpabilises pour quelque chose dont tu n'es pas responsable.
Au même instant, on frappa à la porte de la chambre. Le shérif entra avec un plateau.
- Je vous ai préparé un truc à manger. Ce n'est pas de la grande gastronomie…
- Papa, je t'avais dit que ce n'étais pas la peine.
- Stiles, tu dois manger, tu es blanc comme un cachet d'aspirine et si tu veux tenir le coup demain, tu dois avaler quelque chose. Merci shérif.
- De rien. Tiens, ce sont tes antibiotiques et tes antidouleurs, ajouta-t-il en donnant les cachets à son fils. Je vous laisse.
Le shérif regarda Scott et le remercia silencieusement d'insister pour que Stiles mange. Le jeune homme n'avala pas grand-chose mais c'était déjà mieux que rien. Voyant que son ami commençait à fatiguer, Scott l'aida à se coucher :
- Je viendrai te chercher demain avant d'aller à l'enterrement.
- Non, j'irai avec mon père.
- Ecoute, ma mère viendra te refaire tes pansements donc on ira tous ensemble. D'ici là, repose-toi.
Stiles se mit sur le côté, dos à Scott. Il savait que l'alpha ne voulait que l'aider mais à cet instant, il voulait se retrouver seul. Depuis qu'il s'était réveillé à l'hôpital, il n'avait pas pu s'isoler mais il en avait besoin. Scott sortit, peiné de voir son meilleur ami dans cette détresse sentimentale. Il savait que les jours à venir seraient difficiles mais il serait là pour lui.
Le lendemain, Noah avait réussi, non sans mal, à faire avaler un café et quelques biscuits à son fils. Puis Mélissa était venue pour refaire les pansements de Stiles. Une fois faits, Noah entra dans la chambre de son fils. Ce dernier avait enfilé son pantalon mais pour le reste, il aurait du mal à le faire seul. Le sachant, le shérif avait pris le relais. Il avait mal en voyant son fils qui souffrait à cause de ses blessures. Il était si jeune et avait déjà trop souffert physiquement et psychologiquement. Il prit une chemise blanche et l'aida à la mettre. Le jeune homme était silencieux, jamais son père ne l'avait vu ainsi. Il ferma les boutons de la chemise puis il l'assit sur son lit. Il lui mit ses chaussures, tout comme quand il était enfant. Il se revit faire les mêmes gestes que pour l'enterrement de sa femme des années auparavant. Il lui mit sa veste puis replaça ce qui lui maintenait le bras en écharpe.
- Voilà, tu es prêt. Tu veux te reposer encore un peu avant d'y aller ?
- Papa ?
- Oui fils.
- Comment tu as fait quand maman est morte ?
Cette question acheva Noah. Il n'avait jamais vraiment parlé de ses sentiments avec son fils suite à la perte de sa femme. Il avait toujours essayé de paraître fort devant lui pour ne pas qu'il voit à quel point il était dévasté de l'intérieur.
- Quand ta mère est morte, une partie de moi est partie avec elle. Je l'aimais du plus profond de mon être.
- Alors comment tu as fait pour surmonter ta peine ?
- C'est grâce à toi. Je savais que j'avais mon petit bonhomme qui comptait sur moi et que je ne pouvais pas le laisser tomber. Tu m'as sauvé la vie et maintenant je suis là pour toi.
- Je ne sais pas si je vais arriver à tenir le coup.
- Tu n'es pas seul. Laisse-nous t'aider.
- Je ne pense pas que vous puissiez m'aider.
Noah avait tellement de peine de voir son fils si triste et désespéré. Il le prit alors dans ses bras protecteurs et son fils se laissa faire. Ils restèrent ainsi quelques instants, le temps que les sanglots de Stiles se calment. Ce dernier finit par s'essuyer les yeux et se mit debout. Il savait ce qui l'attendait mais il n'avait pas le choix, il allait dire au revoir une dernière fois à l'amour de sa vie.
Stiles était entouré de Scott, Malia, Argent, Mélissa et son père. L'alpha était en permanence à ses côtés, non seulement pour le soutenir physiquement mais aussi moralement. Il savait que s'il souffrait trop à cause de ses blessures, il pouvait l'aider aussitôt quant à sa peine, il pouvait juste lui montrer qu'il était là pour lui. Lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée de l'église, le jeune homme croisa le regard de Natalie Martin, la mère de Lydia. Il craignait cet instant depuis un moment mais il savait qu'il ne pourrait pas l'éviter. Il respira un bon coup et alla à sa rencontre.
- Stiles, comment vas-tu ? demanda-t-elle les larmes aux yeux. J'en entendu dire que tu avais été aussi blessé.
- Ça va aller Mme Martin, merci.
- Merci d'être venu. Je sais que pour toi aussi c'est difficile.
Il ne put répondre qu'elle le prit dans ses bras. Elle le serra fort contre elle. Ce dernier se laissa faire, bien que ce ne fût pas sans douleur pour lui. Elle desserra leur étreinte, salua Mélissa et le shérif puis rentra dans l'église. Scott se mit derrière son ami et le soutint. Il avait vu qu'il peinait à tenir sur ses jambes seul. Il prit sa douleur puis il l'aida à avancer jusqu'au banc de l'église. Ils s'y assirent et assistèrent à la cérémonie. Sa mère et son père dirent quelques paroles et pendant ce temps, Stiles ne bougea pas ni ne pleura. Heureusement qu'il était blessé car sinon on lui aurait probablement demandé de dire quelques mots. La fin de la cérémonie arriva et tout le monde sortit. Stiles voulut rester encore quelques instants, seul. Il demanda aux autres de l'attendre dehors, ce que l'alpha avait d'abord refusé puis le shérif lui dit de le laisser faire. Une fois qu'il fut seul dans l'église, il se leva et se dirigea vers le cercueil qui était ouvert. Il fut bouleversé de la voir allongée comme si elle était simplement endormie. Il resta un moment à la regarder, à contempler le moindre de ses traits, sachant que c'était la dernière fois qu'il les voyait. Il posa alors sa main sur la joue de la jeune femme. Il frémit en touchant sa peau qui était si froide, ce qui le ramena à la cruelle réalité de sa mort. Il se pencha, l'embrassa sur le front et lui dit :
- Au revoir mon amour. On se reverra, je te le promets.
