Bonjour tout le monde !
Vous avez vu ? Un délai respectable entre deux chapitres ! Applaudissez-moi !
Donc, au menu aujourd'hui : Arthur, ce brave Arthur, ainsi que l'arrivée d'un nouveau membre du personnel mobilier pour qui j'ai de grands projets.
Mille mercis à tous pour toutes vos reviews, j'en revenais pas, il y en a tellement ! Je vous aime, très chers lecteurs ! Un merci à tous ceux à qui je ne peux répondre (aux guests donc) : Violette, Fan, Hello3, BillyKills et NiilLoow. Merci, merci, merci ! (Quand aux autres, je vais vous répondre pendant que le chapitre attend d'être public.)
Bonne lecture à tous !
Disclaimer : La Belle et la Bête appartient à son auteur et les personnages de Merlin sont ceux de la BBC, donc rien, sinon l'intrigue, ne m'appartient.
Chapitre 3
Merlin était terrifié. Véritablement, cruellement, affreusement terrifié. Il en était malade, à hurler de la sorte, frappant contre les barreaux de sa cage dans laquelle on l'avait enfermé. Comme un animal.
Il déploya toutes ses maigres forces à tenter de forcer la serrure, frappant la porte d'un coup d'épaule, criant à en perdre la voix, crachant des menaces à la face des murs tristes, humides et sales qui l'entouraient. Il avait peur. Vraiment peur.
Le pire, sans doute, et peut-être bien était-ce la véritable raison de sa terreur, était le fait que sa magie semblait avoir disparu. Sa magie qui avait été sur le bord de l'explosion à l'apparition de ce prince encagoulé et qu'il avait refreinée jusqu'au dernier instant, de peur d'aggraver son cas avant de réaliser, une fois jeté comme un vulgaire sac dans cette cellule miteuse et qui lui donnait des tendances claustrophobes qu'il ignorait avoir, qu'elle n'était plus là. Car quelque chose la bloquait, l'empêchait de démanteler cette maudite porte et d'assommer ce prince cruel pour pouvoir s'enfuir (et hésiter entre courir dans les jupes de sa mère ou agir enfin comme un homme en reprenant son voyage en direction de la ville).
Il pleurait depuis quelques minutes déjà quand il s'en rendit finalement compte et se laissa glisser le long de la porte métallique en essuyant furieusement ses joues avant de laisser lui échapper un long gémissement, cachant son visage dans ses bras qu'il avait entourés autour de ses genoux. L'endroit était d'une saleté repoussante, Merlin le sentait, bien que la cage fut plongée dans la pénombre. Cela ne l'aurait pas étonné qu'un squelette soit étendu dans l'un de ses recoins et cela ne le fit que se recroqueviller d'avantage dans son désespoir. Les mouches bourdonnaient autour de sa tête et il les chassa machinalement avant que sa main n'entre en contact avec l'une d'elles, et une vieille sensation lui enserra l'estomac.
- Mais bien sûr ! souffla-t-il en redressant brusquement la tête.
Sa privation de magie avait éveillé d'autres sens, ces sens primaires et instinctifs qu'il avait oubliés et inconsciemment ignorés depuis qu'il avait appris à développer sa magie concrète. Ces capacités qu'il avait eues petit, la magie brute ces gestes qu'il pensait naturels mais qui créaient des sueurs froides à sa mère, qui le faisaient se perdre des heures durant dans la forêt (mais jamais de l'autre côté du ruisseau, car sa mère l'aurait tué, et sa mère savait toujours quand il faisait des bêtises, même quand il inventait le meilleur mensonge au monde). C'était ce petit fourmillement de vie frôlant l'empathie, cette manifestation de la vie, cette invitation à pénétrer l'esprit d'autres êtres vivants.
Enfant, Merlin avait arpenté l'esprit de presque tout animal ou insecte qu'il avait pu croiser, jusqu'à ce que la magie concrète prenne le dessus sur l'instinctif, et sans doute la première était plus sincère que la deuxième, car quelque soit la forme de science ou magie noire qui refreinait ses pouvoirs, elle ne pouvait aller à l'encontre de sa nature première.
Doucement, il se laissa bercer par le bourdonnement des mouches jusqu'à ralentir les battements de son cœur, laissant son esprit entrer en contact avec celui de l'insecte, l'interpeller et lui demander l'autorisation d'user de son corps pour un petit moment. Bientôt, sa vision du monde se retrouva changée en un kaléidoscope et un instinct primitif vint presque faire perdre son objectif et lâcher prise : une recherche constante de lumière. Ou encore cet appétit morbide pour ces saletés faites par les rats.
Si Merlin avait été dans son corps, il en aurait frissonné cependant, ses anciennes habitudes prirent le dessus et il commanda à la mouche de quitter la cage et partir en quête d'informations utiles à sa prochaine tentative d'effraction. Il se faufila par les barreaux placés au niveau des yeux d'un humain et se sentit légèrement victorieux à l'idée qu'une telle échappatoire lui était, au moins, permise. Cela était rassurant. Un peu rassurant. Dans le cas où il ne parviendrait à s'enfuir. Son esprit, lui, pourrait s'échapper.
L'extérieur était humide et sombre, uniquement éclairé par une vieille torche qui ne tarderait bientôt plus à s'éteindre. Il échappa à cet attrait soudain qu'il eut pour une immolation idiote et se voleta en bas des escaliers en colimaçon plongés dans la pénombre, rejoignant ces couloirs redevenus chaleureux dans lesquels cet homme encagoulé à la force surprenante l'avait trainé, ignorant l'aide qu'aurait pu lui apporter ses gardes enchantés. Il sentit vaguement la colère bouillonner dans son corps laissé à l'abandon un peu plus haut et tenta de se réorienter, guettant la moindre voix ou grognement qui aurait pu le mener au prince.
Car la vérité était qu'en dépit de sa panique, il était terriblement intrigué par ce château rayé des cartes, visiblement touché par une magie terriblement puissante. En tant que sorcier, il se devait de percer à jour ce mystère. C'était un désir perçant qui lui fit oublier son premier plan qu'était l'inspection des environs, la recherche d'un nid de rats qu'il aurait pu posséder pour lui ramener une clef, la fabrication d'un plan mental qui lui permettrait de s'échapper dans une relative discrétion.
Il erra sans doute un bon quart d'heure dans ce dédale de couloirs jusqu'à rejoindre un coin plus sombre que l'était le reste du château où, étrangement, semblait régner une certaine agitation. Les armures y patrouillaient à intervalles réguliers. Chaises, plumeaux, lampes, services à thé ou autre inepties du genre s'y promenaient tranquillement, sans doute affairés à de nombreuses affaires de maintenance du château, et bientôt, des éclats de voix se firent entendre.
Le prince sévissait.
Merlin voleta nerveusement dans la pièce à la porte laissée entrouverte et se retrouva dans un grand salon, voire même antichambre, qui aurait sans doute pu être d'un luxe sans égal si une pagaille visiblement récente n'y avait été installée. Une pagaille comme Merlin n'en avait jamais vu. Sous le coup de la colère, chaises, meubles, livres et vaisselle s'étaient brisés au sol (et Merlin espérait sincèrement qu'il s'agisse d'un mobilier normal et non pas enchanté, car, tout aussi étrange que cela pouvait lui paraître, il aurait été obligé de qualifier ces destructions de meurtre). Les rideaux avaient été arrachés de leurs suspensions et de la cendre s'était échappée de la cheminée où ronflait un feu que le jeune homme s'amusa à qualifier de terrifié. Car tout un chacun, dans cette pièce, était visiblement terrifié, se tenant droit comme un i devant le prince qui faisait les cent pas furieux devant le feu.
Merlin alla se poser gentiment sur le rebord du cadre d'un tableau recouvert d'un drap et écouta attentivement les remontrances faites aux gardes, avant de réaliser que Gwaine faisait partie du lot, posé nonchalamment (Merlin n'avait véritablement aucune idée de la manière selon laquelle Gwaine pouvait avoir l'air nonchalant, alors qu'il n'était qu'une pinte, mais il pouvait jurer qu'il l'était) sur la table basse autour de laquelle se trouvaient mille et un débris. Gwaine pouvait se juger chanceux d'avoir échappé au cataclysme princier.
- Vous croyez que cela m'amuse ? rugissait le prince de sa voix rocailleuse et si peu naturelle. Hein ?! Vous croyez que j'aime ça, laisser ces innocents moisir dans un cachot ?! À chaque fois, il me faut sévir ! Et à chaque fois, c'est de votre faute à tous les six ! Vous rendez-vous seulement compte que votre inconscience me mène à tuer ces gens ? Votre rôle est pourtant clair, il me semble ! À tous ! À tout le mobilier du château ! Les dissuader ! Vous devez les dissuader de découvrir notre nature ! Mais non ! Vous voulez vous amuser, vous voulez les tourner en bourrique ! Il fallait que tu parles, Lancelot ! Il fallait que tu te mêles du travail des gardes, Gwaine, et que vous cinq (Il pointa une main gantée sur les armures qui se hérissèrent encore plus, si seulement cela était possible) vous le laissiez faire ! La magie aurait fait son œuvre ! Il serait reparti et n'aurait plus retrouvé le château !
- Mais qui le croirait ? répliqua Gwaine, et Merlin ne put s'empêcher d'admirer le courage de cette pinte surprenante. Qui croirait ce gamin maladroit, quand il raconterait ce qu'il avait vu ? D'autant plus qu'il ne retrouverait pas le château, comme vous l'avez dit ! Il nous a raconté d'où il vient, et quel idiot du village il fait (à ces mots, Merlin dû se retenir de bourdonner d'indignation) !
- Le risque est trop grand !
- Mon prince, des centaines de personnes ont quitté le château à votre insu ! s'exaspéra Gwaine, comme pour s'adresser à un enfant têtu. Et quoi ? Le château de doit être qu'une légende locale que l'on raconte aux enfants pour les effrayer ! La magie le protège, ou le maudit, je ne sais pas ! Mais ce n'est pas en restant isolés du monde extérieur que nous réussirons à nous en sortir…
- Qui crois-tu être pour pouvoir contester mes ordres ?! hurla le prince en envoyant valser les vases, livres et bibelots posés sur l'âtre de la cheminée. Des centaines de personnes ? Mais qu'avez-vous dans la cervelle ?!
Le prince s'égosilla encore de longues minutes tandis que la pinte levait les yeux au ciel, comme s'il s'agissait d'un sujet fréquemment abordé et qu'il connaissait la tirade de son maître par cœur. Le prince se tût enfin, reprenant son souffle et recommençant son va et vient incessant en un mouvement de cape dramatique.
- Vous avez commis une erreur en enfermant le jeune Merlin, lâcha enfin Gwaine.
- Ah oui, vraiment ? répliqua vivement le prince, à la manière d'un enfant.
- Il a évoqué les quelques problèmes qu'il a dans son village…
- Et en quoi cela peut-il m'importer ?
- Ses problèmes financiers, qui s'accordent avec un mariage arrangé qu'il ne désire en rien.
- Que m'importe le mariage de ce manant…
- Cet argent qui lui fait tant défaut, l'interrompit la pinte d'une voix patiente, serait apparemment des plus utiles à sa promise. Or, comme je l'ai déjà dit, il ne veut pas l'épouser, et comme nous le savons, mon prince, l'argent n'est de loin pas ce qui nous fait défaut, à condition que nous puissions l'utiliser.
- Je ne vois pas où tu veux en venir, aboya l'autre.
- Vous auriez pu vous en faire un ami, dit alors Lancelot, qui avait été posé contre le dossier d'un fauteuil. Lui faire comprendre les intérêts que son amie aurait pu retirer de votre rencontre, en espérant que cette première femme à pénétrer le château suffirait à rompre le charme.
- Ferme-la ! répliqua le prince en lui jetant ce que Merlin devina être un regard furibond. Ferme-la ! Fermez-la, tous autant que vous êtes !
Il alla pester un peu plus loin, renversant une nouvelle fois ce qui était posé sur un bureau au bois noble avant de s'y appuyer d'une main, retirant sa capuche de l'autre et se frottant lentement les tempes.
- Je ne veux pas les tuer, grogna-t-il par-dessus son épaule, je ne veux pas qu'on m'approche, je ne veux pas risquer de torturer cette pauvre fille, je ne veux même plus en entendre parler ! Vous savez ce qu'il m'arrive ! Vous savez quelle genre de bête je deviens ! Il en est hors de question, cela fait des années que je vous ai dit de vous faire à l'idée de ce que nous sommes !
Il ajouta alors d'une voix devenue faible, comme s'il se parlait à lui-même :
- Les choses ne sont pas si mal, après tout.
Merlin se rapprocha du rebord de son support, remarquant le crâne sombre et paradoxalement lisse de l'homme, hésitant quelques instants avant de prendre son envol et de se percher sur l'armoire lui faisant face.
Sous le coup de la stupeur, il manqua de perdre son emprise sur le corps de la mouche.
Ce n'était pas à proprement parler un homme. Il en avait peut-être la gestuelle, la colère et la parole, mais à l'image de son mobilier, il n'était plus qu'une vague imitation de ce qu'il avait dû être autrefois. Car de ce que Merlin avait compris, ils étaient dans cette situation depuis bien longtemps. Ce n'était plus un visage que le prince avait, mais une gueule, une gueule aplatie, où son nez se dessinait par des fentes écarlates sur un fond d'écailles sombres où, sur son front, se parsemaient de petites cornes affûtées qui s'épaississaient sur la hauteur. De sa bouche dépourvue de lèvres s'échappaient des crocs, ou plutôt des canines, elles aussi - sans doute – mortelles s'il lui venait de s'acharner sur sa proie. Ce n'était plus un homme, mais un monstre, une bête, au regard aussi glacial que la couleur de ses pupilles qui semblaient s'être posées sur Merlin – alors que Merlin devait lui être invisible, au vu de sa petite taille.
Mais de sa vision kaléidoscopique, il ne put manquer la colère et le désespoir qui s'émanait de ce regard, de ce personnage surréel qu'il aurait sans doute jugé impossible s'il n'avait été aussi proche de la magie. Magie que jamais il n'aurait crue capable d'une telle œuvre. À la vue de ce monstre, cet homme torturé, il en vint à comprendre cette haine que le commun des mortels avait à l'encontre de ses dons, à la partager même, et quelque part dans sa cellule, son corps se vit souffrir d'une puissante nausée due à l'horreur de cette constatation.
Merlin voulait comprendre comment le prince avait pu en arriver là, et il se retrouva surpris par la force de sa curiosité. Le monstre s'éclaircit alors la voix et parla d'une voix redevenue presque humaine :
- Cette fille dont vous m'avez parlé… elle vient de son village, c'est bien ça ?
- C'est ce que nous avons cru comprendre, sire, répondit la voix familière de Perceval.
Le prince baissa la tête sur les quelques feuilles restantes sur son bureau qu'il écrasait de ses mains, et d'un geste brusque qui fit à nouveau virevolter sa cape aux tendances théâtrales, il quitta la pièce. Merlin hésita, puis le suivit, virevoltant à sa suite, passant devant les yeux innocents des gardes qui n'auraient jamais pu imaginer la possibilité d'une telle possession animale – surtout pas sur une mouche.
Le sorcier ne tarda pas à comprendre où se rendait le prince et se dépêcha de le dépasser dans les escaliers en colimaçon pour rejoindre son corps où, d'un simple contact, son esprit regagna sa place originelle. Alors qu'il reprenait petit à petit contact avec ses sens, il se redressa, tanguant légèrement, et quelques secondes plus tard, il entendit le cliquetis de la serrure et la porte s'ouvrit bruyamment sur la silhouette encagoulée du prince. Le jeune homme eut un mouvement de recul alors que la main princière se refermait violemment sur son poignet pour le tirer hors de sa cage, ce qui ne redoubla que la véhémence du monstre.
- Qu'est-ce que vous me voulez ? s'affola-t-il en tirant inutilement sur sa main.
- Tu veux vraiment passer la nuit dans ce trou à rats ? répliqua brutalement l'autre, et Merlin songea vaguement à l'originalité de son offre d'hospitalité.
- Je… non ! Mais…
- Alors suis-moi, et ne fais pas d'histoires. À la moindre tentative d'escapade, je te tuerai sans hésiter.
Merlin se fit tirer hors de sa cage. Il manqua de s'étouffer en sentant sa magie rejoindre brutalement son corps et il se recroquevilla légèrement, ce qui attira l'attention du prince qui le tira par le col pour l'observer attentivement.
- Les rats t'ont mordu ?
- Non, marmonna Merlin, se souvenant de la mise en garde des armures à l'encontre du mobilier au sujet de sa magie, devinant par là même que le prince n'en était pas le plus grand des admirateurs (et il pouvait assez aisément en deviner la raison).
- Alors cesse tes jérémiades. Tu n'es resté qu'une heure là-dedans. On croirait entendre une fille.
Le jeune homme se retint de justesse de répondre à cette pique et suivit docilement le prince hors de la tour, observant le chemin d'un œil neuf maintenant qu'il avait retrouvé une vision normale. Marcher était plus long que voler, et la prise que le prince avait sur ses poignets était assez douloureuse pour que le besoin de se changer les idées vienne à bout de ses instincts de survie.
- Comment vous appellez-vous? demanda-t-il enfin pour briser le semi-silence encore et toujours perturbé par des murmures sempiternels.
- Silence, répliqua l'autre.
Merlin leva les yeux au ciel.
- Moi, c'est Merlin.
Le prince ne répondit pas tout de suite, le faisant traverser une sorte de passerelle longeant un jardin ouvert au sein même du château. La décoration se faisait plus froide, moins pompeuse, comme ils quittaient les pièces principales qui devaient autrefois servir à la réception des invités, et cela n'était pas pour déplaire à Merlin qui voyait dans ces couleurs aux teintes bleutées et argentées un côté plus sophistiqué à cette expansion de richesses propre aux rois des anciens temps.
Avait-il été un bon élève qu'il aurait sans doute été capable de se souvenir de ses cours d'histoire. Il se souvenait de quelques noms – la dynastie de Mercie, de Tintagel… les incontournables, donc. Cette royauté-ci avait dû disparaître subitement, et il ne gardait aucun souvenir d'une telle histoire.
- Arthur, répondit enfin le prince, et Merlin tourna un regard surpris vers lui.
- C'est que vous prenez votre temps pour répondre à une question, vous.
- Ne sois pas insolent, répliqua Arthur en resserrant violemment sa poigne, et le sorcier se demanda brièvement si en plus des crocs, le monstre avait aussi des griffes.
- Je peux rentrer chez-moi, donc ? s'empressa-t-il de demander. Vous avez dit que je ne passerai pas la nuit au château. Je peux donc repartir, n'est-ce pas ? C'est qu'il me faut aller en ville, c'est vraiment important. Je ne voudrais vraiment pas vous déranger et…
- Tu ne quitteras pas le château, le coupa Arthur d'une voix ferme, et Merlin cligna stupidement des yeux.
- Pardon ?
- Tu ne quitteras pas le château. Ni demain, ni dans une semaine, ni dans un mois. Nous ne pouvons te laisser partir. Il en va de la sécurité de tous que le secret de notre existence ne soit pas divulgué au reste du monde. Je suis désolé que mes sujets t'aient embarqué dans cette histoire, et nous ferons en sorte que tu sois le plus à ton aise possible.
- Mais pour qui vous prenez-vous ? demanda âprement Merlin en tentant de se dégager. Vous n'avez aucun droit de me retenir ici ! Vous ne le pouvez pas, d'ailleurs. J'ai ma vie à vivre, une mère à nourrir et des choses à régler, chez-moi…
- Tu ne partiras pas ! rugit Arthur en se rapprochant dangereusement de lui, et comme seule défense, Merlin lui ôta brusquement son capuchon de sa main libre pour exposer son visage défiguré.
Les murmures se stoppèrent au moment même où Arthur le lâcha, comme brûlé, pour se retourner et se cacher à nouveau. Ce ne fut qu'à ce moment-là que Merlin réalisa que le monstre se tenait courbé, car il déplia littéralement son dos pour le dépasser de deux bonnes têtes, grognant à chaque respiration que la colère et la honte avaient accélérée, et il l'attrapa aussi violemment qu'à leur première rencontre pour le trainer le long des deux couloirs restants, avant de le jeter violemment contre une porte qui s'ouvrit sous l'impact.
- Espèce de salaud ! s'exclama Merlin en se tenant la tête à deux mains.
- Tu ne sais rien de la magie qui règne dans ce château. Ce château et moi ne faisons qu'un – essaye seulement de mettre un pas hors de son enceinte que tu te verras tué sans la moindre pitié. Tu nous appartiens, maintenant, et tu resteras bien sage aussi longtemps que durera ta vie.
Sans doute voulut-il ajouter quelque chose, mais il se ravisa et tourna les talons, fermant la porte derrière-lui. Merlin resta immobile à la fixer de ses yeux écarquillés, et ce ne fut que pour vérifier l'état de sa joue qu'il se rendit compte qu'il pleurait. Il était une véritable fontaine, ce soir.
Sa tête le lancinait et il se remit faiblement sur ses pieds, incapable de la moindre pensée cohérente alors qu'il observait d'un air absent la chambre qui lui avait été attribuée. Les murs étaient recouverts d'une tapisserie fine, mais simple, aux tons de bleu et de gris qui faisait se refléter la couleur de la lune au dehors. Une baie vitrée serait désormais sa fenêtre sur le monde, et il y traina faiblement ses pieds pour contempler la jolie vue qu'Arthur avait sans doute voulu lui offrir en compensation – oui, la vue était somptueuse et donnait sur une étendue à perte de vue, encore et toujours encerclée de murailles. Comment ce château avait-il pu seulement passer inaperçu aux yeux des hommes aussi longtemps ? Il avait du mal à croire que la magie puisse prendre une telle envergure. Il y avait là un étang – oui, un étang, un très grand étang -, des arbres, des jardins bien mieux entretenus que la façade du portail qui, Merlin le comprenait maintenant, servait à dissuader les visiteurs indésirables.
Il était épuisé, réalisa-t-il alors. Il songerait à ses problèmes le lendemain, au désespoir de sa mère, à la façon qu'elle aurait de se nourrir sans son aide, ou peut-être ferait-il face à une vérité dérangeante qu'il se forçait d'oublier depuis de longues années – peut-être serait-elle mieux ainsi, sans qu'il soit dans ses pattes à lui retirer le pain de la bouche et lui faire constamment honte.
Et Gwen. Gwen. Il penserait à Gwen plus tard.
Le lit était grand, très grand, et il avait véritablement l'air confortable. Il était même à baldaquin. Merlin n'avait jamais vu de lit à baldaquin, si ce n'était dans son imagination, quand on les décrivait dans les livres. Il s'enfonça tout habillé dans les draps moelleux, propres et doux. Le sommeil l'agressa presque aussitôt, mais une voix vint le sortir de sa torpeur aux vertus amnésiques.
- Merlin… Merlin …
Merlin se redressa d'un bond, observant la chambre dans tous les recoins pour sentir le lit vibrer légèrement sous ses droits et grincer alors que la voix partait dans un rire sardonique.
- Merlin, oui… C'est Magie qui fait sa grande entrée ! Enchanté, jeune sorcier, enchanté. Mon nom est Kilgharrah.
Le jeune homme se laissa retomber sur ses oreillers, portant une main lasse à sa tête, et lâcha d'une voix morne :
- Et v'là le lit qui cause.
Héhé, je ne sais pas si quelqu'un trouvera la référence à la dernière réplique de Merlin ? Bonus cookie pour celui qui le trouve.
Merci beaucoup d'avoir lu, à bientôt pour la suite, et s'il vous plait faites moi part de vos impressions au sujet de ce chapitre ! n.n
OaD
