BAL ET CONFIDENCES
Vivement le bal ? J'ai vraiment écrit « vivement le bal » dans mon journal ? C'est aujourd'hui, il est 17h et je déteste déjà cette journée ! Qu'est-ce que j'ai fais pour mériter ça ? Une sortie à Pré-au-Lard pour choisir nos robes, je veux bien, j'ai toujours adoré les robes de soirée, et je n'avais jamais trouvé l'occasion d'en porter une. J'en ai trouvé une très jolie, finalement. Noire, toute simple, avec des bretelles un peu larges qui se rejoignent dans la nuque, un décolleté pas trop décolleté, mais qui me met un peu plus en valeur que d'habitude, un dos nus jusqu'au creux des reins, et en bas, une coupe asymétrique : d'un côté la robe remonte juste au dessus du genou, et de l'autre juste en dessous. Comme je suis assez grande, cela donne quelque chose de plutôt pas mal. J'ai aussi acheté des petites bottes noires, pas trop hautes, et un collier et des boucles d'oreilles assortis noirs aussi. Cela donne un joli ensemble sur ma peau mate, et avec mes cheveux noirs. En fait, d'après Alicia, je suis « tout simplement sublime ». Mais Alicia a tendance à trouver tout merveilleux et tout le monde magnifique depuis que George l'a invitée au bal…
Et surtout, ce que je n'avais pas prévu, c'est qu'il faudrait m'arrêter en plein milieu d'une bataille de neige avec les jumeaux pour aller me préparer. A 17h ! Le bal ne commence pas avant trois heures ! En plus, la bataille de neige se passait vraiment super bien, c'était les filles contre les garçons, comme d'habitude, et nous étions en train de les battre à pleine couture. Comme d'habitude… Il faut dire qu'Alicia et Katie ont une technique d'intimidation imbattable : George et Lee n'oseraient jamais leur faire du mal quand elles leur sourient ! Restent Fred et moi, qui nous y donnons à cœur joie jusqu'à ce qu'Alicia me lance une boule de neige par derrière et me dise :
« Allez Angelina, il est largement temps d'aller se préparer ! »
J'ai levé les yeux au ciel, mais je l'ai suivie. Dans les dortoirs des filles, c'était déjà l'effervescence. On ne voyait partout que robes de soirée, mallettes de maquillages, crèmes, peignes, et divers accessoires… Je ne pensais pas survivre à la préparation, alors je ne parle même pas du bal !
J'ai foncé vers la douche, avant même que les filles n'aient le temps de réagir. Elles ont bien essayé de protester, mais j'avais déjà fermé la porte à clef. Ce qui me posait le plus de problème, c'étaient mes cheveux : comment est-ce que j'allais bien pouvoir les coiffer ? Déjà, j'espérais qu'ils se laisseraient coiffer… Les cheveux crépus, franchement, c'est l'horreur, ça n'en fait qu'à sa tête, je vous déconseille absolument… Quand je suis sortie de la salle de bains, vingt minutes plus tard, Alicia et Katie avaient déjà sorti leur tenues, et discutaient des bijoux, foulards, et couleur de maquillage qu'elles devaient porter avec. Je sentais que j'allais être la prochaine victime…
Et ça n'a pas raté : Alicia s'est à son tour enfermée dans la salle de bains pendant que Katie venait voir ce que j'avais prévu de porter. Comme nous avions tout acheté ensemble le matin, ça ne pouvait que lui plaire. Le dernier problème restait donc mes cheveux et le maquillage. Elle a décidé que le mieux serait une petite tresse de chaque côté du visage, faire se rejoindre ces deux tresses dans la nuque pour retenir les autres cheveux. Si tu le dis, Katie… Et pour le maquillage, le mieux serait du noir d'après elle. Pour ne pas changer… J'espérais que Fred aurait une tenue plus colorée que moi.
Ce qui m'a rappelé que j'allais au bal avec lui. Là, je me suis rendue compte que dans moins de 2 heures, je danserais dans ses bras si tout allait bien. Je me suis effondrée sur le lit, incapable de réfléchir plus loin. Pourquoi j'avais accepté d'aller au bal avec Fred ? Je crois que c'est la pire idée de mon existence. Il pense que nous y allons entre amis, et moi qui frissonne déjà à chaque contact physique, je vais devoir danser avec lui sans m'évanouir… Ca promet !
Finalement, nous étions prêtes à l'heure. Alicia avait une jolie robe vert anis, qui allait bien avec sa peau pâle, et Katie une robe bleue nuit. En fait, toutes les trois, devant la glace, nous formions vraiment un joli tableau. On aurait pu croire trois filles qui allaient rejoindre leurs petits amis. C'était presque ça… Presque… Mais je ne voulais surtout pas gâcher le plaisir des filles, alors j'ai remballé mes réflexions aigries, accroché un sourire de circonstances à mes lèvres, et nous sommes descendues. C'était bizarre comme sensation : j'allais enfin savoir ce que c'était de danser dans les bras de Fred, et je détestais déjà l'idée. Je détestais surtout l'idée que malgré toutes les illusions que je pourrais me faire, toute cette soirée sonnerait faux, du début à la fin. Comment pourrait-il en être autrement quand deux amis n'ont pas les mêmes attentes…
Nous sommes descendues, donc. Les garçons nous attendaient déjà en bas. Quel cliché… Mais c'était quand même une sensation très agréable de se sentir observée et… oui, admirée en descendant les escaliers des dortoirs. Je crois que nous avions eu raison, toutes les trois, de choisir des robes très… féminines ? Ok, soyons claire, le mot à utiliser ce serait plutôt sexy… En tout cas, c'est ce que les regards des garçons avaient l'air de vouloir nous dire.
Nous sommes arrivés tous les six dans la salle et nous avons attendu que les champions et leurs cavaliers ouvrent la soirée. Il y avait cette française, Fleur Delacour, et Roger Davies, le joueur de Quidditch de Serdaigle, Cédric et Cho Chang, Harry et une des jumelles Patil. J'étais incapable de dire laquelle. Mais Krum et sa cavalière n'étaient toujours pas là. Je crois que personne, dans l'école, ne savait qui était la mystérieuse accompagnatrice.
Et quand ils sont arrivés, le flottement dans l'atmosphère a montré à quel point tout le monde était surpris. D'abord parce que personne n'a reconnu cette splendide jeune fille. Et après, surtout, parce que tout le monde a reconnu Hermione Granger, la miss Je-Sais-Tout de quatrième année. Si vous aviez vu la réaction de Ron, le petit frère de Fred et George ! Toute l'école sait qu'il est amoureux d'Hermione. A part lui et elle. Sentiments partagés, bien sûr. Ils sont simplement trop têtus pour se l'avouer à eux-mêmes, alors à l'autre. Leur situation n'est même pas plus simple que moi par rapport à Fred, parce que je ne suis même pas sûre que l'un des deux se décide un jour. Alors que moi, comme je n'ai aucun espoir, un jour, je me forcerai à oublier Fred, je me plongerai dans une autre relation, je passerai à autre chose.
A la fin de la première danse, les regards se sont détournés des quatre couples qui occupaient la piste, et en quelques minutes, toute l'école était sur la piste, Fred et moi inclus. Nous avons dansé pendant ce qui m'a paru durer des heures. Mais des heures merveilleuses, où j'ai réussi à oublier tout ce qui me passait par la tête, tous ces sentiments que je ne devrais pas avoir à propos d'un ami, en me concentrant uniquement sur ce que faisaient mes pieds et mes bras. Merveilleux exercice de relaxation, pour faire le vide dans son esprit, la danse. Et aucun contact physique avec Fred ne m'a fait sortir de cette transe, jusqu'à ce que retentissent les premières notes d'un slow dans la salle.
J'ai retenu ma respiration, espérant que Fred ne prenne pas la direction de notre table pour me proposer une Bièraubeurre. Et il ne l'a pas fait : il a placé ses bras autour de ma taille, j'ai réprimé un frisson, et nous avons dansé, et j'ai fait comme si de rien n'était, comme si je n'étais pas dans les bras de quelqu'un que j'aimais désespérément. Parce que c'était enfin clair pour moi. Si je n'avais pas Fred, je serai incapable d'aimer quelqu'un autant que lui. Ça a l'air un peu mélodramatique, ce genre de réflexions, à 17 ans, sans doute. Mais quand on baigne dans la magie depuis tant d'années, on a appris que certaines choses doivent arriver, d'autres non, que certaines personnes laissent une marque plus profonde que d'autres.
Bref. A la fin du slow, comme n'importe quelle fille au monde j'imagine, j'ai espéré, un court instant que Fred m'embrasse. Nouvelle erreur de jugement. Ce n'est pas son genre, et surtout ce n'est pas son genre avec moi. Il m'a simplement souri, de ce sourire qui me donne un coup au cœur à chaque fois, et nous sommes retournés à la table, comme si de rien n'était. Le bal était presque terminé, nous avons passé les derniers moments à discuter comme nous le faisions avant, avant que tout ne devienne inconfortable entre nous, avant que je ne me rende compte de mes sentiments. Avant…
Quand nous sommes remontés dans les dortoirs, une demi-heure plus tard, à peine, Katie et Alicia étaient dans un état très proche de l'hystérie. Elles criaient partout, n'avaient pas l'air le moins du monde fatiguées. Je me suis décidée, il était temps que mes deux amies sachent ce que j'avais sur le cœur.
« Les filles ? Vous pourriez vous calmer ?
- Pourquoi ?
- Je dois vous parler…
- Katie, tais-toi, je crois qu'on va avoir le droit à des confessions en règle !
- C'est pas la peine que je vous en parle, alors, si vous êtes au courant avant moi !
- Si tu as enfin l'intention de nous avouer que tu es folle amoureuse de Fred… Franchement, non, c'est pas la peine ! Ca fait longtemps qu'on l'a deviné ! dit Katie
- Avant moi, probablement… Ca se voit tant que ça ?
- No comment, Angelina… Et on peut même rajouter que Fred est amoureux, lui aussi, mais trop obstiné pour s'en rendre compte. Vous savez à qui vous me faites penser, vous deux ? Ron et Hermione !
- Bah voyons, Alicia ! T'en as d'autres des comme ça ? Si ce que tu dis est vrai, alors pourquoi il ne dit rien, pourquoi il ne fait rien pour arranger la situation, vous pouvez me l'expliquer vous ? Moi, je crois que je peux : c'est tellement simple : Fred.Ne.M'Aime.Pas ! Simple, non ?
- Angelina, tu veux qu'on parle à George, ou à Lee ?
- Non, mais ça va pas ? Ne vous avisez pas de faire la moindre petite allusion sur ce sujet à ces deux là, ou je peux vous jurer que vous entendrez parler de moi ! »
La discussion a continué sur cette lancée pendant un bon moment encore, mais j'ai réussi à les convaincre de ne rien dire, de laisser les choses suivre leur cours, si « les choses » existaient. Rien n'est moins sûr.
Vous savez quoi ? Je suis incroyable : avant de passer une soirée avec Fred, je déprime, après avoir passé une super soirée avec Fred, je déprime, si Fred ne m'avait pas invitée pour cette soirée, j'aurais déprimé… Est-ce que je vais me satisfaire de ce que j'ai, un jour ? Pas tant que tu ne l'auras pas, lui…
Tais-toi, petite voix, tais-toi, tais-toi, tais-toi ! Même si tu n'as pas tort…
Voilà, voilà, nouveau chapitre, un peu plus court sans doute, j'espère que ça vous a plu quand même. Je ne peux pas vous garantir de suite dans le week-end, mais peut-être… J'attends vos reviews avec impatience, c'est un peu mon moteur…
