Troisième OS : Usagi/Misaki
Genre : Tranche de vie/Romance/Angst
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Neige tombante
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Ce soir là, tout bascula.
Cela ne devait être qu'une fête d'anniversaire banale, mais elle ne le fût pas. Ce fut tout sauf commun. Comme chaque année, Usagi acheta un sublime présent de valeur à son ami qui demeurait gêné par un tel geste.
Takahiro ne s'habituait pas à ces articles luxueux, cependant il acceptait de bon cœur. La soirée débutait seulement, alors que l'invité d'honneur apparut à l'entrée de la salle à manger. Des cotillons l'accueillirent, accompagnés des sourires chaleureux de son frère et de son ami. Tout avait été fait pour cette occasion spéciale : un vrai repas de roi était dressé sur la table, des banderoles étaient suspendues aussi sur les murs.
Le héros de la fête se trouva embarrassé. Aussitôt, Misaki se dirigea jusqu'à l'entrée pour se charger de fermer la porte. Dans la pièce, se trouvait une jeune femme brune très jolie. Instantanément, l'étudiant se stoppa dans sa course. L'intuition qui cognait dans son cerveau, n'induisait rien de bon…
L'aîné des frères vint rejoindre la demoiselle, bras ceinturant sa taille menue.
Le couperet tomba, net et précis, tranchant le maigre espoir de l'écrivain.
— Je vous présente Kajiwara Manami, ma fiancée. Nous avons décidé de nous marier.
Le blond cendré fit bonne figure, camouflant sa déception. D'un pas assuré, il s'avança jusque vers son meilleur ami pour le féliciter. Pendant ce temps, le jeune étudiant ruminait sa colère. Personne ne le remarqua, quand soudain, un bruit sourd résonna, interrompant les félicitations de rigueur. Misaki avait frappé le mur, emporté par son émotion. Tête baissée et corps tremblant, il balança.
— En racheter.
— Hein ? demanda l'aîné de la fratrie, surpris devant le débordement de son cadet.
— Du champagne. Il n'y en a plus. Il faut aller en racheter.
— Ils n'en vendront pas à un mineur.
Le brun attrapa le bras d'Usagi et l'emmena hors de sa maison.
A l'écart, dans une rue déserte, Misaki se déversait en flot de pleurs sans parvenir à arrêter l'inondation. Recroquevillé sur lui, il sanglotait bruyamment.
Comment son frère pouvait-il ainsi ignorer les sentiments de son ami ?
Avait-il des œillères devant lui, ou était-il tout simplement un magnifique égoïste ?
Malgré la méfiance que gardait le jeune garçon envers Usagi, un intérêt certain s'éveilla au fil des semaines passées en sa compagnie. Cet étrange personnage égocentrique, demeurait bien intriguant ; mais jamais oh grand jamais, il ne fut irrévérencieux envers Takahiro. Bien au contraire, son amour se portait par delà les frontières du respect. Car l'homme de lettre l'adulait de tout son être. Misaki reconnaissait que l'écrivain faisait preuve d'attention et de douceur quand il s'adressait à son frère. Jamais il ne lui ferait de mal.
Au moins, on pouvait lui concéder ce trait de personnalité. Par conséquent, outre le fait que le blond cendré possédait un parfait caractère irritant, il ne méritait pas d'être traité de la sorte. Et là, dans ce coin à l'écart des passants, Misaki s'effondrait sur l'amour perdu et la tragédie de ce pompeux écrivain.
— Pardon, bredouilla l'étudiant entre deux sanglots.
— Pourquoi t'excuses-tu ? interrogea l'homme mûr, l'air impassible.
— C'était simplement… Trop cruel… Tu étais amoureux de lui pendant tout ce temps ! Tu as toujours tenu à lui et pourtant… Il voulait d'abord te la présenter. Il a été si insensible. C'était la première fois que j'ai voulu lui foutre mon poing dans la figure !
Usagi sourit. Un de ses sourires sincères, sans ironie, ni sarcasme. Ce gamin le touchait dans ses paroles simples mais directes.
— Quelle façon peut élégante de pleurer… lança-t-il pour faire diversion.
— Je pleure à cause toi !
Le plus jeune se retourna vivement, darda ses jades rageusement sur celles qui le toisaient et cracha.
— Une fois que je commence, je ne peux plus m'arrêter même si je le veux !
Puis, il s'abattit en une autre crise de larme, dépassé par son émotivité.
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De son côté, l'inébranlable homme de lettre fondit devant ce tableau attendrissant. Car quelque chose de désarmant émanait de ce gosse trop fougueux. L'innocence de l'âge, l'impulsivité, Usagi ne savait mettre de mot sur son ressenti. Par contre, son cœur battit à tout rompre dans sa poitrine pour la première fois depuis longtemps.
Pour la première fois surtout, pour une autre personne que son amour inaccessible. La rencontre de ce garçon avait bouleversé sa vie, qu'il le veuille ou non. Quelqu'un faisait réellement attention à lui, quelqu'un se préoccupait de son sort. Cette sensation était étrange, pas désagréable en soit.
Pendant que Misaki se répandait en larmes sur le trottoir, l'instinct de l'écrivain lui dicta d'effectuer un geste. Peu importe lequel, il fallait juste le réconforter et le calmer.
Sans réfléchir, il s'avança vers cet être unique, posa sa main sur ses cheveux pralinés, les ébouriffa puis sans sommation, prit son poignet qu'il leva au dessus de sa tête. Bloqué de la sorte, le brun ne bougea plus.
Usagi allait faire la seule chose qu'il connaissait pour apaiser les maux des autres…
— Je vois…
En une fraction de seconde, son visage s'approcha de celui de son vis-à-vis. Ses lèvres se posèrent sur les autres de façon autoritaire. Il y avait quelque chose de tendre aussi. Difficilement explicable, seulement, le contact ne se fit pas violent. Les bouches s'unirent sans forcer quoi que se soit. Sous ses mains puissantes, Usagi sentait le corps de Misaki trembler.
Etait-ce dût au froid hivernal ou aux palpitations d'anticipation ?
Tandis que l'étudiant gardait les yeux ouverts, dans la plus totale incompréhension, l'écrivain les ferma pour apprécier cet instant. Il se colla au plus près du corps svelte, passa sa jambe entre celles de Misaki, apposa ses grandes mains sur le visage juvénile. La pression s'accrut, plus par réel plaisir que pour le faire taire. Il sentit le garçon se détendre et s'abandonner à l'échange amoureux. Le blond cendré profita pleinement de cette sensation de chaleur qui se répandait dans son être.
Lui qui était seul depuis bon nombres d'années, ou plutôt depuis son enfance. Dans les bras de cet insouciant, il se sentait revivre sans parvenir à se l'expliquer. Car Misaki se souciait des autres, comprenait leurs peines sans hypocrisie. Il ne recherchait rien de la part de l'homme fortuné.
Usagi plaqua ce corps souple tout contre son torse, enroula son bras autour de la taille et intensifia le baiser. Les lèvres sucrées lui laissèrent une bien belle sensation.
Enfin, il s'écarta pour murmurer devant la mine rougie du jeune garçon.
— Tu as arrêté…
Pour venir l'enlacer aussitôt.
— Désolé, juste un petit moment…
Les mains tremblantes de Misaki s'agrippèrent au manteau. Les premiers flocons chutèrent au sol. Une pluie de perles transparentes les recouvrait, parsemant leurs habits d'un voile blanc.
— Usagi… supplia le brun. Tu peux pleurer si tu en as envie…
— Idiot.
Même penché dans une position inconfortable, l'écrivain se sentait bien, comme réconforté.
— Les mioches ne devraient pas être hautains avec leurs aînés. Je vais te dire quelque chose… Je n'ai jamais pleuré devant personne depuis le jour de ma naissance, à part toi. Comme si personne d'autre que toi ne pouvait me voir ainsi.
Blottis l'un contre l'autre, ils restèrent plusieurs minutes isolés du reste du monde. Se réchauffant mutuellement. Et toujours les fragments de neige tombaient invariablement, comme les larmes qui ruisselaient des yeux amarantes d'Usagi. Personne ne le vit dans une telle situation de fragilité. Mais Misaki n'était pas n'importe qui… Sa candeur incitait au laisser aller, alors l'argenté se fit bercer avec l'indolence des cristaux.
L'empathie de l'étudiant comblait sa solitude et atténuait un peu son chagrin.
De toute manière, l'homme s'en fichait d'une force phénoménale car la seule pensée qu'il avait, se tournait vers ce garçon à fleur de peau. Là, il voulait que la neige ne cesse pas de tomber pour rester encore dans ses bras frêles mais ô combien rassurants. Usagi se promit de ne pas laisser filer cette bouffée d'air frais que représentait Misaki.
Non, personne ne lui enlèverait. Pas une seconde fois.
FIN
