Un nouveau mois, un nouveau chapitre ! Merci pour les reviews et j'espère que cette suite vous plaira tout autant !
Pour le mois prochain, je ne sais pas encore quand vous aurez la publication de Virus sachant que ce sera le mois de l'avent en même temps. Mais il me semble cruel de ne le poster qu'à Noel... Qui vivra verra ^^
Bonne lecture !
Le poste de police ne désemplissait pas depuis le départ d'Eileen, les citoyens indignés se succédaient. A croire que toute la population de National City s'était passé le mot pour ne plus respecter les lois. Malheureusement, Supergirl ne pouvait pas grand-chose pour les aider. Qu'aurait-elle pu faire pour empêcher des imbéciles de poursuivre des inconnues dans la rue pour leur demander des informations sur leurs tatouages bleus. Elle ne pouvait ni lutter contre des fiancées furieuses des infidélités tatouesques de leur promis qui venait de rompre ni même contre les tricheries aux examens organisées sur base des tatouages. Même les pensionnaires des maisons de retraite finissaient par fuguer pour rejoindre leur dulcinée, au grand dam des infirmières censées les surveiller.
Maggie Sawyer était une inspectrice heureuse de résoudre des meurtres et de faire la justice. Elle aimait disséquer les informations à sa disposition et également protéger les aliens qui vivaient dans sa ville.
Mais face à cet afflux de menus larcins et tricheries ridicules sur base des tatouages, elle avait juste envie d'attraper un objet contondant pour assommer tous les plaignants les uns après les autres. Elle aimait son travail de police, elle ne pouvait clairement pas le nier, mais un simple meurtre lui aurait pourtant bien fait plaisir là tout de suite. Histoire de fuir la cacophonie ambiante et avoir une belle scène de crime à élucider. Elle ouvrit la porte de la salle réservée au personnel et admira un instant la scène.
- Vous êtes un fameux duo à voir.
Murphy et Matilda étaient assis côte à côte dans la minuscule salle de repos dans le coin le plus éloigné des vitres pour qu'on ne les repère pas d'un simple coup d'œil. Matilda buvait son verre d'eau d'un air désabusé et Murphy admirait le cachet effervescent qui se dissolvait dans son verre.
- Je peux dire que tu es certes splendide mais que tu as l'air épuisée tout comme nous… Toujours rien venant du labo pour nous sauver, Sawyer ?
Matilda semblait attendre un miracle avec son petit sourire désabusé. Maggie n'en avait aucun en stock à lui proposer. Elle hocha la tête en signe de négation. Oh, ils avaient bien fait des analyses sanguines maintenant que les humains et les aliens étaient infectés par la poudre bleue – Maggie suivait CatCo Média sur ce coup-là, le virus bleu avait, selon elle, bien un lien avec l'alien en poudre. Mais les résultats étaient d'une part limités et d'autre part, ils ne révélaient aucune piste de vaccin.
- Non, confirma Maggie face au regard interrogateur de son collègue Murphy qui venait d'avaler son eau à l'aspirine d'une grande gorgée.
- Ils vont bien finir par se calmer, n'est-ce pas ? Matilda se frottait les yeux. Je l'espère en tout cas. Je suis bien entendu infectée donc je n'ai plus qu'à espérer que cela ne soit pas mortel et que cela ne me donne pas des envies d'enfreindre la loi. Je ne m'imagine pas faire des trucs idiots pour retrouver mon âme sœur. Quoique, peut-être que le patron me renverrait chez moi en me conseillant de me reposer parce que le surmenage c'est mauvais pour l'image de la police. L'espoir fait vivre, non ?
Matilda avait un sourire sans joie. Maggie leva les yeux au ciel avant de lui conseiller de simplement laisser les évènements glisser sur elle comme la pluie sur un ciré jaune. Murphy, lui, semblait plus intrigué par un autre détail.
- Sérieux, tu es vraiment infectée par ce truc ? T'as quoi, gamine, comme effet, je veux dire ? Tu écris toi aussi sur ta peau ?
La 'gamine' leva les yeux au ciel à son tour en essayant de ne pas entendre Maggie qui ricanait.
- J'ai des paroles de chansons. Elles passent sur ma peau. Et cela doit être lié à la manière dont la personne chantonne parce que clairement, il y a des grosses imprécisions. Des mots sont remplacés par d'autres et cela finit même parfois par des 'lalalalala'. J'ai eu droit à Bohemian Rhapsody en langage yaourt. Très perturbant. J'ai donc comme « âme sœur » un chanteur ou une chanteuse du dimanche qui a quand même bon goût, pour le moment du moins.
Elle avait mimé les guillemets et cela arracha à Murphy un sourire. Il avait l'air fatigué, ce sourire adoucit immédiatement ses traits.
- Ce qui signifie donc, si je me fie à toutes nos théories idiotes actuelles, que je dois chanter pour qu'il ou elle sache que je suis là. Sawyer, tu confirmes en tant qu'experte ? demanda Matilda.
- A priori, oui. Le seul couple que j'ai rencontré qui avait ce problème de chansons était composé d'aliens, et ils sont venus se plaindre que leurs employeurs respectifs leur interdisaient de chanter au travail.
Maggie essaya de se souvenir de plus de détails mais elle était bien trop consternée en entendant leur dépôt de plainte. Le matin même de cette fameuse déposition, la jeune latino avait fredonné du Spice Girl sous la douche et la perspective que son âme-sœur potentielle ait pu lire cela sur sa peau avait coupé court à toute envie de chanter à nouveau à haute et intelligible voix. Mais à bien y réfléchir, son duo de chanteurs avait indiqué quelque chose concernant leur effet du virus.
- En fait, maintenant que j'y pense, eux avaient une variante de la tienne. La damoiselle chantait dans sa langue et lui avait droit à la version originale sous-titrée sur sa peau. Et quand lui chantait, elle avait à peu de choses près la même chose. Toi, à mon avis, si tu peux le lire directement, c'est qu'il ou elle parle la même langue que toi, je suppose du moins. Après un instant de réflexion, Maggie précisa sa pensée. Te voilà donc condamnée à chanter. Tu as intérêt à essayer de chanter des choses qui peuvent lui indiquer qui tu es pour mieux le connaître. Toutes mes félicitations !
- Retire ce sourire de tes lèvres, Sawyer. J'ai hâte de savoir ce que ton âme sœur te réserve pour me venger, lui rétorqua Matilda.
- Pas d'âme sœur à dernière nouvelle, tu es la grande gagnante de la loterie bleue, mon chou.
- Murphy ? tenta alors Matilda. Tu es de quel camp ? Celui de Maggie ou le mien ?
Il releva la tête.
- Quoi ?
- Tu as des tatouages ?
- Aucun. Comme Maggie pour le moment. J'espère que cela va rester comme ça, je ne veux pas perdre ma copine pour une histoire de virus bleu.
Le débat s'était vite terminé en voyant leur supérieur à l'air revêche entrer dans la pièce. Il les avait dispatchés comme tous les autres membres du commissariat à l'étude des infractions commises au nom du virus bleu. Maggie eut droit pour entamer sa journée à une jolie pile de seize dossiers qu'elle aurait très volontiers employés comme accélérateur pour allumer un barbecue.
Il était tard lorsqu'elle avait enfin pu s'échapper du commissariat. Elle avait mangé dehors par facilité, et avait été atterrée. Tout le monde ne parlait plus que d'un seul et unique sujet bleu. Consciente qu'elle ne faisait pas partie de cette secte des personnes en contact avec leur 'âme sœur bleue' elle avait préféré rentrer.
A peine le temps de se dévêtir de ses bottes et de sa veste, Maggie avait filé sous la douche. Cela n'avait aucun rapport avec le virus bleu ou avec les tatouages, ni même avec la présence d'un immense miroir. Non. C'était juste pour se détendre. Pour profiter d'un calme temporaire.
Et si en sortant de la douche, elle apercevait par malchance son reflet dans ce beau et grand miroir, ce ne serait qu'un malheureux incident. Au pire, une prédiction loufoque de son horoscope. Certainement pas une chose dont elle avait envie. Enfin… ça, c'est ce dont elle essayait de se persuader en vain.
Maggie s'exhorta au calme en sortant de la douche. Elle attrapa une serviette de bain et se sécha minutieusement – un peu trop longtemps que pour être honnête. Puis avec précaution, elle se tourna lentement face au miroir, les yeux fermés. Puis, après quelques secondes de réflexion et d'hésitation, elle ouvrit les yeux.
La brunette pesta en constatant que la condensation avec fait son œuvre et qu'il était recouvert de fines particules d'eau.
- Maggie Sawyer, tu es ridicule. Pire qu'une adolescente ayant son premier crush… s'auto-blâma-t-elle.
Elle ouvrit la porte de la salle de bain pour amener de l'air frais et s'appliqua à sécher ses cheveux. Elle voulait se voir nue dans le miroir. Non. Enfin… si.
Un soupir lui échappa quand le miroir renvoya enfin une image claire et précise, et elle s'observa.
Rien de rien.
Il n'y avait rien.
Elle se retourna en se contorsionnant un peu pour s'admirer également du côté pile.
Il n'y avait rien. Ce qui n'était pas surprenant, Maggie avait beau être infectée – elle était sur les lieux lorsque l'alien en poudre avait fait son œuvre, elle n'avait jamais douté qu'elle fut infectée – son 'âme sœur' pouvait ne pas l'être et ne rien avoir n'était pas un signe qu'elle n'en aurait jamais… Mais elle devait bien l'avouer, elle était un peu déçue.
Ce qui était totalement idiot. Pourquoi voulait-elle lire quelque chose sur sa peau ou découvrir une trace bleue ? Elle n'allait pas laisser un virus alien décider de sa vie à sa place. Maggie avait eu beaucoup de conseils d'autrui dans sa vie en particulier des conseils concernant sa vie amoureuse. Rien n'avait été réellement utile. On lui avait déconseillé de devenir une lesbienne – comme si cela se choisissait ! – ou même de ne surtout pas rentrer dans la police à cause de son teint mat et de sa féminité. On lui avait conseillé d'être plus douce, de se caser, d'avoir des enfants… Et elle n'avait absolument rien écouté, ce qui avait été pour le mieux au final.
Maggie Sawyer n'avait pas besoin d'une encre bleue sur sa peau pour savoir qu'elle pouvait séduire une jolie fille et la faire grimper aux rideaux et la rendre heureuse et finir sa vie avec elle.
C'était idiot d'attendre du bleu. C'était idiot mais peut-être aussi humain.
D'un geste, elle éteignit la lampe de la salle de bain et fila droit vers la cuisine. Elle avait besoin d'une bière. En la tenant pour enlever la capsule, elle remarqua un point bleu sur l'intérieur de son avant-bras gauche.
Dans la pénombre, elle aurait juré qu'il était bleu.
Ce n'était quand même pas…
Non. Elle devait avoir une hallucination. Elle but une gorgée pour se donner un peu de courage et se força à allumer une lampe sur le comptoir de la cuisine pour vérifier qu'elle délirait complètement.
Le point était d'un bleu azur du plus bel effet sur sa peau.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine.
- Et merde…
Puis, n'y tenant plus, elle remonta la manche de son pyjama et vit apparaître d'autres petits points bleus. D'autres points qui avaient fait leur apparition le long de son avant-bras.
C'était très discret.
Elle était détective, elle devait bien détecter ce que l'on essayait de lui dire, non ?
Un rire lui échappa lorsqu'elle se demanda si elle devait relier les points dans un certain ordre pour parvenir au dessin final. Allait-elle découvrir un chiffre à côté de chaque point comme indice ? Était-elle reliée à une professeure d'école gardienne ? C'était totalement grisant de voir ces marques apparaître en direct sur sa peau.
Elle avait une âme sœur bleue.
Un trait fut dessiné sur son poignet. Puis un de plus suivit et bientôt, elle se retrouva avec une flopée de traits qui formaient…
- Des constellations ! Ce sont des constellations.
Vivre dans le fin fond du Nebraska offrait parfois des loisirs peu conventionnels. Regarder les étoiles en faisait partie. Son alter ego était donc une fan des étoiles ? Il y avait pire comme loisirs, non ?
Elle avait presque envie de faire une danse de la joie.
Elle avait un alter ego. Une âme sœur. Il y avait, quelque part là dehors, une fille – forcément une fille, cela ne pouvait-être qu'une fille, Maggie espérait qu'elle était plus grande qu'elle et qu'elle avait un sourire à tomber et des yeux captivants. Elle s'imagina une peau douce qui n'attendait qu'une caresse délicate. Une fille faite pour elle.
- Juste, sois une fille, je t'en supplie, sois une fille, célibataire et habitant de préférence pas trop loin et… Sawyer, tu es ridicule. Concentre-toi.
Elle était reliée à quelqu'un en ce bas monde. Et ce quelqu'un avait eu l'idée lumineuse d'écrire sur son bras.
- Cassiopée. Oh et ça Orion… Ce qui nous laisse… la grande ourse ? Ou la petite ourse ? Le nombre de points doit être déterminant dans cette résolution… Mince, Sawyer, réfléchis un peu…
Maggie s'empara d'un stylo rouge qui traînait dans un meuble. Écrire sur son bras allait être périlleux. Surtout qu'elle devait écrire en-dessous des constellations pour que cela soit lisible.
Son écriture tremblait légèrement. Ses lettres n'étaient pas vraiment bien formées. Mais elle avait, elle l'espérait du moins, répondu correctement. Elle imagina la tête de la fille aux constellations en découvrant ses réponses.
Oui, elle devait certainement avoir un sourire diablement tentant.
Alexandra Danvers aimait être surprise. Elle aimait découvrir de nouvelles théories scientifiques. Elle aimait savoir que les humains n'étaient pas les seuls dans l'univers. Elle avait adoré se découvrir une sœur alien tombée du ciel littéralement pour débouler dans sa vie – bien que cela avait été très houleux au début de leur cohabitation mais tout compte fait, c'était vraiment Kara qu'il lui fallait comme petite sœur.
Et elle adora découvrir ce qui se dissimulait sous sa manche de pyjama.
Une fine écriture inégale avait fait son apparition en-dessous de chacun de ses dessins. Elle était un peu irrégulière mais elle était belle. Réellement belle. Alex se mordillait la lèvre inférieure en découvrant les réponses de celui qui était connecté à elle.
'Orion, Grande Ourse, Cassiopée? '
Le cœur battant plus fort et plus vite, Alex hocha la tête pour confirmer que les réponses étaient correctes en se mordillant la lèvre inférieure pour empêcher son sourire niais. Elle attrapa un marqueur qui traînait sur sa commode pour marquer un joli '10/10' juste en dessous.
Elle le regretta aussitôt, c'était ridicule comme commentaire. Tout comme commencer par dessiner des constellations. Mais c'était finalement parfait, non ?
Sa respiration était inégale. Son cœur s'emballait à la pensée qu'elle était bien reliée à quelqu'un dans cet univers. Pire encore, si on en croyait les théories les plus invraisemblables et romantiques que diffusaient les médias en ce moment, cette personne pouvait être son âme-sœur.
Ce qui était ridiculement agréable comme pensée. Ridiculement réconfortant. Ridiculement émouvant…
Stupéfiant.
Elle était certaine de ne plus savoir dormir désormais. Elle attrapa son téléphone et ouvrit sa messagerie. Kara allait probablement hurler de joie. Ou lui lancer un sourire niais et adorable. Ou les deux à la fois tout en rigolant. Mais au moins, elle serait au moins aussi heureuse que sa grande sœur.
Alex : Merci de m'avoir poussé à écrire.
La réponse ne prit que quelques secondes pour lui parvenir.
Kara : Il a répondu ?! ^^ Alex ! C'est…
Une série d'émoticônes variés suivait : un cœur rouge, un soleil, une tête de chat, un autre soleil, trois cœurs roses et un nombre impressionnant de sourires.
Alex : Et toi ? Tu as pu discuter avec ton inconnu aux mémos ?
Kara : Pas encore. Mais il est tard et tout un chacun dort à cette heure-ci, à part toi et moi et ton inconnu. Mais mon âme sœur a une réunion à six heures précises. J'ai le mémo ^^
Alex : Je suis certaine que tu auras une réponse demain.
Kara : Je n'arrive pas à dormir.
Alex : Moi non plus. Mais nous devons dormir. Même les super héros doivent dormir.
Kara : Ah ah ah, bonne blague. Nuit, Alex.
Alex dut s'endormir à un moment ou un autre car une urgence sous la forme d'un appel téléphonique la réveilla en sursaut à cinq heures vingt-deux du matin. Une douche rapide lui permit de se donner une apparence relativement humaine et le café, en quantité astronomique, la réveilla assez que pour filer sur sa moto avec les premières lueurs de l'aube.
Sur son bras, alors qu'elle enfilait sa tenue du DEO, elle avait découvert un petit 'Intello ^^ Bonne journée' écrit à côté de son 10/10 et elle ne pouvait clairement plus réprimer son sourire. Elle était liée à quelqu'un. Et cette personne était amusée par ce qu'elle écrivait.
Elle prit un virage un peu plus serré. National City était très agréable quand il n'y avait personne ou presque. Au moins, personne n'essayait de l'envoyer dans le décor avec une voiture de luxe qui faisait une taille démesurée. Les rues étaient désertes et elle sourit en voyant une forme bleu et rouge la dépasser dans le virage suivant. Kara avait été aussi tirée du lit. Elle se gara devant l'immeuble du DEO et elle arriva en hâte.
J'onn et Winn étaient installés dans la salle de réunion, Vasquez avait déjà une tasse de café en main et Kara semblait écrire sur son bras.
- Alors, qu'avons-nous ?
- Kara a visité la forteresse de solitude à ma demande, bien qu'elle n'était en aucun cas obligée de faire cette démarche aussi rapidement. Un de nos… résidents clamait que nous ne pouvions pas l'empêcher d'avoir la bénédiction bleue. Faute de meilleure traduction malheureusement. Il clamait que c'est une chose positive et que personne ne devrait être interdit de l'avoir.
- Oh. Il connaît vraiment ce truc alors ? demanda Alex pour être certaine de ce qui se tramait.
- Pas vraiment, intervint alors Kara. Il parlait d'une légende, d'une histoire pour les enfants et nous avons interrogé la base de données kryptonienne. D'après ce que j'ai pu comprendre, c'est un conte de fée alien mais il n'était pas populaire chez moi ou alors avait subi assez de modification pour que je ne fasse pas le lien avec notre ami bleu. D'un peuple à l'autre, cela change énormément. Mais en gros, ces êtres légendaires ont le pouvoir de faire apparaître sur la peau l'amour d'un autre être. Ce n'est pas exactement une âme sœur…
- Et c'est véridique ?
- J'ai fait un saut à la forteresse de solitude comme disait J'onn. Juste pour vérifier plus en détail ; je ne parvenais pas à dormir comme tu le sais alors j'en ai profité pour passer là-bas. Véridique, je ne sais pas, mais en tout cas, c'est connu dans les histoires pour endormir les enfants sur Krypton.
Alex hocha la tête. Un conte pour enfants. Il y avait pire comme source de renseignement mais il y avait bien mieux aussi. C'était très maigre comme piste et rien n'indiquait que ce n'était pas un piège pour empoissonner l'air de rien des centaines de personnes…
- Pourquoi l'urgence alors ? demanda Vasquez qui aurait préféré avoir quelques heures de sommeil réparateur en plus.
- Rien à voir directement avec le virus et ses effets. Un groupe d'extra-terrestres a mis au point une sorte d'agence de mise en contact entre deux âmes sœurs. Un club de rencontre, si vous préférez. Et leur technique consiste plus à manger les candidats qu'à faciliter les rencontres. Ce qui inquiète un peu la police qui a découvert le pot-aux-roses…
- Oh. De fait, on intervient, cela me semble une excellente idée, dit gracieusement Vasquez en autorisant la poursuite des individus alors que son chef levait les yeux au ciel. Empêchons ces imbéciles de nous manger, voilà un plan qui me semble extraordinairement bien indiqué.
- En ce qui concerne le virus bleu… A priori donc, ce n'est pas dangereux, si on se fie à ce conte. J'ai bien dit a priori, intervint Alex. Donc les analyses sanguines continueront, Winn, tu es convoqué dans mon labo dès mon retour. Vigilance constante.
L'intervention dura en tout et pour tout deux heures, elle avait été assez simple et pour une fois, il n'y avait pas eu le moindre blessé. A l'exception peut-être d'Alex qui avait fait un beau vol plané en protégeant Kara. Mais vraiment, c'était un jour à fêter.
Le laboratoire d'Alex avait été réquisitionné par une kryptonnienne un peu furax qui semblait résolument déterminée à procéder à de plus amples analyses. Kara, les bras croisé sur sa poitrine, une ride de contrariété entre les sourcils, ne semblait pas vraiment enjouée.
- Tu te souviens que tu m'as promis de tout faire pour être heureuse et de vivre ta vie ? Et que de ce fait tu devais moins risquer ta vie pour me protéger ?
- Oui.
Alex avait un grand sourire et Kara lui fit une pichenette qui la fit grimacer.
- Quand vas-tu mettre tout ça en application, Alexandra Danvers ?
- Je le fais déjà. Et ne m'appelle pas comme ça.
- Mon œil ! bougonna Kara.
- Je t'assure. J'ai écrit sur ma peau. Je tente des choses. C'est un bon point non ? Ceci dit, je ne cesserai jamais de vouloir te protéger. Tu es ma petite sœur. Tu m'auras sur ton dos pour encore très, très longtemps.
- Tu veux que je te ramène à la maison ?
- Le jour où le grand public apprendra que Supergirl sert également de taxi… Cat Grant en fera une dépression nerveuse.
Kara lui tira la langue avant de la prendre délicatement dans ses bras.
- J'onn exige que tu restes à la maison jusque demain. On fait une soirée entre filles. Non négociable. Tu tortureras Winn un autre jour.
- Promis ?
- Bien entendu, l'entendre pleurer comme un gros bébé est tellement amusant que je ne pourrais pas t'en empécher.
Maggie Sawyer était furieuse. Il n'y avait pas d'autres termes pour définir son humeur en découvrant qu'Eileen avait été arrêtée pendant la nuit pour tentative de violation de propriété privée. Elle se savait plutôt petite mais elle fut ravie quand elle vit l'adolescente baisser la tête en la voyant fulminer. Bien, Eileen allait devoir fournir des explications rationnelles et rapidement si elle ne voulait pas finir en cellule.
- Alors, tu as envie de me convaincre de ta bonne foi ?
- Je l'aime !
- Mauvaise réponse. Tu ressembles à une folle furieuse qui harcèle son crush, il t'est passé quoi par la tête ?
- Ce n'est pas vrai, Maggie !
- Pour le moment, c'est inspectrice Sawyer. Eileen, tu te rends compte qu'ils peuvent porter plainte contre toi ? Et là, tu auras de sérieux problèmes ! J'aurais dû dire à Darla de te ligoter dans la cave de son bar…
- Légalement, elle ne peut pas me garder là où elle stocke l'alcool non ?
- Eileen, ce n'est pas du tout le sujet ici.
La rouquine prit un air revêche et Maggie était prête à parier qu'elle voulait se retrouver devant un tribunal pour se retrouver face à son âme-sœur pour la première fois. Pour ainsi dire, Maggie Sawyer se voyait presque dans les traits de cette fille. Elle tenta de se calmer avant de reprendre :
- Écoute. Je sais, c'est injuste. Tu craques pour elle, elle craque pour toi et ses parents vous séparent comme dans un remake idiot de Juliette et Juliette. Je sais ce que ça fait, je suis passée par là avant toi. Mais tu n'arrangeras strictement rien en agissant comme ça. Tu voulais attirer leur attention sur toi et leur donner des arguments supplémentaires pour envoyer Ashley à l'autre bout du pays ?
- Non !
Elle semblait outrée et passablement furieuse. Maggie haussa un sourcil moqueur et déclencha la colère d'Eileen.
- Bien sûr que non, inspectrice Sawyer ! Je l'aime. C'est bien beau tout ça, mais je veux juste. Je veux. Je… Je ne veux pas qu'elle parte et… Elle va me détester ?
- Possible. Quoique, vu la quantité d'écriture sur ta main, je pense qu'elle tente de t'engueuler une bonne fois pour toute, tout comme moi.
La jeune fille lisait en vitesse ce qu'elle apercevait sur sa peau.
- Elle me déteste. Elle m'aime. Elle…
- Est vraiment confuse. Je me doute bien, finit Maggie. Mais écoute-moi. Tu vas leur faire des excuses écrites. Et je vais négocier avec eux. Et pour prouver ta bonne foi, tu vas faire des heures de travaux d'intérêts généraux ici. Tu aideras Matilda à l'accueil. Tu verras, c'est passionnant toutes ces histoires de virus bleu et tu seras assez épuisée pour ne plus tenter un truc stupide comme ça. Eileen, tu dois canaliser ton énergie et je vais te donner la possibilité de le faire.
Convaincre son supérieur qu'elle gérait l'affaire d'Eileen ne fut pas simple. Malgré tout, il finit tout de même par accepter son aide. Il y avait bien assez à faire au poste de police et ses agents étaient débordés. Si Maggie avait envie de perdre son temps, elle pouvait le faire sur son temps libre. Mais si elle voulait recruter une stagiaire, elle allait devoir s'en occuper au mieux. Maggie ne comptait jamais ses heures face à un problème épineux, elle pouvait facilement s'accommoder de cet arrangement. Et Matilda apprécia réellement la perspective d'avoir un coup de main.
Maintenant, elle allait devoir gérer les parents d'Ashley et cela n'allait pas être une mince tâche.
L'inspectrice Sawyer siffla en découvrant la villa immense où habitait Ashley. Ses parents étaient très riches, très imbus d'eux-mêmes et n'étaient pas vraiment du genre conciliant. Maggie fut pour le moins déstabilisée par leurs idées dès les premières minutes de discussion et elle s'estima heureuse qu'ils n'aient pas agi comme ses propres parents en découvrant son homosexualité. Malgré tout, Maggie sentait monter tous les sentiments qu'elle avait refoulés en elle après avoir été virée de chez elle à quatorze ans.
Et ainsi, elle décida sur un coup de tête qu'elle devait apporter son grain de sel dans cette affaire et probablement tenter d'améliorer la situation de deux êtres opprimés. Le rôle de fée marraine était la solution idéale…
D'abord, elle devait mettre ce couple en confiance pour leur faire perdre de vue leur objectif : le virus bleu ? Un non-sens. Les âmes-sœurs ? Une vaste plaisanterie. Deux filles qui s'aimaient après trois jours à papoter via un nouveau mode de communication ? L'insouciance stupide et joyeuse de l'adolescence.
- Si vous voulez, je peux emmener votre fille dans nos bureaux de police. Qu'elle découvre à quel point les gens sont idiots et dangereux depuis l'arrivée de ce virus bleu. Elle pourra ainsi comprendre que rien n'est logique dans cette affaire et qu'elle doit penser avant tout à ses études et à sa vie. Poursuivre l'autre fille en justice ne fera que vous rapprocher d'elle et leur donnera même l'occasion de rentrer en contact avec votre fille. Laissez-la dans son coin, oubliez cette idée. Confiez-moi Ashley et elle comprendra sa bêtise.
Les parents avaient acceptés.
Maggie Sawyer avait réussi un tour de force et en sortant de la villa, elle souriait niaisement.
C'était ridicule.
Elle avait juste réussi à les calmer et la 'punition' d'Ashley allait être un bon prétexte pour son plan. Maggie la romantique Sawyer avait tout prévu. Enfin non, elle avait laissé l'adolescente en elle prendre le dessus. Mais en voyant les parents d'Ashley, elle avait revu ses propres parents qui l'avaient fichue à la porte. Sans sa tante, la jeune Maggie Sawyer aurait été à la rue.
Elle allait donc pouvoir présenter deux jeunes âmes sœurs bleues. Ce n'était pas du tout prévu et cela allait probablement à l'encontre de tout ce qu'elle avait conseillé à Eileen. Cela allait être délicat mais elle espérait ainsi venger toutes les romances naissantes qui avaient été piétinées au nom de principes moraux d'un autre temps.
En espérant, bien entendu, que tout ne lui explose pas au visage, ce qui était peu probable.
De retour dans la soirée chez elle, son salon était toujours aussi tranquille et elle bouillonnait littéralement. Son bras la démangeait. Elle n'avait pas jeté un œil sous sa manche de toute la journée, refusant d'exposer aux yeux d'autrui ce qui était à elle et à elle seule.
Elle trépignait presque, un demi-sourire aux lèvres. Le moment était venu. Elle avala une gorgée de bière et ignora l'appel de Darla sur son téléphone.
Maggie : Je te téléphone demain, migraine en cours.
Elle craignait que cela se produise… Bien entendu, il n'y avait rien. Son bras était nu. Comme si ce qui s'était passé au cours de la nuit précédente n'avait jamais eu lieu.
Maggie se força à ne pas être déçue. Sa correspondante bleue avait sûrement eu une journée chargée et elle n'avait pas… Ou elle était vexée d'avoir été traitée d'intello. Non, elle n'allait pas spéculer sur les raisons de l'absence de marques bleues sur son bras. C'était son âme-sœur qui avait initié cette conversation. La brunette se raisonna. Elle n'allait pas s'inquiéter pour si peu.
Après un nouvel appel qu'elle ignora, elle reçut un message de Darla.
Darla : Tu délaisses le bar pour un mal de tête ? Peur de te faire encore battre au billard ou tu dragues ton âme-sœur ?
Maggie : La ferme, Darla, occupe-toi de tes fesses. Je souffre vraiment…
Darla : Soigne-toi, vieille chose.
Elle devait s'occuper l'esprit. Prendre une douche était une excellente idée.
En se déshabillant, elle remarqua qu'elle avait des bleus sur le corps. Pas n'importe quels bleus, ceux d'un bleu surnaturel. Son âme sœur avait dû faire une fameuse chute pour avoir de telles marques. Son instinct lui soufflait que ce n'était pas normal. Personne n'attrapait de tels bleus sans raison. Qu'elle avait pu être agressée ou pire être en couple avec une personne violente… Son travail la rendait parfois paranoïaque mais elle connaissait les statistiques.
N'écoutant que son instinct, elle inscrivit le numéro de la ligne contre les violences conjugales sur son bras. Puis, elle rajouta des conseils de crèmes anti-bleus et un petit 'prompt rétablissement'. Elle aurait voulu rajouter bien plus. Lui dire de rester en sécurité et d'être saine et sauve. De fuir sa maison si cela était nécessaire…
A la place, elle attendit un signe. Un signe bleu sur sa peau qui lui dirait que celle à qui elle était liée allait bien.
Installées dans le canapé de l'appartement de Kara, les deux sœurs Danvers se chamaillaient gaiement.
- Tu sais quoi, je pense que ce film serait parfait pour notre soirée entre filles.
Elle agitait pour la énième fois une comédie romantique avec Julia Roberts.
- Kara ! Pas encore. Nous l'avons vu au moins cent fois !
- C'est un classique.
- Trouves en un autre. Pitié.
Kara leva les yeux au ciel et consentit à changer de film. Elle farfouilla dans l'armoire où elle entreposait ses DVD préférés.
- D'accord. Mais sache que Lucy arrive dans quinze minutes et qu'elle va réclamer une vraie romance.
- Lucy ? Tu as invité Lucy Lane ?
- Oui. Elle devient folle avec ses chansons sur la peau. Pour le moment, c'est exclusivement des génériques de dessins animés. Je lui ai proposé de venir pour lui changer les idées. Et m'aider à veiller sur toi. Elle veut surtout t'enguirlander pour ton côté irréfléchi 'je me jette dans les ennuis jusqu'au cou, je fais des vols panés parce que c'est fun et j'espère en sortir vivante'.
Alex leva les yeux au ciel et grommela une explication. Explication qui n'avait ni queue ni tête et qui fit soupirer sa cadette.
- Je vais vite prendre une douche, essaie de rester en vie, d'accord ? Tu penses y arriver ? Ne t'éloigne pas de ce canapé.
- Kara !
Le coussin n'atteignit pas sa cible – sa sœur était trop rapide et trop alien. Profitant de son premier moment de solitude de la soirée, Alex releva sa manche et fronça les sourcils. Pourquoi…
- Oh.
- Alex, tout va bien ? demanda Kara en revenant dans la pièce en un instant, alertée par ce 'oh' désabusé. Tu t'es blessée ?
- Je…
- Oh ! Tu as écrit ?! Et il a répondu ? Montre…
Kara sembla elle aussi dubitative en attrapant le bras de sa sœur. Alex fit une rapide recherche sur internet et comprit immédiatement ce que ce numéro de téléphone signifiait.
- Il a vu mes bleus. Mes bleus agissent comme de l'encre sur ma peau, je suppose. C'est donc visible pour lui.
- Et il s'inquiète que ce soit des violences conjugales ? demanda Kara.
- Il semblerait…
- Waouw. C'est… adorable. Voilà une âme-sœur qui s'inquiète de ta sécurité, Alex. C'est un gentleman. Et j'irai t'acheter cette crème demain, je ne connaissais pas, mais si cela vient de ton âme-sœur, je pense qu'on peut lui faire confiance, non ?
- Tu crois réellement que… Alex hésita. Que c'est une véritable âme-sœur ?
- Oui. Non. Je ne sais pas trop. Peut-être. Sur Krypton, je n'ai jamais entendu parler de ça. C'est difficile de savoir.
L'arrivée de Lucy Lana fut l'occasion pour Kara de leur proposer des films. Après cinq minutes, les deux filles jugèrent Alex totalement incompétente en la matière et continuèrent leur sélection seules. Alex voulait rassurer son âme-sœur avant de passer la soirée à somnoler devant une énième comédie romantique. Elle ne pouvait clairement pas parler de son travail top secret. Elle trouva une excuse qui dévoilait ses goûts et était assez plausible à son sens.
'Juste une chute idiote à moto, je ne me suis vraiment pas ratée. Merci pour les conseils. Je testerai la crème demain.'
Le bleu sur son épaule était douloureux et elle n'arrivait pas à tenir correctement son stylo en main. Son écriture ne ressemblait donc à rien.
Attendre une réponse aussi grave n'était pas de tout repos pour l'inspectrice de police. Elle était déjà bien assez secouée par les souvenirs qui l'assaillaient depuis sa rencontre avec la famille d'Ashley. La perspective que son âme sœur soit en danger lui tordait le ventre.
Mais que pouvait-elle faire à part attendre ? Elle n'allait pas pouvoir dormir tant qu'elle ne serait pas informée.
Maggie soupira de soulagement en lisant les mots qui se dessinaient lentement sur son bras. Elle présuma que sa correspondante bleue ne lui mentait pas. Qu'elle était réellement en sécurité. Elle allait suivre de près l'évolution des bleus et des marques sur son corps. L'avantage d'être reliée directement avec son âme sœur était clair. Elle ne pouvait pas lui mentir sur ce sujet-là. Dissimuler des bleus n'était pas envisageable. Maggie décida tout de même qu'elle devrait elle aussi faire attention. Elle ne voulait pas inquiéter son double en attrapant des blessures au travail, surtout avec les problèmes auxquels une inspectrice de police faisait face. Elle allait veiller à ne pas se faire tirer dessus prochainement.
Mais donc, son inconnue bleue faisait de la moto. C'était un point qu'elles avaient en commun et c'était quelque chose qui était très sexy aux yeux de l'inspectrice. Mais elle ne pouvait pas indiquer cela sur son bras. Elle choisit donc l'humour.
'La moto va bien ? ^^ '
Maggie eut envie d'effacer son message à la seconde où elle l'avait écrit. C'était cependant trop tard, la réponse arriva presque directement. Maggie ferma les yeux à la seconde où elle vit un peu de bleu apparaître sur sa peau. Elle attendit un peu, inspira et les rouvrit.
Alex avait un sourire idiot sur le visage quand elle répondit à son âme bleue par un simple 'Oui ^^ Elle survivra'.
Lucy et Kara la fixaient avec attention, un peu éberluée par la vision.
- Ta sœur vient de rire bêtement ou je rêve ? Tu es certaine que c'est bien Alex je fiche la trouille à mes collaborateurs masculins Danvers ?
- Nope, c'est bien elle... Elle est chou, non ?
- Impressionnant. Je ne pensais pas qu'elle pouvait avoir l'air aussi ravi.
- C'est rare mais c'est ce qui la rend unique en son genre.
Alex leva les yeux au ciel.
- C'est bientôt fini ? Allez, mettez nous cet horrible film. Plus vite nous en serons débarrassées, mieux ce sera.
Ce qu'Alex ignorait alors, c'est qu'elle ne prêterait aucune attention au film. Enfin, elle s'en doutait un peu tout de même, elle n'avait jamais aimé les comédies romantiques. Ce qui était en revanche beaucoup plus inquiétant, c'est que ni elle ni Kara ne le regardaient du tout.
Et tout ça à cause de Lucy Lane et ses paroles de chanson qui défilaient sur sa peau. Dans son cou, sur ses mains et même sur la fine bande de peau visible sur ses chevilles, à la limite de son pantalon.
- Arrêtez de me fixer, j'essaie de suivre le film, moi, grogna Lucy.
Les sœurs Danvers échangèrent un regard puis regardèrent Lucy qui était coincée entre elles deux.
- Impossible. C'est psychédélique, fit Alex qui se demandait, par pur intérêt scientifique comment c'était possible. Tu es reliée aux pensées musicales d'une autre personne. C'est presque irréel. Et finalement, c'est assez varié…
- C'est trop mignon, fit la pragmatique Kara.
- Oh, du Queen ! Ajouta Alex.
- Pitié, arrêtez ça de suite. Danvers, tu n'as toujours pas de remède ?
Lucy était en train de devenir chèvre. Tout le monde passait son temps à la regarder, elle et ses messages musicaux, et à son grand dam, même son grade de Major et son air le plus revêche ne parvenaient pas à maintenir le calme. C'était purement et simplement la chose la plus agaçante au monde.
- Non. Désolée. Nous faisons des tests pour savoir si c'est une mutation génétique permanente et si elle sera transmissible aux générations suivantes. Rien de concluant jusqu'à présent.
- Vous savez que Loïs est infectée ? Et elle vient de découvrir que son cher Clark l'est aussi et qu'ils sont donc des âmes sœurs ? Elle ne va jamais arrêter de se pavaner avec ça. Et Général Lane trouve ça, tenez-vous bien parce que ça arrive une fois par millénaire, assez mignon. MI. GNON.
Alex était ébahie. Le général Lane ? Le type qui était prêt à tout pour débarrasser la terre des aliens et protéger la population avait dit le mot 'mignon' ? Elle éclata de rire. Kara pouffait littéralement. Le jour où le général découvrirait que sa fille ainée était en couple avec Superman, il allait en faire une jaunisse au minimum.
- Une idée si c'est une fille ou un mec ? Fit Kara pour revenir à un sujet qui l'intéressait déjà plus.
- Aucune idée. Je suis tranquille la journée et après, ça n'arrête plus. Mon inconnu a donc un travail de jour et la nuit aime le karaoké ? Bon, les filles, je vous aime bien, mais là, j'exige un plaid pour me rouler dedans et que l'on ne voie plus rien.
Kara avait cela en stock et Alex se dépêcha de ramener une bouteille de whisky pour détendre l'atmosphère. Kara sortit également pour elle et Alex des plaids décorés par des lapins avec la tenue de Superman. Le calme se fit doucement dans la pièce et elles regardèrent un peu le film.
- Alex, si tu fixes mon visage encore une seconde de plus, je te jure que je m'arrange pour te coffrer au DEO dans une cellule à vie.
- Noté.
- Et arrêtez de ricaner, les Danvers !
C'était bien là une affaire peine perdue.
Quarante-sept minutes. Cela faisait exactement quarante-sept minutes qu'ils étaient en réunion de crise et Maggie Sawyer allait tirer sur quelque chose ou quelqu'un si elle devait rester une seconde de plus. Un chargé de communication était venu les briefer sur l'affaire du virus bleu et sur les suites à y apporter. Aucun reporter ne devait avoir d'information en dehors des conférences de presse officielles. Et pour leur annoncer cela, ils passaient en revue toutes les manières pour refouler gentiment un reporter.
Encore une nouvelle technique et elle allait faire un malheur.
Un stylo passa sous son nez.
Elle haussa un sourcil en regardant Murphy. Elle essayait de lui faire comprendre de manière non verbale la question 'tu veux que j'en fasse quoi ?'. Il leva les yeux au ciel, semblant implorer un dieu de lui venir en aide. Il répondit alors en agitant sa main. Cette dernière était couverte de gribouillis. Maggie lui fit les gros yeux. Elle n'allait quand même pas écrire devant tout le monde à son âme-sœur bleue…
Murphy avait découvert que sa douce et tendre était également sa douce et tendre version bleue. Depuis il en profitait allègrement. Un peu comme maintenant où il se détournait de cette réunion ô combien enquiquinante en écrivant sur sa main.
Maggie n'était pas vraiment jalouse de lui, non. Disons qu'elle avait parfois juste envie d'inscrire un lieu de rendez-vous, une date et une heure juste pour rencontrer son inconnue. Ce qu'elle ne ferait pas. Bien entendu. Maggie était inspectrice de police, son boulot était de sauver les citoyens d'eux-mêmes et de maintenir l'ordre. Elle passait déjà trop de temps à travailler, elle n'avait pas le temps de s'occuper de sa vie amoureuse…
D'accord, elle voulait bien l'avouer, elle avait la trouille. La trouille de tomber amoureuse et d'avoir encore une fois le cœur brisé. Elle avait peur que toute cette affaire de virus bleu ne soit qu'un canular. Même si les preuves en faveur des couples bleus tendaient à prouver le contraire, elle ne voulait pas être déçue. Et elle allait devoir gérer deux adolescentes amoureuses qui allaient lui donner une quantité de travail non négligeable.
Eileen et Ashley devaient se rencontrer la semaine suivante. C'était un bon début.
- Et dans le cas d'un reporter particulièrement casse-pieds…
D'accord, il n'y avait rien à faire, ce type allait la rendre dingue. Dessiner allait la réconforter. Ô que oui.
Alex soupira. Cette réunion était ennuyeuse à mourir. Tout ça parce qu'il n'y avait pratiquement aucune attaque en ville. Pas un meurtre. Pas un vol. Pas d'armement illégal. Rien. Il ne se passait rien à part quelques idioties liées au virus bleu qui étaient gérées par la police. Depuis le club de rencontre qui servait d'alibi pour manger des humains, il n'y avait plus grand-chose qui se produisait en ville.
Elle rêvait d'un bon vieux meurtre à l'ancienne. Un truc simple à résoudre avec une victime, un meurtrier, un mobile. Tout plutôt que d'assister à cette réunion sans fin sur les couples qui se formaient désormais partout en Amérique du Nord et du Sud. L'Europe commençait à avoir quelques cas.
- Toujours aucune évolution dans l'analyse sanguine ?
- Non. Nous sommes face à une mutation simple qui ne semble causer aucun dommage. J'ai envoyé à ma mère des échantillons pour qu'elle les teste à son tour mais jusqu'à présent, nous n'avons rien de concluant.
C'était au tour de Vasquez et de Winn de traiter la menace du virus bleu au sein des communautés internet et cybernétiques et Alex soupira doucement.
L'ennui était réel. Profond. Insurmontable.
- Joli canard.
- Hein ?
Kara souriait tout en murmurant à nouveau.
- Joli canard. Et jolie… euh… loutre ?
Baissant les yeux sur sa main, Alex découvrit des petits dessins sur sa main gauche. Il y avait effectivement un canard, une loutre et le début du dessin suivant semblait être…
- Un poisson.
C'était tellement incongru. Mais c'était l'occupation la plus saine pour survivre à cette réunion interminable.
- Ton âme sœur a un don pour les dessins. Je dois dire que je suis jalouse, mes mémos sont de plus en plus terre à terre.
Alex attrapa un stylo sur la table et releva un peu sa manche. Si son correspondant voulait s'amuser sur sa main, elle allait s'amuser sur son poignet.
Puisque la thématique des dessins tournait autour de l'eau et des animaux, elle commença par un ornithorynque.
- Ton âme sœur est une intello de première. L'ornithorynque n'est ni simple à dessiner, ni mignon. C'est une crâneuse qui se la ramène.
Murphy était en train d'admirer les écrits de sa copine sur sa main. Et il dessinait désormais des fleurs.
- Je trouve ça super classe en fait. Je l'imagine bien avec une paire de lunettes lui donnant un air sexy et… commença Maggie.
- Grand dieu, Sawyer s'est vraiment entichée d'une intello. On est fichus.
Devant eux, le chargé de communication détaillait spécifiquement les informations qu'ils étaient autorisés à divulguer au commun des mortels – colonne 1 du tableau – celles pour les reporters – colonne 2 – et bien entendu, les informations à ne pas divulguer – colonne 3. Maggie avait envie de lui faire remarquer que ce n'était pas très malin de leur donner une photocopie des trois colonnes mais elle était bien trop occupée à faire une grenouille sur une feuille de nénuphar. Humf, c'était moyennement ressemblant.
- Tu crois que ce soir vous allez dessiner une grille de scrabble sur vos cuisses histoire de faire plus ample connaissance ?
Maggie éclata de rire et s'attira les foudres de son supérieur.
- Je ne verrai plus jamais le scrabble de la même manière grâce à toi. Je ne te remercie pas.
- Je viens de m'auto-traumatiser avec cette idée de scrabble.
- Oh oui, du scrabble, toute la nuit. Toute. La. Nuit, fit Maggie avec un clin d'œil.
