Jour3. Mercredi.

Emma Swan :

J'ai ouvert les yeux et je n'ai pas reconnu tout de suite les lieux. Cette vieille chambre aux tapisseries défraichit, dans ce vieil hôtel au plancher qui grince, l'odeur de naphtaline des armoires et de tarte aux pommes qui montait du ré de chaussée, j'étais chez Granny's, tout me revenait en quelques secondes.

J'ai refermé les yeux, j'ai enfui ma tête sous l'oreiller. Deuxième réveil à Storybrook et j'espérais encore que ce ne soit qu'un affreux cauchemar. Je voulais me réveiller dans mon appartement de l'allée privée 931, sur Boylston Street, à Boston, avec vu sur le Jardin Botanique où j'avais l'habitude d'aller courir. Je voulais entendre le bruit des klaxons en marchant dans les rues avec mon café Starbucks à la main. Je voulais sortir et boire un verre à l'angle de la rue au Machine Night-Club ou au Baseball Taverne.

Mais je devais renoncer à tout ça. J'ai rouvert les yeux et j'ai trouvé le courage d'aller prendre une douche et de commencer une nouvelle journée à « paisible-ville ».

J'ai pris un café à emporter et j'ai discuté deux minutes avec Ruby puis j'ai filé au Poste. J'avais laissé ma voiture garé là-bas, avec mon envie de marcher de la veille, qui m'avait mené sur le Port. Arrivée au Poste, l'Agent Nolan m'a salué avec plus d'enthousiasme que la veille. Je pense que sa femme a dû lui donner des conseils sur l'accueil à me réserver car il m'a tendu un des muffins offerts par les habitants qu'il avait pris soin de mettre à l'abri pour les conserver.

Je me suis enfermée dans mon bureau avec mon café et mon muffin et je ruminais ma mauvaise foi. Après un long moment à regarder le plafond, j'ai fait quelques recherches sur l'histoire de Storybrook : les fondateurs, les grosses fortunes, les marchés et transactions du Port du Pêche, les différents accords et partenariats de la ville, les contrats de constructions, les accords de location. J'épluchais tout l'historique et notais quelques faits marquants :

Les terrains de la ville appartenaient pratiquement tous à deux familles qui avaient, ensembles, commencé à construire des résidences et développer les activités du Port de pêche. En 1893, la ville s'étendit et la bibliothèque ainsi que la tour de l'horloge furent construite, s'en suivit une Mairie, une école, un hôpital, et puis tout un centre-ville. Je tombais sur les plans et les registres de constructions. Certaines de ces bâtisses avaient été érigés par de grands architectes de l'époque et tout était mis en œuvre pour les conserver. C'est vrai qu'en faisant le tour de la ville, j'avais remarqué des bâtiments somptueux et d'époque. Les deux familles avaient collaboré main dans la main puis des conflits avaient éclaté. A l'heure actuelle, leurs descendants habitaient toujours Storybrook et possédaient les deux plus grandes demeures de la ville : Regina Mills et Ruppert Gold.

J'avais rencontré Madame le Maire et cela ne m'étonna qu'à moitié. Quant à ce Mr Gold, il était apparemment propriétaire des trois quarts de la ville, il était antiquaire - et ancien notaire - ce qui cachait ses activités de prêteur sur gage que je mis vite à jour en quelques clics.

Bien sûr, je n'avais pas eu toutes ces informations dans les fichiers du commissariat, ni même dans les archives de la ville. J'avais toujours sur moi une clé USB avec quelques logiciels de piratages et de décryptages bien pratiques pour ce genre de recherche. Donc j'effaçais les traces de mon passage dans les archives du serveur de la Mairie et je jetais un coup d'œil aux plaintes déposées ces dernières années et à la liste les enquêtes qui avaient débouché sur des procès.

J'ai passé la journée à feuilleter ces documents mais Storybrook était réellement une ville calme et tranquille. De toutes les plaintes déposées, rare étaient celles qui ne s'étaient pas réglé à l'amiable, et toutes paraissaient sans grande gravité mais toute fois, je mis sur la main sur des fichiers supprimés à propos de conflits entre les familles Mills et Gold.

Je mis fin à mes recherches quand l'Agent Humbert vint me relever de ma garde à quinze heures. Je gardais en mémoire le fruit de mes recherches et pensais poursuivre dès le lendemain car ces problèmes entre ces deux familles m'intriguaient et sincèrement, je n'avais que ça à me mettre sous la dent.

Graham me demanda poliment l'autorisation de se servir dans le panier de muffins, ce que j'accepta avec joie, il était hors de question que je mange cette montagne de gâteaux toute seule. Il me souhaita une bonne soirée et pris place dans son fauteuil en posant nonchalamment les pieds sur son bureau mais sans oublier d'activer son poste de téléphone pour recevoir les appels directement.

J'ai soupiré et je suis rentrée. Encore une longue journée de fini.

Regina Mills :

Je me suis réveillé en sursaut, j'étais en sueur et les draps étaient en désordre. De toute évidence ma nuit n'avait pas été paisible. J'ai jeté un coup d'œil au réveil. 5 :30. J'ai tenté de me rendormir mais rien à faire. J'avais la réhabilitation de cette petite maison du Bois aux Pensées dans la tête. Et au-delà de ça, j'avais l'arrivée d'Emma Swan à l'esprit et je n'expliquais pas cette obsession.

J'étais maintenant pleinement réveillée et je me débattais avec un tas de sentiments contradictoires alors j'ai filé sous la douche et je me suis habillée. J'ai préparé un copieux petit déjeuner pour Henry et j'ai donné rendez-vous à neuf heures sur la corniche, aux messieurs électricien, plombier et jardiner au service de la ville. Ils ont tous tenté de s'esquiver, prétextant des quelconques travaux par-ci par-là mais on ne me refusait jamais rien bien longtemps, ils le savaient tous et ils ont fini par céder sans que je n'aie à hausser le ton.

Bien évidemment, j'étais la première sur les lieux du rendez-vous, puis ils sont arrivés au compte-goutte, ce qui a eu le don de m'énerver pour la matinée. Nous avons fait le tour du propriétaire ensemble et relevé tous les petits travaux à faire. Rien d'important à mon grand soulagement. La maison n'était plus habitée depuis longtemps mais elle était en bon état. Le plus gros du travail apparent se situait dans le jardin. Ce terrain s'appelait le Bois au Pensées car la maison était construite en bordure de forêt et entouré d'un champ de fleurs, des pensées de toutes les couleurs possibles, qui ne gèlent pas l'hiver et ne meurent jamais. Avec les années, les mauvaises herbes avaient envahi le terrain et les buissons de la forêt empiétaient sur le champ de fleurs. Des ronces s'entortillaient devant l'entrée de l'appentis et du garage, et du lierre poussait sauvagement jusqu'au toit de la maison.

C'était donc Stan French notre jardinier, le frère du fleuriste du centre, qui tira une tête de six pieds de long quand je leur annonçai qu'ils devaient commencer dès maintenant et qu'ils avaient 48heures pour rendre la maison impeccable. Je ne pouvais décemment pas laisser notre nouveau Shérif chez Granny et j'exigeais l'impossible comme à mon habitude mais ça donnait toujours des résultats. Je lui promis de lui envoyer de l'aide car j'avais toujours sous la main quelques jeunes courageux qui bossaient bien contre pourboire généreux.

Quand j'en eu fini avec eux, je vis en privé mon homme à tout faire, Charles. Nous avons refait un bref briefing de tout ce qu'il y avait à faire alors qu'il sortait son matériel de son pick-up et puis je suis rentrée à la Mairie pour m'occuper des commandes.

Je me suis aperçu qu'il était midi quand Camille me rapporta un déjeuner de l'épicerie car elle m'avait vu suspendue au téléphone depuis que j'étais arrivée au bureau. Effectivement j'étais en proie aux affres des incompétences du service client de ce foutu grand magasin de décoration et d'ameublement. Prise d'un excès de colère, j'ai fini par raccrocher sans valider le reste de ma commande. J'ai tenté ma chance avec la compagnie du téléphone pour faire installer une ligne et là aussi, je perdais patience.

Je jetais un coup d'œil à ma check liste et eu envie de la déchirer. J'avais prévu une livraison d'électroménager pour demain. En gros, réfrigérateur, micro-onde, machine à laver, sèche-linge, colonne de douche, écran plat étaient en route. Mais je devais trouver une autre solution pour le reste de l'ameublement.

Je pris le temps d'avaler la moitié de la salade que m'avait apporté mon assistante, sans grande conviction, bien trop préoccupé. Je pris le temps de me calmer, j'avais trop à cœur de plaire à ce nouveau shérif, j'avais trop à cœur de me faire un nouvel allié, à mes risques et périls, mais ici, dans ma propre ville natale j'avais l'impression d'être seule, l'impression que tout le monde m'évitait, et me détestait.

J'allais frôler la crise de nerfs quand j'eu une idée : le hangar de dépôt de vente à la sortie de la ville. Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Henry avait déniché des plaques d'immatriculations immondes qu'il adorait et qu'il avait accroché aux murs de sa chambre ainsi qu'un vieux casier d'école dont il se servait comme armoire. C'était loin d'être à mon goût mais je lui avais promis qu'il ferait ce qu'il voudrait et il fallut avouer qu'il avait réussi à rendre le tout « harmonieux », enfin cohérent dans son genre.

Je m'inspirais soudain de ses étagères mal alignées et de son bureau design et l'envie me pressa de me rendre au dépôt. J'avalais quelques gorgées d'eau pour faire passer cette ignoble salade et je filais en vitesse vers la sortie de la Mairie.

Entre les portes du hall, j'eu le malheur de croiser Camille qui me demandait où je filais encore comme ça. Elle a baissé la tête immédiatement quand je l'ai foudroyé du regard. Elle m'informa des messages pris en mon absence, entre autres Mr Gold qui m'informait qu'il avait un appartement de libre au-dessus de la pharmacie, et qu'il le louerait volontiers au nouveau Sherif. Celui-là était décidément au courant de tout et sans nul doute qu'il voulait s'attirer les bonnes grâces du Shérif comme il faisait avec tout le monde, avant de les menacer puis de leur ôter tout ce qu'ils possèdent. Il était hors de question qu'Emma Swan loue à Gold. Jamais de la vie.

Je ne pris même pas le temps de répondre à Camille et je mis les memos qu'elle me tendait dans ma pochette. J'ai pris ma voiture, direction la sortie de la ville. En route j'ai appelé Charles pour faire quelques petits ajustements sur les travaux, puis j'arrivais au dépôt et le propriétaire m'accueillis avec enthousiasme. Il me fit faire le tour de son entrepôt et au premier abord, je n'étais pas du tout satisfaite, et puis mon regard changea.

J'ai pensé que le lit fait avec des palettes de transport était plutôt original. Enfin le déclic, il fallait que j'arrête de penser par moi-même, mes goûts et ma décoration d'intérieure étaient plus que classique et il fallait que je sorte de mon confort et que je pense plus vintage et urbain. Après tout ce sommier et cette tête de lit en palettes repeintes étaient plutôt moderne et jolie. Je me m'y à réfléchir et observer plus attentivement tout ce qui m'entourait. Dans le style les plaques d'immatriculation d'Henry, j'ai vite repéré quelque objet de déco qui lui aurait plus. C'était dans cette direction qu'il fallait que je m'oriente. J'ai tout d'abord remarqué une horloge en fer forgée retravaillé en forme géométrique, puis un canapé en cuir capitonné sur armature en acier, une table basse ovale en bois vernis avec des pieds fins en fer positionnés en croix, et un meuble télé dans les mêmes tons que la table basse, très simple, long et étroit, avec un plateau en bois.

Une heure plus tard, je discutais avec Sarah, la fille du propriétaire, et l'artiste qui avait fait de ces meubles anciens et de ces matériaux de récupération, des meubles surprenants, dont je venais d'acheter la majeure partie. Je la félicitais pour son travail pendant que son père et son frère chargeaient le tout dans leur camionnette. Il avait proposé la livraison, sentant que j'étais pressée et que ma berline ne servirait pas à grand-chose et j'avais accepté en laissant un billet de plus pour le geste avec l'adresse de la maison du Bois au Pensées.

J'étais plutôt satisfaite. J'avais de quoi meubler cette maison et le tout était en route pour la corniche. J'avais appelé Charles pour le prévenir de l'arrivé du camion et je lui demandais simplement d'entreposer tout ceci à l'intérieur sans que ça les gêne pour les travaux. Je demandais au passage si tout allait bien et il me répondit que oui mais avant de raccrocher, j'entends monsieur le plombier hurler comme un damné. Je me suis dit que je devais peut-être retourner sur les lieux.

Je m'empressais de repartir au volant de ma voiture pour retraverser toute la ville.

Une fois sur place, c'était un mélodrame qui se jouait, Arnold était empêtré dans les tuyaux sous l'évier de la cuisine, il était trempé et jurait tant qu'il pouvait. Tout ce que j'ai compri c'est qu'il avait besoin d'une pièce particulière qui n'était pas en stock à la quincaillerie du centre et qu'il ne pouvait pas perdre du temps à aller en chercher une dans la ville voisine vu le travail à abattre ici. Alors je lui ai dit de poursuivre et que j'allais passer au magasin pour la commander et tout faire pour la faire livrer au plus vite.

« Est-ce que ça ira ? demain dans la matinée ? » Redemandais-je puisqu'il ne me répondait pas et me regardait abasourdit.

« Oui, oui, très bien, si elle arrive demain… c'est très bien... Madame le Maire… »

J'ai tendu la main pour qu'il me donne la pièce en question. Il l'essuya soigneusement avant de me la tendre timidement. Et j'étais repartit pour le centre. Au passage je félicitais le jardinier et le jeune stagiaire que je lui avais envoyé car déjà on y voyait plus clair devant cette jolie maison.

Après un passage rapide au magasin de bricolage sur Franklin Street, je me posais enfin dans ma voiture sans avoir à courir nulle part. J'étais épuisée mais plutôt satisfaite. Les aménagements avanceront vite, bientôt je pourrais présenter cette maison au Shérif. J'ai regardé ma montre, il était presque seize heures alors je me suis dirigée vers l'école pour récupérer Henry.

Je me suis garée un peu plus loin pour ne pas l'importuner et j'ai regardé les enfants défiler mais je n'ai pas vu le mien, j'avais dû le manquer de peu. J'ai donc décidé d'aller chez Granny où il serait surement pour l'heure du goûter.

Emma Swan :

J'étais rentrée par la porte de l'Hôtel, mais en montant les escaliers pour rejoindre ma chambre, je m'étais dit que rien ne m'attendait là-haut alors je suis passé au restaurant pour boire un verre. En approchant de la salle, j'ai entendu la voix du gamin et celle de Ruby. Elle semblait lui faire la morale mais quand ils m'ont vu apparaitre au fond de la salle, ils se sont tus.

Je me suis approchée doucement, Ruby m'a salué et elle est repartie derrière le bar. Le restaurant était quasiment vide à cette heure de la journée, et j'avais le choix de la place où m'assoir mais mes pas m'ont guidé directement vers le gamin qui évitait mon regard.

Je me suis assise en face de lui et j'ai regardé ma montre. J'ai compris qu'il n'était pas allé à l'école, encore. J'ai remarqué ses chaussures pleines de boue et j'ai compris qu'il avait cherché ses billes toute la journée.

« Salut »

« Salut » A-t-il dit timidement en finissant son assiette de gaufres.

« T'as couvert du terrain aujourd'hui ? »

« Un peu »

« Quel secteur ? »

« Les allées du parc et les parterres de fleurs près de l'étang artificiel. »

« Et ? »

« Rien. » A-t-il dit tout tristement.

Ruby est arrivé avec son calepin, son stylo et son grand sourire. Cette fille était jolie, malicieuse et intelligente, je sentais en elle des envies d'ailleurs, je la sentais comme enfermé dans une vie qu'elle voudrait laisser derrière elle. Elle m'interrogea du regard. Je me suis ravisée sur mon envie de boire de l'alcool à 15 heures 30 et je lui ai commandé un grand thé glacé et elle a tourné les talons en faisant les gros yeux à Henry au passage.

« Elle a quoi contre toi ? »

Il la regardait partir sans me répondre.

« Alors ? quoi ? Tu as salopé l'entrée du resto avec tes chaussures ? Elle en marre de te couvrir quand tu sèches l'école ? »

« Non, ce n'est pas ça » Me dit-il en faisait signe de me taire.

J'ai insisté et il a cédé.

« Je suis entré dans l'hôtel et dans sa chambre pour chercher mes billes » Dit-il tout penot sachant bien qu'il avait mal agit.

« Ouais, ce n'était pas bien malin ça ! »

« Je le sais bien. »

Il a poussé son assiette devant lui comme s'il en était dégouté et il a soupiré lourdement. Plus en colère contre lui-même apparemment.

« J'avais l'intention d'aller marcher dans les rues du centre pour repérer toutes les boutiques et les adresses utiles. Tu ne voudrais pas me montrer ? »

Il a relevé la tête avec un peu plus d'enthousiasme et le sourire presque aux lèvres. J'ai fait un signe de tête et il s'est précipité avec son sac à dos et son manteau vers la porte. J'ai rejoint Ruby au bar qui versait mon thé glacé dans un gobelet à emporter en me fixant sévèrement du regard.

J'ai souri et elle s'est radoucit.

« Votre thé glacé Shérif Swan »

« Merci beaucoup Ruby »

« Dites, un conseil en passant, ça me regarde surement pas mais… vous ne devriez pas trainer avec Henry et encore moins l'encourager dans ses recherches. »

« Un gamin qui loupe les cours c'est pas la fin du monde et si je passe du temps avec lui, c'est pour le convaincre de retourner à l'école dès demain. »

« Vous avez plutôt intérêt. Déjà moi, je risque gros si sa mère apprend qu'il vient ici pendant les heures de cours. »

« Ne t'en fais pas pour moi, Ruby, je sais ce que je fais, mais merci » Ai-je dit en filant rejoindre Henry sur le trottoir qui m'attendait avec sa carte au trésor à la main.

« Bon par où on commence ? » Entamais-je en sirotant mon thé avec la paille.

« Par remonter Maine Street jusqu'à la bibliothèque puis je te montre l'épicerie, la pharmacie, la pizzeria de Louis, puis le parc, et on commencera les recherches là-bas puis au Port, puis… »

« Hey ! Doucement gamin, il est déjà tard. Montre-moi ta carte. »

« Je vais te montrer mais allons par-là ! »

« Très bien mais après je te ramène chez toi. On verra le reste demain. »

Une heure plus tard, je raccompagnais le gamin chez lui. Il m'avait effectivement montré les adresses utiles mais au pas de course et il avait enchainé avec le déroulement de son enquête et son plan d'action pour quadriller les prochaines zones de recherche. Je lui avais fait promettre de retourner à l'école, je lui avais dit qu'il avait un réel talent et beaucoup de potentiel mais que je refusais de travailler avec un coéquipier sans diplôme et que pour cela fallait obligatoirement retourner en cours. Et je crois que ça a marché.

C'était un gamin foutrement intelligent, dégourdi et entêté mais je sentais chez lui, une peur du rejet immense, il avait un côté introverti qui apparaissait souvent, comme si on le poussait dans ses retranchements et qu'il n'avait pas d'issu. Mais je sentais surtout chez lui une grande sensibilité et une savoureuse subtilité. Ce gamin m'épatait tant par son côté petit-rebelle que par ses manières bien trop polis, voire carrément raffinées.

J'ai quitté Main Street et je remontais Mifflin Avenue, la plus grande rue du quartier résidentiel, celle avec les plus belles maisons. Les jardins avaient l'air immenses, ils étaient bordés de haies bien taillées, il y avait des parterres de fleurs impeccables, l'orée du bois se dessinait à l'arrière des demeures, les trottoirs étaient larges et propres, les bancs et les réverbères du style art déco, tout était calme et paisible, il n'y avait qu'un vieux monsieur qui promenait son chien.

J'avoue que je doutais un peu de lui à ce moment-là. Il avait tout du jeune à problème et je m'attendais plus à le déposer dans ses petites maisons modestes des quartiers Nord de la ville. Mais de toute évidence, je me trompais encore, j'avais véritablement un problème de perception ici. Mon don me jouait de vilains tours, j'étais comme rouillée, mal entrainée, ou bien j'étais peut-être fatiguée, mais c'était bien la première fois que mes premières impressions étaient toutes faussées à ce point.

Soudain Henry m'a dit de m'arrêter. On était arrivé. 108 Mifflin Av. Je me suis stoppée un peu brutalement en regardant la maison. La maison, que dis-je, la demeure, la résidence, le Manoir même. C'était une maison blanche immense, au volet peint d'un bleu-gris charmant, les colonnes blanches à l'entrées étaient impressionnantes et les allées de rosiers était splendide. Et en quelques secondes je reconnu cette maison. Je l'avais vu dans les photos d'archives des plus grosses demeures de la ville et celle-ci appartenait à la famille Mills depuis des générations.

J'ai tenté de cacher mon étonnement tandis qu'Henry tentait de me donner des consignes pour nos investigations. J'étais en train de comprendre les dernières paroles de Ruby et j'étais en train de comprendre un tas d'autres choses. J'ai voulu laisser couler mais mon instinct d'enquêteur a pris le dessus.

« C'est ta maison ? » Lui ai-je demandé avant qu'il ne sorte et ne referme la portière.

« Oui. »

« C'est la Résidence Mills, n'est-ce pas ? »

« Hm Oui » Répondit-il légérement agacé comme si d'un coup, il voulait couper court à notre entretien.

« Tu es le fils du Maire ? »

Il a baissé les yeux.

« Tu es le fils de Regina Mills ? »

« Oui et alors ?! » A-t-il crié en refermant la porte violement.

Je n'ai pas hésité une seconde et je suis sortie pour le rattraper. J'ai réussi à l'atteindre avant qu'il ne passe le portail.

« Henry, hey gamin, calme-toi ! Je n'ai rien contre le fait que tu sois son fils. Je l'ai rencontré et je dois dire que c'est une femme plutôt … charmante. »

« Charmante ? ma mère ?! Vous êtes sûr de l'avoir vraiment rencontrée Sherif ? »

« Et, bien oui ! Enfin elle est peut-être autoritaire, surement même, mais c'est le Maire, ça ne doit pas être facile tous les jours, même dans une aussi petite ville… »

« Elle est despotique et tyrannique oui. Elle ne fait que travailler et elle veut que je sois parfait en tout et puis elle me rend la vie impo… »

« Hey. Tu sais, je crois que toutes les mères sont comme ça. »

« Qu'est-ce que tu en sais toi ? »

Il ne le savait pas en prononçant ces mots mais il m'avait blessé. Effectivement, je ne savais rien des mères.

« Tu as raison j'en sais rien… »

Il comprit à mon regard perturbé qu'il avait parlé trop vite.

La mienne m'avait abandonnée, j'avais grandi à l'orphelinat puis ballotté de foyers en familles d'accueils j'avais eu un enfant, un petit garçon, alors que j'avais 18ans à peine à l'époque et aucun avenir, rien à lui offrir alors j'avais fait le nécessaire pour qu'il ne mette jamais les pieds dans un orphelinat et qu'il trouve des parents aimants. Le responsable des affaires d'adoptions m'avait juré que tout irait pour le mieux et j'avais signé les papiers pour que mon identité reste à jamais confidentiel. Ça avait été le pire moment de ma vie, la plus profonde blessure, la seule et unique cicatrice qui ne guérirait jamais vraiment.

Je n'avais pas eu de mère et je n'avais pas su en être une. Et ses simples mots me faisaient l'effet d'une grande gifle.

« Je vous prie de bien vouloir m'excuser si j'ai dit quelque chose de mal. Je dois rentrer maintenant où j'vais avoir des problèmes. On se retrouve demain sur le Port. » Me dit-il avant de disparaitre dans son jardin.

Je suis restée un instant là, immobile, les yeux dans le vague. Incapable de quoi que ce soit d'autre que de respirer, incapable de bouger, incapable de raisonner. C'est le bruit de sa porte d'entrée qui m'a sorti de mon absence. Elle s'est refermée violement et quelques lumières se sont allumées dans la demeure. Le gamin était rentré chez lui. Il était temps de rentrer moi aussi.

Je suis remontée en voiture et j'ai regagné l'auberge en centre-ville.

Regina Mills :

J'ai déboulé chez Granny en pensant le trouver là-bas, le nez dans un bol de glaces, mais il n'était pas là. J'ai balayé de nouveau la salle du regard, j'ai observé les gosses attablés avec leurs milkshakes mais Henry n'était pas avec eux. D'ailleurs cela m'aurait étonné, Henry n'avait pas beaucoup d'ami.

J'ai ravalé mon agacement et je me suis dirigé vers le bar en ignorant les regards interdits braqués sur moi.

« Bonjour Ruby »

« Madame Mills, je vous sers quelque chose ? »

« Non merci, mais vous avez vu Henry aujourd'hui ? »

« Oui il était là… il n'y a pas longtemps… il vient de partir… vous l'avez loupé de peu. »

Je la sentais hésitante. Je la sentais mal à l'aise et son sourire était trop marqué. Elle me mentait.

J'allais tourner les talons mais je voulais en avoir le cœur net. La Ruby de tous les jours était plus renfrogné à mon égard et à l'égard de tout ceux à qui elle devait servir du café toute la sainte journée. Elle était là parce qu'elle aimait sa grand-mère, pas par vocation. Elle n'était pas l'employé du mois mais elle était toujours là.

Je l'ai fixé et j'ai attendu un peu avant de poser ma question.

« Et il rentrait à la maison ? »

Ruby tiqua avant de me répondre que oui. Mais je m'inquiétais pour lui, ces derniers temps, il disparaissait seul, des après-midis entières. Je sais que les enfants aiment trainer dehors surtout qu'à Storybrook, il y avait plein de pistes cyclables, des parcs et des airs de jeu avec des manèges et des tobogans, mais je le savais solitaire et je me demandais où il pouvait bien aller. J'espérais seulement qu'il ne soit pas seul au vieux Fort en bois sur la plage, cette vielle cabane était en ruine, prête à s'écrouler, plein de vis et de clous rouillés.

Ruby semblait lire mon inquiétude, elle semblait se raviser mais hésitait toujours.

« Ruby, vous savez où est mon fils ? J'ai l'impression qu'il me fuit en ce moment. » Avouais-je sincèrement pour qu'elle me dise enfin ce qu'elle avait à me dire.

« Regina, Henry va bien, rentrez chez vous, il est surement déjà à la maison. » Me dit-elle en soutenant mon regard.

« Vous savez où il traine ces derniers temps ? Et avec qui ? Vous savez quelque chose ? »

« Vous connaissez Henry mieux que personne… »

« Dès fois je me demande… »

« … il a beaucoup d'imagination, il est parfois perdu dans son monde, dans ses quêtes imaginaires et extraordinaires, dans ses livres ou ses jeux-vidéo et autres fantaisies qu'adorent les gosses. »

« Justement, je me fais du souci. »

« Je ne crois pas qu'il y ait de quoi, c'est un enfant charmant, il grandit c'est tout. »

Je me suis accoudée au bar. Dépitée. Voilà à quoi j'en était réduite, à discuter de problème d'éducation avec la serveuse du café ? Je me senti soudain épuisée, surement à cause de cette cavalcade d'aujourd'hui et du niveau de stress que je m'étais imposé à moi-même depuis des années, tout ça me revenait comme un boomerang. J'ai cherché un tabouret d'une main et je m'y suis assise.

« Ecoutez j'ai promis de garder le secret et c'est important de ne pas trahir sa confiance, alors vous ne direz rien, mais Henry est un gentil garçon, croyez-moi. D'ailleurs s'il n'est pas là, c'est qu'il a proposé à quelqu'un de lui faire faire le tour de la ville, puisque personne ne s'est donné la peine de le faire. »

« Je… quoi ? Je ne comprends pas. »

« Henry s'est proposé pour faire découvrir notre joli centre-ville à un nouvel arrivant … fraichement arrivé … »

« Ho… Hm… Ho… » Balbutiais-je comme j'ai pu en comprenant enfin.

J'ai vu Ruby reculer d'un pas derrière son bar comme si elle attendait que ma colère éclate. Mais au contraire j'étais plutôt rassurée. J'avais rencontré ce nouvel arrivant, le Sherif Emma Swan – c'était elle sans aucun doute possible - et maintenant que la question se posait plus concrètement, je me rendis compte qu'elle m'avait fait une assez bonne impression pour que je ne m'affole pas en sachant qu'elle se baladait avec mon fils.

Je savais qu'un sourire s'était dessiné sur mon visage pendant que je prenais conscience de ça. Je savais que de ne pas me mettre pas à hurler comme Ruby s'y attendait, allait faire jaser. Je la vis se décomposer et je voulais lui épargner ce supplice. Il fallait que je tienne mon rôle. Je ne devais pas attiré les soupçons alors j'ai fait en sorte que la colère me plisse les yeux et me serre les mâchoires.

« Très bien, tout ceci se payera mais … Je garderais le secret pour l'instant. Je ne dirais rien à Henry. »

« Merci. » Répondit fébrilement Ruby en recommençant à astiquer ses tasses nerveusement.

« Je vais rentrer. » Dis-je posément en descendant de mon tabouret.

J'ai laissé Ruby perturbée. Etais-je si autoritaire et menaçante que les gens le disaient ? Etais-je vraiment devenu la Méchante Reine régnant sans pitié sur son Royaume ? La guerre que je menais pour garder debout ce qui restait de mon patrimoine m'avait-elle rendu austère et malfaisante ? La solitude que je ressentais, je l'avais moi-même cherché ? La peine qui me poursuivait où que j'aille, l'avais-je entretenue toutes ces années, sans m'en rendre compte ?

J'ai repris le volant de ma voiture, un peu sonnée par ma propre conscience. J'étais devenue seule et triste, compliquée et renfermée. J'étais devenu tout ce que je détestais. Je n'étais plus moi, depuis Daniel. Et le mal-être que je ressentais chez mon fils, n'était que le reflet de mon propre trouble.

J'allais mettre un terme à tout ça.

Je suis arrivée à la maison et j'ai pris le temps de me garer lentement dans l'allée du garage. Je devais me contenir, jamais je n'aurais permis à Henry de se balader avec un inconnu tout juste arrivé dans la ville. Jamais je n'aurais permis ça sans qu'il me demande la permission.

Bien évidemment, le cas ne s'était jamais présenté, il y avait peu de touriste qui passait par Storybrook, notre ville était un cul de sac, il n'y a qu'une seule et unique route pour venir et repartir et tout le monde se connaissait. Mais j'avais rencontré notre nouveau Shérif, ancien flic d'une grande ville, habituée au danger, habituée à protéger. J'avais lu ses états de services, c'était remarquable pour un agent de son âge qui était entrée tard à l'Académie, qui plus est une femme. Cependant je m'étais étonnée de ne rien trouver sur elle avant son diplôme à l'Académie et son incorporation. Pas d'historique, pas de liens de parenté, personne à prévenir en cas d'urgence – si ce n'est son ancien coéquipier August Wayne Booth. Une seule adresse connue, un appart à Boston. Une voiture à son nom, une vieille coccinelle jaune. Une carte de cinéma, une de salle de gym, et une autre de stand de tir, et des réservations à l'année pour les matchs des Celtics. C'était le résultat des recherches de Sydney.

Tout ça pour me rendre compte que rien ne m'alarmait en sachant mon fils avec elle pour faire le tour du centre-ville.

Je suis rentrée à la maison, je me suis débarrassé de mes affaires, et j'ai vu le sac à dos et les chaussures d'Henry en vrac dans l'entrée. Je les ai rangés et j'ai claqué la porte du placard. J'ai entendu le son de la télé diminuer. Il n'était pas rentré depuis longtemps, peut-être quelques minutes seulement avant moi.

« Bonsoir, mon chéri »

« Bonsoir Maman. »

« Tu as passé une bonne journée ? »

« Excellente. »

« Tu éteins la télé, tu fais tes devoirs pendant que je prépare à manger, s'il te plait. »

« Hm… très bien » Marmonne-t-il en se levant péniblement du canapé.

« Ça te dis une partie d'échec après le diner ? ça fait longtemps que l'on n'a pas joué. »

Il s'est retourné, l'air étonnée. Décidément c'était l'effet que je faisais à tout le monde aujourd'hui.

« Euh… si tu veux, maman. » Dit-il avant de monter les escaliers en trainant son sac derrière lui.

J'avais décidé d'opter pour une autre stratégie et d'honorer ma promesse faite à Ruby. Je ne dirais rien. Pour l'instant.

Après le diner, nous avons entamé une partie. Il était plus doué que dans mon souvenir. Je l'ai envoyé se coucher en le félicitant pour ses premiers déplacements, il commençait à bailler et demain il y avait une matinée d'école. Il me jura de finir cette partie avec moi avant la fin de la semaine et j'étais de nouveau une mère comblée. J'en oubliais presque les mensonges sur son escapade avec le Shérif Swan et tous ces débordements des semaines passés.

Il était vingt-trois heures quand j'ai vérifié qu'il dormait profondément au fond de son lit et que j'ai quitté la maison en silence.

J'ai remonté Mifflin Avenue à la lueur des réverbères, j'ai traversé le centre-ville en empruntant les ruelles et les contre-allées. J'évitais le boulevard et les grandes places. J'avançais rapidement, j'ai remonté le col de mon manteau, les nuits commençaient à être fraiches. Et je suis enfin arrivée à destination : la boutique d'Antiquité de Mr Gold.

J'ai frappé à la porte de service dans la contre-allée. Il n'y avait pas de lumière dans le magasin ni dans l'arrière-boutique mais je savais qu'il était encore là.

Il n'était pas chez lui, il était rarement au Manoir avec sa femme, le Manoir de l'Obscur comme les gens l'appelle ici depuis toujours. Les gens appelaient aussi le Manoir Mills, le Palais de la Reine sans cœur, en référence à ma chère mère. C'était charmant, c'était ainsi depuis plus d'un demi-siècle, c'était les ancestrales histoires et querelles de nos familles qui nous avaient valu cet héritage et ces surnoms issus des contes traditionnels que tout le monde murmure dans notre dos.

Puis j'ai vu une lumière au travers des carreaux et j'ai entendu le bruit du verrou s'enclencher et Ruppert m'ouvrit la porte.

« Regina ? Que diable fais-tu ici ? »

« Il y a des choses qu'il faut qu'on mette au point. »

« Quelles choses ? »

« Nous avons un nouveau Shérif en ville… mais je crois que tu es déjà au courant… »

Il soupira lourdement et se décida à me laisser entrer.

Emma Swan :

J'ai diné seule sur une banquette du restaurant, un peu l'écart de la foule qui dînait en famille. J'ai mangé sans conviction mais j'ai remercié Granny pour cet excellent repas. J'ai bu un verre de mauvais vin en ravalant ma peine. J'ai diné avec ma solitude comme tous les soirs de la semaine, mais aujourd'hui, ça me faisait plus mal que les autres fois. Je voyais ma vie défiler, sans personne avec qui la partager. Je voyais les sourires des gens s'afficher et je sentais ma gorge se nouer.

J'ai fini mon verre et je suis sortie prendre l'air.

J'ai marché sans but, sans raison, juste pour sortir de cet enclos où je m'enfermais seule. J'ai parcouru les rues de la ville, sans savoir où aller. J'ai marché jusqu'au Port, encore, j'ai respiré l'air frais du large.

Je tentais de calmer mes nerfs et mes larmes qui montaient sans raison. Je me détestais. Je me méprisais d'être seule au monde. Il devait y avoir une raison si toute ma vie, les gens avaient fuis. Pas de parents, aucune famille d'accueil qui ait souhaité me garder, aucun petit copain qui ait voulu m'épouser – si tenté que j'aurais dit oui - aucune attache, si ce n'est quelques amis que l'on perd vite de vue et surtout un tas de gens que je n'aurais jamais du fréquenter.

Je sentais cette boule dans ma gorge se nouer jusqu'à m'empêcher de respirer et puis il y eut ce sentiment étrange que l'on m'observait. J'ai tourné la tête et scruter les environs dans la pénombre, un bruit de planches en bois qui tombent au sol a résonné. Le temps de me retourner, je n'ai aperçu qu'une ombre qui filait entre les cabanes de pêcheurs et les hangars à bateaux. J'ai tout de suite séché une larme qui m'avait échappé et je me suis lancée à la poursuite de l'ombre.

Ma raison à pris le dessus sur mon angoisse et j'ai couru après cette ombre à en perdre haleine. Je me suis faufilée dans les ruelles du Port, entre les hangars et les baraques en bois, puis j'ai escaladé des barrières, et pénétré dans des jardins pour suivre l'ombre mais je l'ai vite perdu une fois arrivée dans la grande rue. Cette sensation étrange qui m'avait parcouru me quitta aussitôt. Le frisson qui m'avait traversé disparu et tout redevint calme. Mon cœur a ralenti sa course et mon esprit s'est apaisé. J'avais même peut-être imaginé cette ombre. J'allais peut-être tout droit vers la dépression. Cette mutation aurait peut-être raison de moi après tout. J'avais peur pour ma carrière, je n'avais que ça, et j'avais déjà bien œuvré à la foutre en l'air. J'étais plus calme, seule au milieu de la route, en pleine nuit mais je n'étais pas moins triste et déboussolée.

J'ai continué de trainer ma solitude dans les rues, je me suis arrêtée pour admirer quelques jolies bâtisses, je me suis perdue dans des rues secondaires puis j'ai retrouvé le centre-ville. Il était déjà bien tard mais la fatigue et le sommeil me fuyaient ce soir, comme souvent d'ailleurs. J'ai reconnu quelques magasins que Henry m'avait fait découvrir, je suis passée devant le magasin d'Antiquité de ce mystérieux Mr Gold et en dépassant le magasin, mon regard a été attiré par une ombre qui fuyait dans la contre-allée.

J'ai cru avoir retrouvé cette ombre terrifiante que j'avais pourchassé plus tôt, mais je ne ressentais pas de peur cette fois-ci. Je l'ai suivi mais ce n'était pas la même, moins massive, moins rapide, plus légère et plus élégante. L'angoisse m'avait quitté mais l'intrigue s'était emparée de moi. Je ne savais pas où j'allais, à chaque virage, à chaque croisement, je sentais que je la perdais, et puis, quittant les ruelles, j'entendis un bruit de talon sur le bitume.

J'ai accéléré le pas, j'ai regardé à l'angle de la rue mais l'ombre avait disparue. J'ai poursuivi un peu hasard, j'ai emprunté des petites rues inconnues, j'ai sursauté toute seule dans le noir quand un chat a sauté brusquement sur un couvercle de poubelle en métal, ce qui m'a presque valu une crise cardiaque. J'ai regardé le chat repartir, sautant de barrière en barrière, pour monter sur des murets qui le menait jusqu'aux toits. J'ai regardé sa silhouette se détacher dans la lune et j'ai poursuivi mon chemin dans la pénombre.

J'étais persuadée d'avoir encore laissé filer mon ombre suspecte quand je me suis retrouvée dans un petit parc avec de grands arbres dont les allées étaient éclairées par de petits spots enterrés dans le sol. Mais tout au fond, à contre-jour, près d'une grande grille en fer forgé, mon ombre était là, marchant tranquillement, passant les portes du parc pour disparaitre à nouveau. Je me suis mise à courir, j'ai enjambé les parterres de fleurs pour éviter les détours et virages du chemin qui serpentait dans le parc.

J'ai débouché à toute allure à l'entrée de Mifflin Av., sous un lampadaire, j'ai aperçu encore cette ombre fine, je la suivais encore, je détaillais mieux ses formes et sa démarche et puis soudain elle disparut pour de bon. J'ai continué de marcher, l'air de rien, je reprenais mon souffle et puis je me suis arrêtée sur le trottoir. J'ai reconnu les lieux. J'étais devant le Manoir Mills.

Soudain, je me posais la question, cette silhouette fine dans un grand manteau noir, que je poursuivais à l'instant, était-ce Madame le Maire ? Que faisait-elle dans les rues de la ville en pleine nuit ? d'où venait-elle ? Du magasin de Mr Gold ? Et moi qu'est-ce que je faisais, en plein milieu de la nuit, dehors à poursuivre des ombres, dans cette charmante ville totalement paisible, sans délinquance, sans braquage, sans crimes ? Qu'est-ce qui me prenait de suivre des gens qui se baladait probablement sans penser à mal ? Voilà que je trouvais le moyen de suspecter tout et n'importe quoi. Il était temps que je rentre et que je dorme.

Pourtant je restais planté là sur le trottoir. La personne que j'avais suivi sur le Port m'avait filé des frissons dans le dos, je m'étais sentie épiée, presque traquée, mais voilà que là, c'était moi qui traquais, ce qui devait probablement être Madame le Maire en personne.

Je suis restée encore quelques minutes, par acquis de conscience. Si demain j'apprenais qu'un cambrioleur s'était introduit chez les Mills, je ne me le serais jamais pardonné.

Puis une lampe s'est allumée à l'étage et une silhouette s'est détachée dans la lumière, à travers les rideaux, j'ai reconnu Regina Mills. Ça ne pouvait être qu'elle. Elle enlevait son pull, sa silhouette en ombre chinoise s'affinait de plus en plus. J'ai dégluti difficilement, légérement mal à l'aise, j'ai tourné les talons et je suis rentrée à l'auberge.