B'soir/Jour'

Je serai concise: Rythmes de parutions tout pourris car je suis en vacances donc pas une seconde à moi.

Merci pour les reviews and co, j'vous aime^^

enjoy!


C'était le soir du 31 Octobre que je revis le chat. J'étais dans la cuisine, affairé à préparer le repas lorsque je dus sortir les poubelles. C'est là qu'il arriva, venant se frotter contre moi comme si nous nous étions vu la veille. Je le pris dans mes bras et le caressai, ravi, et il se mit à ronronner. Il avait l'air aussi content de me voir que je l'étais de le retrouver. Je le reposai néanmoins rapidement au sol, car je devais vite rentrer préparer le souper pour ne pas avoir d'ennuis. Je lui expliquai la situation et il me suivit discrètement, se cachant dans un buisson de rose de tante Pétunia à côté de la porte de service comme s'il avait compris ce que je disais. J'espérais qu'il serait encore là après le repas du soir, moment auquel je pourrai probablement m'esquiver discrètement pour lui apporter quelques restes.

Effectivement, une fois que j'eus débarrassé la table et commencé la vaisselle, les Dursley cessèrent de me prêter attention et s'entassèrent devant la télévision. Je finis rapidement ma corvée et sortis discrètement dans le jardin. Je m'assis à côté de la porte de la cuisine, caché des fenêtres du salon par les rosiers de tante Pétunia. Le chat apparut à côté de moi silencieusement et se lova contre moi, quêtant une caresse, avant de dévorer la nourriture que je lui avais apportée.

Il resta ensuite simplement assis à mes côtés, et je commençai à lui raconter ce qu'il s'était passé en son absence.

« -...Tu sais, le chat, tu m'as manqué. Je ne sais pas trop pourquoi tu viens voir le monstre que mon oncle décrit quand il parle de moi, mais je suis content. Je n'ai pas vraiment d'amis, tu sais. Enfin, c'est pas important. Je suis content que tu sois là, je suis beaucoup allé au jardin ces vacances, et j'ai réussi à enlever toutes les mauvaises herbes, j'ai commencé à fabriquer une petite cabane avec l'auvent. Mais je m'inquiète parce que Dudley commence à soupçonner quelque chose, il a déjà essayé de me suivre avec ses imbéciles de copains, heureusement que je suis plus rapide qu'eux. Mais je les laisserai jamais découvrir cet endroit, tu peux me croire. C'est un peu comme...comme mon sanctuaire. »

Je souris en disant ça. Je réalisais peu à peu à quel point le jardin était devenu important pour moi. C'était le seul endroit où je pouvais avoir la paix en étant certain que personne ne viendrait. Je résolus en moi-même de ne laisser personne me l'arracher. Maintenant que j'avais cet endroit, je ne savais pas comment je pourrais rester à Privet Drive sans l'avoir.

Mais ce jardin n'était pas qu'à moi, il était aussi au chat. Je regardai le félin à côté de moi dans la nuit et une idée vint peu à peu fleurir dans mon esprit. Et comme j'entendais ma tante entrer dans la cuisine et crier : « Harry ! Viens ici tout de suite ! » je murmurai au chat : « Je reviens à minuit, nous irons au jardin ». Puis j'entrai dans la cuisine et dus supporter les reproches de ma tante pour être sorti sans permission.

Je me rendis compte vers dix heures que j'avais commis une erreur : j'avais oublié que nous étions le 31 Octobre et que par conséquent la maisonnée se coucherait assez tard, mon estimé cousin étant un fervent adepte de la chasse aux bonbons traditionnelle de Halloween. Il faut dire qu'il avait tout pour y exceller : Il n'avait même pas besoin de déguisement pour être moche et effrayant, et sa longue pratique du racket le prédisposait à la lourde tâche de sonner au porte des gens pour leur demander des friandises (Sachant que dans son cas il s'agissait davantage d'exiger des bonbons, est-il besoin de le préciser ?). En conséquence de quoi je craignais que tout le monde soit encore éveillé à minuit, d'autant que mon cousin refuserait sans doute de se coucher sans avoir compté le nombre précis de bonbons qu'il aurait extorqués dans la soirée.

Qu'à cela ne tienne, dans le pire des cas je pourrais toujours attendre plus longtemps avant de sortir. De toute façon, le chat ne pouvait pas vraiment avoir compris ce que j'avais dit, et ne m'attendrait pas à minuit. Avec un peu de chance il serait dans les parages quand je sortirai. En aucun cas je ne voulais renoncer à ma petite promenade au clair de lune, car c'était la première fois qu'une telle idée me venait et différer l'action risquait de m'ôter le courage d'agir.

Je dus rendre divers service à ma tante jusqu'à onze heures, et je fini par comprendre qu'il me fallait un prétexte pour qu'elle m'envoie rapidement au lit, sinon je risquais de croiser mon cousin, et surtout de me voir confier une tâche qui m'occuperait trop longtemps, et qui tiendrait aussi tante Pétunia éveillée car elle voudrait forcément vérifier mon travail. Je connaissais un seul sujet qui m'enverrait inévitablement à mon placard sans que le risque d'y être enfermé soit trop grand. Je rejoignis donc la cuisine où ma tutrice préparait les menus de la semaine en attendant son fils et pris la parole : « Tante Pétunia, je sais que mes parents sont morts un 31 Octobre comme aujourd'hui, mais pourriez-vous me dire comment ils sont morts ? Me parler un peu d'eux ? »

Pendant un court instant elle garda le silence, prise au dépourvu, et j'osai espérer qu'enfin, je pourrais apprendre des choses sur mes parents (je n'avais pas posé cette question uniquement pour me faire envoyer dans mon placard). Mais elle coupa rapidement court à ma rêverie en lâchant d'un ton froid qui me laissa sentir sa colère : « Tes parents étaient de sales ivrognes qui sont morts dans un accident de voiture. Tu n'as nul besoin d'en savoir davantage, et si tu as un minimum conscience de la générosité dont nous avons fait preuve en te recueillant, tu n'aborderas plus jamais ce sujet. Et maintenant, rejoins ton lit et que je ne te voie plus avant demain. »

J'obtempérai sans protester, et j'entrevis à la fenêtre, alors que je sortais de la cuisine, les yeux d'un chat. Je m'installai dans mon placard en espérant qu'il aurait le bon sens de ne pas se faire remarquer par ma tante, et surtout pas par mon cousin : qui sait ce qu'il pourrait faire subir à un animal sans défense!

De mon placard, j'entendis ledit membre de ma famille faire un retour triomphal, clamant plus fort que nécessaire le succès de sa chasse aux bonbons. Une demi-heure passa, et j'entendis enfin ma famille quitter le salon pour rejoindre les chambres. En attendant d'être sûr que la maisonnée soit endormie je me changeai discrètement, me vêtant d'une tenue sombre et suffisamment vieille pour que tante Pétunia ne soit pas trop scandalisée si elle la voyait sale. J'enfilai ensuite mes chaussures les plus usées et patientai.

Puis arriva le moment où j'estimai pouvoir sortir sans risque. Je modelai donc mes couvertures de sorte à suggérer un corps endormi, au cas improbable où l'on aurait ouvert la porte de mon placard à l'improviste en mon absence, puis j'ouvris lentement la porte de mon placard et m'aventurai vers la porte de la cuisine le plus silencieusement possible. De l'étage me parvenait le bruit des ronflements conjugués de l'oncle Vernon et de Dudley, mais le reste de la maison était calme. De la porte de la cuisine entrebâillée filtrait une pâle lueur qui me préservait de heurter un mur ou un bibelot. J'entrai dans la cuisine sans faire le moindre bruit et remis la porte dans la même position que je l'avais trouvée avant de sortir par la porte de derrière que je refermai à son tour soigneusement.

Je fis quelques pas timides à l'extérieur, soudain frappé par l'ambiance de la nuit. Les lampadaires allumés m'empêchaient peut-être de voir bien les étoiles, mais je sentais l'odeur de la nuit, celle qu'on ne peut connaître sans en faire directement l'expérience, celle qui te fait te sentir libre, et la nuit immense. L'air était frais, agréable, et une légère brise balayait la nuit. J'aspirai à pleins poumons cette atmosphère nocturne et, soudain ivre, je me mis à courir sans bruit, traversant le jardin et sautant la clôture sans ralentir. Je me retrouvai au beau milieu de la rue, toujours courant, sur la chaussée éclairée par les lampadaires. La nuit me donnait l'impression de courir bien plus vite que d'habitude, sans me fatiguer. Je vis que le chat m'avait rejoint et maintenait mon allure à grands bonds souples, et j'eus envie de rire en voyant toutes les fenêtres des pavillons bien rangés éteintes. Tous ces gens si sages... Et moi au milieu, j'étais peut-être un monstre, mais j'étais en cet instant bien plus libre qu'ils ne le seraient jamais.

Juste pour un soir,

Dans la nuit la plus noire

Aux heures de minuit

Seul avec la lune amie

Je me sentais d'une humeur fantastique et je passai le trajet jusqu'au jardin dans une étrange euphorie. J'entendis au loin un chien aboyer, mais je n'y prêtai pas garde. Je m'arrêtai de courir seulement une fois que je fus arrivé devant le corridor obscur qui menait au jardin. J'avais beau me sentir bien dans la nuit, le passage dénué de tout éclairage me faisait quand même hésiter. Mais comme je cherchais à rassembler le courage d'avancer je sentis un effleurement au niveau de mes jambes et je vis le chat me regarder d'un air interrogateur avant d'avancer d'un pas souple dans la ruelle. Dès lors, je ravalai mes craintes et le suivis à tâtons, longeant le mur.

Nous arrivâmes enfin dans le jardin, et je fus content de voir que la lune prodiguait une assez bonne clarté. La pollution lumineuse des lampadaires était réduite ici et je m'allongeai dans l'herbe pour contempler les étoiles. Sans la moindre gêne, le chat se lova sur mon ventre et nous restâmes là sans bouger.

Je ne sais pas si c'était à cause de l'ambiance de la nuit ou de la chaleur que dégageait le chat contre moi mais, l'espace de quelques instants, j'oubliai toute crainte et vécu un instant de plénitude. Je chuchotai au chat dans la pénombre ce que je n'avais jamais dit à personne : que malgré ce que ma tante en disait, j'aurais aimé avoir mes parents. Que je ne pouvais pas croire qu'ils aient été juste des ivrognes. Je dis à l'animal que j'imaginais ma mère comme une femme forte et douce, et mon père comme quelqu'un d'affectueux et distrait, un intellectuel peut-être ? Mais il aurait quand même su partager mes jeux, et ma mère aurait beaucoup ri en le regardant devoir faire l'avion pour m'amuser. Et puis elle m'aurait pris dans ses bras, et fait tournoyer, tournoyer...

J'avais dû m'endormir car le froid me fit ouvrir les yeux. Je n'avais pas dû somnoler longtemps, car la lune n'avait pas vraiment bougé depuis la dernière fois.

Néanmoins, je sentis qu'il était temps que je parte. Me sentant éveillé, le chat sauta souplement de mon ventre au sol, comme s'il avait prévu que je voudrais bouger. Je m'époussetais rapidement avant de me remettre debout puis nous partîmes.

Je parcourus le chemin de retour plus lentement, sans courir, voulant savourer encore chacun de ces instants volés au reste de ma vie. Au lieu de rentrer immédiatement dans le pavillon n°4 je restai encore quelques instants assis sur le trottoir pour caresser le chat. Il ronronnait paisiblement.

Au bout de quelques temps, pourtant, il se leva et échappa à ma main pour se poster devant moi, me saluant de la tête dans une attitude presque humaine. Il s'éloigna ensuite doucement dans la nuit, et je compris qu'il partait. Alors, je fis silencieusement le tour du pavillon des Dursley pour m'assurer de l'absence de lumière dans les chambres puis rejoignis la porte de service. J'entrai, refermai sans bruit, bu un peu d'eau dans la cuisine, et regagnai mon placard sans omettre de laisser la porte de la cuisine entrouverte comme elle l'était au départ.

Enfin allongé sur ma paillasse, je laissai la tension de la nuit me quitter. Je fermai les yeux, laissant le film de la nuit repasser derrière mes paupières closes. Je me sentais à la fois surpuissant, l'impression donnée par l'air nocturne subsistant encore, et dans le même temps fragile, vacillant, sans pouvoir vraiment l'expliquer. Je me sentais bien.

Le chat était parti, mais je sentais que je finirais par le revoir.