Mes doigts déchirent l'enveloppe comme s'ils n'avaient attendu que ça, et je découvre qu'il ne s'agit en réalité que d'un tas de documents. Je parcours d'un bref regard les feuilles une à une, perplexe.
Des plans, des croquis. Rien de bien concret.
— Je ne comprends pas..., soufflé-je en posant les documents sur mes cuisses.
— Ce ne sont peut-être simplement que des informations sans importance...
— Non, j'ai du mal à y croire. Le paquet était à l'attention de Max, qui est leur leader. Et ils semblaient bien déterminés à me le reprendre... Il doit contenir des informations cruciales dont nous ne décryptons pas le sens.
Loys, toujours assis à mes côtés, attrape une feuille et l'examine. Je ne peux réfréner un léger rire devant l'expression trop sérieuse qu'il arbore, alors que je sais pertinemment qu'il ne pipe pas mot au contenu.
Et moi non plus, d'ailleurs.
Je pousse un soupir et parcours de nouveau du regard chaque élément du dossier que constituent ces feuilles, et mon attention se porte sur les croquis de Pokémon.
Tout à coup, ma respiration se bloque. Mes yeux s'écarquillent face au Pokémon dessiné et, alors que je ne parviens pas à mettre le moindre nom sur cette image, une désagréable sensation de déjà-vu me transperce.
Je le reconnais, c'est celui que je vois dans mes cauchemars.
— Loys ! Celui-ci, je le connais ! Il est l'une des immenses silhouettes que j'aperçois dans mes cauchemars, m'exclamé-je, le faisant détourner le regard des documents qu'il avait attrapés et dans lesquels il était plongé.
Il attrape la feuille que je lui tends pour l'examiner et je vois ses sourcils se froncer.
— Je ne l'ai jamais vu..., souffle-t-il en détaillant le croquis de longues secondes, avant de me le rendre.
Mes pupilles inspectent à leur tour ledit croquis, tandis que j'essaie de m'en imprégner. Ces griffes acérées, ces dents tranchantes à souhait et ce regard destructeur me font froid dans le dos. D'une certaine manière, je n'aimerais pas me retrouver face à ce Pokémon.
— Celebi..., lâche Loys, me sortant de mes songes.
Je me penche sur l'objet de son attention, dans ses mains, pour constater que le Pokémon légendaire voyageur du temps semble également attirer la Team Magma, et est dessiné sur l'une des feuilles. Ne parvenant pas à faire le tri dans mes pensées, je me laisse tomber sur le lit, à plat-dos, et fixe le plafond.
— Je suis stupide, ces documents ne me seront d'aucune utilité. Je me suis mise en danger pour de simples dessins...
— Non, regarde ! s'exclame Loys en réalisant qu'il y a un verso, derrière le croquis de Celebi.
Je me redresse instinctivement et m'exécute, pour découvrir qu'un petit mot est en effet inscrit au dos :
« Max,
Nous avons découvert quelles ont été les agissements de Celebi au cours des derniers jours. Nous mettons tout en œuvre pour nous en charger. Je vous ferai un rapport aussitôt que possible.
Le plan continuera comme prévu et aboutira à Atalanopolis. Courtey se chargera du plus gros, tandis que j'inspecterai le travail de chacun dans les différentes bases.
Keylian. »
Quelle écriture de cochon.
Décryptant finalement les mots de l'admin, je reste statufiée devant une telle découverte.
— Atalanopolis..., répété-je, inconsciemment. Je dois m'y rendre.
— Hein ? C'est loin, tu sais, tente-t-il de me raisonner.
— Peu importe, mes réponses se trouvent là-bas. Je ne peux pas rester ici.
Je me lève sans attendre qu'il réponde et ignore un instant la douleur qui me traverse les mollets, tentant au mieux de réfréner une grimace.
Super, des courbatures. Manquait plus que ça.
Comment je peux déjà avoir des courbatures ?
— Excuse-moi, mais... depuis combien je suis ici ? m'enquiers-je, tout de même anxieuse à l'idée d'entendre la réponse.
— Presque une journée..., répond-il en levant les yeux au plafond, pour réfléchir. Depuis hier après-midi.
Ma bouche s'entrouvre machinalement lorsque je réalise que j'ai dormi aussi longtemps. À cause d'un simple effort physique.
Corps inutile.
Je n'ai plus de temps à perdre, et sûrement pas à moisir dans une chambre du centre Pokémon.
— Merci de t'être occupé de moi, alors..., fais-je, soudain gênée, en réalisant qu'il est resté à mes côtés tout ce temps. J'espère que nos chemins se recroiseront !
J'attrape mes deux Poké Balls qui jonchent la petite table présente dans la pièce et lance Massko, espérant qu'il puisse m'aider à marcher, le temps que je reprenne l'usage complet de mes jambes. Mes affaires rassemblées, je m'avance vers la porte, les documents volés dans les bras.
— Attends ! s'exclame Loys, dubitatif de me voir partir comme une voleuse de la sorte.
Je me retourne et lui lance un regard interrogatif, une main sur la poignée.
— Euh, je..., bafouille-t-il. Je t'accompagne ! Tu peux à peine marcher, je ne peux pas laisser une demoiselle seule dans cette situation.
Un rire nerveux franchit le seuil de ses lèvres. Je n'en suis pas sûre, mais je crois que les mots ont dépassé ses pensées et qu'il a parlé sans réellement réfléchir.
Je le considère un instant pour méditer sur sa proposition – qui, j'ai l'impression, n'en est pas réellement une. De la compagnie ne serait sans doute pas de refus, mais au final, nous ne nous connaissons pas.
— Tu n'as pas d'obligations ? questionné-je en réalisant que se rendre à Atalanopolis allait demander du temps.
— Et bien... pas vraiment. En réalité, je dessine. Je parcours Hoenn pour découvrir de nouveaux paysages et de nouveaux Pokémon, explique-t-il en désignant d'un signe du doigt le bureau où il était assis, à mon réveil.
Je porte mon attention sur le meuble et me rends compte que des croquis occupent, en effet, la majeure partie de la surface. Curieuse, je m'approche lentement et éparpille les quelques dessins pour mieux les voir.
C'est magnifique.
Des paysages, urbains ou ruraux, ainsi que différents Pokémon, ensembles ou non, sont représentés, et, parmi eux, je reconnais mon Massko.
— Je l'ai fait avant de le faire rentrer dans sa Poké Ball, pendant que tu dormais, indique-t-il en s'approchant.
— C'est splendide, m'émerveillé-je. Tu as du talent...
Il esquisse un large sourire à mon intention, sans doute en guise de « merci », et se plante prestement face à moi. J'arque un sourcil interrogateur devant son engouement soudain, et il éclate de rire.
— Je ne sais pas si Atalanopolis va t'attendre, à ce rythme ! s'exclame-t-il.
Je gonfle les joues, boudeuse, et fais volte-face pour pénétrer dans le couloir du centre Pokémon. Je n'ai ni approuvé ni refusé sa compagnie, et pourtant celle-ci me semble déjà comme une évidence, tandis qu'il s'engage à la suite de Massko après avoir rassemblé toutes ses affaires.
Je remercie l'infirmière Joëlle de s'être occupée de moi, et nous sortons du bâtiment, pour enfin respirer l'air de Mérouville.
Qui, en soit, n'a rien de différent d'un autre.
— Passer par le Tunnel Mérazon nous fera gagner du temps, indique mon acolyte en posant ses mains sur sa nuque, pour prendre un air décontracté.
J'approuve silencieusement et nous nous dirigeons vers l'Est de la ville pour rejoindre le Tunnel.
C'est bizarre, quand même, de voyager comme ça avec quelqu'un qu'on ne connaît pas le moins du monde...
— Dis, Loys, tu viens d'où ? interrogé-je pour détendre l'atmosphère silencieuse, mais également pour en apprendre davantage.
— De Myokara, indique-t-il dans un large sourire presque béat.
Alors qu'il avait l'air d'être quelqu'un de très sérieux, tout à l'heure, j'ai l'impression qu'il est en réalité une personne très détendue. Et j'ai la sensation que je ne suis pas au bout de mes surprises...
— Je vois. Tu as dû voir de beaux paysages à dessiner, alors, non ?
— Exact, mais c'est vite étouffant, en réalité, confesse-t-il. Au début je me sentais libre, sur cette île, puis j'ai rapidement commencé à me sentir à l'étroit, prisonnier par cette vaste étendue d'eau.
Il fixe un instant le ciel, rêveur, tandis que je reste bouche bée, songeant à ses paroles. Je n'avais jamais vu les choses de cette façon, je ne m'étais jamais sentie libre de vivre sur le continent.
— Et toi ? questionne-t-il en se tournant vers moi.
— Je suis originaire d'Autéquia. Mais je passais énormément de temps en vacances à Poivressel, dans ma famille, quand j'étais plus jeune.
— Deux villes bien différentes, en somme, fait-il remarquer.
J'approuve d'un large sourire et nous nous engouffrons sur la Route 116 en continuant à parler, de tout et de rien, nous racontant nos vies.
Le paysage qui s'offre à nous est splendide, et je me sens soudain apaisée en observant les différents Pokémon qui contribuent à cette vision. Des Zigzaton courent partout, jouent entre eux, parfois en prenant un malin plaisir à courser des Skitty. Des Nirondelle passent devant nous, tandis que d'autres restent tranquillement sur les branches des arbres qui bordent le chemin.
L'ambiance est très détendue, et je dois également admettre que marcher me fait un bien fou, malgré mes courbatures. Je sens mes muscles endoloris se décontracter lentement, et Massko ne m'est bientôt plus nécessaire pour marcher. Il se contente ainsi d'avancer à nos côtés, et je devine à son expression ébahie qu'il est tout aussi émerveillé que moi par la sérénité des lieux.
Cependant, cette délicate sensation d'apaisement ne dure qu'un temps.
C'est un bruit sourd qui nous sort de notre contemplation, nous faisant au passage sursauter. Les Zigzaton s'échappent en courant, apeurés, rapidement imités par les Skitty, tandis que les Nirondelle s'envolent pour s'empresser de quitter les lieux.
Nous nous sondons, avec Loys, comme à la recherche de réponses dans le regard de l'autre, jusqu'à ce que celle-ci s'impose à nous.
Plus loin, un homme s'approche dangereusement. Mon sang ne fait qu'un tour lorsque je constate, avec effroi, qu'il porte le bonnet des membres de la Team Aqua. Son tee-shirt rayé vient d'ailleurs confirmer mes craintes quant à son identité, et c'est sans réellement réfléchir que je m'élance en sa direction.
Jusqu'à ce qu'une jeune fille s'interpose pour lui faire face en lançant un Poussifeu, me laissant devant cette silhouette familière.
