La salle de restaurant se trouve dans une autre partie du domaine, car il faut bien l'appeler ainsi. Dès que nous franchissons la porte de notre logement, Agnès sur mes genoux, riant aux éclats quand elle regarde Red qui nous pousse et Dembe qui sourit gentiment, je constate la beauté des lieux. L'allée faite de pavés anti-dérapant est bordée de platanes dont les feuilles commencent à peu à peu joncher le sol. De la pelouse bien tondue, propre, mène ensuite à un lac encerclé de divers arbres. On devine sur sa rive Ouest une petite cabane où sont sans doute rangés du matériel de pêche, des canoës, et autres menus objets dont peuvent avoir besoin des agents secrets pour se réadapter.

Nous parcourons environ 100m ainsi avant de parvenir dans le bâtiment central. Le hall d'accueil marbré fait vraiment songer à un grand hôtel. Nous nous dirigeons sur la droite afin d'accéder au restaurant. Je note dans ma tête que les salles de rééducation sont dans l'aile Est. C'est a priori là que j'irai demain commencer les séances de torture.

Agnès saute du fauteuil à peine sommes-nous parvenus devant le restaurant. Et je la vois partir en courant vers les cuisines. J'en déduis qu'elle est coutumière du fait...

Puis nous prenons place entre adultes autour d'une table ronde quand un serveur zélé vient nous voir moins de deux minutes après notre arrivée.

- Bonjour William. Comment allez-vous ce matin ?

- Pour le mieux, monsieur Reddington. Je vois avec plaisir que votre amie vous a enfin rejoint.

Une amie ? Red ne m'a pas présentée comme étant sa fille ? Et puis...tout le monde ici semble l'appeler par son vrai nom. Un repère d'agents secrets, d'agents du gouvernement, la plupart supposés aider le FBI à traquer Red. Tout ceci est de plus en plus étrange.

Néanmoins, je ne dis rien quand le serveur s'adresse à moi. Et c'est là que je remarque ma fille à ses côtés, trépignant pour qu'on s'intéresse à elle. Je souris.

- Je suis enchanté de faire votre connaissance, madame.

- Moi aussi...William. C'est ça ?

- Oh vous savez, la plupart des clients ici ne me voient même pas ! Il n'y a que vos deux amis ici présents qui me demandent tous les jours comment je me porte. Et votre petite fille est adorable, permettez-moi de vous le dire.

- Merci beaucoup.(Je me baisse un peu pour regarder ma fille) Agnès, je t'ai vue. Tu veux venir t'asseoir avec nous ou bien tu veux aider William à travailler ?

Sans me répondre, elle vient à côté de moi et me tend ses bras. Elle espère visiblement que je la hisse sur mes genoux.

Red intervient sur un ton doux mais péremptoire.

- Agnès ! Tu viens t'asseoir sur ta chaise, s'il te plaît.

- Maman !

Elle m'implore des yeux pour que je lui cède, faisant fi de l'ordre de Red.

- Tu dois écouter Ray, mon cœur. Je ne peux pas te prendre avec moi pour l'instant. Tu comprends pourquoi ?

- Non.

Puis elle croise mon regard...faussement sévère mais sincèrement contrit.

- Tu vas fâcher moi ?

- Certainement pas ! Je t'aime de tout mon cœur, Agnès, mais tu dois manger et moi aussi. Je suis encore trop fatiguée pour m'occuper totalement de toi. Mais je te promets une chose : quand tu auras bien pris tes céréales et ton bol de lait, nous repartirons toutes les deux sur mon chariot et nous nous raconterons tout ce que tu veux. D'accord ?

- Je veux câlin, maman.

- Autant que tu voudras.

Red sentant que l'heure est grave se lève et vient prendre Agnès dans ses bras. Il me la soulève assez pour que je puisse la serrer brièvement contre moi, lui faire un gros bisou sur le nez et sur le front, et la laisser partir dans ses bras à lui.

- Merci, Red.

- Merci Papa Ray.

Et Dembe sourit. Je sens pourtant en lui une certaine retenue. Je le vois regarder Red de travers et revenir vers moi, sérieux.

Quelque chose m'échappe. C'est certain. Reste seulement à savoir quoi. Ce qui fait partie des innombrables questions que j'ai à poser à Red. Ou à Dembe.

Le petit-déjeuner se déroule dans l'allégresse provoquée par Agnès et Red, heureux de me faire partager leurs histoires. Elle parle et il traduit. Il parle et elle commente. Et je m'efforce de traduire ! J'en oublierais presque que je suis dans un fauteuil roulant suite à 10 mois de coma pendant lesquels j'ai failli mourir et où j'ai perdu mon mari.

Et forcément, j'y repense illico dès que le silence se fait. Quand Agnès, lasse de nos conversations sur mon état de santé, se sauve vers les cuisines et en revient, accompagnée par un William sous le charme.

- Elle fait ça souvent ?

- Ne vous inquiétez pas, Madame. Agnès est un peu notre mascotte ici. Etant la seule enfant, nous la protégeons et l'aidons à s'amuser. Parfois, elle nous aide aussi.

- Vraiment ?

- Tout à fait. Agnès, tu n'as pas dit à ta maman que tu m'aidais à porter les croissants ?

Elle se dresse devant moi et, fière comme un I, me dit d'un ton docte :

- Moi maîtesse des coissants. Mon tavail avec Bill.

- Bill ?

- Tout le monde en cuisine m'appelle ainsi.

- Logique. Et dis-moi, Agnès, est-ce que Bill te donne des bonbons ou des croissants ?

Elle baisse un peu la tête pendant que William rit.

- Tout travail mérite salaire, madame. Non ?

- Et dentiste aussi.

Red fait la moue et réplique :

- Elle a le droit de manger 3 bonbons par jour si elle aide William qui lui en donne 10. Pas plus.

- J'espère que tu as bien planqué la réserve !

- Eh bien...

Dembe se manifeste enfin avec un demi-sourire.

- Il n'y a pas de réserve, Elizabeth. Tout ce qu'Agnès ne mange pas est mystérieusement dévoré par un homme blanc, d'âge mur, pas trop chevelu, plus têtu qu'une mule et plus gentil et aimant qu'un troupeau de moutons.

Je ris franchement en imaginant Red voler les bonbons de ma fille.

- Raymond Reddington, tu devrais avoir honte de toi !

- Absolument...pas ! Je pense au nombre d'heures chez un méchant dentiste que j'évite ainsi à Agnès.

- En somme, tu te sacrifies pour elle.

- Mais, oui, tout à fait !

- La mauvaise foi faite homme.

Si Red et Agnès rient, Dembe demeure curieusement sérieux. Il y a définitivement quelque chose qui ne colle pas. J'aimerais avoir la liberté d'esprit nécessaire pour y réfléchir. Mais...ce serait trop me demander pour l'instant. Je vais me noter mentalement ça pour plus tard. Quand j'aurai fait le tour des autres question autrement plus importantes que j'ai à poser.

Nous repartons finalement tous les quatre, Agnès de nouveau sur mes genoux et Dembe nous poussant pendant que Red a pris un appel professionnel. A priori. Il revient vers nous un moment plus tard alors que nous venons de revenir dans notre logement commun.

- Tu as le bonjour ravi d'Aram, de Samar et de Ressler. Ils pensent organiser une petite visite en commun dans les prochains jours. Si tu es d'accord.

- Bien sûr, oui. Pas de problème. Cooper sera des leurs aussi ?

- C'est même lui l'organisateur en chef ! Et il y aura aussi quelqu'un d'autre, que tu ne connais pas encore.

- Alors pourquoi cette personne croit devoir me rendre visite ?

- Parce que...comment dire ?...elle suit Ressler.

- Elle suit Ressler ? Tu m'expliques ou je dois deviner ?

- Je vais te faire un dessin inoffensif pour de jeunes oreilles indiscrètes (dit-il en regardant Agnès qui ne perd pas une miette de nos échanges).

- Attends, tu veux dire que Ressler... ?

- Pour palier ton absence, le Bureau a engagé une jeune femme absolument délicieuse et qui semble beaucoup apprécier le charme de Donald.

- En d'autres termes, tu me dis que l'équipe est désormais constituée par deux couples. C'est ça ?

Son sourire coquin en dit long mais me laisse de marbre. A-t-il seulement conscience du mal que je ressens ?

- J'ai suggéré à Harold de monter une agence matrimoniale.

- Ce sera sans moi.

- Lizzie...

Il me regarde d'un air désolé et reprend en haussant les épaules de façon presque imperceptible.

- Toujours est-il que je dois me rendre à Washington pour finaliser une affaire avec eux.

- Combien de temps ?

- Je serai de retour en fin d'après-midi. Tu penses pouvoir te passer de moi pendant quelques heures ?

S'il attend de moi une réponse amusée, il se met le doigt dans l'oeil. En revanche, je suis curieuse de savoir de quelle affaire il retourne.

- Tu as continué à leur fournir des noms ?

- Après quelques semaines d'ajustement, oui, j'ai continué.

- Tu passais par la nouvelle venue ?

- Bigre non ! Aram est un excellent interlocuteur, tu sais.

- Pas Samar ?

- Si, aussi. Mais disons qu'avec Aram, certaines informations parviennent aux autres beaucoup plus enrichies. Le gain de temps peut parfois avoir de l'importance.

Une question me brûle les lèvres. Je jette un regard à Agnès qui joue avec ses cubes, plus occupée par les lettres que par nos discussions, et je me lance à mi voix.

- Est-ce que vous avez retrouvé l'homme qui a tué Tom et qui m'a plongée dans ce coma ?

- Non.

Il détourne les yeux de moi, semblant vouloir éluder la question qui me paraît, quant à moi, primordiale.

- Pourquoi ? Je veux dire, toutes les fois où l'on a cherché à me nuire, d'une manière ou d'une autre, tu mettais tout en œuvre pour anéantir le ou les coupables. Et là, tu n'as rien fait ?

- J'ai pensé que tu souhaiterais le retrouver toi-même, Elizabeth. Si j'avais éliminé cet homme à ta place, comment aurais-tu réagi ?

Un bon point pour lui. Il a raison. Je veux envoyer ce monstre en enfer moi-même. Que Red m'aide ou pas n'y changera rien. Mais cela posera peut-être des problèmes au FBI...

- Tu connais son nom ?

- Oui.

- Et j'imagine que tu sais aussi pourquoi il a tué Tom, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Et tu ne comptes pas m'en parler maintenant.

- Nous en parlerons, je te le promets, dès que tu auras retrouvé des forces.

- Et dès que tu auras trouvé une raison imaginaire susceptible de me voiler la vérité.

- Non, pas cette fois. Je ne t'ai jamais menti, n'oublie jamais ça. Et je ne commencerai pas aujourd'hui ou demain ou dans un proche avenir. En fait, jamais je ne te mentirai.

Comment ose-t-il dire ça alors qu'il m'a menti en prétendant que mon père était mort ! Je bouillonne et c'est d'un ton agressif que je lui réponds :

- Je t'arrête de suite. Tu m'as menti une fois.

- Non, jamais. Réfléchis bien. Qu'importe ce que tu aies pu croire, ou que l'on t'a poussé à croire, si je ne t'ai pas toujours dit toute la vérité, je ne t'ai jamais menti.

- Et débrouille-toi avec ça, pense-t-il avant de s'éclipser vers des conversations et des activités moins dérangeantes.

Il me regarde d'un air navré.

- A tout à l'heure.

Puis il se baisse pour embrasser Agnès et lui dire :

- Tu vas être sage avec maman, hein ?

- Oui.

- Promis ?

- Sache comme une imache. Pomis.

- Merci, bout de chou.

Il se relève, glisse quelques mots que je ne peux entendre à Dembe et s'en va.

Je suis surprise de constater qu'il part seul. Aussi j'interpelle Dembe à ce sujet.

- Vous n'y allez pas ?

- Depuis quelques mois, les rares fois où Raymond quitte cet endroit, c'est toujours pour se rendre au FBI. Il n'a pas besoin de ma protection ou de mon aide là-bas.

- Et il vous demande de veiller sur nous, non ?

- Eh bien, pendant que vous étiez dans le coma, je devais rester près de vous au cas où vous repreniez conscience en son absence. Et je devais aussi m'assurer qu'Agnès allait bien.

- Elle et Red sont devenus très proches.

- En effet.

- Mais ce que je vois depuis hier c'est que vous vous en occupez beaucoup. Le bain, l'habillage, les jeux...

- Raymond est désormais plus présent pour vous que pour Agnès.

- Il me cache quelque chose d'important à son sujet. Je me trompe ?

- Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?

Il n'a pas l'air surpris par ma question. Et attend ma réponse...Sauf qu'Agnès réclame de nouveau notre attention.

- Maman, joue ave moi !

Elle dépose ses cubes sur mes genoux et m'explique ce qu'il faut faire.

- Fais mot.

- Non, Agnès, c'est toi qui va les faire, d'accord ? Tu choisis les cubes, tu me dis quelle lettre tu vois et après, tu me dis quel mot tu peux faire avec.

- Dur, maman.

- Je sais que c'est dur mais Ray dit que tu es très intelligente.

Elle prend un cube et me le tend.

- B.

- C'est bien, mon cœur. Quel mot tu connais avec un B ?

- Bébé ?

- Excellent. Bravo. Et tu sais, bravo c'est aussi un mot qui commence par un B.

Son sourire ravit montre son bonheur à apprendre un nouveau mot. Elle le répète.

- Bavo.

- C'est ça ! Bravo. Tu peux essayer de le dire comme je le dis ? Bravo.

Elle se concentre, tant il lui semble de prononcer les R parfois. Pas toujours cependant.

- Bravo Agnès. Agnès ave un A comme abicot.

- Dis, si tu continues comme ça, ce soir, c'est toi qui va me faire la lecture pour m'endormir.

Ce que je viens de dire la fait rire un instant avant qu'elle n'arrête subitement pour me regarder avec inquiétude.

- Maman va dormir encore ?

- Oui mais pas longtemps. Comme toi, pareil. Quand tu dormiras, je dormirai aussi.

- Pas machines ?

- Non, plus jamais.

Elle sourit, satisfaite de ma réponse. Puis ses yeux se posent sur le fauteuil roulant.

- Et le chayot ?

- Bientôt, je n'en aurai plus besoin non plus. Et nous irons courir toutes les deux. Nous jouerons à cache-cache. Tu aimes jouer à ça ?

- Oh oui ! Dembe y me touve jamais. Mais Papa Ray y fait semblant.

Si elle savait à quel point !

- Papa Ray fait semblant, tu as tout compris mon cœur.

- Joue encore ?

- Donne-moi un autre cube.

Et nous jouons ainsi pendant plus d'une heure. Puis on nous apporte le déjeuner que nous prenons tous les trois dans ma chambre. Plutôt bon, d'ailleurs. Nous reprenons le jeu des mots pendant un court moment en attendant que ma fille daigne bien vouloir aller faire la sieste. Car pour l'heure, elle est seulement avide de jouer avec moi. De rester avec moi. Chose normale. Dembe le comprend et n'insiste pas. Nous savons lui et moi que la fatigue va finir par être plus forte qu'elle.

Quand le médecin vient dans la chambre, il nous trouve en train de rechercher tous les mots commençant par la lettre D. Il tombe à pic, lui !

- Tu vois Agnès ? Docteur, ça commence aussi par un D.

- Docteur, je connais. Gentil.

Voici un mot qu'elle prononce en entier à la perfection. J'imagine qu'il en va de même pour les infirmières et autres personnels ici. Elle n'a vu qu'eux pendant mon absence. Il lui donne une petite caresse sur la tête et lui dit :

- Bonjour jolie demoiselle. Tu vas bien aujourd'hui ?

- Super ! Maman joue ave moi.

- Je vois ça. Mais dis-moi, tu crois que je peux vérifier si ta maman va bien maintenant ?

- Oh...moi patir ?

- Je t'appelle dès que j'ai fini. Tu topes là ?

Et voilà ma fille en train d'en taper 5 au médecin. Puis elle me glisse dans l'oreille :

- Va bien, maman. Gentil docteur. Toi pas peur, hein ?

- Non, ma puce. Je n'ai plus peur. Parce que je t'aime plus que tout au monde. Plus que la mer. Plus que le soleil. Plus que...

- Papa Ray ?

- Beaucoup plus.

Elle étouffe tant bien que mal un bâillement et elle s'en va, heureuse, accompagnée par Dembe.

Restée seule avec le médecin, je suis songeuse.

- Alors madame Keen, comment vous sentez-vous cet après-midi ?

- Sur un plan physique ?

- Sur tous les plans. J'ignore si Raymond vous en a parlé, mais nous avons d'excellents psychologues qui pourront vous aider si vous le désirez.

- Il me l'a dit, oui. De toute façon, je doute pouvoir y réchapper. Je ne pourrai pas reprendre du service tant qu'on ne sera pas sûr que je ne vais pas craquer à tout moment. Donc...vous pouvez considérer que mon premier rendez-vous sera pour les prochains jours. Demain ?

- N'allons pas trop vite. Vous êtes sortie du coma hier et il y a beaucoup de choses à régler auparavant.

- Lesquelles ? Les fonctions motrices ? Encore ?

- J'aimerais seulement que vous me disiez comment vous vous sentez. S'il y a quelque chose que vous aimeriez faire, ou savoir.

- Des millions, Docteur. Mais aucune qui soit de votre ressort, hélas.

- Pas de problème dans la salle de bain ?

- Aucun. Tout est parfaitement étudié. Et vous le savez.

- Raymond vous a aidé ?

- Seulement pour m'y amener et m'en sortir. J'ai fait tout le reste seule.

- Vos bras ne vous font pas trop souffrir ?

- Moins que ce matin. Je les muscle petit à petit. Chaque effort me pèse de moins en moins.

- C'est une bonne nouvelle, ça ! Et vos jambes ?

- Quelques flexions par-ci, par-là. Je m'oblige à les bouger mais je me sens incapable de me mettre debout.

- Rien de plus normal.

- Combien de temps vais-je devoir me déplacer en fauteuil, selon vous ?

- Pendant votre coma, nous avons stimulé vos muscles par électro-thérapie. Ce qui avait pour but de vous empêcher de devenir réellement invalide. Là, sachant que vos bras fonctionnent presque à la normale, je pense raisonnable de dire que vous serez sur vos pieds d'ici 10 jours. Maximum deux semaines.

- Tant que ça ?

- Vous espériez quoi ?

- Je ne sais pas. Pourquoi les muscles de mes jambes semblent avoir plus souffert de mon immobilité que ceux de mes bras ?

- Il faudrait le demander à votre cerveau.

- Ai-je des séquelles neurologiques ?

- Rien d'apparent mais je vous ai programmée pour un scanner demain matin. Avant d'aller en salle de rééducation.

- D'accord.

- D'ici là, continuez à muscler vos bras, et n'hésitez pas, quand vous prenez un bain, à essayer de sortir vos jambes hors de l'eau. Vous pensez y arriver ?

- Eh bien, pour être franche, j'ai déjà tenté le coup ce matin. Sans succès.

Il rit doucement.

- Vous correspondez tout à fait à la personne que vos amis m'ont décrite.

- Mes amis ?

- Raymond, Dembe, et vos collègues du FBI.

- J'ignorais qu'ils étaient venus me voir ici.

- Une fois par mois, ils viennent seuls ou à deux. Rarement en groupe.

- Et que vous ont-ils dit de moi ?

- Que vous étiez pleine de ressource, une vraie battante, un peu casse-cou aussi et que vous vous sortiriez de là bientôt. Plus forte qu'avant.

- J'aime leur confiance. Parce que là, je me sens tout sauf forte. Dès que je suis seule, je m'effondre.

- Votre mari ?

- Oui. Et les 10 mois de ma vie et de celle de ma fille que je viens de perdre. Sans que je sache pourquoi. Cela pourrait me rendre folle, vous savez.

- La douleur ou le fait de ne pas savoir qui et pourquoi vous en êtes là ?

- Tout. Mais dites-moi, docteur, vous semblez bien connaître Reddington. Non ?

- On peut dire ça, oui.

- Depuis que je suis ici ou depuis plus longtemps ?

Il se gratte la tête, comme le ferait Red.

- En fait, je connais Raymond depuis plus de 30 ans. Nous étions à l'Académie ensemble. J'ai choisi la médecine et lui...

- Autre chose, je sais. Vous étiez amis ?

- Pas vraiment. On se connaissait, c'est tout. Nous nous sommes revus plus tard, une fois, quand il fut emmené ici sacrément amoché.

- Vraiment ?

- Il ne vous a jamais raconté ?

- Raymond Reddington ne m'a jamais raconté quoi ce soit de fiable, Docteur.

- Vous devriez en ce cas l'interroger. Je suis sûr qu'il vous dira combien nous l'avons fait souffrir pendant son séjour parmi nous.

- Il était amoché à quel point ?

Le médecin semble beaucoup hésiter avant de me répondre. D'autant plus que Dembe vient d'entrer dans la chambre.

TBC …..