Chapitre 2
- Alors ? Tu me trouves comment ?
Bilbo tourna la tête vers John qui attendait son jugement d'un air de martyr.
- Ça passe.
John soupira. Il s'observa dans le miroir du salon, dubitatif. Ce soir il sortait. Non pas avec des amis, ou pour draguer les midinettes, mais pour rencontrer son employeur.
Même si les deux frères n'étaient pas en manque de moyen, John n'aimait pas l'idée de dépendre financièrement de ses parents. Il avait donc trouvé un petit boulot à mi-temps, principalement en soirée, chez une logeuse, en tant qu'homme de ménage. Ce n'était pas glorieux certes, mais au moins, il pourrait faire des économies.
Après s'être détaillé une dernière fois dans le miroir, il prit son courage à deux mains.
- Bon j'y vais !
Bilbo ne dénia même pas lui adresser un regard ou un encouragement. Sur le seuil de la porte, John l'interpella.
- Au fait je passe pas loin la bibliothèque dont je t'ai parlé l'autre jour. Intéressé ou pas ?
Il entendit un grand boum équivalent à une chute magistrale de son frère dans une tentative désespérée de se lever en vitesse.
- J'arrive !
En moins de deux minutes, Bilbo avait lassé ses baskets et enfilé une veste. John haussa un sourcil. Pour sûr, leurs dégaines étaient différentes. Lui portait une chemise rayé qu'il avait contentieusement repassé sous sa veste en cuir, ainsi qu'un pantalon noir rentré dans des docs martens. Bilbo n'avait même pas mit de chaussettes, n'avait pas défait les ourlets qu'il avait fait à son pantalon et son tee-shirt était un peu trop grand pour lui. Il enfila une chemise par-dessus et se déclara prêt.
Ils traversèrent la rue en papotant de leurs économies et des restrictions budgétaires qu'ils devaient envisager. Au détour du chemin, John s'arrêta.
- Je continu tout droit, Baker Street est juste derrière l'avenue, dit-il. Pour la bibliothèque, tourne là, et c'est le Mithrandir. Ça a l'air d'un café mais l'amour de ta vie est à l'étage.
Par ''amour de ta vie'', John voulait bien sûr dire bibliothèque. Son frère était un lecteur avide et pour lui, les bibliothèques étaient les plus belles créations de l'homme.
Ils se séparèrent sur un ''bon courage'' de la part de Bilbo et chacun suivit sa route.
Bilbo s'engouffra dans la rue que lui avait indiqué son frère et ne tarda pas à voir le café. Il ne pouvait pas le rater. Il hésita en remarquant qu'il semblait y avoir de l'agitation à l'intérieur. Mais un regard vers les fenêtres de l'étage où il entraperçut des rangées de livre le motiva. Il gravit le petit escalier et inspira profondément en poussant la porte. Il y avait là pas mal de monde et la bonne humeur régnait. À son plus grand bonheur, très peu de personnes le remarquèrent. Gandalf lui fit signe d'approcher et comprenant qu'il s'agissait du gérant, Bilbo traversa la salle d'une traite.
- Qu'est ce que je vous sers ? lui demanda le vieil homme.
- En réalité, on m'a dit que vous aviez une bibliothèque…
Gandalf acquiesça et lui montra la pancarte.
- Pas de nourriture à l'étage, c'est la seule règle, précisa-t-il.
Bilbo sourit et gravit les escaliers le cœur battant la chamade, comme si il passait dans un autre monde. Et le décors à l'étage le ravit. Il visita les salles, fasciné. Il passa ensuite en revue le type d'ouvrage qu'on pouvait trouver, et son coup de cœur pour le Mithrandir fut complet quand il constata que la bibliothèque avait des bouquins divers et variés en abondance.
Il s'installa dans un canapé près de la fenêtre et se plongea dans la lecture d'un recueil de poème tiré au hasard.
De son côté, John arrivait au 221B Baker Street. Il toqua trois fois à la porte, et attendit dans l'anxiété. Une petite femme, d'un âge avancé, mais très élégante lui ouvrit.
- Bonjour madame, je suis John Watson. Je viens pour le travail d'aide ménagère.
- Oh oui, bonsoir, je suis Mme Hudson, la propriétaire. C'est moi qui vous ai eu au téléphone. Entrez je vous en prie.
Elle se décala pour lui permettre de passer, puis le précéda dans le mince couloir. Elle l'invita dans sa petite cuisine et lui proposa un thé.
Ils se présentèrent rapidement, lui expliquant qu'il était étudiant et pour quelles raisons il avait besoin de travailler, et elle fit de même, lui exposant pourquoi elle avait besoin d'une aide. Ils se mirent d'accord sur les horaires,et sur le travail qu'il aurait à faire. Mme Hudson ne logeait qu'une seule personne à Baker Street. Un étudiant également, qui passait soit le plus clair de son temps enfermé dans son appartement du premier, soit vagabondant des jours entiers sans donner signe de vie. La tâche de John était de nettoyer au minimum -et elle insista sur ce point- l'appartement de ce jeune homme et faire les courses alimentaires pour lui -avec l'argent qu'il laissait à cette attention.
John ne posa aucune question bien qu'il trouva cela déplacé de la part du garçon de demander autant de chose à la pauvre Mme Hudson, qui semblait déjà avoir une longue vie derrière elle.
Enfin ils se mirent d'accord sur le salaire de l'étudiant. John ne demandait pas tant que ça et fut surpris que la logeuse insiste pour augmenter le prix qu'il demandait. Pas vraiment à contre cœur mais mal à l'aise, il accepta.
- Et si ce n'est pas indiscret comment s'appelle l'homme chez qui je vais faire ce travail ?
- Sherlock Holmes.
Drôle de nom. Enfin, son frère s'appelait Bilbo, alors niveau prénom bizarre peut être que c'était simplement le sien qui l'était.
Mme Hudson l'invita à se présenter à Sherlock et il la suivit à l'étage. Elle frappa timidement à la porte de l'appartement et entra sans attendre de réponse.
- Sherlock, l'aide dont je vous ai parlé est là.
John fut surpris de découvrir un jeune homme grand et fin, aux cheveux ébènes -et fluffy de toute évidence. Il portait un long peignoir bleu ouvert laissant voir un pyjama en dessous. Les deux étudiants se détaillèrent en silence puis Sherlock rompit le silence.
- Tu me passes ton téléphone ?
- Pardon ?
- Je ne trouve plus le mien. J'aimerais l'appeler.
John sortit son téléphone et le tendit à Sherlock.
- Shenn ou Heisser ?
- Je vous demande pardon ?
- L'école militaire, c'était Shenn ou Heisser ?
John fut abasourdi. Il n'avait jamais rencontré ce gars, n'avait rien dit à Mme Hudson de son lycée, donc d'où diable ce personnage tirait-il l'idée qu'il avait été à l'armée ?!
- Heisser, répondit-il le plus posément possible. Mais comment…
- Vous avez fait l'armée ? s'étonna Mme Hudson. Mais mon garçon que vous est-il passé par la tête ? Vous êtes si jeune !
John ne dit rien, se contentant de fixer Sherlock la bouche à demi ouverte. Soudain le téléphone de Sherlock vibra bruyamment sous le canapé, et il sauta dessus comme un chat sur un rayon laser.
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire il s'était changé et était sur le départ. Il jeta le téléphone de John dans les mains de son propriétaire.
- Mme Hudson mettez moi un en-cas de côté pour mon retour, dit-il d'une voix qui sonnait plus comme un ordre que comme une demande.
- Je suis votre logeuse, pas votre gouvernante, rétorqua la vieille femme. Ça passe pour cette fois, mais vous devez apprendre à vous cuisinez des petits plats, ou au moins savoir réchauffer des surgelés.
Sans l'écouter, Sherlock disparu dans les escaliers.
- Il est toujours comme ça ? interrogea John
- Oh non, la plupart du temps il ne répond même pas, assura Mme Hudson.
John écarquilla les yeux. Sur quel phénomène était-il tombé là ?
Bilbo n'entendit pas les bruits de pas dans le couloir et fut donc tout naturellement surpris quand il se rendit compte qu'il n'était plus seul dans la bibliothèque. Un autre homme fouillait dans les rayons de livres. Quand le blond remarqua qu'il avait levé le nez de son recueil, il lui offrit son plus beau sourire.
- Curieux endroit pour une bibliothèque, hein ?
- C'est ce qui la rend d'autant plus sympathique, répondit Bilbo avec un sourire similaire.
- Fili, se présenta l'étranger en lui tendant sa main.
- Bilbo.
Ils échangèrent une vigoureuse poignée de main, puis chacun vaqua à ses occupations. Sans le vouloir, Bilbo ne put s'empêcher de jeter de discret coup d'œil à l'autre lecteur assis en face de lui. Des rires retentir dans les escaliers, bien vite rappelé à l'ordre par une grosse voix -sûrement celle de Gandalf.
- Ce n'est pas si bruyant d'habitude, déclara Fili en remarquant le trouble de Bilbo. Ce soir est un peu spécial.
- Spécial ?
- On inaugure la nouvelle année.
Bilbo haussa un sourcil. Les sauvages d'en dessous avaient quelque peu besoin de revoir leur calendrier.
- On est tous des habitués depuis un an. On vient régulièrement. Si ce n'est quotidiennement.
- Oh.
- Alors les nouveaux venus on a tendance à les remarquer.
Se sentant visé Bilbo balbutia une excuse incompréhensible. Fili éclata de rire.
- Tu es venus pour la bibliothèque seulement hein ?
- Elle est plus proche que celle de la ville. Et je n'aime pas celle de la fac. Ici c'est bien.
- T'es en quoi ?
- Littérature. Et toi ?
- Socio.
De nouveaux rires leur parvinrent faisant soupirer Bilbo. Ne parvenant pas à se concentrer sur son livre, il engagea la conversation avec Fili.
- Tu lis quoi ?
- Un roman d'aventure. C'est Faramir -un des gars d'en bas- qui me l'a prêté.
Il leva le bouquin pour montrer la couverture à Bilbo sans perdre sa page. Ce dernier rougit légèrement. Fili tenait dans ses mains Pierre de Roi, son dernier roman. Bilbo ne savait pas si il devait être flatté d'être lu ou si il devait avoir peur. Il ne préféra pas demander ce que son lecteur en pensait.
- C'est un bon livre, dit Fili sans se douter qu'il parlait à l'écrivain. Mais l'auteur est un sadique.
Bilbo faillit s'étrangler.
- Un sadique ?
- Il a tout fait pour nous faire aimer un personnage, le rendre classe, aimant et tout, et il le fait mourir dans d'atroces souffrances. Ça m'a déchiré le cœur. Si je rencontre ce Baggins un jour je compte bien lui dire le fond de ma pensée, et par les poings si il le faut !
Bilbo s'enfonça dans son siège. Il venait de se faire un ennemi sans le vouloir. Lui pourtant, il trouvait que tuer des personnages principaux étaient intéressants, en particulier ceux qu'il aimait le plus, car ensuite il pouvait plus facilement se mettre dans la peau des autres personnages. Mais bon, c'était vrai, il était peut être un peu sadique pour penser comme ça.
Il assumait, pas grave !
- T'as déjà lu du Baggins ?
''Du Baggins''… ça faisait auteur connus. Bon c'était un peu le cas mais l'entendre lui laissait une impression étrange.
- Pas vraiment, répondit Bilbo.
Non lui il avait écrit, c'était pas pareil.
- Gandalf a tout ses bouquins, tu pourras en trouver dans la bibliothèque, assura Fili. En tout cas je te le conseille.
A nouveau, Bilbo rougit. Une silhouette se dessina dans l'encadrement de la porte. Un grand homme, large d'épaule, avec une envergure qui imposait le respect, à la belle crinière brune venait d'entrer. Il portait la barbe et semblait peu commode. Son regard d'un bleu glaçant passa de Fili sur Bilbo. Il le dévisagea et sans le quitter des yeux parla au l'autre.
- On va porter un toast. Tu descends ?
- J'arrive. Bilbo tu viens boire avec nous ?
Bilbo fut tentée de dire oui, mais trop intimidé par l'autre homme, il secoua la tête. Devinant que c'était le brun qui lui faisait donner cette réponse, Fili ne put s'empêcher de rire.
- Tonton tu le terrifies ! Regarde on dirait un lapin apeuré !
- Un lapin, s'étonna Bilbo en ouvrant les mains d'un air de dire ''Wuat ? Késtudi-toua ?''
- Bilbo je te présente mon oncle Thorin, il est étudiant en art. Tonton, Bilbo, il est en littérature.
Bilbo se leva pour serrer la main de Thorin. Ce dernier lui offrit un sourire.
- Enchanté. Désolé si je t'ai effrayé.
- Non je n'étais pas effrayé… commença Bilbo.
Le bruit du TARDIS de Doctor Who l'interrompit -c'était la sonnerie de son téléphone, et oui c'était un vrai geek. Il s'excusa et décrocha.
- Allô ?
- C'est John. Je viens de sortir de chez mon employeur. Je rentre. T'es au Mithrandir ?
- Ouais.
- Tu veux que je passes te chercher ?
- Non, non, je te rejoins à la maison.
- OK, comme tu veux.
- Sois prudent sur le chemin.
- C'est ça, ricana John en raccrochant.
Bilbo rangea son téléphone un sourire idiot flottant sur ses lèvres. Fili le regardait l'air surpris.
- C'était ton copain ? demanda-t-il sans gène.
Bilbo écarquilla les yeux. Ce n'était pas la première fois qu'on lui sous-entendait qu'il était gay après un court échange avec John au téléphone. Les gens n'entendant que ce que lui disait, sautaient bien vite aux conclusions. Pas qu'ils aient entièrement tord, puisque effectivement il était gay. Mais ça c'était un autre sujet.
- Non, c'était mon frère. Je vais y aller.
Il suivit Thorin et Fili dans les escaliers. Gandalf ne lui demanda rien du tout en échange de son passage à la bibliothèque. Il réussis à se faufiler jusqu'à la sortie et descendit les marches tranquillement, le nez vers le ciel.
- Bilbo, appela la voix de Fili derrière lui.
Le blond se tenait dans l'entrebâillement de la porte.
- Tu reviendras ?
Bilbo fut prit au dépourvu et surpris de la question, mais répondit avec un grand sourire.
- Sûr que je reviendrais.
- À une prochaine fois alors !
Bilbo lui dit au revoir de la main en marchant à reculons, puis reprenant le bon sens de la route, avança rapidement jusqu'à disparaître au coin de la rue. Fili le regarda s'éloigner, avant de rentrer se mettre au chaud. Il s'affala à côté de Thorin, et posa sur lui un de ces regard mystérieux plein de sous-entendu.
- Il va revenir, dit-il simplement après un instant.
- Et ?
- Je sais que ça te fait plaisir tonton. Tu ne souris pas aux étrangers d'habitude.
- Je n'ai pas souris.
- C'est que tu deviens gâteux si tu ne te rend même plus compte de ce que tu fais, plaisanta Fili.
Thorin plongea son nez dans son verre pour ignorer son neveu. Mais en effet, il était content de savoir que le petit bonhomme de la bibliothèque reviendrais.
