Fandom :Kuroko no basuke
Titre : Les malheurs de Shintarô et autres contes pour adultes
Disclaimer:Les personnages de Kuroko no basukene m'appartiennent pas mais sont à IG Prod' et Tadatoshi Fujimaki. L'illustration utilisée pour cette fanfic est de mrsloth, que l'on peut retrouver sur DeviantArt. Et enfin, je ne fais pas d'argent avec cette fanfic !
Rating : On va rester à T pour une fois. Cela dit, les sous-entendus seront... sous-entendus, quoi (comment ça, ça veut rien dire?)!
Genre : Humour (beaucoup) et romance (un peu)
Pairing :C'est vraiment obligé? OK... Donc à part Midorima x Takao, il y aura un peu d'Akashi x Nijimura et un brin des autres: Kuroko x Kagami, Aomine x Kise et Murasakibara x Himuro
Réponse à Mayshea : Ah, tu as donc survécu ! Tant mieux, car voici la suite ! J'admets que jamais je ne pourrai vivre avec quelqu'un tel que Midorima. C'est impossible ! Beaucoup trop prise de tête à gérer, mais notre faucon est le meilleur, il peut (et va) y arriver ! Kuroko ne change pas, quant à Akashi… L'auteur elle-même ne sait pas comment il fait ! Sa connaissance de tout sur tout est impressionnante, mais ne t'inquiète pas, nous le reverrons prochainement pour le meilleur (et le pire) ! Ah, d'accord, je comprends… Bien, au moins, tu le sais, se faire un compte est bien plus sympa pour interagir avec les autres ! Enfin, j'espère que ta rentrée s'est bien passé, à Lyon, c'est encore les vacances scolaires (mais je travaille depuis belle lurette, je ne suis pas concernée) ! Tu es en quelle classe/année ? Merci pour tes encouragements et j'espère que la suite te plaira toujours autant !
/!\ Important: Cette fanfic est un parallèle à une de mes précédentes, Enfer & Paradis et vient la compléter. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu Enfer & Paradis pour comprendre celle-ci (normalement), mais les plus curieux d'entre vous pourront s'amuser des différents clins d'oeils par-ci, par là! C'est la raison pour laquelle, au -dessus du titre du chapitre, je préciserai à chaque fois où situer ce dernier par rapport à ceux d'Enfer & Paradis.
(NdA: ce chapitre fait suite du précédent. Il est donc situé entre le chapitre 2 (bonus) d'Enfer & Paradis et le chapitre 3 – Aller simple pour le Paradis)
Chapitre 3: Les hommes et les femmes
« Kazu, comment ça va ? Ca fait trop longtemps que je ne t'ai pas vu !
-Comme un charme, Aya ! Comme tu peux le voir, ton grand frère adoré resplendit de bonheur !
-Oh, mon Dieu ! Serait-ce l'amour qui te donne ces ailes ?
-Vivre avec mon Shin-chan est un bonheur de tous les instants ! Et…
-Le thé, le coupa direct Shintarô avant qu'il ne parte encore Dieu seul savait où dans ses élucubrations sans queue ni tête (aux yeux de l'étudiant en médecine).
-Ouah, quel beau service à thé ! S'extasia la sœur cadette de Kazunari, Takao Ayako.
-Il nous vient de Midori-mama ! Lui expliqua le brun. Cadeau de mariage ! »
Midori-mama… Mais quel surnom impossible !
Shintarô ne s'y ferait jamais, il en était encore persuadé. Pourtant, il s'était habitué au rituel du butsudan (1) et ne menaçait plus depuis belle lurette de jeter à la poubelle le sweatshirt n°6 orange, blanc et noir qu'il avait porté durant ses trois années à Shûtoku… Et qui maintenant était exclusivement utilisé par le brun pour traîner à la maison. Comme maintenant…
Mais Midorima décida de passer outre et posa deux tasses de thé sur la table basse, puis il versa, dans chacune d'entre elles, une bonne rasade de thé vert dont les effluves ouvrirent les narines de son petit ami.
Une fois terminé le service, il posa la théière sur la table, ainsi que des petites assiettes contenant diverses friandises, s'inclina légèrement en direction de Kazunari, puis se leva avec élégance pour rejoindre leur chambre commune, où des révisions l'attendaient.
C'était évidemment sans compter sur Takao. Pas celui de d'habitude, non. Sa sœur :
« Shintarô-san, tu fais une épouse formidable ! Tu as tellement de chance, j'aimerais trop te ressembler, mais je n'y arriverai jamais !
-Qu… Quoi ? Coassa-t-il de surprise, comme une belle grenouille bien dodue.
-Tellement d'élégance ! C'est la première fois que je te vois servir un thé, mais… Chacun de tes gestes est grave et mesuré, une telle finesse jusqu'au bout de tes doigts… Déjà que tu as une peau blanche sans défaut et des mains magnifiques… Et des ongles parfaitement manucurés… Mais en plus, ce petit geste à l'attention de mon frère, afin de t'excuser silencieusement de nous quitter… L'épouse parfaite !
-N'importe quoi... Et Kazunari, n'approuve pas ! S'emporta l'étudiant en médecine lorsqu'il capta du regard son petit ami hocher la tête à chacune des phrases prononcée par sa petite sœur.
-Je me demande tous les jours ce que j'ai fait de bien dans une vie antérieure pour faire un aussi bon mariage, reconnut sans fard le brun en croisant les bras. Shin-chan est formidable.
-Shintarô-san, tu penses que tu peux me donner des cours d'élégance ? L'implora Ayako. S'il te plaît ? S'il te plaît ! Je ferai tout ce que tu voudras!
-Ces cours n'existent pas, na no da yo.
-Ou alors, des cours pour servir le thé !
-Non plus.
-Euh, si, Shin-chan, il s'agit de la cérémonie du thé.
-Sauf que ça n'a rien à voir. Je n'ai fait que servir un thé à toi et ta sœur, pas la peine d'en faire un scoop na no da yo.
-Il n'empêche, Shintarô-san ! Tu l'as fait avec une telle classe que tu ne t'en rends probablement pas compte ! Elle est innée ! S'extasia-t-elle, des étoiles dans les yeux. J'ai eu l'impression de voir une geisha (2) !
-De pire en pire...
-En effet, concéda Kazunari. Car le corps de Shin-chan n'appartient qu'à moi et à moi seul. Je ne l'autoriserai pas à aller s'amuser avec d'autres hommes, continua-t-il sur un ton catégorique.
-Parce que tu crois franchement que je n'ai que ça à faire ? Et Ayako-san, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis un homme de tout ce qu'il y a de plus ordinaire, na no da yo. Je ne peux pas être une épouse, même si je le voulais.
-Pourtant, tu fais une très bonne épouse, déclara-t-elle en l'ignorant totalement, occupée comme elle l'était à siroter son thé.
-Tu es bouchée ou quoi ?
-Une bonne épouse sert le thé à son mari et ses invités avec une grande attention afin de lui faire honneur…
-Je rêve ou tu es possédée par mon père ? Se lamenta Shintarô.
-C'est que ne cesse de me dire mes parents, en tout cas. Et ma mère n'arrête pas de me dire qu'avec mes manières brutes, je ne trouverai jamais de mari. Comme tu as épousé mon cher frère, qui est l'homme idéal, j'en déduis qu'ils ont raison au moins sur ce point.
-Ayako-san, cette vision des choses datent du siècle dernier, même moi, je le reconnais, soupira Midorima. Il n'est pas nécessaire de bien servir le thé pour trouver un mari, de un. Et de deux, Kazunari et moi-même formons un couple d'hommes, il n'y a donc pas de femme parmi nous. J'ai été clair ?
-Justement.
-Comment ça, justement ?
-C'est toi qui ne semble toujours pas avoir compris.
-Compris quoi, je te prie ? »
Kazunari, à la fois frère aîné d'Ayako et époux de Shintarô…
Restait pour une fois en retrait, peu soucieux de ramener sa fraise. Il préférait laisser ses yeux en amande bleus métallisés passer de l'un à l'autre à chaque passe d'arme entre les deux adversaires.
« Comment nous avons tous été perturbés de savoir que toi et Kazu sortiez ensemble ! Vous êtes deux hommes, comme tu le dis si bien, alors que notre société et notre vision des choses est tellement genrée ! C'est la raison pour laquelle nous avons tous pris une décision vous concernant. »
Ouh, là, ça ne sentait pas bon, cette histoire… Midorima le voyait d'ici et ses sourcils se froncèrent.
Car franchement, il craignait le pire.
« Qui… Qui est "nous" ? »
il était tellement sur la défensive que sa voix vacilla légèrement.
« Notre famille et la tienne, bien évidemment. Qui d'autre ? »
L'étudiant en médecine leva les yeux au ciel : il aurait dû s'en douter !
« Et nous laisser tranquille, Kazunari et moi, ça ne vous est pas venu à l'esprit, j'imagine ? Râla-t-il en direction de sa belle-sœur.
-Bien sûr que non. Et concernant le fait que vous êtes un couple d'hommes… C'est ton père qui a levé notre dilemme.
-Je le savais ! Encore lui !
-Il a dit quoi, Midori-papa ? Interrogea le brun, curieux mais surtout complètement oublieux de la note suppliante provenant de son conjoint.
-Je ne veux pas le savoir, par pitié… Soupira bruyamment le fils aîné des Midorima en se passant la main sur le front. Et Kazunari, arrête avec tes surnoms à la con... »
Ayako ferma les yeux et leva l'index en l'air, prenant l'apparence d'un professeur sérieux déclamant son cours tandis qu'elle citait le père de Shintarô :
« " Shintarô et Kazunari-san sont deux hommes, il est vrai. Mais n'ayez crainte, car le contexte nous permet de distinguer sans mal celui qui fait la femme. La seule différence avec un couple classique, c'est qu'ils changent de rôle selon la situation. Avec eux, la femme et l'homme ne sont pas figés dans un schéma normé. Mais on y retrouve constamment l'un et l'autre. Ce qui n'est pas étonnant, tout être possède à la fois le principe masculin et le principe féminin, après tout. S'y habituer nécessite une mécanique de l'esprit, mais une fois que l'on s'y fait, c'est très simple."
-Mon père a dit ça ? Demanda Shintarô, un peu incrédule.
-Au mot près.
-Ouah, Aya, tu m'impressionnes ! Mais… Comment tu as fait pour retenir tout ça, petite sœur ?
-Je l'ai noté et appris par coeur. Car Midorima-san nous a sorti cette explication alors qu'il nous conseillait, Akemi-chan et moi, sur la meilleure manière de faire un bon mariage.
-Il… Il fait ça ? S'étrangla le fils de ce professeur d'un genre nouveau… et improvisé.
-Midori-papa… C'est le meilleur ! Enfin, après toi, Shin-chan ! Et… Quels sont ses conseils pour faire un bon mariage ?
-Eh bien, pour commencer, nous devons être des épouses parfaites. Et il nous a dit de vous prendre pour modèle.
-Mais… On est des mecs, raisonna pour une fois Kazunari. On ne peut pas servir de modèle à nos petites soeurs ! »
Pour la première fois depuis longtemps, Shintarô appuya la voix de la raison qui avait élu domicile dans le crâne de son compagnon. C'était pas souvent, dis donc!
« Si, parce que vous êtes engagés dans un couple homosexuel…
-Je ne veux pas entendre la suite… S'inquiéta, à juste titre, Midorima.
-Et que par conséquent, vous laissez à tour de rôle votre côté féminin s'exprimer. Du coup, si on additionne le côté féminin spontané de mon frère, avec le tien si raffiné, Shintarô-san, on obtient en résultat la femme parfaite !
-Une telle règle d'arithmétique n'existe pas, na no da yo !
-En tout cas, lorsque tu as servi le thé tout à l'heure -là, tu étais dans le rôle de la parfaite femme au foyer, simple et distinguée !
-N'est-ce pas ? N'est-ce pas ? N'est-ce pas ? N'est-ce pas ? Renchérit Takao.
-Mais n'importe quoi... Ce qu'il ne faut pas entendre !
-Ou comme le jour de notre mariage, Shin-chan, quand tu étais en kimono blanc ! Tu étais si digne, si sérieux, tellement élégant ! Se rappela Kazunari avec délice.
-Exactement ! Midorima-san nous a également sorti cet exemple, en disant que son épouse avait eu raison de l'habiller en blanc comme une mariée ! S'exclama Ayako en repassant une belle couche.
-Bon. Ca suffit. J'en ai assez entendu comme ça », trancha Midorima, en se retirant dans sa chambre, et pour de bon cette fois-ci.
Non, mais c'est vrai, à la fin ! Ils étaient déjà à fond dans leur délire, il ne voulait pas non plus se rappeler de ce jour ! Pour lequel il avait été apprêté et même maquillée comme une femme, sa mère Shiori insistant sur le mascara comme une grande malade parce que Kazunari n'avait pas arrêté de répéter qu'il aimait ses longs cils et ses yeux de jade !
« Oh, maintenant que je m'en rappelle… Shin-chan était tellement beau, ce jour-là… Soupira Kazunari, complètement énamouré, ses mains appuyant délicatement sur ses joues. C'est la raison pour laquelle quand on s'est enfin retrouvés seuls tous les deux, le soir… Malgré la fatigue, j'ai trouvé la force de me jeter sur lui, tu n'imagines même pas…
-Kazunari, la ferme ! Se stoppa Midorima pour arrêter son petit ami avant que celui-ci ne dérape complètement.
-Un tel bonheur, notre nuit de noces !
-Ah, attends ! L'arrêta à son tour Ayako en se souvenant d'un détail crucial. Je voulais te le redemander, mais il te l'a fait, depuis la dernière fois ? »
Shintarô s'étouffa en plein milieu du salon.
« La dernière fois, c'était hier soir, Aya, et il m'a fait pleins de choses, alors il faut que tu sois plus précise… Minauda avec plaisir Kazunari.
-Bakao ! Le rappela à l'ordre son amoureux.
-Mais non, Kazu, pas ça ! Je parle de ça ! »
L'interpellé arrêta son manège, ses gestes affectés et sa voix suintant de féminité pour reprendre une attitude un brin plus sérieuse, le temps que ses méninges travaillent à plein régime pour comprendre ce dont voulait lui parler sa petite sœur.
« Quoi, "ça" ? De quoi parles-tu, Ayako-san ? L'interrogea Midorima, une fois qu'il eut compris que sa belle-sœur ne voulait pas parler de leur vie intime (ce qui était rassurant, en un sens, mais d'un autre côté, il se demandait ce que les deux membres de la famille Takao pouvaient se raconter lorsqu'ils étaient laissés tout seuls, comme des chenapans… Ouais, non, en fait, il ne voulait pas savoir).
-Oh… Répondit Kazunari à la place de la jeune femme, ses neurones lui ayant enfin livré la réponse. Non, il ne l'a pas encore fait. Mais tu sais, rien ne presse !
-Oh… Se rembrunit Ayako. C'est étonnant que vous fassiez ça tout le temps, mais qu'il ne t'a jamais fait ça…
-Vous pouvez arrêter de parler en langage codé, na no da yo, leur fit remarquer Shintarô, s'agaçant en sentant une fois de plus poindre une grosse et belle connerie au bout du chemin, comme d'habitude… Surtout en faisant genre que je ne suis pas là, sous mon nez !
-T'inquiète, Shin-chan, c'est rien ! » Avait balayé Takao d'un revers de la main, avec son sourire d'imbécile (heureux et fier de l'être).
Ce sourire était suspect, Shintarô n'était pas dupe du tout. Mais lassé de les entendre ne sortir que des bêtises, énervé de voir que son propre père y participait en toute connaissance de cause, il n'insista pas et partit pour de bon réviser dans sa chambre.
Eh bien…
Il n'aurait pas dû.
« Père ? C'est quoi cette convocation en urgence ? Paniqua Shintarô en s'asseyant face à lui dans la grande maison familiale des Midorima, le dimanche suivant en fin de journée.
-Mon fils, je t'ai fait venir pour une raison de la plus haute importance. On m'a rapporté te concernant un comportement absolument inadmissible, lui déclara d'emblée Midorima senior, l'étincelle d'autorité brillant plus que jamais dans son œil émeraude.
-Quoi donc ? Interrogea le fils, plus inquiet que jamais.
-Une infamie. Un déshonneur que je n'accepterai jamais dans ma famille, celle des Midorima. Mais, et cela peut te surprendre, ta mère ne participera pas à cette discussion. Car c'est un sujet d'hommes. Et les femmes ne doivent pas se mêler des sujets qui ne les regardent pas, et vice et versa. Alors, tu vas tout m'expliquer et tu as intérêt à être crédible. Sinon... »
La menace était sincère dans son regard paternel courroucé et Shintarô se demanda tout aussi sincèrement ce qu'il avait bien fait pour mériter un tel traitement. Déjà, lui et son père se voyaient peu, encore moins en parfait tête-à-tête. C'était sa mère qui s'était chargée de son éducation et de celle d'Akemi-chan, en l'absence de son médecin de mari qui n'était pour ainsi dire jamais là. C'était elle, toujours, qui les rabrouait, les remettait dans le droit chemin, les consolait, les écoutait, les guidait en cas de besoin. Epouse au foyer et mère attentionnée, aimant ses enfants par-dessus tout, elle avait toujours mis un point d'honneur à être auprès d'eux et à tout donner pour les élever dignement. Son mari considérant que l'éducation des enfants, comme la bonne tenue de la maison familiale, était un domaine réservé aux femmes, il n'avait jamais interféré avec elle pour tout ce qui concernait leurs deux enfants et lui avait toujours laissé carte blanche.
Car il ne faut jamais se mêler des sujets de femmes. Jamais.
Shintarô, en son for intérieur, considérait la morale paternelle, sur la séparation stricte des devoirs entre l'homme et la femme dans un ménage, comme remontant au siècle dernier. C'était la raison pour laquelle il avait à chaque fois été profondément déstabilisé par la position plus que progressiste de son père envers le couple qu'il formait avec Kazunari, même si l'opinion dudit père s'appuyait sur des principes asiatiques tout aussi poussiéreux que sa morale…
Son père, qu'il connaissait finalement mal, était un paradoxe à lui tout seul et depuis que Shintarô s'était uni à Kazunari, il le constatait jour après jour.
Cependant, aux yeux de Shintarô, cet homme impressionnant et charismatique, même quand il était assis au bout d'une table comme présentement, restait son père.
Et on ne transgressait pas avec les principes paternels. Même s'ils dataient de Mathusalem.
Shintarô baissa alors la tête en signe de respect et posa ses deux mains sur ses cuisses.
« Qu'ai-je fait pour vous déplaire, Père ? »
Un reniflement de dédain accueillit cette question et l'étudiant en médecine se crispa un peu plus.
« Ma déception est d'autant plus grande, Shintarô, que je pensais que tu auras médité mes paroles depuis l'affaire du butsudan et de ton album photo, mais il n'en est rien. Tu n'apprends pas. Jamais tu ne pourras être un bon médecin et suivre ma voie avec un tel état d'esprit, je te le redis. Même si tes notes sont excellentes et ton parcours scolaire sans faille.
-Je… Je ne vois pas où vous voulez en venir, Père. Je n'ai pas touché au butsudan, ni à l'album. Kazunari y fait ses prières quotidiennes le matin, je n'y fais même plus attention… Je n'ai même rien dit lorsque lui et Mère ont rajouté au mur, au-dessus du butsudan, notre arbre généalogique…
-Je le sais, et c'est un bon point pour toi. C'est la raison pour laquelle je pensais que ma leçon t'était rentrée dans le crâne. Mais visiblement, ce n'est pas le cas.
-Que me reprochez-vous ? Je… Je ne comprends pas…
-Ta sœur Akemi, très proche d'Ayako-san, m'a fait part d'un de tes comportements que je ne tolérerai jamais dans la Maison des Midorima. Un comportement indigne du fils que j'ai conçu, Shintarô. »
Le susnommé ne fit pas le moindre mouvement et il sentit son coeur se serrer douloureusement dans sa poitrine. Son père… Son modèle, en quelque sorte. Un homme dont la droiture et l'honneur était saluée par tous, quel que soit le sens du vent. Un médecin reconnu, venant d'une brillante et riche famille, qui n'avait pas démérité et qui jamais n'avait terni l'image de sa Maison.
Shintarô serra les dents pour ne pas pleurer de dépit. Jamais il n'oserait déplaire à un tel homme, son père, de surcroît ! Et il ravala ses premiers sanglots face à la colère paternelle comme un enfant se faisant honteusement gronder, derrière un je-m'en-foutisme pouvant se fissurer d'une seconde à l'autre.
« Je… Je vous écoute, Père, déglutit-il avec difficulté.
-Il m'a été rapporté que jamais, au grand jamais, tu n'avais dit à Kazunari-san les mots "Je t'aime".
-Qu… »
Le fils aîné ne put même pas articuler une question composée d'un seul mot tant la surprise l'étouffa.
« Te rends-tu compte de l'infamie ? De la disgrâce ?
-Quoi ? »
Shintarô peinait à retrouver son souffle, et quelques larmes perlèrent au coin de ses yeux, la faute à ses muscles crispés se détendant un peu trop brusquement sous l'effet des paroles de son père.
« Tu apportes la honte à notre famille en agissant ainsi ! Alors que lui et toi êtes mariés, que vous vivez ensemble depuis cinq ans, et que votre union est pleinement consommée ! C'est injustifiable ! Impardonnable ! Tonna la voix paternelle.
-Mais… De qui tenez-vous ça ?
-Je te l'ai dit, de ta sœur. Qui le tient d'Ayako-san, qui le tient elle-même de son frère, Kazunari-san. Mentent-ils ? »
Shintarô ne sut pas répondre à cette question. Paniqué et encore un peu sonné par cette engueulade impromptue sur un sujet pareil, il avait du mal à remettre ses neurones en branle. Il ne se souvenait pas avoir déclaré directement son amour à Kazunari… Il l'avait avoué à demi-mots durant leur dispute qui avait conduit à leur mise en couple, et encore, il n'en état même pas sûr… Et il ne se rappelait pas l'avoir énoncé à voix haute depuis lors, mais…
« Mais même si c'est vrai, en quoi c'est un problème ? S'emporta à son tour le fils aîné, tout feu tout flamme quand on le prenait ainsi à rebrousse-poil.
-C'est un problème car ton attitude n'est pas celle d'un homme ! Encore moins celle de mon fils !
-En quoi se déclarer serait une preuve de virilité ? Ce ne serait pas l'inverse, d'ailleurs ? Et... vous n'avez rien dit quand Mère m'a habillé de blanc et m'a maquillé pour mon mariage !
- Parce que ta mère avait décidé que le rôle de l'épouse te convenait mieux dans ces circonstances, afin de t'habiller en blanc… D'ailleurs, Kazunari-san était un mari parfait, contrairement à toi, le noir lui va comme un gant...
-Mais qui a dit que là, pour la déclaration, je devais jouer le rôle de l'homme ?
-Parce que ce sont les femmes qui attendent des mots tendres. Et il est du devoir de leur mari de leur donner satisfaction. Puisque Kazunari-san s'est plaint, il est la femme. Tu es donc l'homme et c'est à toi de le rassurer ! Commença à s'agacer le père, car il était persuadé de n'expliquer que des évidences.
-Mais vous… Jamais je ne vous imagine sortir des mots pareils à Mère !
-C'est différent, Shintarô, ne nous compare pas ! Répliqua Midorima senior. Je ne le lui ai dit qu'une fois, le jour de notre mariage. Et ta mère ne me l'a jamais redemandé. Et ne s'en est jamais plaint. Il est évident que le cas contraire, je l'aurais fait. Mais toi… Toi ! Comment peux-tu te comporter de la sorte avec ton épouse éplorée ? Ce n'est pas pour que tu agisses comme cela que je vous ai unis, et que je compte bien vous marier officiellement avant de rendre mon dernier souffle !
-Qui est une épouse éplorée ? Et elle… il… Kazunari ne m'a jamais rien dit non plus !
-Il n'a pas besoin de dire, Shintarô ! C'est là que tu as failli en tant que mari ! Le devoir d'un homme est de protéger sa femme. Il est évident qu'il doit la rassurer sur tous les points. Et celui-là en fait partie. C'est le plus simple, le plus basique ! Si tu ne remplis pas cette condition, tu ne peux pas être un mari digne de ce nom ! Comprends-tu maintenant la raison pour laquelle ce que tu fais entache notre famille ? Tu n'es pas un homme ! Et si tu n'es pas un homme, jamais tu ne pourras être médecin !
-Mais… Bien sûr que si, je suis un homme ! »
L'oeil émeraude brillant d'autorité plus que jamais, le père complètement incrédule renifla dédaigneusement en direction de son fils.
« Cette conversation est complètement surréaliste ! Soupira Shintarô, clairement agacé. C'est entre moi et Kazunari, na no da yo. Vous n'avez rien à faire dans ça !
-Bien sûr que si. Car je suis ton père. Je suis garant de ton comportement !
-Je ne suis plus un enfant, na no da yo !
-Quel rapport? »
Blanc.
« Même si tu es majeur, ça ne change rien. Tu es mon fils. Même quand tu auras cinquante ans et que je serai un vieux croûton, tu seras mon fils. Et lorsque je serai mort, tu seras toujours mon fils. Et je ne veux pas que mon fils aîné, mon héritier, déshonore cette famille ! De plus, tu as fait un très bon mariage, que je ne veux voir défait ni maintenant, ni jamais, parce que tu n'aurais pas eu le courage d'un homme.
-Mais il ne s'agit que de mots ! Ca n'a aucune importance ! Kazunari et moi vivons ensemble et… Et… Bref, les actes comptent plus que les parole !
-Si les paroles sont si insignifiantes, pour quelle raison avoir peur de les prononcer ?
-Je n'ai pas peur, na no da yo !
-Alors prouve-le. Vous pouvez sortir de la cuisine ! » Appela le père.
La cuisine, ce nid de femmes dans lequel un homme se devait de ne jamais mettre le pied… De la cuisine, donc, sortirent Midorima mère et fille, ainsi que Kazunari qui se précipita pour enlacer Shintarô :
« Shin-chan, écoute, n'aie pas peur, d'accord ? Ca ne veut rien dire. Tu n'as rien à me prouver, je sais que tu m'aimes et… Je n'ai pas besoin d'une déclaration là, maintenant, sous la pression ! »
Ce dernier, tétanisé par ce retournement de situation, ne répondit pas.
« Midori-papa, écoutez… Je crois que ça suffit comme ça, d'accord ? Je suis bavard, j'ai un peu trop parlé à ma sœur et c'est monté dans les tours, mais… Ce n'est rien ! Shin-chan est génial, je suis très heureux avec lui. Jamais il n'aurait accepté qu'on aille aussi loin dans notre relation et qu'on l'officialise s'il ne m'aimait pas. Et moi aussi, je l'aime de tout mon coeur, je vous adore et…
-Mais Kazunari, tu t'es plaint à ta sœur que je ne t'avais jamais dit clairement… que… que…
-Que ? S'impatienta la figure paternelle à l'oeil émeraude plus autoritaire que jamais. Nous t'attendons, Shintarô, et je te préviens, si tu n'as pas compris par toi-même : tu ne quitteras pas cette maison tant que je ne l'aurai pas entendu de mes oreilles.
-Mais Midori-papa, vous connaissez votre fils… C'est un tsundere (3) pur jus ! Il est juste timide et bourru, mais… C'est ça qui fait son charme !
-Je me moque de ce qui fait son charme. J'ai eu un fils aîné et je veux qu'il me le prouve là, maintenant.
-Mais Shin-chan est votre fils et… il fait des efforts pour nous deux et...
-Cesse donc de prendre sa défense. Kazunari-san, tu fais comme sa mère. Tu le gâtes beaucoup trop. Vous lui passez tout. Il est pourri jusqu'à l'os à cause de vous. S'il n'est pas capable de dire à la personne qui partage sa vie et qui lui voue un amour aussi sincère et désintéressé qu'il l'aime, alors…
-C'est bon, je vais le dire ! S'impatienta Shintarô. Kazunari, je ne dirai pas deux fois, alors... »
Le coeur du brun rata un battement tandis que Shiori et sa fille Akemi se tinrent les mains comme devant un bon vieux film sentimental. Shintarô leva la tête en direction de son conjoint et verrouilla le regard bleu métallisé, débordant d'amour de Kazunari…
Et il la rebaissa aussi sec.
Déçues d'un climax n'ayant finalement pas eu lieu, sa mère et sœur se lâchèrent et son père eut un rictus signifiant pleinement : "Je le savais, tu n'es qu'un lâche".
« Ce n'est pas ça, na no da yo ! Se défendit Shintarô, ayant parfaitement lu les pensées paternelles. C'est que… Que… Ca ne se dit pas ! On n'a pas besoin de ça, on vit très bien sans ! Dit-il en détournant malgré tout le regard, gêné de sa situation.
-Ton esquive est pitoyable. Indigne d'un homme », jugea Midorima senior sans concession.
« Je le sais bien ! Mais… Mais je n'y arrive juste pas ! Pas quand il me regarde comme ça ! Pas quand il m'aime tellement que ça me rend indigne de lui et que je me dis que je n'ai rien fait pour mériter autant d'amour ! Je ne le mérite pas ! Je ne mérite pas Kazunari… Pas quand il me fait ces yeux-là… Je ne peux pas lui dire… Je ne saurai jamais lui dire sans paraître ridicule ! Sans qu'il se moque de moi ! Et s'il se moque, alors que moi je l'aime, je... »
« Incapable d'accueillir tout l'amour qu'on lui donne… Formula à voix haute le chef de famille, comme s'il lisait dans les pensées de son fils. Il faut dire que vous ne lésinez pas, Shiori, Kazunari-san, et même toi, Akemi, vous le gâtez trop. Incapable de montrer sa vulnérabilité, de déposer son orgueil et sa fierté au pied de la personne qu'il aime le plus… Je me demande comment tu peux partager ta vie avec un ange tel que Kazunari-san, qui a su me trouver ce surnom si affectueux.
-Mi… Midori-papa…
-Votre rencontre et les sentiments que vous partagez sont un vrai mystère pour moi, dit-il à son beau-fils. Et quant à toi, Shintarô… Que t'ai-je dit la dernière fois ? Les mystères sont fait pour rester ce qu'ils sont : des mystères. Accepte-les et accueille-les. Il n'y a rien d'autre à faire.
-Midori-papa… Commença Kazunari sans le regarder, trop occupé à enlacer le grand amour de sa vie comme une mère poule (ou faucon?). Vos paroles me touchent beaucoup, mais vous êtes trop dur avec Shin-chan… Il fait de son mieux, croyez-moi mais il ne faut pas le forcer s'il n'est pas prêt, vous savez, ce n'est pas grave. J'attendrai… J'attendrai le temps qu'il faudra.
-Là ! Toi et Shiori le couvez comme un enfant ! S'exclama le paternel en les désignant d'une main agacée. Vous lui trouvez toujours des excuses !
-Je… Je ne suis pas un enfant, na no da yo !
-Ce n'est pas du tout ce que tu montres, Shintarô...»
Et en effet, enfoui dans le tee-shirt de son homme afin de se cacher de son père et son œil émeraude si étincelant d'autorité, ledit Shintarô était tout sauf crédible…
Et quand il s'en rendit compte, et quand il prit conscience de l'absurdité totale de la situation, ses lèvres tremblantes s'ouvrirent lentement et murmurèrent quelque chose contre l'abdomen du brun, qui baissa la tête et lui demanda doucement :
« Mh ? Tu as dit quoi, mon coeur ?
-Tu… Tu n'aurais pas pu me dire à moi d'abord, que tu voulais que je te dise… ça ? Interrogea Shintarô en retour d'une voix un peu plus audible, les joues rougissantes.
-Ben… Je ne m'y attends pas vraiment, Shin-chan. Depuis le temps, je te connais. C'était juste de banales discussions entre moi et ma sœur… Allez, on oublie et on rentre », le rassura le brun en lui tapotant le dos, puis en se détachant un peu de lui.
Le chef de famille des Midorima soupira entre ses dents, clairement opposé à ce dénouement.
« Tu… Tu en as besoin ? Demanda Shintarô en hésitant quelque peu.
-Laisse tomber, Shin-chan, on rentre, j'ai dit.
-Réponds. »
Il n'en fut rien. Shiori et sa fille se serrèrent une fois de plus l'une contre l'autre, espérant jusqu'à la dernière seconde entendre enfin ces trois petits mots de la bouche de leur fils et frère.
Le brun finit par détourner le regard, mais resta muet comme une carpe.
D'accord. Puisque c'était comme ça…
Puisque Kazunari le voulait…
« Je… Je... »
Shintarô baissa ses yeux de jade et se mit à fixer ses mains agrippées à son pantalon, plus précisément son annulaire ornée de son alliance. Il savait qu'il était rouge comme une écrevisse et que son corps tremblait légèrement, mais il fallait que ces mots sortent au moins une fois.
Ce n'était pas si difficile !
« Je... »
Il prit une grande inspiration lorsqu'il sentit l'air lui manquer, et pour ne pas perdre le (peu de) courage qu'il lui restait, il débita d'une traite, comme un enfant avalant un médicament infect :
« Je t'aime !
-Il l'a dit ! Il l'a dit ! Il l'a dit ! Sautèrent de joie la mère et la fille.
-Oui, et maintenant que c'est dit, on rentre ! »
Se saisissant de la main de son compagnon, il quitta en trombe la maison familiale, sans se soucier des hourras de victoire lancés par les deux femmes de la maison.
Et sans se soucier de son père dont l'oeil émeraude étincelait non pas d'autorité cette fois-ci, mais de satisfaction :
« J'ai beau regarder, je ne vois toujours pas ce qui pourrait les séparer… Mon fils a bien de la chance d'être tombé sur lui… Il a du flair aussi, ça, je ne peux pas le lui retirer, mais… Il reste quand même beaucoup trop gâté... »
(1) Petit autel servant à vénérer les morts, présents chez les particuliers au Japon
(2) Artistes femmes chargées de distraire les hommes, et qui pouvaient être achetées par ces derniers
(3) Qualifie quelqu'un qui cache son grand coeur derrière une façade froide et austère
