Il doit tellement me trouver répugnant et être déçu... Et je ne peux même pas lui en vouloir.

- Takahisa-sama, c'était votre oncle n'est ce pas ?

Comment il le sait ? Ma dépravation est inscrite sur mon visage ?

- Votre père et votre frère absents, je me doutais qu'il essaierait de s'en prendre à vous, mais je ne pensais pas qu'il agirait si tôt... dit-il en retirant sa veste, puis sa cravate, sa chemise et son pantalon. Vous avez été drogué, Takahisa-sama. Drogué afin qu'il puisse abuser de vous et faire savoir ensuite à tous que le fils cadet du groupe est un dépravé que faire des avances à son propre oncle n'arrête pas. Pour détruire le groupe Yokoyama.

Je le regarde avec stupeur en me demandant vaguement comment il sait ça, mais je n'arrive pas à réfléchir. L'envie qui me tenaille est trop présente, trop puissante, elle prend le pas sur tout le reste. Et en plus j'ai les yeux attirés par le corps magnifique de Koyama, habituellement caché par sa tenue de majordome.

- Je suis navré de ne pas avoir été là pour empêcher ça. J'ai manqué de vigilance, pardonnez-moi, dit-il encore en s'approchant de moi.

- Qu'est ce que... vous faites ? ai-je le temps de balbutier, avant qu'un long gémissement ne m'échappe, provoqué par le fait qu'il m'ait soudain pris dans ses bras.

- Veuillez m'excuser, Takahisa-sama, mais il n'y a qu'un seul moyen de faire cesser les effets de cette drogue, c'est de donner à votre corps ce qu'il réclame à cause d'elle. Et vous ne seriez pas dans cette affreuse situation si je ne vous avais pas laissé seul…

- Koyama... gémis-je malgré moi.

Sur ces mots, il retire ses lunettes, les envoie valser sur le lit, puis m'embrasse passionnément en collant son corps parfait contre le mien. L'esprit complètement débranché, je me surprends à répondre de tout mon être à ce baiser dont je rêvais sans me l'avouer depuis si longtemps. Ses mains courent sur mon corps, déclenchant un concert de plaintes de plaisir dont j'ai honte mais que, contrôlé par la drogue, je suis incapable de réprimer. Avec douceur, il me fait basculer sur le lit et se met à me couvrir de baisers sans cesser de me caresser.

- Hmmm... Koyama... Hmmm...

- Keiichiro, corrige-t-il doucement.

- Keiichiro, gémis-je.

- Takahisa... murmure-t-il.

Je ne remarque qu'à peine que le -sama a disparu, car les sensations qu'il déclenche en moi juste en me touchant me submergent comme un raz de marée dévastateur. Un hoquet étranglé franchit mes lèvres quand les siennes se referment sur mon membre et je me tends comme la corde d'un arc, la bouche ouverte à la recherche de l'air qui me fait défaut.

- Han Keiichiro... Hmmm... Oui encore... exigé-je en agrippant ses cheveux comme pour le forcer à m'en donner plus.

Mais il n'a de toute façon pas l'air décidé à s'arrêter et, à force, je finis par me libérer longuement. Dans sa bouche. Je suis mort de honte mais en même temps, ce qui vient de se passer ne me suffit pas. Et mon amant semble bien le comprendre car il revient m'embrasser à perdre haleine, avant de glisser un doigt en moi, puis deux, puis trois. En temps normal, je pense que j'aurais vraiment eu mal, mais la drogue a l'air de me rendre insensible à tout sauf au plaisir et la seule chose qui passe mes lèvres est un nouveau gémissement.

- Vous n'avez pas mal ?

- Non... Viens, prends-moi... Maintenant, m'entends-je dire de la plus indécente façon qui soit.

Il hoche la tête, se place au dessus de moi et, d'un souple mouvement de bassin, prend possession de mon corps, m'emplissant d'un sentiment de plénitude inégalée. Comme si j'étais enfin complet.

- HAN KEIICHIRO OUI ! JE T'AIME !

Je suis moi-même surpris de cette déclaration faite dans le feu de l'action même si elle est vraie. Lui par contre n'a pas l'air étonné.

- Je sais, dit-il simplement avant de commencer à se déhancher en moi.

Probablement dictés par l'influence de la drogue des mots crus et vulgaires dont l'utilisation ne m'auraient pas traversé l'esprit si j'avais été dans mon état normal, me viennent aux lèvres, et je cherche très visiblement à les retenir.

- Quoi qu'il se passe en vous... ne vous retenez pas. Laissez la drogue agir totalement, ça n'a... pas d'importance, me rassure-il, haletant. Vous n'en serez libéré que... plus totalement...

- Han oui baise-moi ! Plus fort ! Plus vite ! Défonce-moi ! m'écrié-je donc complètement mort de honte d'utiliser ce langage même s'il traduit très exactement ce que je veux en ce moment.

Mais loin de s'en offusquer, mes paroles crues semblent aussi le libérer et il se met a me donner de grands coups de boutoir qui touchent au but à chaque fois et me font hurler de plaisir. Pilonné sans discontinuer, je finis par me libérer une deuxième fois dans un grand cri de jouissance, rejoint par mon amant qui ne peut pas se contenir plus longtemps et retombe doucement sur moi.

Alors qu'on essaye tous les deux de reprendre notre souffle, la porte s'ouvre brusquement et nii-chan entre.

- Takahisa je t'ai entendu crier, est ce que tout... va bien ? achève-t-il à mi voix en voyant la scène. Qu'est ce qui se passe ici ? Koyama vous... Sortez. Tout de suite.

- Kimitaka-sama, laissez-moi vous ex...

- TOUT DE SUITE ! hurle alors nii-chan, fou de rage. Vous êtes renvoyé ! Faites immédiatement vos bagages, je ne veux plus vous voir dans cette maison !

Koyama baisse alors la tête et se rhabille en silence, puis sort de la pièce après m'avoir jeté un regard aussi désolé que silencieux. Entre l'entrée de nii-chan et ça, les effets de la drogue terminent de se dissiper et je prends conscience de ce qui se passe réellement.

- Tu ne peux pas le renvoyer ! me récrié-je en drapant la couette sur moi comme une protection à son regard glacial, réagissant enfin aux événements.

- En l'absence de père j'ai toute autorité ! Et je te déconseille de te faire remarquer après ce dont je viens d'être témoin, ajoute-t-il, glacial.

- Mais je ne...

- Je savais que tu finirais par te comporter comme ta traînée de mère. Après tout le même sang pourri coule dans tes veines. Mais je ne m'attendais pas à ce que tu dévergonde un honnête et intègre majordome qui nous avait toujours donné satisfaction. Mais je suppose que je ne devrais pas en être surpris.

- Que tu m'insultes et me traîne plus bas que terre, passe encore, je suis habitué, dis-je alors entre mes dents en me rhabillant. Mais que tu insultes ma mère... Ma mère était douce, gentille et honnête ! Tu l'as pris en grippe dès le départ parce qu'elle était ma deuxième épouse de papa mais en fait tu ne la connaissais pas !

- Quelle grande perte, ironise-t-il. J'étais surtout le seul à la voir telle qu'elle était : comme une aventurière ayant mis le grappin sur un homme assez âgé pour être son père.

- Maman aimait papa ! Je t'interdis de dire le contraire ! crié-je, fou de chagrin d'entendre bafouer la mémoire de maman.

- Je ne sais pas si tu es juste complètement stupide ou naïf comme un enfant de quatre ans, mais c'est pitoyable. Bref ton comportement a achevé de souiller cette maison. Va-t-en.

- Quoi ? Tu me… jette dehors ?

- Exactement. Père sera informé de ta conduite scandaleuse dès son retour de Hong Kong et je doute qu'il me reproche d'avoir débarrassé notre demeure de ta présence. Seigneur, quand je pense à la réputation du groupe qui aurait pu être entachée… je me félicite d'être rentré plus tôt de New York.

- Mais nii-chan je…

- NE M'APPELLE PAS COMME CA ! hurle-t-il alors. TU N'AS JAMAIS ETE RIEN NI PERSONNE POUR MOI ET ENCORE MOINS MAINTENANT ! PARS IMMEDIATEMENT AVANT QUE JE TE FASSE CHASSER PAR LES DOMESTIQUES !

Je lutte pour ne pas lui montrer à quel point ses paroles me font mal et pour ne pas laisser paraitre la peur qui m'étreint : jeté dehors, sans argent (car je doute fortement qu'il me donne le moindre yen), sans travail ni aucun contact, je ne sais pas ce que je vais devenir. Vais-je être obligé de faire ce qu'il est persuadé que je fais pour survivre ? Non, tout mon être est révulsé à cette idée. Il faut que je pense à une autre solution. Mais laquelle ? Je ne peux pas demander à Murakami-san de m'héberger, je ne veux pas l'ennuyer avec mes problèmes et Tesshi habite une chambre de bonne à peine assez grande pour lui seul donc pas de solution de ce côté-là non plus.

Comme un automate, les yeux étrangement secs étant donné les circonstances, je sors du lit, m'habille et sort de l'armoire l'unique valise en ma possession, dans laquelle je place tout ce que j'ai. Je ne peux pas dire que quitter cette maison me fasse réellement de la peine après tout ce que j'y ai subi, mais c'était mon unique refuge. Maintenant… Puis mon esprit met de côté ma propre situation et je pense soudain à Koyama : pour lui aussi cette maison était la sienne. Il y vivait depuis deux ans, mais contrairement à moi qui n'ai aucune compétence, un homme aussi doué que lui devrait rapidement trouver une nouvelle place et donc un nouveau toit. Ce qui me fait le plu mal est que je ne le reverrais plus jamais. A cette idée, mon cœur saigne…

A contrecœur, je quitte ma chambre et me dirige vers le hall en tirant ma valise. Il n'y a personne même pour me dire adieu. Je suppose que nii-chan a interdit à tout le personnel de venir. Il a du leur donner pour consigne de faire comme si je n'avais jamais existé…

Je sors donc de la maison à pas lents et il me faut un temps infini pour quitter le par cet arriver à l'extérieur de la propriété, donc l'imposant portail de métal noir se referme immédiatement derrière moi. Une page se tourne, mais que vais-je faire maintenant ? Je pourrais retourner à la boutique mais je ne me vois pas expliquer à mon patron dans quelles circonstances graveleuses je me suis retrouvé à la rue…

Comme un pantin dont on aurait soudain coupé les fils, je me laisse tomber sur le banc le plus proche et me prend la tête dans les mains pour quelques instants d'auto-apitoiement. Je me relève ensuite et, tout en tirant toujours ma valise, traine toute la journée sans aucun but, l'esprit vide de toute solution viable. Mais le temps se rafraichit et la nuit commence à tomber. Il va falloir que je trouve un abri au moins pour ce soir. Mais où ? Je sais que Murakami-san m'hébergerait si je lui demandais mais comment oserais-je lui en parler ? En plus je lui ai caché mon identité pendant tout ce temps… Non, c'est impossible, je ne peux pas… Un soupir m'échappe et je décide d'utiliser ma carte de crédit pour retirer le maximum d'argent sur mon compte avant que nii-chan ne le fasse bloquer et que je me retrouve réellement sans un yen. Heureusement, comme je suis son deuxième fils, papa a veillé à ce que mon compte bancaire soit très généreusement approvisionné. Le problème… c'est que je ne peux retirer que cinq-cent mille yens par jour et que j'ai tout lieu de penser que dès demain, je n'aurais plus accès à mon compte. Et cette somme ne durera pas éternellement, surtout si je dois payer l'hôtel et la nourriture trois fois par jour.

Bon, pour le moment, il faut que je pense à me protéger du froid, donc je dois trouver un hôtel. Ca me permettra aussi de réfléchir à l'avenir. Je vais donc retirer cette somme et prend la direction d'un hôtel bon marché. Allongé dans un bon lit, la situation ne me parait plus aussi désespérée, mais je sais que ce n'est qu'une illusion qui se dissipera au matin.

Et en effet, la bonne nuit que j'ai passée malgré tout n'a pas tenu face à ce qui me rattrape ce matin : il faut que je gagne de l'argent pour me loger et me nourrir. Je vais déjà aller revendre mon portable dernier cri, ça me fera un petit pécule supplémentaire, mais qui lui non plus ne tiendra pas bien longtemps. Heureusement que je suis un habitué des petits boulots. Mais je ne me fais pas d'illusion : avec les payes misérables que donnent ces emplois précaires, je ne pourrais plus habituer à l'hôtel bien longtemps. Et quand même le moins cher des hôtels bon marché devient hors de prix, c'est que le dernier palier avant la rue n'est pas loin. L'ultime palier

De fait, de livreur de journaux, distributeur de mouchoirs dans les rues, plongeur dans les restaurants, serveur dans les bars… Je crois qu'en quatre mois, j'aurais tout tenté au niveau des petits boulots payés à la journée. Et ça ne me donne chaque fois que le strict nécessaire pour manger. Oui pour manger seulement, parce que ça fait maintenant deux semaines que, après avoir pu dormir un mois dans un manga-café que je fréquentais pas mal avant (ce qui n'a évidemment pas pu durer, c'était déjà un miracle que le patron accepte), j'ai du me tourner vers les foyers pour les SDF. Mais cette aide aussi ne peut également durer qu'un temps car des personnes nécessiteuses arrivent en permanence et les bénévoles ne peuvent pas se permettre de garder des places sur du long terme. C'est ce qu'on m'a annoncé à mon retour du travail ce matin. Je me retrouve donc de nouveau à la rue et cette fois… Cette fois je n'ai plus de recours. Plus aucun endroit où dormir. Je vais être obligé de trouver un squat quelconque ou de dormir dehors, à la merci de n'importe quel voleur ou détraqué. Enfin encore plus que dans le foyer où je me suis déjà fait dérober tout le contenu de ma valise, ce qui fait que je n'ai plus, comme vêtements, que ceux que j'ai sur le dos.

Quittant le refuge, je marche sans but, résigné à dormir sous un pont parce que je ne connais même pas de squat. Je crois que je pourrais difficilement tomber plus bas que SDF. Si nii-chan me voyait, il serait certainement ravi de ce qui m'arrive. Parfois, quand je ne suis pas trop au fond du trou, je me demande ce que deviennent Murakami-san, Tesshi et surtout Koyama. M'ont-ils oublié depuis toutes ces semaines ? Probablement mais moi je ne pourrais jamais les oublier.

Je suis épuisé, physiquement, moralement et psychologiquement, mais il faut que je trouve au moins à m'abriter de la pluie qui menace. Alors que je traverse Kabukicho, la tête basse sans rien voir autour de moi, un homme m'interpelle.

- Hé toi !

Je lève la tête et le regarde sans rien dire, me demande seulement vaguement ce qu'il veut.

- T'es plutôt mignon. T'as déjà pensé à bosser comme gigolo ?

Gigolo ? Ce mot, je l'ai déjà entendu, mais je n'ai pas la moindre idée de ce à quoi il correspond. Je secoue donc la tête.

- T'auras pas grand-chose à faire pour que n'importe quelle nana te tombe toute rôtie dans les bras.

- Les femmes ne m'intéressent pas, marmonné-je, prêt à passer mon chemin.

- Ah ouais ? Bah c'est pas grave tu sais, y'a pas mal de mecs en manque qui viennent par là et je suis sûr qu'un mec avec ton physique leur plairait. Tu pourrais te faire un sacré paquet de fric.

Je comprends soudain ce que sous-entend le mot "gigolo" et tout mon être se révulse à l'idée de vendre mon corps. Mais dans ma situation, ai-je encore vraiment un autre choix ?

Il s'approche de moi, m'attrape par le menton et regarde mon visage sous tous les angles, exactement comme il examinerait un animal avant de l'acheter.

- Ouais t'as une belle gueule. Quand tu seras décrassé et bien sapé, tu pourrais bien nous être utile. T'as quel âge ?

- Vingt-deux ans...

- Et t'es pas puceau ? T'as déjà baisé ?

Je hoche simplement la tête, même pas choqué par son vocabulaire vulgaire.

- Cool. Alors ramène-toi.

- A... Attendez... Je... Je n'ai jamais fais ça pour de l'argent...

- Bah y'a une première fois a tout, dit-il en haussant les épaules. Si t'es bon, tu peux te faire un sacré monceau de fric. Enfin... j'dois t'avertir que le boss, il teste les nouveaux avant de les foutre sur le marché. Histoire de pas perdre de pognon s'ils tiennent pas leurs promesses tu vois.

- Comment ça il les teste ?

- Bah il baise avec une fois pour voir quoi. Du coup c'est mieux qu't'aime les mecs. Au moins s'il te défonce tu sais à quoi t'attendre.

Les paroles de l'homme m'effrayent au moins autant que l'idée de m'offrir en sacrifice a un inconnu qui me brutalisera peut-être ou me blessera "à cet endroit".

- Je... Merci pour la proposition mais je... Non merci, fais-je en me défaisant de sa poigne comme je peux.

- T'es sûr que tu peux t'permettre de faire une croix comme ça sur tout ce pognon, p'tit ?

- He ?

- Chuis pas une lumière mais vu l'état de tes fringues et ta crasse, j'dirais qu'tu vis dans la rue nan ?

- ... - Réfléchis, t'auras un toit sur la tête, d'la bouffe trois fois par jour, des fringues classes... et du fric autant qu't'en veux. Et pour tout ça tout c'que t'auras à faire c'est baiser. Payé à prendre ton pied, y'a pire comme taf nan ?

Je reste silencieux. Jusqu'ici, je me suis débrouillé pour ne pas avoir à faire ça et ca me répugne vraiment mais... il a raison. Dans ma situation, je ne peux plus faire la fine bouche et repousser cette offre providentielle même si elle est dégradante serait de la folie.

- D'accord... murmuré-je la mort dans l'âme.

- Aaaaaah ! Bonne décision p'tit. Moi c'est Subaru. C'est quoi ton nom ?

- Takahisa...

- Taka-chan alors ne. Viens avec moi faut commencer par t'rendre présentable. Dans c't'état l'boss voudra jamais d'toi.

Il passe son bras droit autour de mes épaules et m'entraine à l'intérieur du bâtiment devant lequel nous nous trouvions. Je m'efforce de ne pas trop regarder le décor aussi vulgaire que mon accompagnateur et de faire taire ma conscience qui me crie que finalement je donne raison à mon frère à mon sujet. Quelle autre solution ai-je ? Je suis donc le dénommé Subaru vers une salle de bain.

- Décrasse-toi, j't'amène des fringues. Shige-kun doit faire la même taille que toi. Les miennes s'raient trop justes j'pense.

Il sort de la pièce et je dois avouer que je me précipite sous l'eau chaude pour ma première vraie douche depuis bien trop longtemps à mon goût. Après quelques délicieuses minutes qui m'ont fait oublier où je me trouvais et pourquoi, la porte se rouvre.

- Taka-chan, j't'ai... Hé t'es vraiment bien foutu, dit-il en me reluquant sans la moindre gêne, me faisant virer au cramoisi. J'pense que l'boss s'ra content. Tiens fringue-toi. J'l'ai prévenu que j'lui amenais un nouveau. Il a hâte de t'voir.

Tendu comme la corde d'un arc, je me sèche rapidement et mets les vêtements propres. La sensation de propreté est si agréable que, une fois encore, j'en oublie presque où je suis. Je vois mon accompagnateur frapper à une porte.

- Boss, l'nouveau est là, annonce Subaru en entrouvrant la porte.

- Parfait. Fais-le entrer, fait-une voix vaguement familière.

Subaru ouvre donc la porte et, comme je ne fais pas mine d'entrer, me pousse littéralement à l'intérieur avant de refermer derrière moi. Mon cœur bat tellement fort d'appréhension qu'il menace d'éclater. J'ai peur et je meurs d'envie de revenir sur ma décision. Je fais mine de faire demi tour quand le large fauteuil de cuir dont je ne voyais que le dos se retourne, en laissant voir son occupant. Un occupant que je connais très bien.

- Oncle Masahiro !

- Takahisa ? Ca alors quelle coïncidence. Quand Subaru-kun m'a dit qu'il avait recruté un nouveau plutôt mignon, j'étais loin de m'attendre à ce que ce soit toi, mon cher "neveu". Mais je dois avouer que ta présence ici m'arrange encore plus que tout ce que j'aurais pu imaginer.

- Mais je... Qu'est ce que... vous faites ici ?

- Tu n'as pas encore compris ? dit-il en se levant pour s'approcher de moi. Cher petit, ma véritable entreprise c'est cet endroit. Et d'autres.

- He ? Mais je croyais que vous... vouliez la place de PDG de Yokoyama Ltd ?

Il éclate d'un rire moqueur.

- Ce qui prouve que je suis un très bon acteur. Non mon cher, très cher Takahisa. Je ne veux pas prendre le contrôle de Yokoyama Ltd, je veux sa destruction pure et simple.

Les paroles prononcées par Koyama lorsque j'étais sous l'emprise de la drogue versée dans mon thé par cet homme me reviennent alors en mémoire.

- Pourquoi ?

- Mon frère et mon neveu ont découvert l'existence de cet endroit et de mes autres commerces illicites. Pour fermer leur bouche, je me suis dit qu'un gros scandale sexuel qui t'impliquerait serait parfait. Une famille totalement décrédibilisée n'a plus aucun poids économique et les actions se seraient effondrées. Malheureusement... ton majordome est parvenu à intervenir avant que je n'arrive à mes fins.

Je suis sous le choc de ces révélations, à tel point que j'en oublie de réagir.

- J'ai su que ton cher frère t'avait jeté dehors après avoir renvoyé ton cher majordome, mais je n'ai pas réussi à garder ta trace ensuite, reprend-il. Tu es doué pour brouiller les pistes. Et pourtant te voilà, venant de toi-même et de façon totalement inopinée te fourrer dans la gueule du loup.

Sa main se pose sur mon épaule, descend le long de mon dos, passe sur mes fesses et les malaxe.

- Non... fais-je en essayant de me soustraire à ces attouchements.

- Allons ne fais pas ton effarouché alors que tu es venu de toi-même pour te donner au patron de cet endroit qui n'est autre que moi.

Alors qu'il parle, la situation m'apparait dans toute son horreur : sans le savoir, j'ai tacitement donné a cet homme sans scrupule l'autorisation de faire ce qu'il veut de moi. Etre prêt à vendre mon corps pour survivre c'est une chose et c'est déjà assez dégradant... mais me laisser toucher et davantage pour qu'il puisse détruire l'œuvre de toute la carrière de papa, s'en est une autre tout à fait différente.

- Je ne vous laisserais pas faire. Je vous empêcherais de me toucher même si c'est la dernière chose que je fais.

- Tu défends bien fort ta vertu pour un garçon qui était prêt à la vendre il n'y a pas dix minutes. Et je sais de source sûre que tu as couché avec ton majordome, alors jouer les prudes maintenant...

- A cause de la saleté de drogue que vous m'avez fait avaler par traitrise ! éclaté-je, indigné de ses insinuations. Et c'est a cause d'elle et de vous si j'en ai été réduit a envisager de me vendre, alors je ne vous permets pas de me juger !

- Cette drogue ne fait qu'accentuer les désirs du sujet. Crois-tu que j'ignore que tu es fou amoureux de ton cher Koyama ? Tu rêvais de t'envoyer en l'air avec lui, mon cher "neveu". Et il le savait très bien.