Merci à Nelly Sugliss et Melior pour leur reviews.


SAUVETAGE ACCIDENTEL

CHAPITRE 03


« Non attends ! Cria aussitôt Tifa dans mon dos. Ne t'en va pas !

- Je remonte juste dans la chambre !» Répondis-je sans me retourner.

Parce que j'avais besoin d'être seule. D'avoir d'un endroit où me réfugier. Parce que hormis cette simple pièce, je n'avais nulle part où aller. Personne ne chercha à me retenir. Marlène était partie. Je gravissais d'un pas vif les escaliers, sentant de nouvelles larmes me glisser le long des joues. C'était comme si un barrage en moi était entrain se briser. Et que j'étais incapable d'y résister. Je claquais la porte de la chambre, puis me laissais glisser contre, à même sol. Et là, dans cette chambre d'enfant résonna alors dans l'air, un cri désespéré, douloureux et rempli de rage. Un hurlement sorti du fin fond mes entrailles.


Une heure s'écoula. Peut être deux. La chambre était désormais plongée dans la pénombre. Il pleuvait, et la pluie s'écrasait contre la fenêtre tel un rideau opaque. Troublant le silence de la pièce. À l'extérieur, je devinais l'animation ; Celles des passants pressés de se mettre à l'abri ainsi que celle des enfants, orphelins des rues, qui sautaient avec insouciance dans les flaques d'eau. Et puis loin quelque part, le grondement sourd et diffus du tonner.

Je soupirais. Puis resserrais l'étreinte de mes avants bras tout autour de mes genoux. Ignorant le léger frisson qui me parcourait la nuque, ainsi que la brûlure de mes yeux encore humides. Me concentrant sur ce silence, sur ce calme illusoire, pour ne pas craquer à nouveau. Et réfléchir.

En vain. Deux heure à tourner en rond. À m'interroger avec désespoir et incompréhension. À ne cesser de ressasser, tel un film tournant en boucle les derniers instants avec Papa. Puis ce moment où tout avait basculer. L'explosion, la chute. Cloud et Tifa. Et puis surtout, l'idée terrifiante de ne pas pouvoir rentrer. Bien plus que celle de ne pas savoir ce qui allait m'arriver.

Malgré ma volonté de retenir mon chagrin, des larmes glissèrent à nouveau sur mes joues. Je les essuyais d'un revers de manche. Un geste que je savais inutile. Parce que c'était tout ce qui me restait. Mes larmes et ce temps qui s'écoulait indubitablement, la pendule affichant à cet instant une nouvelle heure. Seize heures. Je déglutis et penchais la tête en arrière. La cognant à nouveau contre le plat de la porte. Un bruit diffus. Tout aussi discret, que les pas, les murmures que je percevais de l'autre coté.

Je fermais les yeux, et me laissais à nouveau entraînée par la torpeur de ma mélancolie.


Je marchais. Tout autour de moi, des fleurs. Un immense parterre de fleurs jaunes, qui s'étirait sans connaître de limites, jusqu'à l'horizon blanchâtre. Je m'arrêtais et levais la tête vers le ciel. Celui-ci était également d'un blanc lumineux. Toutefois, lorsque je plissais les yeux, je pus apercevoir au travers de la blancheur opaque, de légères volutes turquoise. Une vision déconcertante, qui me parut cependant étrangement paisible.

Je me remise à marcher. Intriguée par cet endroit que je connaissais pourtant. Enfin, "connaître" était relatif ; c'était après-tout la première fois que j'y mettais les pieds. Je fronçais les sourcils. D'ailleurs, pourquoi étais-je donc ici ? Cet endroit, ces fleurs, et la symbolique qui s'y rattachait, ne représentaient rien pour moi. Mes doutes, mes peurs, n'étaient pas...

« Tu as raison, » fit soudainement une voix dans mon dos, me faisant brusquement sursauter.

Je me retournais vivement. Personne.

Cependant, dans un souffle puissant, les fleurs frémir brusquement. Les pétales furent arrachés et dans une rafale de vent, tourbillonnèrent, remodelant peu à peu un paysage familier, qui me fit déglutir. Parce qu'au milieu de la prairie, à présent grasse et verdoyante, se trouvait désormais un saule-pleureur. Suffisamment grand et imposant pour permettre à deux adultes de se dissimuler sous son feuillage. Une brise légère effleurait ses longues lianes, les faisant doucement onduler, de même que les hautes herbes. Et puis au loin, quelque part, le chant d'un ruisseau.

Je déglutis à nouveau, subitement en proie à une inexplicable émotion. Aux souvenirs ; un fredonnement. Doux et chaud. Une voix féminine. Celle de ma mère. Et mon rire. Un été à courir dans le jardin. Une promenade à travers la campagne entourant la maison. Et l'arbre, dans l'immense pâture, tout au fond de la combe, prés de la marre. Celui sous lequel, avec ma mère, nous allongions pendant une heure ou deux, avant de rentrer.

« C'est mieux, non ?» fit à nouveau la voix.

Cette fois, je ne bougeais pas. Attendant qu'une présence ne se dessine à mes côtés. Et elle le fit, apparaissant quelques secondes plus tard à l'extrémité de mon champ vision. Une silhouette, gracile et féminine. Reconnaissable dans sa robe rose pâle ainsi que son gilet boléro, d'un rose plus profond, plus chaud. Aerith...

« C'est un bel arbre, commença-t-elle. Je crois que j'en ai jamais vu sur Gaïa...»

À ses paroles, je reportais mon attention sur le saule pleureur, fronçant les sourcils.

«Il est plus petit que dans mes souvenirs, remarquais-je.

- C'est sans doute parce que tu n'es plus une enfant.»

Mon cœur se serra brusquement à ces mots. Et il me sembla voir l'arbre frémir également. Je tournais la tête, en direction de ma voisine. Qui me fit gaçe également. Elle était belle, constatais-je. Comme Tifa, une beauté à l'expression paisible. Mais différente. Une différence se jouant par la profondeur de ses yeux verts. Un vert émeraude, voilé par quelque chose que je ne parvenais à définir. Qui incitait au mystère. C'était comme contempler un lac de montagne, à la surface aussi polie qu'un miroir et aux profondeurs insondables. Un sourire doux, teinté d'une malice presque enfantine, courbait néanmoins ses lèvres pâles. J'étais comme hypnotisée.

« Pourquoi ? demandais-je dans un chuchotement..

- Parce que c'est dans l'ordre des choses» répondit doucement la jeune femme.

Je fronçais les sourcils. Ne comprenant pas.

« De grandir, précisa-t-elle dans un léger rire, face à mon interrogation et faisant onduler les boucles brunes qui lui encadraient le visage. Mais ce n'est sans doute pas à ça que tu pensais, n'est-ce pas ? »

Je hochais la tête, embarrassée.

« À vrai dire, je ne sais plus trop...»

Et c'était vrai. Sa présence semblait comme avoir tout effacé. Je ne ressentais plus rien. Ni colère, ni tristesse. Seulement une tranquillité que je n'avais jusqu'alors jamais ressentie. Je me sentais comme sereine, apaisée. Toutefois, la vision de l'arbre éveillait en moi quelque chose de diffus. Comme si sous son feuillage, était dissimulé un secret. Un secret que je craignais de découvrir. Quelque chose, que j'avais l'impression d'avoir oublié.

« Je ne comprends pas, murmurais-je, en regardant la jeune femme. Qu'est-ce que je fais ici ? Est-ce que c'est un rêve.. ?

- Disons que tu es un peu entre les deux, répondit Aerith. Entre le rêve, et la réalité…Plus précisément, la dimension spirituelle de l'existence...»

Je fronçais les sourcils.

« La Rivière de la Vie ?

- Au-dessus de toi » fit la jeune femme, en levant la tête, ses yeux émeraude embrassant l'immensité diaphane du ciel. Elle porta une main à sa gorge et alors qu'elle observait pensivement les ondulations sereines de la Rivière de la vie, ses doigts jouèrent avec le cordon de cuir noué tout autour de son cou. Devant son silence, je suivis son regard. Les volutes turquoise ne cessaient se mouvoir doucement. À leur vision, je sentis le désarroi m'envahir. Je repensais à la façon dont j'étais arrivée. Et ce qui s'en était produit. À cet éclat de voix, entre Cloud et moi...

« À cause de moi, votre monde est de nouveau en danger… Murmurais-je. Un monde que j'imaginais jusque-là irréel...

- Et pourtant, tu en fais à présent partie...Bien plus que tu ne le crois. »

Je déglutis. Tout ça n'avait aucun sens. Comment un monde de jeu vidéo pourrait-il s'avérait être réel ? Et puis quand bien-même ? S'il était vrai, puisque je savais que je ne rêvais pas et que tout ceci n'était pas une hallucination, par quels moyens les créateurs du jeu en auraient-ils eu connaissance ?

« Pourquoi ? Comment est-ce que tout ça...Est possible ? »

Aerith baissa les yeux.

« Il y a bien longtemps, commença-t-elle, où les Anciens parcouraient encore la planète, un fléau s'abattit sur Gaïa. Et elle fut à tel point blessée, que son cri de douleur retentit en chaque être vivant. Les Anciens accoururent donc pour soigner au mieux la Planète, mais lorsqu'ils arrivèrent sur place, en dépit de ses avertissements, ils rencontrèrent une forme de vie, étrangère à leur monde...

- Jenova, devinais-je aisément, et la jeune femme hocha la tête.

- Une créature hostile, continua-t-elle. Capable de dissimuler sa véritable apparence. Elle les trompa en se faisant passer pour l'une des leurs et tenta de les exterminer en propageant parmi eux, un virus qui les rendait fous et les changeait en de véritables monstres. Elle parvint à décimer la totalité de leur peuple. Cependant, les rares survivants parvinrent néanmoins à la vaincre et à l'enfermer au centre du cratère où elle avait été découverte...

- Je connais cette histoire, l'interrompis-je dans un froncement de sourcils. Mais quel est le rapport avec moi ? Et puis ça n'explique pas...

- J'y viens, répondit Aerith. Puis avec un léger sourire, elle reprit : malgré la victoire, et que la Calamité des Cieux soit enfermée, les survivants se scindèrent en deux groupes. La cause de cette scission est que bon nombre d'entre eux, pensait que même si Jenova était enfermée, il était certain qu'elle parviendrait un jour ou l'autre à briser ses chaînes. Qu'elle représentait une trop grande menace pour leur peuple, et ce, même en dépit des précautions prise par Gaïa elle-même, qui avait créé, pour répondre à la menace, les Armes. Aussi quittèrent-ils la définitivement la Planète tandis que le reste des survivants décidèrent de rester...

Pause. J'ouvris la bouche d'étonnement. Voulait-elle vraiment dire... ?

- Attends... Tu veux dire qu'une partie des Cetras ont pu quitter la planète ? Demandais-je avec étonnement. Comment est-ce qu'ils ont fait ?

- Je l'ignore, répondit la jeune femme dans un petit haussement d'épaule. Ce savoir a disparu il y a longtemps. Tout ce dont je sais, c'est que les Cetras étaient un peuples de nomades et qu'ils n'étaient pas originaires de Gaïa. Cependant, contrairement à Jenova, ils ne détruisaient aucun des mondes sur lesquels ils allaient. Au contraire, leur voyage avait pour but de...

- Chercher la Terre Promise, me rappelais-je alors, me félicitant intérieurement de connaître si bien la légende de Final Fantasy VII.

- Oui, affirma Aerith d'un hochement de tête. Mais cette quête relevait surtout en définitive de l'appréciation individuelle. C'est pourquoi, bien avant l'apparition de la Calamité des Cieux, certains Cetras avaient déjà quitté Gaïa, ne trouvant guère la plénitude à laquelle ils aspiraient...Ainsi de par leurs voyages, ils participaient au grand cycle de l'univers, faisant germer la vie et la cultivant sur différents mondes...»

Je fronçais les sourcils.

« Et donc... Résumais-je. Une partie des survivants sont eux aussi partis ?

- Oui. »

Un silence suivit sa réponse. Je regardais la jeune femme attentivement. Celle-ci me rendit un regard à la fois doux et insondable. Me déstabilisant, une fois encore, alors ses paroles traçaient peu à peu leur chemin dans ma tête. Et la pensée qui commençait à s'ébaucher, me troubla plus encore.

« La Terre... Soufflais-je avec hésitation. Est-ce qu'ils... Est-ce qu'ils ont trouvé mon monde ? »

C'était complètement impensable. Impossible. C'était trop gros, trop absurde pour être vrai. Et pourtant... Et pourtant combien d'illuminés ne cessaient de dire que l'espèce humaine avait été "déposée" sur la Planète, niant la théorie même de l'évolution de Darwin ? Combien d'illuminés, prêtaient l'intervention d'être supérieurs, venus des cieux et guidant la race humaine lors de ses premiers babillements ? Combien de théories de ce genre ? De contes et mythes ? Et si, tout cela avait un fond de vérité ?

« Mais... dans mon monde, commençais-je avec appréhension. Tout ça n'est qu'un jeu... ! Je ne comprends pas. Je ne comprends rien du tout ! Et puis pourquoi moi ? Pourquoi est-ce que je suis là ? »

Et l'expression d'Aerith, qui m'observait à présent avec peine, ne fit qu'accroître mon incompréhension. La crainte qui commençait à naître en moi, au fur et à mesure que ces révélations faisaient leur chemin. Doucement, mais inexorablement, vers un fait. Une vérité à laquelle je me refusais de penser, de croire. Une vérité qu'énonça pourtant Aerith :

« Dans ton sang, déclara-t-elle avec douceur. Coule celui de mon peuple. Celui des Cetras. Nos ancêtres...»

Je secouais la tête. Niant. Refusant cette idée. La rejetant.

« Non. Ce n'est pas possible. »

Parce que si ça l'était, cela voudrait dire que...

« Ta présence n'est pas un hasard...»

Je m'arrêtais de respirer. Comme poignardée en plein cœur. Je me détournais de la jeune femme. Et avançais vers l'arbre. Alors que je fendais la prairie, les hautes herbes s'écartèrent d'elles-mêmes, traçant un sentier jusqu'au tronc. Même les branchages semblèrent se mouvoir. S'ouvrant devant moi comme pour mieux m'accueillir en son sein, dans une étreinte que j'espérais rassurante, mais qui s'avéra écrasante. Comme si les lianes, s'accrochant à mes épaules, cherchaient à m'immobiliser, à m'étrangler. Ne faisant qu'accroître ma panique.

« Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. » Ne cessais-je de murmurer, les yeux écarquillés, le visage contre l'écorce. « Je veux rentrer à la maison. Je veux revoir mon père...

- Elina...Tu n'es pas la seule, fit la jeune femme. Bien d'autres dans ton monde, ont eux aussi cet héritage commun...

- Alors pourquoi moi ? Pourquoi est-ce que suis là ? »

Je me retournais, m'adossant contre le tronc et la regardais droit dans les yeux. La suppliant du regard. Mais Aerith se détourna subitement, son visage s'assombrissant soudainement.

« Avant de quitter ce monde, certains Cetras prononcèrent un serment. Une promesse vis-à-vis de la Planète. Promettant à cette dernière, que le jour où la Calamité des Cieux représenterait à nouveau une menace, celle-ci pourrait les appeler à combattre. Que la Planète serait en mesure de les convoquer, par-delà la distance et le temps... Et ce serment, se porta également sur leurs descendants. »

Je secouais la tête.

« Non », rétorquais-je estomaquée. Avec panique grandissante. « Non-non, non ! Comment est-ce que je pourrais la protéger alors que... Alors que...»

Que j'avais empêché Cloud de tuer Sephiroth ? Que j'avais compromis l'avenir de ce monde ? Parce que c'était bien ce que j'avais fait n'est-ce pas ? À me jeter entre eux. Répondant avec désespoir à cette peur viscéral, ce besoin, à cette voix qui... Je blêmis. Cette voix. Claire et limpide. Familière. Qui m'avait incité, ordonné à agir.

« C'est toi, qui m'as poussé à le sauver ?! » Réalisais-je subitement. Je regardais la jeune femme avec incompréhension. Avec horreur. Parce que c'était sa voix, que j'avais entendu. C'était elle qui m'avait demandé de... J'étais sidérée. La jeune femme, quant à elle, n'avait pas cillé, se contentant de m'observer calmement. Cependant, je décelais dans ses yeux vert, une douleur sourde et angoissée. Une attente vis-à-vis de moi. Parce que j'avais deviné juste. Et qu'il lui en coûtait autant qu'à moi d'avoir agir ainsi.

« Mais... Pourquoi ? »

Pour la première fois, elle baissa les yeux, troublée. Puis soupira, résignée :

« Parce qu'il le fallait.»

Je déglutis.

« Sephiroth, commença-t-elle. Est bien trop fort. Trop puissant. Sa volonté, est-elle, qu'il refuse de se dissoudre dans la Rivière de la Vie. Et comme tu l'as dit à Cloud, Sephiroth se sert de lui, pour rester lié au monde des vivants. Tirant aussi sa force de Jenova, qui en fait-tout autant, grâce à son héritage cellulaire qui circule dans bons nombres d'organisme vivants, issues des expérimentations de la Shinra... La Rivière de la Vie ne peut plus les contenir. Leurs influences s'étendent, et notre monde agonise...

- Les géostigmates, me rappelais-je alors, et Aerith, hocha doucement la tête en réponse.

- La Planète en est donc venue à la conclusion qu'il fallait inverser ce processus, et pousser ces deux esprits l'un contre l'autre. Les pousser à s'autodétruire. Forcer Sephiroth à se retourner contre Jenova. Ainsi, si la Calamité des Cieux est détruite, ces cellules deviendront définitivement inertes... Quant à Sephiroth...»

À ces mots, je souris. Un sourire amer. Tout aussi désespéré que le rire que je sentis naître douloureusement en moi : « Retourner Sephiroth contre Jenova ? Mais c'est impossible ! C'est sa mère.

- Non, elle ne l'est pas...

- Oui bon, façon de parler ! Grimaçais-je. Il est persuadé qu'elle l'est ! Et puis, elle l'a rendu complètement mégalomane !»

Pire. Elle avait fait de lui un véritable psychopathe.

« Jenova l'a berné, fit Aerith. Elle s'est servi de ses doutes et des peurs, de son horreur lorsqu'il a découvert les expériences d'Hojo à Nibelheim. Lorsqu'il a découvert ce qu'il était. Elle l'a complètement dévoré.

- Oui et alors ? M'impatientais-je. Comme est-ce que tu veux que je fasse ? Je ne suis pas psychiatre ! Et puis pourquoi ne pas demander à...

- Tu sais très bien pourquoi je ne peux demander cela à Cloud !» me coupa Aerith avec impatience.

Oui. Tout simplement parce que l'un comme l'autre, étaient des ennemis héréditaires. Et que demander à Cloud ne prendre sur lui, d'oublier l'incendie de Nibelheim ainsi que toutes les nombreuses atrocités commises par Sephiroth, dont le meurtre de la jeune femme, était tout simplement impossible. Et qu'il en était de même pour les autres membres d'Avalanche.

- Nous n'avons pas le choix, insista doucement Aeirth. Dans le cas contraire, jamais Gaïa n'aurait fait appel à quelqu'un de l'extérieur. Ta neutralité...

- Non, c'est de la connerie ! Contrais-je en secouant la tête. Ça ne fonctionne pas comme ça ! Je ne vais pas d'un claquement de doigts, le retrouver, lui dire "vous vous faites manipuler par une extraterrestre qui n'est pas votre mère, redevenez gentils et soyez amis avec tout le monde" ! Ça ne marche pas comme ça...!»

C'était utopique. Le Sephiroth que j'avais croisé n'avait rien d'une victime. Au contraire, c'était un être froid et parfaitement sain d'esprit. Avide de pouvoir et de puissance. Un être qui ne pouvait être détourné de ses ambitions.

Le visage d'Aerith s'assombrit soudainement.

«Je sais que ce n'est pas aussi simple. Mais quelle autre solution avons-nous ? Si Cloud venait à gagner à nouveau contre Sephiroth, il serait certain que notre monde connaîtrait à nouveau la paix. Mais pour combien de temps encore ? Combien de temps avant qu'une nouvelle menace ne surgisse et que Sephiroth ne se réveille une fois encore ? Nous ne ferions qu'obtenir un sursis indéterminé...»

Je baissais les yeux, fuyant son regard.

«Je suis désolée, mais je ne peux pas...» Murmurais-je. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas assumer la responsabilité de ce que cette "mission" impliquait. Mon intervention avait peu être fait basculer le destin de ce monde, je refusais pourtant de m'impliquer d'avantage dans ce monde, que je ne connaissais jusqu'à présent uniquement par le biais d'un écran. De plus, je n'étais personne. Pas une héroïne.

«Je ne peux pas…. » Répétais-je.

À ces mots, un frémissement parcouru le saule. Dans ma poitrine, je sentis mon cœur se crisper brusquement. Aerith leva alors les yeux, l'expression soucieuse.

« Alors dans ce cas, notre monde est condamné...»


Les bras chargés de cookies, Marlène et Denzel finissaient de gravir silencieusement les escaliers. Les marches grincèrent doucement sous leurs pas, et à ce bruit, les enfants s'immobilisèrent soudainement, échangeant des regards inquiets en direction du salon.

« Fais attention ! Souffla Denzel. Ils vont nous entendre !

- Ce n'est pas ma faute, c'est toi qui n'avances pas», rétorqua Marlène en fronçant les sourcils.

Denzel désigna son butin, habilement subtilisé dans les cuisines, le temps que Cloud et Tifa discutent avec la nouvelle.

« J'ai peur d'en faire tomber ! »

La fillette soupira, puis d'un signe du menton, l'enjoignit à avancer à nouveau.

En bas, dans le salon résonnaient les éclats de voix de Cloud et de Tifa. Une conversation qui semblait particulièrement agitée, suite à l'entretient avec... Elina- se rappela Marlène. La fillette l'avait trouvé plutôt sympathique, lorsqu'elle était entrée dans la chambre pour poser ses affaires. Pas aussi "suspecte" et "étrange" que Cloud avait dit, pendant les deux jours où elle était inconsciente.

Avec Denzel, la fillette avait dû dormir dans la chambre du jeune homme, ce dernier ayant migré sur le canapé, ne voulant pas qu'ils partagent leur chambre avec une "étrangère". Cela ne les avait pas empêchés néanmoins de venir la voir de temps en temps, malgré les réprobations de Tifa, piqués par la curiosité afin de deviner pourquoi elle mettait tout le monde dans un tel état. Après tout, la dernière fois que Marlène avait vu Cloud et Tifa aussi alertes et tendus, était le jour où la Shinra avait fait sauter la plaque du secteur 7. La nouvelle devait sûrement avoir fait quelque chose de grave, mais en dépit de leurs questions, aucun des deux adultes ne voulait y répondre, détournant à chaque fois le sujet. Ils ont peur qu'on s'inquiète, avait deviné Denzel, nullement dupe du manège des deux adultes.

Avec gravité, la fillette baissa les yeux. Et essaya de reconstruire le fil des événements ; jusqu'ici, tout avait été clair, et suite à son enlèvement par Loz, elle avait compris que celui qui avait tué Aerith allait être de retour. Que Cloud, Tifa et les autres membres d'Avalanche - dont son père- que Denzel avait aperçu sur la grande place du mémorial, avaient été obligés de se battre à nouveau. Là, s'arrêtait tout ce qu'elle savait. Et que c'était la suite, qui était confuse.

« Marlène, tu crois qu'elle est dangereuse ? » Demanda soudainement Denzel.

La fillette releva la tête et l'observa. Le visage du petit garçon était plissé, et dans des yeux outremers, flottait une lueur d'inquiétude.

« Je ne sais pas...», répondit-elle doucement. Elina semblait être quelqu'un de tout à fait normal. Pas comme les autres… Ceux qui les avaient enlevés. Notamment le jeune homme aux cheveux argenté qui l'avait terrifié, tant par sa magie que par ses mots, empoisonnant l'esprit de Denzel ainsi que ceux des autres enfants. Toutefois, derrière le sourire d'Elina, la fillette avait perçu quelque chose de familier. Un éclat dans ses yeux gris, alors qu'elle observait la photo de chevet de Denzel. Un éclat semblable à celui de Cloud et Tifa, lorsque parfois, ces derniers étaient plongés dans leurs pensées.

«Elle est...Comme Tifa et Cloud. Comme tout le monde, prononça lentement Marlène. Elle aussi, elle a perdu quelqu'un qu'elle aimait...»


« Alors dans ce cas, notre monde est condamné...»

Je détournais le regard. Cependant, une voix masculine s'éleva soudainement.

« Ne sois pas aussi pessimiste, Aerith. Cela ne te ressemble pas...»

Avec surprise, la jeune femme se retourna. Derrière elle, s'avançant à travers la plaine et s'appétant à nous rejoindre sous l'ombre du feuillage, la silhouette d'un homme. Je plissais les yeux, anticipant presque l'identité de ce dernier. Grand et larges d'épaules, une démarche assurée, l'uniforme sombre des Soldiers; il ne pouvait s'agir que de Zack. Surtout pour s'adresser ainsi à Aerith.

Lorsque d'une main, il écarta les longues lianes, dévoilant son visage, j'eu le souffle coupé. Non seulement, c'était un jeune homme plutôt séduisant, mais il se dégageait de lui une vitalité peu commune. Le jeune homme respirait tant la force et la joie de vivre, que lorsqu'il s'avança face à la jeune femme, souriant d'un air amusé, je compris non sans peine le surnom qu'on lui avait autrefois attribué.

« Sympa la planque !» Déclara-t-il. Il se tourna vers moi : « Ça change des endroits déserts ! ... Au fait, je suis Zack ! » Il me tendit la main, que je serrais machinalement. Le regrettant presque aussitôt tant sa poigne était ferme et enthousiasme, égale à son caractère enjoué, et qui manqua de m'arracher le bras. « Mais je suppose que tu le sais déjà, vu ce que l'on m'a dit sur toi...»

Je hochais la tête, n'osant à peine imaginer ce qu'on avait bien pu lui dire sur mon compte. Sans doute ce qu'Aerith m'avait elle-même expliqué, et à cette pensée, je me rembrunis.

« À vrai dire, répondis-je dans un murmure. Je crois qu'il y a erreur sur la personne... Je ne suis pas...

- Une héroïne ? » Fit Zack. « Ce n'est pas un problème. Ce n'est pas ça dont nous avons besoin... » Je relevais la tête, surprise. À mes côtés, Aerith n'avait pas bronché, se contentant d'observer calmement son compagnon. Même si le coin de ses lèvres s'était incurvé en sourire doux et discret.

« Vraiment ? M'étonnais-je. C'est de Sephiroth dont vous parlez...

- Précisément. Ce qu'il nous faut, c'est là... Il se frappa la poitrine du poing. C'est d'avoir du cœur ! Parce que si tu ne peux combattre ton ennemi, embrasse-le... » Je fronçais les sourcils, sceptique. « Pas au sens figuré, rassure-toi. Ce que je veux dire, fit Zack avec sérieux, c'est que tu n'as pas besoin d'être un combattant. Le véritable combat, c'est à l'intérieur. Sephiroth a oublié ce qu'il faisait de lui un être humain. Il a tout effacé, volontairement. Cependant, ce n'est pas définitif. Sa mémoire, son humanité peuvent encore lui revenir...

- Comment ?»

Le jeune homme sourit.

« Ça, cela dépendra de toi.

- Et si j'échoue ?»

Un court silence flotta. Aerith et Zack échangèrent un regard. Puis le jeune homme se tourna à nouveau vers moi, et posa une main sur mon épaule.

« Un jour, dit-il, un homme sage m'a dit ceci : le seul véritable échec, c'est de trahir nos aspirations, nos rêves et de ne pas être fidèle à ce que nous croyons au plus profond de nous-mêmes...»


Denzel baissa la tête. Ils finirent de monter les marches, puis s'assirent sur le pallier. Marlène observa son ami, ses yeux s'attardant sur la trace sombre qui ornait son front.

« Tu as toujours aussi mal ?

- Non, ça va... »

Son visage s'était durci. Bien sûr qu'il avait mal. Mais il devait être fort. Ne pas abandonner et se laisser aller au désespoir comme il l'avait fait quelques jours plutôt. Résister. Se battre, comme Cloud et Tifa. Comme Barret. Vivre pour lui-même, et pour Marlène. Pour effacer l'inquiétude de ses jolis yeux marron.

«Ne t'inquiète pas…» Murmura-t-il dans un sourire mince, mais rassurant. Sourire qui s'étira doucement sur le visage de la fillette. Avant de s'évanouir brusquement lorsque derrière Denzel, une silhouette se dessina soudainement tout au fond du couloir, nimbée d'une lumière émeraude. La silhouette d'une jeune femme vêtue d'une longue robe rose, qui s'avança d'un pas afin d'émerger de la pénombre.

La reconnaissant aussitôt, Marlène se redressa d'un bond, manquant de lâcher les cookies qu'elle tenait. « Aerith ! » Dans un sourire, la Cetra leva alors une main, et posa un doigt sur ses lèvres, incitant la fillette au silence. Denzel pour sa part, dévisagea la jeune femme dont il avait tant entendu parler, saisi par la sérénité et la profondeur de son regard. Elle était belle, et tout au fond de lui, le petit garçon sentit une étrange nostalgie le traverser. Il se redressa également et à son geste, Aerith se tourna vers lui, puis tendit une main.

« Approche » l'invita-t-elle.

Intimidé, le petit garçon s'exécuta. Aerith lui sourit doucement. Elle leva et du bout des doigts, effleura d'un geste aérien le front de l'enfant. Un contact aussi léger que le baiser d'un papillon, mais qui fit naître une intense sensation de fourmillement. Surpris, Denzel recula d'un pas, portant une main à son front. Ce dernier était lisse, vierge de traces squameuses et purulente. Il lança un regard à Marlène et celle-ci, apercevant à son tour l'éclat velouté de sa peau, sourit avec béatitude.

«Tu es guéri ! » S'exclama-t-elle.

Le petit garçon se tourna vers Aerith et l'observa avec tout le sérieux et la reconnaissance dont il était capable.

« Merci » murmura-t-il.

La jeune femme lui sourit doucement.

« En échange, murmura-t-elle, je souhaiterais que vous gardiez un œil sur la jeune fille d'à coté, pendant la période de son séjour au 7th Heaven. Elle va avoir besoin d'aide et de soutiens. Puis-je compter sur vous ? »

Les enfants échangèrent un regard, hésitants, puis se tournant de nouveau vers Aerith, hochèrent cette fois la tête, affirmatifs.

« Mais pas un mot aux autres, d'accord ? ...

- D'accord », répondit Marlène d'un sourire complice, aussitôt approuvée par Denzel.

Aerith leur sourit alors une dernière fois, puis lança un regard derrière eux, avant de se volatiliser soudainement en une myriade de petites lucioles vertes. L'instant d'après, les pas de Cloud retentirent soudainement dans les escaliers. Ils se retournèrent, faisant face à l'ancien milicien.

« Qu'est ce que vous faîtes ici ? demanda-t-il en les regardant tour à tour.

- On allait dans ton bureau, répondit Marlène avec aplomb. Pour lire...

- C'est ce je vois, constata le jeune homme.

Il dévisagea avec amusement les enfants, son regard tombant sur les cookie que tenait la fillette. Denzel en profita pour en saisir un et le croquer. L'ancien milicien suivit son geste. Il remarqua alors son front, vierge de toute imperfection. Ses yeux s'écarquillèrent.

« Mais…comment ? »

Il s'approcha, écartant les mèches du garçon. Le petit garçon ne pu s'empêcher de sourire.

« C'est grâce à…

- Elina, finit Marlène, lui lançant un regard entendu. C'est Elina qui l'a soigné ! »

Cloud regarda par-dessus leurs épaules, fixant avec trouble la porte de la chambre. Puis baissa de nouveau les yeux sur Denzel, notant qu'il sourait. C'était la seconde fois qu'il première fois Denzel sourire avec autant de...de quoi d'ailleurs ? De joie ? L'ombre qui semblait jusqu'à présent recouvrir l'enfant s'était entièrement dissipé. Et à cet instant, le petit garçon semblait atteint de la même grâce que Marlène, plus lumineux que jamais.

« Mais comment ? demanda-t-il. Comment a-t-elle...?

- On est allé lui proposer des cookies, mentit Marlène avec aplomb. Et au moment où elle a touché Denzel, ses géostigmates sont parties...»

Cloud fronça les sourcils, traversé par le doute et l'inquiétude. Par l'incertitude. Il s'avança alors d'un pas, se dirigeant en direction de la chambre, mais au moment où il tendit la main pour saisir la poignée, Denzel s'interposa soudainement.

«Non ! cria l'enfant. Laisse-là. Elle... Elle dort !

- Mais je...

- Elle est fatiguée ! intervint Marlène, se joignant à Denzel.

Cloud s'immobilisa, et les regarda tour à tour. Il s'apprêta à protester mais devant leurs détermination, il finit par baisser la tête.

« Très bien, concéda-t-il. Mais les autres doivent en être tout de suite avertis...

- Oui, et ils vont être contents de savoir que Denzel est guerris ! fit Marlène.

Cloud hocha la tête, le coin de ses lèvres s'étirant en un sourire presque imperceptible.

« Oui, c'est une excellente nouvelle...»

La vie du petit garçon n'était plus en danger. C'était une bonne chose. Cependant, alors que les enfants le prenaient par la main afin de l'éloigner de la chambre, le milicien ne put s'empêcher de se rembrunir. Et de lancer un dernier regard en direction de la porte, avant de descendre les escaliers, l'interrogation du premier jour lui traversant à nouveau l'esprit. Bon sang, qui es-tu ?

« Personne...Je ne suis personne...» avait-elle dit, ne faisant qu'épaissir le mystère qui l'entourait.


A SUIVRE