Salut les gens !

Voilà le chapitre 2, j'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire. Pour l'instant, ça avance doucement, les liens se tissent, mais l'histoire bougera un peu plus d'ici quelques chapitres.

Merci à ceux qui lisent, et particulièrement à Saiken-chan pour ses reviews qui me motivent à poursuivre, ça fait vraiment plaisir de les lire !

Sur ce, bonne lecture ! :)

Chapitre 2

Seuls au monde

Iwa sourit faiblement, songeur, alors qu'il séparait équitablement, dans deux bols différents, le riz vinaigré qu'il venait de préparer, pour son petit protégé et sa propre personne. Nagare aimait bien ce plat, aussi simple fut-il, mais y préférait tout de même les taiyakis qu'il ramenait parfois de ses visites en ville. Il le comprenait, d'un certain coté, ces friandises attiraient tous les enfants du quartier.

« -C'est bientôt prêt, petit ! »

D'ici, il pouvait apercevoir, au bout de l'étroit couloir menant à la chambre du gamin, le visage de son interlocuteur tourné vers lui, un faible sourire sur les lèvres. Le soleil matinal éclairait son visage pâle, cette peau presque diaphane, en contraste total avec ses longues mèches ténébreuses, désordonnées.

« -Bien, Iwa-san. » Répondit-il poliment, avant de retourner à la lecture de son livre, qu'il tenait incliné au-dessus de son visage, faute de pouvoir s'assoir convenablement.

Cette vision le rassura. Depuis quelques jours, et après une nuit particulièrement brutale pour l'enfant, il retrouvait enfin la parole. Et, bien qu'il ne soit pas de nature loquasse, son protecteur préférait de loin ces quelques mots opposés au silence oppressant qui régnait tantôt. Cependant, il restait encore bon nombre de choses que le roi gris se devait de lui expliquer, à commencer par sa nature de roi, justement. Comment réagirait le concerné, lorsqu'il lui conterait la vérité sur leur rôle, et le sien, dans l'atroce incident qu'ils maudissaient chacun ?

Chassant l'appréhension de son esprit, le cuisinier improvisé s'approcha, les bols fumants en main, rejoignant rapidement l'oisillon. Leur appartement n'était pas bien grand, aussi, il ne se trouvait jamais loin de lui.

Intérieurement, il remercia celui qui lui trouva cet abri, un ami de longue date, qui lui devait quelques services, et avec qui il gardait d'ailleurs contact en cas d'ennui. Pas un membre de son clan, il n'en restait aucun, mais une connaissance qu'il appréciait fortement, la seule qu'il lui restait, en dehors de Nagare.

« -Merci, Iwa-san. » lâcha d'ailleurs ce dernier, alors qu'il récupérait son riz.

« -C'est normal. » Son bienfaiteur lui sourit, tendre, avant de l'aider à se redresser, le callant comme à chaque fois à l'aide de ses oreillers.

A priori, le roi vert pouvait se débrouiller seul pour se sustenter, mais il préférait tout de même rester près de lui, et veiller discrètement au bon déroulement du repas. Un accident arrivait vite, et bien que le survivant soit encore capable de se démener sur certain point, il n'en restait pas moins en difficulté.

Et puis, Iwafune devait bien l'avouer, il aimait passer du temps avec lui, même s'il craignait souvent de l'importuner.

« -Iwa-san, puis-je vous poser une question ? » Demanda soudain l'énigmatique gamin, son bol à moitié vide.

« -Je suis là pour y répondre, petit. C'est à quel sujet ? »

Habité au jeune homme peu causant, le blond se trouvait surprit de cette soudaine curiosité. S'étonnait-il enfin de la lueur émeraude émanant de sa poitrine, ou bien des inexplicables sources de l'incident Kagutsu ? A moins que le sujet de sa question ne soit tout autre, plus personnel, peut-être. Après tout, ils ne connaissaient que peu de choses l'un de l'autre, pour l'instant.

-Je me demandais … » Il parut chercher ses mots, un instant, hésiter, avant de planter son regard insondable dans les iris clairs du plus âgé. « Lorsque vous m'avez récupéré, nous ne nous trouvions pas ici, n'est-ce pas ?

-En effet. » Acquiesça son vis-à-vis.

« -Où étions-nous ? »

Iwa hésita à répondre, perturbé par les interrogations de son petit protégé. Devait-il lui expliquer quel rôle il occupait, précédemment ? Il n'en éprouvait pas la moindre envie, cette période de sa vie, si proche, lui semblait pourtant terriblement lointaine, comme un souvenir flou dont il ne voulait plus rien savoir.

Songeant que Nagare ne demandait apparemment rien de bien précis ni d'indiscret, il décida de lui offrit la réponse la plus vague qu'il trouva, arrangée à sa manière.

« -Dans une vieille église, qui en a pris un sacré coup, après cette catastrophe … Mais je ne pouvais pas m'occuper de toi décemment, là-bas, alors je suis vite parti.

-Bien … »

Si la réponse ne le frustra nullement – il ne comptait pas brusquer son hôte, mais il avait bien remarqué, posé sur une étagère, le pendentif en forme de croix – un autre détail le perturbait. Détail qui lui trottait en tête depuis un temps déjà, car, si son protecteur se rendait régulièrement en ville, son propre monde se résumait à ce lit, cette chambre aux murs gris, ses livres, et la splendide vue que lui offrait l'unique fenêtre de la pièce. Parfois, il repensait à son ancienne demeure, les rues où il jouait tantôt, l'arbre sous lequel il s'asseyait pour lire en compagnie d'Ameno. A quoi ressemblait ces lieux empreints de souvenirs, désormais ?

« -Tu voulais autre chose ? » Le devança Iwafune, remarquant son regard perdu, la brève hésitation dans ses propos.

« -En effet. J'aurais une requête à vous soumettre, mais je crains qu'elle ne soit pas réalisable, et gênante pour vous, qui plus est.

-Ca, c'est à moi d'en juger, Nagare. » Lui fit remarquer le concerné, amusé.

L'enfant hocha faiblement la tête. Après tout, il ne risquait rien à demander, mais il n'était pas certain lui-même de ce qu'il désirait vraiment. Et s'il ne supportait pas la vue de son ancien chez lui, dévasté, peut-être inexistant, désormais ? Les rues balayées par le souffle destructeur de l'épée azurée, quoi de plus sûr pour raviver la douleur sourde que lui évoquait sa vie passée ? Il le fallait, pourtant. Qu'il le voit, qu'il comprenne, et qu'il puisse enfin tirer un trait sur tout ça, s'adapter pleinement à cette nouvelle existence au côté de son étrange compagnon. Un mal pour un bien.

« -Si vous le permettez, j'aimerais retourner chez moi. Je veux savoir ce qui est advenu de l'endroit où j'ai vécu. »

Le pseudo-cuisinier se mordit la lèvre, discrètement. Il comprit aussitôt l'importance de cette requête aux yeux de l'enfant, à quel point elle l'éprouverait, mais aussi combien elle l'aiderait à avancer par la suite. Pouvait-il vraiment lui refuser une telle demande, bien qu'ayant conscience des risques qu'il encourait ?

En effet, jusqu'alors, il n'avait toujours pas pu s'assurer de la nature des pouvoirs de son protégé. Enfermé ici, le jeune roi ne risquait rien, mais dehors, à la vue de tous ? Un surplus d'émotion pouvait le pousser à matérialiser son épée, inconsciemment, et il connaissait les dangers qu'un tel acte présentait. D'un autre côté, tôt ou tard, le gamin finirait par révéler l'étendue de ses capacités, s'inquiéter d'un incident inévitable ne rimait à rien. Il espérait seulement que les autres pions de la table de Dresde ne prendraient pas conscience de son existence …

« -Je dois pouvoir t'arranger ça. » Lui affirma le blond en souriant, avant tout soucieux de son bien-être.

Le visage du plus jeune s'éclaira comme rarement, avant qu'il ne reprenne contenance, affichant pour seul symbole de contentement un sourire reconnaissant. Ils échangèrent encore quelques mots, tout en terminant leur repas, puis l'adulte rallongea le garçon, avant de récupérer les bols est leurs baguettes, s'empressant de nettoyer et ranger le tout. La demande de Nagare le motivait soudain, il tenait particulièrement à aider son semblable du mieux qu'il le pouvait, même s'il devait pour cela prendre quelques risques. Prêt à tenter le jeu il attrapa son téléphone – son seul lien avec son unique autre ami – avant d'y composer son numéro.

« -Ash ? » S'exclama-t-il, souriant. « Oui, c'est moi, encore. Merci pour ton appartement, d'ailleurs, je ne sais pas comment j'aurais fait, sans toi. » Ils discutèrent un moment, avant qu'il n'entre dans le vif du sujet. « J'aurais encore besoin de ton aide, si tu n'y vois pas d'inconvenant. Il me faudrait un matériel particulier … »

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Satisfait, Iwafune observa le matériel, un fin sourire étirant ses lèvres. Comme toujours, il pouvait compter sur Ash pour lui livrer ce qu'il lui fallait. Le jeune homme démontrait un talent hors pair pour dégoter ce que chacun demandait, mais en toute honnêteté, le blond ne savait pas le moins du monde comment son proche ami se débrouillait pour acquérir le tout. Enfin, ce n'était plus son problème, maintenant. Il ne pouvait que le remercier, et observer le fauteuil roulant à ses pieds.

« -Merci, Ash ! » S'écria-t-il aussitôt, reconnaissant.

« -Normal, Iwa. Pas de quoi remercier. »

L'homme face à lui – plutôt jeune, les cheveux d'une attrayante couleur argentée, rejetés en arrière, dégageant son visage fin et son regard vert d'eau – peinait encore à s'exprimer, ce constat amusa le roi. Il ne laissa cependant pas la moindre remarque lui échapper, peu soucieux de ses petits défauts de langue. En revanche, le paquet qu'il tenait entre ses mains l'intrigua. Une épaisse poche noire, repliée, que son interlocuteur lui tendit après une brève hésitation. Que lui offrait-il là ?

« -Ça allait avec fauteuil, ancien propriétaire le donnait aussi. » Il toussota faiblement, gêné – par son expression, peut-être ? « Utile pour le petit, je pense.

-Je te remercie encore, alors. Je verrai ça plus tard. »

Le protecteur de Nagare posa le tas sur le fauteuil, satisfait de leurs affaires. Avec ça il pourrait aisément déplacer l'oisillon jusqu'au lieu de l'accident, même si le terrain restait difficilement praticable. Il ne manquait pas de force, de toute façon.

Ouvrant sa chemise, il en tira une certaines sommes, dissimulée dans une poche intérieure, qu'il recompta, avant d'interroger son vis-à-vis au sujet de leur petit échange.

« -Combien je te dois, Ash ?

-Pense pas ça ! » Refusa-t-il aussi tôt, avant de lui sourire, sincère. « Te dois beaucoup, c'est normal. Pense pas payer. »

Surprit – et tout de même soucieux de ne pas priver son curieux contact, lequel ne rechignait jamais à lui venir en aide – Iwafune insista un moment, mais rien n'y fit, son ami n'accepta pas qu'il paya le service rendu. Quelque part, pourtant, sa générosité l'arrangeait, il ne possédait pas d'innombrables fortunes, et l'argent ainsi économisé ne lui serait pas de trop pour prendre soin du petit roi.

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Contrairement aux autres jours, le jeune invalide ne lisait pas. Aujourd'hui, il laissait ses passionnants ouvrages de côté, posé sur une table non loin de lui, et resta tout simplement allongé sur son lit, pensif, perdu dans un monde lointain, l'univers mystérieux de ses pensées les plus intimes. Il lui restait encore beaucoup de question à poser, lesquelles ne trouvaient pour l'instant pas de réponse plausible dans son esprit d'enfant, cependant, il était trop tôt, il ne pouvait les soumettre à son bienfaiteur, tout du moins, pas avant que ce dernier ne lui ai montré ce qu'il désirait tant voir. D'abord, il voulait constater, réaliser pleinement, faire face. Ensuite, il chercherait à comprendre les causes. Chaque chose en son temps.

« -Nagare, tu dors encore ? » S'écria soudain une voix claire, fort appréciable, qui lui arracha un sourire.

« -Non, Iwa-san. » Il ajouta, ayant bien remarqué l'anormalement longue absence de son unique colocataire. « Vous étiez parti faire les courses ?

-On peut dire ça … »

Un bruit étrange attira son attention. Le nouveau venu semblait se dépêtrer comme il le pouvait. Avec quoi cependant, il n'en savait rien. Que ramenait-il du marché, cette fois ? Il l'entendit jurer malgré lui, et l'objet non identifié tapa contre l'un des murs de l'appartement. Surprit, il crut reconnaitre un faible grincement, puis le son du caoutchouc crissant sur le sol. Au moins, il pouvait être certain qu'il ne s'agissait pas de Tayakis …

« -Vous avez acheté quelque chose d'inhabituel. » Nota-t-il tout haut, curieux.

« -Ça, tu peux le dire ! »

Il rit, apparemment d'excellente humeur, puis, après de laborieux efforts, débarqua enfin dans la chambre, poussant devant ce qui ressemblait à s'y méprendre à un fauteuil roulant. Deux larges roues blanches, d'apparence usée, un tissu vert sombre en guise de dossier et d'assise, le tout accommodé de deux plateformes pour caller les pieds d'un quelconque patient.

Comprenant, Nagare écarquilla les yeux. Non …

« -Iwa-san … » Murmura-t-il, regrettant un instant de ne pouvoir bouger pour s'approcher.

« -Il est assez rudimentaire, mais il devrait tenir la route. Avec ça, je vais pouvoir te sortir plus souvent, petit ! »

Profondément touché par l'attention dont il venait de faire preuve, le jeune infirme lui jeta un regard emplit de reconnaissance, comme il n'en laissa jusqu'alors jamais voir. Il désirait pouvoir se déplacer, certes, mais le porter aurait largement suffit. Il ne pesait pas bien lourd, fluet de nature, et le blond démontrait déjà de sa facilité à le soulever chaque fois qu'il devait l'aider à se rendre dans la salle de bain. Pourtant, cet effort, il venait de le faire, pour lui, pour répondre à cette requête si importante à ses yeux, et, toujours, sans rien lui demander en retour …

« -Merci beaucoup. » Finit-il par lâcher, ne trouvant d'autre mot pour lui exprimer sa gratitude.

« -Tu me remercieras lorsque je t'aurai emmené faire un tour en ville avec. Mais pour l'instant, on va commencer par un tour dans la cuisine. Ça te dirait de prendre ton repas autour d'une table, pour une fois ? »

Nagare hocha la tête, attiré par l'idée, laquelle lui apporterait un semblant de normalité, au cœur de ce quotidien bien éloigné de son habituel mode de vie.

Iwafune s'occupa donc du repas, comme chaque jour, et disposa cette fois les deux assiettes sur la table haute de la cuisine, presque aussi impatient que son petit compagnon. Le garçon paraissait bien heureux, depuis qu'il avait aperçu le fauteuil, et ce bonheur-là contaminait le jeune adulte. Quelque part, et sans s'en rendre compte, l'infirme le poussait à s'accrocher, malgré la dureté de son sort, le deuil de son ancienne vie. Il lui offrait une raison de se donner corps et âmes. Un but, prendre soin de lui, l'aider tout autant qu'il aidait.

Une fois le tout préparé, il s'approcha du lit, et découvrit le sujet de ses attentions, avant de passer l'un de ses bras sous ses jambes, l'autre derrière son dos, le soulevant sans encombre. Bien que le trajet se révéla particulièrement court, le petit être eut immédiatement le réflexe de passer son propre bras autour de ses épaules, agrippant sa frêle main à la fourrure noire de la capuche de sa veste. Le cuisiner déposa ensuite son fardeau sur le fauteuil, puis cala correctement son dos contre le dossier, ses pieds sur les supports prévus à cet effet, afin qu'il ne se sente pas mal à l'aise. De lui-même, l'infirme posa ses mains sur les accoudoirs, quelque peu surpris par cette nouvelle position. Elle ne lui déplut pas, cependant, et il s'en accommoda bien vite.

« -Alors, petit prince ? » Plaisanta amicalement l'adulte.

« -Le prince est à son aise. » Répondit le concerné, souriant, tournant légèrement la tête pour observer la pièce autour de lui sous un angle inédit.

« -Bien, dans ce cas, je m'empresse de vous délivrer votre repas ! »

Il le conduisit ainsi dans la cuisine, bien heureux du sourire satisfait qu'il pouvoir admirer sur ses fines lèvres. Pour l'instant, la trouvaille d'Ash se révélait fort plaisante. Mais, qu'en penserait-il, une fois qu'il lui faudrait inévitablement amener l'enfant sur les lieux de son passé, de ses désirs ? Il ne sourirait plus, alors. Lui poserait-il enfin les ultimes questions, celles qui lui délivreraient les clefs de l'incident majeur de leur vie, et particulièrement de la sienne ?

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Une fois le soir venu, le soleil dissimulé sous une épaisse couche d'immeubles plus hauts les uns que les autres, Iwa et son protégé rentèrent à l'appartement, tous deux pleinement comblés par la journée qu'ils venaient de passer. D'un commun accord, tacite, mais clair pour l'un comme pour l'autre, ils n'initièrent pas le jour même leur petite visite sur les lieux ravagés par la chute de l'épée de Kagutsu. Demain, pas aujourd'hui.

Nagare eut ainsi le loisir de découvrir les rues de son nouveau lieu de vie, le rire des enfants insouciants qui couraient le long des couloirs ruraux, l'odeur des taiyakis tout chaud – le blond lui en acheta d'ailleurs quelques-uns – la chaleur de l'astre d'or sur la peau pâle de ses mains découvertes. Tantôt, le regard des autres, curieux, se posait sur lui, et sur le fauteuil que son compagnon de promenade poussait, mais il ne s'en offusqua pas. Lui aussi, plus jeune, il dévisageait les infirmes de la même manière, sans comprendre, et sans savoir, surtout. Plutôt que de s'attarder sur ce petit désagrément, il préféra profiter pleinement de la journée offerte, jusqu'à ce que la nuit approche, les poussant à rentrer.

« -Alors, cette petite balade ?

-Les taiyakis sont encore meilleurs, aussi chauds. » Conclut le garçon.

Ces quelques mots amusèrent leur destinataire. Au moins, il savait de quelle manière lui faire plaisir à coup sûr.

Sans plus attendre, Iwafune poussa le jeune homme jusque dans sa chambre, prenant grand soin de ne pas faire taper ses genoux contre les murs de l'appartement. Le couloir était étroit, il ne voulait pas risquer de le blesser, ni de lui causer un quelconque désagrément. Une fois dans la pièce, il nota alors le paquet présent sur le lit, celui qu'Ash lui donna en supplément. Hâté à l'idée de faire part de son petit cadeau au concerné, il en oublia de vérifier le contenu du sac, lequel l'intriguait maintenant bien plus. Il ne fut pas le seul, d'ailleurs, à se poser des questions, le plus jeune fixait lui aussi la poche avec attention.

« - De qui s'agit-il, Iwa-san ?

-J'ai eu droit à un supplément, avec le fauteuil. » Expliqua-t-il calmement, le poussant jusqu'au lit, avant de dégager le paquet pour l'y allonger convenablement. « C'était à l'ancien proprio, apparemment.

-Pourquoi ne pas l'ouvrir maintenant, en ce cas ?

-Excellente idée, petit ! »

Et, sans le faire patienter davantage, il saisit la poche noire, lui aussi particulièrement curieux à son sujet. La soupesant, il constata d'abord son étonnante légèreté, elle ne contenait rien de bien lourd. Pas de la nourriture, il l'aurait senti, et son fournisseur se serait chargé de le prévenir. De même pour un objet dangereux ou de fragile, pas une arme, pas de vaisselle. Mais ce devait au moins être utile, sans quoi Ash ne prendrait pas même la peine de le lui donner.

Plongeant enfin la main dedans, il senti un tissu soupe, agréable au touché, puis quelque chose de bien plus solide, lui rappelant le contacte du cuir, comme une ceinture. Des vêtements ? Il n'en possédait que peu à la taille du garçon, tout était à prendre, là-dessus. Il les tira donc sans attendre, et resta sans voix face à ce qu'il trouva entre ses mains, les yeux écarquillé, plus que surprit. Une … Une camisole ? Mais à qui Ash avait-il bien pu acheter ce fauteuil !

« -Apparemment, mon ami nous a fait un cadeau des plus … Originaux … »

Il ne trouva pas d'autres mots pour décrire l'objet qu'il tenait. Un long vêtement de tissu vert, s'accordant avec les mèches folles de l'enfant, le tout parcouru de liens de cuir sombre, qu'il pouvait nouer jusqu'autour du cou du porteur, s'il le désirait. De quoi maintenir immobile le plus réfractaire des patients d'un asile. Mais, jusqu'à preuve du contraire, si Nagare ne pouvait marcher, sa santé mental s'en tirait plutôt à bon compte, après le traumatisme qu'il venait de traverser. Certes, il avait lui-même précisé à son fournisseur que tout lui irait, compte tenu de son manque alarmant de ressource, mais tout de même, pareille chose, aussi excentrique, pour un jeune garçon … C'était encore ça, le plus étonnant. Une camisole, de la taille d'un enfant.

« -Laissez-moi l'essayer, Iwa-san. » Demanda soudain l'observateur, accompagnant ses propos d'un regard appuyé.

« -Essayer … Ça ? »

Surprit par la réaction de son protégé, il agita l'habit, remarquant par la même occasion que le tissu semblait abimé au niveau des jambes, bien qu'en plutôt bon état pour ce qui était du corps et des bras – les manches se perdant dans le dos du porteur. Ainsi vêtu, il ne pourrait se servir des seuls membres qu'il lui restait. Désirait-il vraiment revêtir une tenue aussi incongrue ?

« -Oui. S'il vous plait, Iwa-san. » Insista-t-il, apparemment pressé d'enfiler leur découverte.

« -Bien, si tu le veux vraiment … »

Soupirant, Iwafune décida cependant de ne pas s'opposer à la volonté du garçon. Il déposa leur surprenant présent sur le dossier d'une chaise, et s'assit sur le lit, près du plus jeune. Habitué à l'aider, lorsqu'il s'agissait de se vêtir, il se demanda cependant comment lui faire enfiler l'étrange accoutrement.

Confiant, le demandeur se laissa faire lorsqu'il lui retira son haut, remuant seulement les bras pour l'aider à retirer les manches. Comme toujours, son vis-à-vis démontrait une étonnante douceur, attentif, caressant au passage ses cheveux dans un geste tendre, affichant un air semi désespéré, plus pour l'amuser que par réel ennui.

« -Tu ne pourras pas bouger tes bras, avec, tu sais. Ça ne te gêne pas ?

-Non. » Nagare secoua la tête, avant d'affirmer, serein. « Puisque que vous êtes là pour m'aider. »

Touché, le roi gris n'ajouta pas un mot, ému de la confiance totale que lui vouait son protégé. Intérieurement, il se jura de ne jamais faillir à ces espoirs qu'il lui confiait, comme une main qu'il lui tendait, un appui auquel se raccrocher. Dans leur malheur, le sort leur laissait au moins ce droit, celui de se soutenir mutuellement.

Poursuivant, il fit glisser son pantalon le long de ses jambes désormais immobiles, remarquant combien le tissu se révélait abimé. Le peu d'économie qu'il possédait ne lui permettait pas vraiment de remplir leur garde-robe, et trouver un travail, alors qu'il fallait s'occuper de l'infirme …

Bien qu'il soit peu commun, le vêtement tombait tout de même à pic. Il l'attrapa, d'ailleurs, et notant qu'il semblait fait de la même manière qu'une robe, le lui fit enfiler tel quel, gardant le corps frêle contre lui pour glisser la camisole tout autour. Ainsi enveloppé, l'enfant laissa ses doigts courir sur la surface verte, agrippant par moment le tissu lâche, ni trop rêche, ni vraiment doux. Il sourit. Puis Iwa bloqua, bien qu'à contre cœur, ses bras, comme l'y contraignait les manches perdues dans le dos. Sur la demande du jeune homme, il boucla les liens, y compris celui du cou, sans pouvoir se départir de la désagréable impression de le priver de sa liberté.

« -Alors, comment tu te trouves ? » Le questionna-t-il, tandis qu'il le portait devant l'unique miroir de la pièce.

« -J'aime bien. Pas vous ?

-C'est-à-dire … » Le bond hésita, cherchant ses mots. « Tu n'es pas libre de tes mouvements, comme ça.

-Je ne suis pas libre, tout simplement, Iwa-san. »Répondit simplement le roi vert, sans détacher son regard du reflet face à lui.

Il aimait beaucoup cette camisole, malgré son côté incongru. Déjà, elle démontrait une certaine originalité, laquelle le frappa sitôt qu'il la vit. Ensuite, la couleur s'accordait à merveille avec ses mèches folles, et ses iris d'un gris bleu sans pareil. Il comprenait bien la réticence de son protecteur à la lui faire enfiler, mais au contraire de ce dernier, n'y voyait la pas une prison, sinon celle que son corps représentait déjà. Quelque part, l'étonnante tenue extériorisait l'étouffant sentiment d'impuissance qui le tenait chaque jour, lorsqu'il tentait, sous le coup d'une vieille habitude, de bouger ses jambes, redresser son dos, en vain. Le vêtement lui ressemblait. Sur ce constat, il décida de le mettre aussi souvent que le lui permettrait l'homme qui s'occupait de lui.

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S'il eut encore un cœur, il se serrait emballé, aussi surement qu'il sentait ses mains – solidement attachées derrière son dos – trembler sous le coup de la nervosité. Assit sur son fauteuil, poussé par le roi gris, Nagare peinait à rester calme, le masque impassible qu'il imposait à son visage d'enfant menaçait de se tordre en une grimace apeurée.

Le jour précédent, il donnait son ancienne adresse à son bienfaiteur, lequel s'était ensuite chargé des recherches pour la retrouver. Maintenant, il s'en approchait dangereusement. Dangereusement, oui, car il en venait presque à douter de sa décision. Il ne le réalisait pas vraiment, lorsqu'il caressait simplement le désir de retrouver ce fragment de passé pour s'y confronter, mais dès lors qu' « Iwa-san » le déposa sur le siège de son récent cadeau, son corps ne cessa de le tourmenter, crispé, fébrile, là où son esprit imaginait milles images possible de ce qui fut autrefois sa demeure familiale.

Il avait peur. Peur de ce qu'il verrait, ce qu'il restait de sa vie. La douleur, il apprenait à avancer avec. Ce sentiment d'angoisse, en revanche, qui nouait sa gorge et lui tordait les tripes, se révélait particulièrement désagréable.

« -Nous ne sommes plus très loin. » Fit remarquer le blond, alors qu'il le poussait, évitant autant qu'il le pouvait les gravats jonchant leur chemin.

« -Bien. »

Aucun autre mot ne put sortir de sa bouche, son esprit le tiraillait également, tant qu'il devint pour lui fort difficile de penser correctement. Il devait voir cet endroit. Pour ne jamais regretter, et se détacher, enfin. Accepter pleinement le futur qui s'offrait maintenant à lui. S'il se décourageait, il n'aurait de cesse d'y songer, encore et encore. Hors, il refusait de vivre dans le remord, encore moins dans le doute. Pour avancer, il lui fallait pouvoir affirmer ses choix, ne jamais revenir en arrière.

Autour de lui, le paysage ne s'apparentait à rien, sinon à d'interminables champs de ruines. D'immenses bâtiments anéantis, une mer de murs déchirés, s'élevant désespérément vers le ciel, au milieu de décombres dont on ne distinguait parfois plus rien de la structure initiale. Au sol, des cendres, des pierres, parfois de larges poutres en bois, des éclats de verre. Plus de corps, depuis le temps, on les dégagea tous. Celui de ses parents aussi, très certainement. Et celui d'Ameno, également … Que s'était-on imaginé à son sujet ? Après tout, il n'existait aucun cadavre à son nom, puisqu'en dépit de toute logique, il se révélait toujours vivant. Le peu de famille qu'il lui restait pleurerait certainement sur une tombe vide. Peut-être qu'un tas de chair non identifiable lui avait été attribué, à tout hasard. Et ce serait mieux ainsi. L'orphelin ne voulait pas se raccrocher à son ancienne vie. Aujourd'hui, son monde s'appelait Iwa-san, et il s'en accommodait très bien.

« -Voilà. C'est ici, petit. » Déclara ledit Iwa-san, avant de poser tendrement sa main sur son épaule, en signe de réconfort.

C'est ici … La peur retomba, instantanément. Étonnamment, et logiquement, après tout, Nagare s'attendait à retrouver la vieille maison telle qu'il la laissa, le matin de l'accident, avant de rejoindre son amie au parc de jeu. Mais, exempt de tout espoir, il ne put qu'admirer pleinement la splendeur de la déchéance de Kagutsu. Pas de maison, juste un tas de pierre, quelques restes qu'une structure en bois méconnaissable, un jardin qu'il identifia au vue de la terre retournée, soufflée jusque dans la rue.

Pas de douleur, cette fois. Juste un vide immense. Il venait de perdre les dernières miettes de son passé. Du Nagare Hisui insouciant, qui lisait tantôt sous l'abri des arbres, sereinement, il ne restait rien. Et, malgré la désagréable sensation qui l'oppressait, le creux dans sa poitrine, le garçon su qu'il avait pris la bonne décision. Il ne lui restait aucun regret, désormais. Les miettes balayées, il pourrait enfin commencer à reconstruire.

« -Merci, Iwa-san. » Redressant sa tête pour le regarder, il lui sourit faiblement. « Nous pouvons rentrer à la maison, maintenant. »

xoxoxox

La nuit régnait, et pourtant, nul ne dormait, au cœur de leur petit appartement. Couché – ayant troqué son nouveau vêtement contre un pyjama trois fois trop grand, propriété d'Iwa – Nagare fixait le plafond face à lui, pensif. Il avait vu. Maintenant, ne restait plus qu'à poser les questions qui le hantaient. Hésitant, il se décida cependant à appeler son protecteur, lequel s'approcha en souriant, avant de venir s'assoir près de lui, comme chaque fois qu'ils parlaient. Inconsciemment, cette proximité rassura l'enfant, et il tendit faiblement sa main vers son unique compagnon, qui la saisit sans attendre.

« -Puis-je vous poser encore quelques questions, Iwa-san ? Elles m'empêchent de dormir. » Demanda-t-il posément.

« -Tu veux en apprendre un peu plus au sujet de ce que tu as vu aujourd'hui, je me trompe, petit ? »

Hochant la tête, le plus jeune resserra ses doigts autour de la paume chaude de son interlocuteur. Apaisé, il sourit faiblement, malgré son hésitation à poursuivre. Le souvenir de la lueur verte au creux de sa poitrine lui revint, tout comme l'image des épées, fièrement dressée au-dessus de la ville qu'elles s'apprêtaient à abattre. Mais que risquait-il à savoir, de toute façon ? Il se doutait fortement que son vis-à-vis lui révèlerait une vérité peu conforme à celle qui régissait son monde. Pour autant, elle n'en demeurerait pas moins la vérité.

« -Je te dirai ce que tu veux savoir. A toi de voir si tu me crois, ou non. Et … » Il hésita, détournant le regard, avant de soupirer. « Et si tu me pardonnes.

-Vous n'avez rien fait de mal, Iwa-san. » Décréta le garçon, un instant surprit par le sérieux dont il faisait preuve, d'un naturel pourtant fort plaisantin.

« -J'aurais pu éviter quelque chose de mal. C'est tout comme. »

Dans son regard, il put lire l'étendue de sa tristesse, celle-là même qu'il y découvrit des jours auparavant, peu après son réveille. De la douleur dans chacun de ses gestes, du remord dans ses propos, des pleurs dissimulés derrière cette voix vibrante de gentillesse, ceux de son cœur, sûrement. Le blond prit sur lui, si tôt qu'il s'éveilla à sa nouvelle vie. Il souriait, riait, plaisantait, prenait soin de son corps infirme, le protégeait, tout simplement. Mais, malgré ses efforts, il n'avait jamais su effacer complètement ses fantômes aux yeux du gamin. Ou bien, était-ce le plus jeune des deux qui se révélait trop perspicace ?

« -Comment tout cela est-il arrivé ? Je … Dans le ciel, avant que le chaos ne s'abatte, j'ai vu quelque chose. Comme deux épées.

-Et tu n'as pas rêvé, Nagare. »

Alors, il commença à lui expliquer, point par point, l'histoire des rois, la naissance de leur étrange règne, le jour de la découverte de la table de Dresde. Il ne s'attarda que peu – voir pas – sur l'énigmatique roi d'Argent, dont personne ne parlait plus, sinon pour le désigner comme étant le premier d'entre eux, et l'homme qui s'était enfui au-dessus des nuages.

Il en vint assez vite au récit des éternels conflits entre les seigneurs rouges et bleus, et aux causes de l'indicent, l'épée de Kagutsu ayant dépassé ses limites. Il n'omit rien quant à son propre rôle de protecteur, auquel il faillit bon gré mal gré.

« -Pour en venir à toi … Les rois peuvent apparaitre au sein de leur propre clan, une fois leur précédent meneur décédé. Mais il arrive aussi qu'ils s'éveillent tel quel, sans raison apparente, au gré des caprices de la table de Dresde, comme les Strains. »

D'un geste doux, il abaissa le col trop large de l'enfant, dévoila son torse, avant d'effleurer sa peau, là où aurait-dû se trouver son cœur. Nagare, tentant de voir ce qu'il lui montrait, voulu se redresser, sans succès. L'effort suffit cependant à raviver la lueur enfouie au fond de lui, et aussitôt, sa peau s'illumina, diffusant en sa chair une chaleur agréable. Il reconnut sans mal ce phénomène.

« -Tu aurais dû mourir dans cet accident, mais elle en a décidé autrement. Et elle a fait de toi le prochain roi vert. C'est ce qui te maintient en vie.

-Comment pouvez-vous en être sûr ? » L'interrogea ledit roi. « Je pourrais tout aussi bien être une Strain, non ?

-Non. » Le concerné secoua la tête. « Ce jour-là, quand je t'ai retrouvé, ton épée flottait également dans le ciel. »

Il le recouvrit, et la lueur s'éteignit petit à petit. Pas un mot, juste le silence. Le plus jeune pensait, le plus âgé attendait, le cœur lourd, sans vraiment savoir quoi. Il aurait voulu, au fond, entendre son interlocuteur lui accorder ce qu'il recherchait désespérément, pour avoir failli à son rôle : le pardon. Mais le mystérieux gamin ne semblait pas vouloir ajouter quoi que ce soit. Lui en voulait-il ? Cette idée l'effraya. Le poids des regrets se révélait déjà pesant sur ses épaules, qu'en serait-t-il s'il devait, par-dessus, essuyer les reproches de son compagnon de fortune, celui-là même qu'il ne put sauver ?

Pour sa part, le petit juge songeait, encore. Si invraisemblables qu'ils pouvaient être, les propos d'Iwa n'en demeuraient pas moins l'unique réalité qu'il devait accepter, pour les preuves qu'il possédait déjà, et la confiance qu'il témoignait à son sauveur – représentait-il autre chose, à ses yeux ?

Sans lui, bien que vivant, il aurait erré au milieu des décombres, sans espoir, sans avenir non plus. La solitude de l'orphelinat, ou la chaleur inacceptable de son arrière famille – si tant est qu'elle ait pu survivre, il n'en savait rien –, il n'en voulait pas. Parce que là-bas, aucun ne comprendrait sa douleur. Oui, d'autre vivaient désormais sans parents, sans enfants, sœur, frère, cousin, ami. Mais ils souffraient de la perte, pas de l'accident. Nagare, lui était un Survivant. Et, de tout le Japon, de toute la terre, même, il n'en existait qu'un seul autre à ce jour, Iwafune.

Il trancha. Ce que loi roi Gris lui révélait ne pouvait-être que la vérité. Il l'accepta.

« -Iwa-san ? » Demanda-t-il simplement, au bout de plusieurs minutes, tournant son insondable regard dans sa direction.

« -Oui, petit ?

-Vous resterez toujours ?

-Toujours, Nagare. » Il serra sa petite main. « Je veillerai sur toi, ne t'en fait pas. Et je ne manquerai pas de te rapporter tes Taiyakis.

-Alors tout va bien. »

Il sourit. La douleur, les souvenirs, tout ça ne disparaitrait pas de sitôt, évidemment. Le deuil allait à son rythme, et il n'était pas encore prêt. Mais tant qu'il pourrait rester au côté de son protecteur, tout irait bien, oui. Il ne doutait pas un seul instant que son ami prendrait soin de lui, qu'il le comprendrait. Peut-être parce que cet individu l'avait sauvé, il lui vouait une confiance inébranlable. Il ne lui fallait rien de plus, pour reconstruire, petit à petit, et se construire lui-même.

« -Tu devrais dormir, maintenant. Tu ne tiendras pas sur ton fauteuil demain, sinon.

-Restez, alors. S'il vous plait. » Il ajouta, tirant faiblement sur sa manche. « Vous dormez mal, dans le salon. Et je n'aime pas être seul ici.

-Quel petit capricieux. » Plaisanta tendrement l'espiègle roi, lui ébouriffant doucement les cheveux.

Cependant, la proposition de l'infirme le touchait profondément. Il prit le temps de le border, et s'allongea près de lui, se promettant toutefois de retourner sur le canapé de la pièce adjacente une fois son protégé endormi, conscient qu'il risquait de le gêner lorsqu'il plongerait lui-même dans un profond sommeil.

Le petit sombra bien vite, rassuré par la chaleur de son semblable.

Les jours se poursuivirent ainsi, tantôt calmes, tantôt tristes. Mais, comme le craignait Iwa, les pouvoirs de l'énigmatique garçon finiraient par se manifester, et ce bien plus vite qu'il ne le croyait.