Konbanwa!
Je reviens au fandom Fruits Basket! J'avais mis cette fanfiction en pause parce que je n'avais pas de temps ni d'inspiration pour m'y consacrer. C'est chose faîte et je reprends tambour battant! Ce n'est pas moins de trois chapitres de cette fiction qui vont se succéder sur un délai de trois semaines. Je publie ce chapitre aujourd'hui, le prochain sera pour le dimanche 11 et le dernier pour le dimanche 18. Tout ça pour rattraper le rythme (après tout j'avais dit un chap par mois...)! Après je sais pas, je pense que je me consacrerai de nouveau au fandom Naruto. M'enfin, j'arrête de raconter ma vie!

Les premiers chap de "Esprit Entravés" ont subi quelques modifications (surtout le prologue). Ainsi, j'ai fait figurer au début du prologue des informations que je comptais développer dans la fiction mais qui sont malheureusement difficiles à glisser (du moins pour moi). Bon, je crois que c'est tout!

[EDIT] Mise à jour du chapitre le 15/06/2010

Bonne lecture!^^


Chapitre 2

Je n'y arrive plus. C'est plus fort que moi. Malgré toute ma bonne volonté, c'est comme si mon corps refusait d'obéir aux ordres que je lui donne. J'ai essayé pourtant, j'ai essayé aussi fort que j'ai pu. Je voulais que ça redevienne comme avant. Je voulais être capable d'éprouver de nouveau tout ce ressentiment et toute cette haine contre lui. Surtout depuis qu'il est redevenu lui même. Cet être froid et méprisant que j'exècre de toute mon âme mais que paradoxalement je n'arrive pas à voir faible.

J'aurais du être content lorsque je l'ai vu s'effondrer la première fois. Lorsque je l'ai vu s'emmurer dans son monde rempli de cauchemars. Ses mains tremblaient convulsivement. Il s'arrachait les cheveux. Je voyais à quel point il s'était détaché de la réalité et comment ses fantômes étaient capables de le tourmenter. Au point de s'humilier devant moi, le monstre. Au point de m'oublier...

C'est comme si tout d'un coup, je n'avais plus existé. Yûki m'avait ignoré. Ce n'était pas cette indifférence factice dont il me gratifiait tous les jours. Car je le voyais. Je le voyais me jeter des regards en coin, comme pour s'assurer que j'étais toujours là. Quotidiennement. Ce n'était pas cette indifférence là. Non, à ce moment là il m'avait effacé de son existence. Et l'idée qu'il ait pu le faire avait augmenté la rage singulière que je ressentais face à sa faiblesse. Il n'avait pas le droit de me laisser en arrière.

Il n'avait pas le droit de m'éradiquer de sa mémoire car s'il le faisait, je n'aurais plus personne à haïr. Je ne peux pas l'accepter. Alors je l'ai frappé. De toutes mes forces. Il a volé et s'est écrasé au sol. Si je n'avais pas été dans cette colère folle j'aurais éclaté de rire. Ça ne l'a pas fait rire. Et il s'est énervé. Contre moi. J'ai senti comme une vague de chaleur m'étreindre. C'était agréable. Et troublant. Mais bien vite je suis revenu à la raison et il n'est plus resté de cette confusion que ma haine. Je ne voulais pas le voir comme ça. C'était inacceptable. C'était déroutant. C'était terrifiant.

C'était comme voir un mur que l'on croyait inébranlable se détruire de lui même. Un mur que l'on admirait malgré soi et que l'on enviait pour sa robustesse et sa dureté. Je n'ai pas supporté et j'ai fait ce qu'une partie de moi rêvait de faire depuis longtemps. Je l'ai mis plus bas que terre. J'ai profité comme j'ai pu. Je l'ai méprisé, je me complaisais à le réveiller tous les matins de ses cauchemars pour rire de lui. Mais je sais qu'au fond, je voulais juste qu'il réagisse.

Je ne voulais pas à avoir à surpasser la loque qu'il était. Je voulais le meilleur de lui pour lui montrer que je n'étais pas seulement un monstre. Ou alors un monstre qui était capable de lui faire manger l'herbe. Je voulais un retour à ce qui faisait que nous étions « nous ». Moi le chat, le déchet de la famille Soma qui s'obstinait à vouloir le surpasser lui, la souris, chouchou de Dieu et talentueux dans tout ce qu'il faisait.

Je voulais vraiment tout ça parce qu'en fait j'étais ébranlé par la réalité qu'il me montrait. Alors, lorsqu'il m'a attendu et qu'il m'a fait face, le regard plus haineux que jamais. Quelque part je me suis senti soulagé. Ses questions ne me faisaient rien car j'avais attendu ce moment où il se relèverait, plus fort et plus dangereux que jamais. C'est seulement lorsqu'il a articulé ces mots que j'ai commencé à me sentir mal.

C'est si jouissif que ça de voir son pire ennemi en baver?

Et je me suis senti obligé de lui répondre. Je lui ai dit une partie de ce que je ressentais mais j'étais alors tellement embrouillé que mes mots n'étaient que contradictions. Il n'a pas du comprendre. Ou alors si mal. Les griffures sur mes joues n'ont pas accentué ma confusion. C'est cette question qui l'a fait.

Kyô, dis moi. Tu me détestes réellement?

A cet instant là, j'ai commencé à perdre le peu de contrôle qui me restait. Mon cœur s'est accéléré tandis que je ne savais que répondre. Il m'aurait posé la question quelques semaines plus tôt, j'aurais clamé avec véhémence que c'était le cas. Cependant, trop de choses étaient arrivées depuis. J'étais perdu. Et lui aussi. Même s'il me dépossédait d'une partie de ma chair de ses ongles, il était tout aussi perdu que moi. Quelque chose dans ses yeux vacillait et ça ne faisait qu'accentuer mes doutes. Et je déteste douter. Plus que tout. Je me sentais tiraillé entre rationnel et... sentiments?

Je ne pouvais pas le contredire. Ça revenait à renier trop de choses dans ma vie. Peut être même à me renier moi. C'est sa voix qui m'a remis dans le droit chemin. Mais devrais-je dire cela? Non je ne pense pas. Car alors tout a été pire.

Ça a dégénéré encore plus et je n'ai pu que me rendre compte de la malveillance de Yûki. Il s'est moqué de moi. Et pire que tout il a articulé ces mots. Ces mots qui ont tué tous les espoirs qui habitaient encore en moi. Tous les espoirs qui me sauvaient de la dure réalité.

J'ai crû que tu, « t'inquiétais, » pour moi.

Je m'inquiétais réellement pour lui. C'était ce sentiment qui expliquait la violence de la colère que j'avais éprouvé. C'était ce qui expliquait pourquoi j'étais si soulagé lorsqu'il me renvoyait mes regards haineux. Car s'il me les retournait, cela signifiait qu'il allait... bien. Et j'ai réalisé. J'ai réalisé qu'il était important pour moi qu'il aille bien. Je me suis rendu compte qu'en fait, c'était lui tout court qui était important pour moi. Ça m'a fait souffrir et je n'ai pas voulu croiser son regard lorsque je me suis enfui de sa chambre. C'était trop pour moi. C'est toujours trop.

Je ne lui parlerai pas. Je suis trop chamboulé pour ça. Je ne lui parlerai plus. Même si ça doit signifier que je ne ferai jamais partie du Juniishi. Même si ça doit signifier qu'il a encore gagné et qu'il a réussi à me faire perdre ma dernière chance d'être humain. Je l'ignorerai. Je l'ignore. Même si ça me trouble parce que ce n'est plus comme avant.


Le claquement caractéristique d'une porte qui se refermait atteignit les oreilles de Yûki. Et quelques pas presque imperceptibles suivirent. Pourtant, affalé comme il l'était sur la table basse du salon, Yûki ne daigna pas bouger. La politesse aurait voulu qu'il salue au moins le nouvel arrivant mais le jeune homme n'avait aucune envie de remuer ne serait ce que les muscles de sa mâchoire. De plus, il connaissait très bien l'identité de la personne qui venait d'entrer. Et ce savoir était loin de lui donner d'envie d'être courtois.

Deux semaines s'étaient écoulées depuis ce jour là. Deux semaines sans altercations, uniquement troublées par un silence pesant et dérangeant. Rien que ça. Un exploit en somme. Ce record ne lui donnait pourtant pas envie de sourire. Loin de là. Car c'était dérangeant. C'était anormal. Et Yûki détestait tout ce qui sortait de l'ordinaire. Venant de son cousin, une telle discrétion avait de quoi inquiéter. Car Kyô était une personne bouillante, énergique mais surtout chiante. S'il avait l'air d'avoir perdu toute son hyperactivité, il avait au contraire gagné en « vas-y-que-je-t'emmerde » car rien n'était plus agaçant qu'un Kyô silencieux et indifférent. Quelque soit le côté par lequel il le prenait, tout de son infâme cousin était une source de soupirs excédés.

Mais surtout il y avait « ça ». Le silence lui avait fait prendre conscience de certaines choses dont il se serait bien passé. Il n'avait pas voulu ça. Mais rien ne marchait comme il le voulait, il s'était résigné. C'était donc malgré lui que ses pensées dérivaient. Privé de toute l'attention que Kyô lui portait continuellement, il s'était surpris à voir les choses différemment. C'est comme si un champ magnétique avait détraqué toutes ses convictions et il en était venu à reconsidérer certaines choses.

L'une d'entre elle était la raison pour laquelle Kyô l'avait découvert si faible. Il s'était dit, dans un instant de pure folie – certainement –, que s'il avait pris la peine de s'enfermer lorsqu'il dormait rien ne serait arrivé. A ces moments là, il se détestait car penser ainsi signifiait qu'il était responsable de tout et que, d'une certaine manière, qu'il donnait raison à Kyô. Inconcevable. Pourtant, il se sentait toujours un peu soulagé d'avoir ne serait-ce qu'un instant formulé intérieurement cette hypothèse. Il culpabilisait moins. Il se sentait moins coupable de ses actes.

Il ne pouvait effacer de sa mémoire la lueur qu'il avait entraperçu dans les prunelle volcaniques de Kyô. Il se haïssait. C'était pire que recevoir une épée en plein cœur. Ça le lacérait douloureusement sans qu'il ne puisse rien y faire. S'il avait pu représenter le mal que ça lui faisait, il aurait sans hésitation dépeint un acte de torture horrible où un sadique se plaisait à gratter à sang un par un, tous les organes de son corps. Et cette voix! Cette voix qui susurrait à ses oreilles des immondices telles qu'il en avait envie de vomir! Il était en train de devenir fou. Cinglé, toqué, dingue.

Il perdait lentement mais sûrement tous ses repères mais surtout tout ce qui le caractérisait au profit d'une démence sauvage et sournoise qui grandissait chaque jour un peu plus. Il ne pouvait plus supporter le silence oppressant dans lequel Kyô le laissait. C'était aux moments où l'absence de bruits était la plus flagrante que tous ses bas instincts, tout ce dont il avait honte, tout ce qui faisait de lui un être sale et abject remontaient. Et il se détestait encore plus. Car sa langue sortait de sa bouche et elle se promenait lubriquement sur sa lèvre supérieure. Car ses yeux étaient assaillis par l'envie et il voyait enfin ce qu'il avait relégué au second plan. Car son corps, ce misérable corps incapable d'être dans la normalité, lui faisait douloureusement sentir que jamais il ne pourrait être attiré par une poitrine opulente et des jambes fuselées. Car il désirait Kyô. Et ses pupilles métalliques détaillaient avec insistance tout ce qu'elles pouvaient apercevoir du maudit du chat.

Sa démarche chaloupée, légère, assurée mais surtout... attrayante. Le calme faisait du bien au crétin qui sans s'en rendre compte lui faisait du gringue en se déplaçant avec une félinité qu'il était certain de ne lui avoir jamais vue auparavant. Déjà rendu timbré par les changements qui avaient eu lieu depuis deux semaines, il avait tendance à fixer des choses auxquelles il n'avait jamais prêté attention. Enfin des choses... On va dire ça comme ça. Parce qu'il n'était pas certain que des lèvres scandaleusement carmines ou des cheveux aux reflets aveuglants appartiennent à cette catégorie...

Cerise sur le gâteau, il se reprenait à attendre avec impatience les seuls instants où Kyô devait obligatoirement lui adresser la parole. Lorsque la voix grave naissait des cordes vocales, il sentait une dégoûtante vague de bien être se répandre en lui et quelque part... Il était rassuré. Pas que la voix de Kyô lui manque bien entendu! C'était juste... normal... Et Yûki adorait la normalité.

Après ces petites secondes d'apaisement venait la colère. Puis la honte d'être ainsi chamboulé par un être comme Kyô. L'autre s'y donnait à cœur joie en le critiquant allègrement sur la dépendance qu'il avait développée pour son cousin. Il essayait de ne pas s'en occuper mais il était dur voire impossible d'ignorer une voix qu'il était le seul à entendre. Sans compter que malgré lui, il lui donnait de la viande à se mettre sous la dent lorsque ses yeux dérivaient honteusement sur certaines parties de l'anatomie de Kyô...

Le mal de tête carabiné qui commençait à pointer le bout de son nez fit Yûki se relever lentement de la pauvre table qui subissait depuis quelque temps les attaques « lourdes » de certains individus. Le jeune homme s'étira longuement avant de se mettre sur ses deux jambes. Il prit le chemin de sa chambre tout en ne pouvant s'empêcher de jeter furtivement un coup d'œil sur la silhouette masculine qui occupait la cuisine. Bien mal lui en prit, l'autre lui fit sa fête...


Trois semaines sans lui adresser la parole et je ne crois pas m'être déjà senti aussi las. J'en ai marre de ce silence que je m'impose mais plus que tout j'en ai marre de ses regards. Il n'arrête pas de m'observer. Si au début je me sentais... rassuré de savoir que même si je ne lui parlais pas il ne m'oubliait pas, maintenant c'est plus oppressant qu'autre chose. Je pourrais lui dire d'arrêter de me faire chier en me reluquant à chaque instant mais je ne peux pas. Ça reviendrait à lui parler. Et je n'y arriverai pas.

Je n'ai toujours pas encore intégré le fait qu'il soit si important pour moi. Je n'arrive pas à accepter qu'une bonne partie de mon existence tourne autour de lui et soit entièrement tournée vers lui. C'est trop... déshonorant. Je croyais être déjà plus bas que terre avec ma position de chat dans la famille Sôma. Mais là... J'ai l'impression d'avoir perdu toute ma fierté. C'est une défaite. Reconnaître que sa présence influe sur mes actes est trop dégradant. Pourtant c'est la vérité. Et je ne peux que m'interroger sur la nature de ma relation avec lui. C'est tellement compliqué, tellement ambiguë. Mais surtout tellement malsain.

Je me sens partagé entre une haine énorme et un sentiment de besoin qui m'horripile. Je suis à la fois hostile mais tellement quémandeur. J'ai besoin qu'il m'accorde son attention. Mais je le déteste de le faire car alors je me sens si rempli de ressentiments que je ne me reconnais pas. Comment est-ce qu'il arrive à si bien faire ressortir le monstre qui m'habite? Ah oui j'oubliais... C'est YÛKI. Comme si cette phrase résolvait tout...

Je suis encore plus susceptible que d'habitude. Hier, Momiji me l'a fait remarquer et je n'ai pas pu m'empêcher de l'envoyer malproprement paître « dans le champ de Tohru ». Il m'a regardé tristement avant de me déclarer que c'est ce qu'il aurait fait si elle avait été là. Je me suis senti si mal que je me suis détourné et que je suis parti. Elle était encore convalescente il y a peu et elle doit sûrement travailler comme une forcenée malgré le fait qu'elle est sortie de l'hôpital il y a à peine quinze jours.

Foutu Akito de merde... Tout ce gâchis c'est de sa faute. Si elle n'est pas revenue c'est entièrement de sa faute. Et comme un crétin, face à Momiji qui ne voulait que mon bien, j'ai mis en évidence cette absence qui nous pèse tous. Ainsi que celle de Haru. Haru qui a été obligé de quitter la fac privée dans laquelle on est tous parce qu'il a décidé de se battre pour rester avec Tohru. Haru qui fait des petits boulots pour payer le loyer qu'il partage avec Tohru tout en assurant ses cours dans une petite fac au niveau médiocre. Qu'est-ce que je peux être con!

Encore une fois, je ne peux m'empêcher de penser que c'est la faute de Yûki. Encore. J'ai une fâcheuse tendance à tout ramener à lui et à tout lui mettre sur le dos. Je fais ça avec une telle facilité que c'est presque devenu quelque chose d'instinctif. Mais c'est plus pareil depuis que je l'ignore. On dirait même que depuis que je ne lui parle plus je suis plus raisonnable. C'est comme si lorsque j'étais avec lui je perdais tout ce qui me permettait de penser. Je ne voyais que lui, j'étais obnubilé par sa puissance au point d'en oublier les autres autour de moi. Et malgré ma fatigue croissante je me demande si ce n'est pas ce que j'aurais dû faire depuis longtemps...


Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Yûki ne s'occupa pas du fait que ce qu'il allait faire était d'une puérilité sans nom. Il occulta le fait qu'il allait peut être s'en mordre les doigts. Il oublia qu'il était déjà à demi cinglé et que faire ce qu'il allait faire était dangereux pour lui. Non. C'était trop. Il saturait. Il ne pourrait pas supporter une seconde de plus ce silence accablant, déroutant mais surtout chiant. En claquant furieusement ses mains sur le kotatsu du salon il se releva subrepticement et se dirigea à grandes enjambées vers ce chieur qui lui pourrissait l'existence depuis un mois. Avec une maturité dont il aurait honte plus tard, Yûki se campa furieusement devant Kyô, les poings serrés sur les hanches, un regard de tueur sur la face. Il aboya presque :

« Kyô! Arrête ça tout de suite! »

Le roux paraissait choqué de son attitude. Il se reprit cependant bien vite et se détourna de lui. Il passa à côté de lui et reprit machinalement le plat dont il était en train de s'occuper. Enragé de se faire ainsi ignorer, Yûki se mouva de façon à se placer encore devant son cousin. Ce dernier l'évita de nouveau pour reprendre ses activités. Le même manège se reproduisit trois fois avant que l'argenté n'explose. Il éteignit non seulement le gaz mais il saisit également le tee-shirt de Kyô dans un attitude menaçante. Il lâcha alors d'une voix rendue tranchante par la colère :

« Maintenant tu vas m'écouter et tu vas arrêter de me faire chier avec ton attitude de gamin! »

Étonnement, le roux répliqua d'une voix railleuse qui lui était peu familière :

« T'es sûr que tu parles pas de toi? »

Un silence suivit ces mots. Et Yûki se sentit rougir. Parce qu'il venait de se prendre en pleine face la rediffusion de ses actions. Mais aussi parce que Kyô employait un ton tellement différent de celui auquel il l'avait habitué. Et son visage était un composé de défi, de moquerie et d'assurance. Ça suffit à remettre du l'huile sur le feu. Yûki s'écria :

« Ferme ta gueule! C'est MOI qui parle maintenant! »

« ... »

« J'en ai raz le bol. Mais plus que tout j'ai la haine. Ça me fout trop les boules que tu me provoques plus! C'est quoi ça? »

« J'ai pas envie de- »

« Et ben moi j'en ai envie! Autant être clair puisque j'en suis pas à une humiliation près! Tu m'as vu à un moment où je ne voulais jamais avoir l'occasion d'être vu! Tu ne crois certainement pas que je vais te laisser t'en tirer en m'ignorant comme tu l'as fait? Je veux quelque chose de toi moi aussi! »

« ... Alors c'est ça? Juste un histoire d'échange? Tu ne supportes pas de savoir que j'ai un avantage sur toi? »

« Parfaitement! Ça me paraît aberrant et inacceptable! Tu me dois un de tes secrets! C'est une question d'équilibre! »

« Quel équilibre! » s'exclama sarcastiquement Kyô « Tu m'as toujours battu et tu te plains de ça? »

« Tu as raison. Tu es faible Kyô. T'es qu'une merde même. »

« ... »

« Mais pire que ça, tu essaies de devenir fort alors que tu ne le seras jamais. C'est tellement pathétique que ça me donne envie de rire mais bon... Le fait est que tu as arrêté. Tu as arrêté! Tu te bats avec moi depuis tellement de temps! C'est quelque chose qui a fini par me devenir habituel! Et puis tout d'un coup tu t'arrêtes! Alors qu'en plus tu as découvert ce que je cachais à tous! C'est incompréhensible! Si j'avais été à ta place, je t'aurais tellement rabaissé que tu n'aurais plus levé tes yeux sur moi. Or tu n'as rien fait et en plus tu as baissé tes yeux! Où est la logique dans tout ça! »

« Depuis quand est ce que je suis quelqu'un de logique? »

« Pas faux. Mais je m'en fous. Je t'ai dit que je veux quelque chose. Et je ne te lâcherai pas tant que je n'aurai pas ce- »

« Tu l'as déjà. »

Yûki relâcha subitement sa poigne sur le tee-shirt de Kyô. Il ne comprenait pas. Devant sa mine ignorante Kyô lâcha un soupir. Pouvait il vraiment se permettre de lui dire? Son secret avait beaucoup plus d'ampleur que celui du maudit du Rat. Qu'étaient ce que des ridicules cauchemars face à ce qu'il ressentait? Rien du tout. Pourtant il le dit. Ces quelques mots qui pouvaient le détruire s'ils étaient retournés contre lui.

« Tu es important pour moi. Si je me suis mis autant en colère c'est parce que je m'inquiétais pour toi. »

La bombe avait été lâchée mais il ne comptait pas s'arrêter de si bon chemin.

« Je te déteste de tout mon être mais en même temps je ne pourrais pas supporter le fait que tu arrêtes de me regarder. Je dois être masochiste pour aimer que tu me regardes avec toute cette haine dans tes yeux. Cette haine qui nous est propre. »

« ... »

« Tu es content maintenant? Je peux retourner à mes occupations? »

Et sans attendre de réponses, il se remit à ses fourneaux.

Yûki ne tarda pas à agir. Il retourna brusquement Kyô pour qu'il lui fasse face et il lui envoya un violent coup de poing à la mâchoire. Le roux en tomba au sol. Son regard flamboyant de colère chercha celui de son cousin qui lui renvoya le même en beaucoup plus intense. Il était debout devant lui dans toute sa superbe, ses orbes argentées luisant de rage et sa bouche rose déformée dans une grimace colérique. Étrangement, à ce moment là, Kyô le trouva magnifique. Le timbre assourdi par la rage retentit dans la cuisine :

« Espèce de crétin! Je viens de te dire de ne pas m'ignorer et tu refais déjà la même connerie! C'était quoi cette déclaration merdique! « Tu es important pour moi... et gnagnagna »! Tu crois quoi? Que c'est pas la même chose pour moi? Tu crois que ça me fera pas chier le jour où tu te péteras la gueule à cause de ta stupidité? Parce que ce jour là tu pourras pas te battre avec moi et ce sera anormal! Et j'EXECRE les choses anormales! Tu devines pourquoi je te hais autant! Mais malgré ça t'es un repère! Si t'es toujours là pour te faire rétamer ça me rassure et c'est NORMAL! Qui est ce que t'espérais berner avec ton soit disant secret? J'attends mieux. Et je te ferai chier jusqu'à ce que tu cèdes et que tu me balances de la vraie info à retourner contre toi! »

Kyô resta bouche bée après un tel discours. L'impact des mots de Yûki sur son cerveau avait eu un effet terrible. Il se rendait compte que ce mois de silence n'avait été qu'un mois perdu à ruminer de sombres pensées qui n'avaient pas lieu d'être. Il en avait le souffle coupé. Et il se rendait compte qu'à peu de détails près, il pensait exactement la même chose que ce Yûki lui avait dit. Alors ce fut comme si toute sa verve lui était revenue et il sentit la lassitude qui avait élu domicile sur lui s'évaporer rapidement. Il eut un petit sourire et souffla :

« Pour rétablir l'équilibre, hein? »

« Parfaitement bouffon! »

« Crétin, faible, stupide, imbécile, bouffon toi même! »

Un large sourire mesquin s'installa sur les lèvres de Yûki qui murmura :

« C'est bien mieux comme ça. ».

Sur ces mots, il s'éloigna doucement en secouant la tête l'air de dire « Non mais ces idiots faut tout leur dire... ». Kyô fixa longuement sa silhouette qui s'éloignait avant de demander :

« Et le secret? »

« Tu m'énerves et tu me fatigues. Je te l'extirperai après. »

Kyô ne dit rien et reprit tranquillement l'élaboration de sa soupe tandis que Yûki s'installait confortablement sur le kotatsu. Il était épuisé. Une journée harassante venait de se terminer mais il était singulièrement content de sa fin. La douce chaleur émanant du kotatsu installé le matin même par Shigure lui fit bizarrement l'effet d'un baume au coeur et son ravissement se manifesta par un petit sourire. Un petit sourire sincère de ceux qu'il ne se permettait que lorsqu'il était seul, lorsque personne ne pouvait le voir ou lorsqu'il se sentait bien. Le jeune homme s'agita légèrement, dépliant ainsi la couverture molle sur ses jambes. Ses paupières se fermèrent et il se sentit partir dans un sommeil sans rêves.

C'est une délicate odeur de légumes bouillis qui l'accueillit à son réveil. Ses yeux restèrent clos tandis que son nez s'habituait aux douces effluves de ce qui paraissait provenir d'une soupe chaude. Il voulait encore rester comme ça... Ne pas bouger... Cela faisait longtemps qu'il se s'était pas senti aussi reposé et il n'avait aucune envie de rompre cet état paisible qui lui avait si souvent fait défaut. Sa bouche s'entrouvrit imperceptiblement lorsque des vapeurs piquantes vinrent chatouiller sa joue gauche. Intrigué, ses cils battirent et il tomba sur... la vue latérale droite d'un bol. En se redressant sur ses coudes et en faisant l'effort de garder ses yeux ouverts, son hypothèse se confirma puisque des légumes cuits pataugeaient dans ce qui semblait être une soupe. Ailleurs comme il l'était, Yûki ne se demanda comment le repas était arrivé là. Et apercevant des baguettes à proximité, il se contenta simplement de les détacher et il commença à manger. Il ne se pencha pas sur la forme quelquefois surprenante de certains composants de la soupe, ni sur le fait qu'il ne connaissait pas le bienveillant qui avait mis le bol là et encore moins sur la possibilité que le plat ne soit pas à son intention. Il ne fit que manger. Et il le fit bien puisqu'il ne resta bientôt plus rien à enfouir dans son estomac. Le jeune homme repoussa le récipient et se recoucha sur la table. Il fermait les yeux quand une voix le dérangea. Une voix qu'il ne connaissait que très bien et qui avait le don de le mettre en rogne. Cependant les mots qu'elle émit ne provoquèrent pas sa réaction habituelle, à savoir répondre ironiquement ou ignorer.

« C'était bon? »

« ... »

« Tu fais chier Yûki! »

« Merci. »

« Pff la prochaine fois je cuisinerai que pour moi si c'est comme ça que tu réagis! Crétin! »

Kyô se détourna de lui sous le regard comateux mais amusé de Yûki. Après son départ, l'argenté se permit un sourire. Le roux n'avait même pas réalisé que son remerciement n'était pas né de sa remarque...

A suivre...


Le passage de la fin (avec la soupe) était au départ dans le prologue. C'était un peu comme une projection de ce qui allait se passer. Je l'avais mis en italique pour que vous fassiez attention. J'ai tapé ce chapitre dans l'intention de mettre un petit résumé de cette scène à la suite de la dispute Kyo Yuki. Il s'avère que j'ai été assez maladroite et j'ai trouvé que y'avait un truc qui clochait. Donc bon, j'ai carrément retiré ce passage du prologue pour le mettre ici où il va mieux.

Désolée s'il y a eu des incompréhensions.

Bon, ben je ne peux que vous retrouver la semaine prochaine pour la suite! ^^

A bientôt!