Chapitre 3

Un corps s'écrasa contre les tatamis du dojo de Port Mafia et son possesseur grogna de douleur.

Une semaine était passée depuis l'arrivée de Joanne dans la Mafia. Le lendemain de son arrivée, son entraînement avec Chuuya avait commencé. Comme elle s'y attendait, il ne lui épargnait rien, et la tendresse presque fraternel dont il faisait preuve avec elle comme avec Gin et Ryunnosuke disparaissait quand ils étaient au dojo. La blanche était recouverte d'hématomes plus où moins gros selon les emplacements, et de couleurs variés. Elle n'arrivait pratiquement plus à bouger correctement. Et elle n'avait même pas la satisfaction de voir ses efforts payer puisqu'elle avait l'impression de s'entraîner pour rien. Une semaine c'est rien, mais quand on s'entraîne plusieurs heures par jour, on a l'impression d'avancer à reculons.

« Debout, » claqua la voix impitoyable de Chuuya.

Elle ferma les yeux et prit une grand inspiration pour se calmer, sentant son sang s'échauffer. Au début de l'entraînement, quand Joanne avait été pour la première fois poussée dans ses limites et ses retranchements, le roux avait découvert que ses yeux prenaient la couleur rubis brillant caractéristiques de son pouvoir. Or, elle ne pouvait pas l'utiliser. La jeune femme avait alors avoué qu'elle pouvait contrôler son sang, ce qui aidait au contrôle mentale, et qu'elle pouvait elle-même le faire sortir de ses veines si elle augmentait le flux suffisamment fort pour qu'il explose – littéralement – ses veines. Elle ne l'avait fait qu'une fois, enfant, involontairement, et s'était évanouie sous la douleur. Depuis, elle préférait se couper et augmenter le flux sanguin après. Ses yeux prenaient donc cette couleur car, comme n'importe quel détenteur de pouvoir, son réflexe était de s'en servir. Il lui fallait parfois quelques minutes, comme actuellement, pour se calmer et éviter des accidents.

Les Akutagawa regardaient ses entraînements depuis le début, ils pratiquaient eux aussi quelque fois, et se joignait à Chuuya et Joanne à la demande du roux pour des démonstrations.

Gin savait qu'elle était solide, mais elle ne pouvait s'empêcher de grimacer à chaque fois que Joanne se prenait un coup où était envoyée au tapis par le Capitaine. Pour l'avoir vécu, elle compatissait. Et étonnement, elle remarquait qu'à chaque fois qu'une vague de compassion et d'empathie la prenait pour la blanche, celle-ci la ressentait et tournait son regard vers elle une micro-seconde.

Son don d'empathe sûrement, se dit Gin. Elle et son frère avaient encore du mal à faire confiance à la blanche, situation oblige, surtout qu'elle était la raison de futur conflits et combats qu'ils auraient préféré éviter, mais ils saluaient son courage et sa détermination, car à chaque coup qu'elle prenait, elle semblait plus déterminer et têtue que jamais à atteindre ses objectifs.

« Tu pourrais lui donner des conseils, » dit soudain le brun aux mèches blanches.

La brune, sans son masque et cheveux relevés en chignon, lui jeta un regard surpris :

« Quoi ? »

« Joanne. Elle apprend à se battre sans aucune base. Rien ne va. Seul sa posture de départ. Elle apprend en regardant Chuuya effectuer ses mouvements, comme on ferait sur une vidéo. Elle se laisse battre exprès, sans essayer d'attaquer vraiment. Elle n'apprendra pas comme ça. Tu es la meilleure après Chuuya-san dans les arts martiaux et combats rapprochés. Il ne l'aidera pas car elle est son élève, mais il ne dira rien si toi, une ancienne de ses élèves, l'aide. »

« Pourquoi est-ce que je l'aiderai ? »

Là, ce fut son frère qui lui jeta un drôle de regard.

« Elle t'intéresse, tu le caches à peine. »

La brune rougit jusqu'à la racine des cheveux.

« Quoi ?! Bien sur que non ! »

« Tu la regardes tout le temps. »

« Je ne lui fais pas confiance, c'est tout ! Surveiller son ennemi est une des règles de base Ryunnosuke, si tu as oublié ça... »

« Fais attention. Tu ne la surveilles pas tu la dévisages. Tu réfléchis trop. »

« Tu dis de moi mais dès que ton Jinko est dans les parages tu n'en as que pour lui. Et ne me sers pas ton excuse de rivalité, c'est ridicule arrivé à ce point. »

« Ne l'appelle pas comme ça. »

Elle ne répondit pas et ne lui adressa même pas un regard. Au lieu de ça elle garda son regard fixé sur le corps de Joanne qui passa par dessus celui de Chuuya une énième fois et s'écrasa sur les tatamis avec un son qui résonna dans le dojo. Lui était torse nu et ne portait qu'un pantalon de sport serré. Elle portait une brassière et un pantalon se sport, qui ne cachait pas toute les blessures qui couvrait son corps. Même attaché, ses cheveux couvraient une partie de son dos, mais les bandages qui couvrait son torse de sous les aisselles à au dessus de son nombril étaient bien visibles. Ses avant-bras étaient aussi porteurs de cicatrices, et encore une fois, Gin sentit une bouffée de compassion l'envahir, ne pouvant qu'imaginer ce qu'elle avait pu vivre.

Car vivre dans la rue et être torturée, même sur un bateau de luxe, sont deux choses totalement différente.

C'est quand elle remarqua le regard curieux de Joanne sur elle que Gin maudit son frère pour avoir souligné qu'elle regardait trop la blanche. Le brun toussa, se leva, et lui lâcha quand même :

« Tu vois, tu la regardes encore. »

« Va te faire voir. »

« Debout, » la voix de Chuuya était à peine essoufflé.

Lui et Joanne se mirent en position de défense mais Chuuya ne lui donna pas le feu vert tous de suite.

« Tu t'y prends mal pour apprendre. Je sais ce que tu fais et m'observer pour étudier mes gestes ne serviras à rien. Au corps à corps c'est la pratique qui paye, pas la théorie. Je pourrais t'insulter et de faire sentir comme une moins que rien mais Dazai a déjà prouvé que cette méthode ne fonctionnait pas. »

Ryunnosuke se figea dans les escaliers en entendant ça et grinça des dents.

Ils avaient tous comprit quand Chuuya avait déclaré prendre Joanne comme élève qu'il prenait enfin un disciple, comme Dazai avait prit Akutagawa avant lui, et comme tout les autres Capitaines avaient entraînés leur poulain. Et le brun savait que si aujourd'hui sa position dans la Mafia stagnait, son ancien mentor en était en partie responsable : de part la façon dont il le traitait, et de part son abandon. Sans Chuuya, Ryunnosuke ne serait rien dans l'organisation, et Mori l'aurait déjà fait éliminé.

Il quitta rapidement le dojo, peut avide d'en entendre plus. Gin elle aussi s'était figée. Son frère avait subi pire que dans les rues en étant sous la coupe de Dazai, et malgré ce que vivait Joanne actuellement, elle ne pouvait pas être en de meilleure main qu'avec le roux.

« L'entraînement s'arrête là pour aujourd'hui. Cela fait une semaine que je t'entraîne, et bien que tu saches te protéger, tu ne sais rien faire d'autre et ta garde est percée rapidement. Réfléchis à pourquoi, trouves une solution pour t'améliorer. »

Joanne attendit que Chuuya aie disparut du dojo pour se laisser tomber à genoux, essoufflée et blessée, saignant à quelques endroits qui avaient frotté le matelas. Gin se leva et lui apporta une bouteille d'eau que la blanche s'empressa de boire, la remerciant d'un mouvement de tête.

La nuit était tombée depuis longtemps, mais Joanne était bien éveillée dans son lit. C'est ce qui arrive quand vous êtes retenu captive par des psychopathes pendants presque toute votre vie. Elle soupira et passa ses mains sur son visage fatigué, finissant par masser son cuir chevelu pour se détendre, en vain. C'était dans ces moments-là qu'elle aurait aimé pouvoir agir sur ce qu'elle ressentait. Mais non, son double pouvoir était vraiment maudit. Elle balança ses couvertures d'un coup de jambes et se leva pour échapper à son couchage inutile. Elle portait un débardeur et un panta-court pour dormir, tenue légère pour une escapade dans la nuit comme elle l'avait prévu. Elle grimaçait de douleur pour chaque mouvement qu'elle faisait et gémit lorsqu'elle enfila une longue veste, le tissus frottant sa peau étant désagréable. Elle mit aussi des baskets simples et sortit de chez elle, clés dans la poche. Les immeubles de la Mafia pour ses employés ressemblait à des gros blocs, avec deux façade, celle avant et celle arrière, et on comptait huit appartements par immeubles. Ils ressemblaient à ceux que mettait l'Agence à disposition des détectives. Mais contrairement à ceux-là, il n'avait pas d'échelle pour donner un accès au toit comme l'avait ceux de la Mafia. Joanne sécurisa ses cheveux avant de monter, et soupira de soulagement en arrivant au sommet. Ce n'était pas très haut donc pas très long à monter, mais quand votre corps et recouvert d'hématomes et de coupures, c'est une autre affaire.

La blanche apprécia le vent frais dans ses mèches blanches et s'assit au bord du toit, les pieds balançant dans le vide, les yeux brillants de la lumière de la lune.

Elle ne sursauta pas quand le côté tranchant d'une lame vint se poser sur le devant de son cou, ni quand un souffle brûlant passa sur son oreille.

« Gin, » dit-elle simplement. « Je me demandais quand est-ce que tu comptais cesser de me suivre et te montrer enfin. Le faire tout les jours depuis une semaine doit être épuisant. »

Le grincement de dents de la brune qui résonna dans son oreille tira un sourire satisfait à Joanne qui se sentit néanmoins mieux une fois le couteau éloigné de sa veine de vie.

« Comment ? Je n'ai jamais été détecté. »

« Je ne t'ai vraiment sentis qu'au bout de deux jours. Mais j'ai été habitué à être observé derrière une vitre noire pendant 6 ans de ma vie. À la fin, je savais quand il y avait quelqu'un derrière cette vitre où non. »

L'autre ne dit rien et resta debout, à quelques pas de la nouvelle. Celle-ci devint soudainement sérieuse.

« Ce n'est pas Mori-sama qui t'as demandé de me surveiller ça vient de toi. Pourquoi ? »

Gin garda ses yeux fixés sur l'horizon, même quand elle sentit les yeux écarlates sur elle.

« Tu ne souhaites toujours pas m'accorder ta confiance ? »

« Pourquoi le ferais-je ? » demanda finalement la sœur du Démon.

« Parce que c'est la seule chose que je demande. »

Gin recula quand Joanne se leva et elle aurait juré avoir vu un éclair de tristesse dans ce regard couleur sang.

« Qu'est-ce que la Mafia pour toi ? »

La question déconcerta la brune qui faillit partir, mais en voyant le sérieux de son interlocutrice, elle fit l'effort de répondre :

« Ils nous ont recueilli dans la rue avec Ryunnosuke. Dazai voulait en faire son élève, et m'a prit avec. Il aurait vu notre potentiel à tout les deux. Même sans Dazai, la Mafia nous a accueillit comme ses enfants, malgré tout ce qu'on a vécu, la douleur, les pertes, les conflits, ils ont donné un sens à notre vie. Port Mafia est ma famille et je ferai tout pour protéger cette famille. »

Le visage de Joanne était illisible. Aucune émotion ne transparaissait, et Gin ne put qu'approuver tout ceux qui avaient tari d'éloge l'apparence naturelle intimidante de la jeune femme, qui collait parfaitement avec le rôle d'un mafieux. Mais elle n'aurait pas à se forcer, et c'est pour ça que beaucoup la considérait déjà plus que d'autre mafieux pourtant plus influents. Gin, ne considérait pas la jeune femme tout court. Elle ne lui faisait juste pas encore confiance. Certains parlaient d'elle comme le prochain bras-droit du parrain. D'autre comme une future Capitaine au côté de Nakahara et peut-être son frère, mais tous s'accordaient sur ses similitudes avec Dazai.

Comme maintenant, où son visage resta impassible, bien que sa voix fut chargée d'émotions quand elle parla :

« Cette famille dont tu parles, c'est aussi ce que je recherche. Tu ne t'en aies pas encore rendu compte mais nous avons plus de points communs qu'on aurait pu le penser. Je me suis peut-être imposée dans vos vies, et il faudra sûrement beaucoup de temps pour que tous m'accepte, mais je ne veut rien d'autre de la Mafia que ce qu'elle t'a apporté. Je veux aussi en faire ma famille, un endroit ''sûr'' où je pourrais aller, avec des personnes à qui je fais confiance et qui me font confiance. On peut dire ce qu'on veut les mafieux aussi sont humains, ils ne doivent juste pas le montrer. Mais tu ne me contrediras pas si je dis que vous vous inquiétez, vous prenez soin les uns des les autres. Je veux juste en faire partie, comme n'importe quelle nouvelle recrue. Mais je dois t'avouer que j'ai du mal à me faire une place, quand je me confronte à un mur. »

Joanne détacha son regard de Gin et le porta de nouveau sur la lune.

La brune l'observa et un souvenir de la dernière réunion lui revint en mémoire. Trois jours après l'arrivé de Joanne, Mori avait convoqué les Capitaines et Black Lizard dans son bureau pour parler des futurs missions et bien évidemment de HYBRIDS. Quand Gin était arrivée avec les autres de son rang, Joanne et Chuuya était déjà présent, la jeune femme sur un des canapés, les jambes croisées, un bras sur l'accoudoir, l'autre sur elle, les doit entrelacés sur sa hanche, son regard rouge encré sur Mori. Certains hommes de mains avaient été choqué de la voir prendre tant de liberté, considéraient ça comme un manque de respect surtout venant de la part d'une nouvelle, mais un regard de la blanche les avaient fait taire. Sa chemise dissimulait ses blessures, mais pas sa main gauche bandée ni la coupure sur le haut de sa pommette.

Mori souriait à pleine dent, et Gin avait freiné son envie de menacer la blanche avec son couteau. Elle était en pleine action, en tant que nouvelle dans l'organisation dont on attendait beaucoup. La pression sur ses épaules était grande au final, puisqu'on lui demandait en un rien de temps de vivre une vie entière de mafieux, prendre des grades et à apprendre le métier. Alors elle commençait par elle-même. Gin et Ryunnosuke pensaient qu'après ce qu'elle avait vécu, ils se retrouveraient avec une femme incapable de faire quoique ce soit, peu sûr d'elle, et qui abandonnerait rapidement. Ils étaient trop habitué à la fragilité de Atsushi.

Gin avait, comme d'habitude, prêtée une oreille distraite aux paroles de Mori, qui répétait ce qu'il disait dès que la mission en question était donnée. C'est lorsque le sujet de HYBRIDS avait été mentionné que Joanne prit la parole pour la première fois :

« Je ne suis pas Dazai. Je ne trahirais pas la Mafia et je ne vous tournerais pas le dos. »

Ces mots avaient ébranlé les mafieux, prouvant que beaucoup n'avaient toujours pas tourné la page, Ryunnosuke et Chuuya les premiers. Le brun serra des dents et refréna son envie d'utiliser Rashomon, et le roux se contenta de garder son regard caché derrière ses mèches rousses et son chapeau. Joanne savait déjà utilisé ces mots comme des armes, et Mori fut étonnement satisfait de voir qu'elle apprenait vite.

Gin ne pouvait qu'admirer l'assurance avec laquelle la blanche avait parlé, et elle entendait de nouveau cette assurance dans ces paroles, sur ce toit, au milieu de la nuit. La brune soupira intérieurement et reconnu son injustice envers la blanche qui avait tout fait pour montrer sa loyauté. Elle brisa le silence froid :

« Je ne m'excuserai pas pour vouloir protéger ma famille, mais je reconnais avoir été peut-être trop méfiante. »

Joanne rit jaune.

« Je suis censée te dire merci ? »

« Non. Sache juste que mon comportement sera différent maintenant. »

Ne sentant aucune menace émaner de Gin, la blanche replongea ses yeux dans les orbes noirs de la brune et la remercia sincèrement, le ton plein de reconnaissance. Elle se rassit ensuite au bord du toit, et Gin finit par en faire de même. Le silence les enveloppa agréablement, puis la mafieuse sembla se souvenir de quelque chose :

« Pourquoi es-tu réveillée ? »

« Pourquoi l'es-tu toi ? » rétorqua Joanne.

Gin lui lança un regard lourd de sens et l'autre rit légèrement et leva les yeux au ciel. Mais son sourire disparue quand elle répondit à la question de Gin.

« Après ce que j'ai vécu pourquoi crois-tu que je me réveille au milieu de la nuit. »

« Cauchemars ? »

« Si seulement, » la voix de la blanche était tellement vide que Gin s'inquiéta une seconde. « Terreurs nocturnes. »

La brune écarquilla les yeux. Joanne expliqua :

« Enfant je ne faisais que des cauchemars, mais après l'orphelinat j'ai commencé à faire ses terreurs nocturnes. La plupart du temps j'étais attachée, puisqu'ils nous laissaient dormir dans les salles d'examen. Mais ce ne sont pas des terreurs nocturnes habituelles. En réalité c'est un mélange entre ça et des cauchemars, mais je me réveillait toujours avec des coupures dans la paume de ma main. Je n'ai aucun souvenir bien sûr, mais je sais que ça agis sur mon corps parce que je souffre d'une grande fatigue au réveil. »

« Mais là tu es réveillée, ça ne dure pas toute la nuit ? »

« Non, parce que je me force à me réveiller. »

« Comment ? »

Joanne déglutit bruyamment et évita le regard de la brune en maintenant le sien sur ses mains qu'elles frottaient nerveusement.

« Je dors avec une petite lame. Quand je la plante dans ma main, j'arrive à me réveiller. »

Gin avisa la main gauche bandée et tachée de sang au niveau de la paume. Elle ne faisait que des cauchemars, et malgré leur violence elle n'en souffrait pas autant que Joanne.

« Merci, » dit soudain la blanche.

« Quoi ? Pourquoi ? »

« Ta compassion. Tu n'as pas pitié de moi et ça aurait été insupportable si tu l'avait été. Alors merci pour ta compassion. »

Le don d'empathe de Joanne aidait beaucoup la jeune femme à paraître impressionnante : pouvoir lire les ressentis des gens pouvaient s'apprendre selon la façon dont ils se tenaient, leurs mimiques, mais elle en était douée plus où moins naturellement et l'utilisait avec un tel naturel que même la jeune femme la plus dangereuse de la Mafia se retrouvait sans défense devant elle. Elle ne laissa rien paraître de son trouble et se contenta d'un hochement de tête, avant de se rappeler les paroles de son frère.

« Joanne. »

« Oui ? »

« Tu ne sais pas te battre. »

La blanche la regarda avec des grands yeux avant de rire.

« Je sais c'est pour ça que je m'entraîne. »

« Chuuya-san ne te laissera jamais le temps de la théorie, comme il l'a dit tu apprends avec la pratique dans ces sports là, mais sans un minimum de pratique tu n'arriveras à rien. »

« Comment je suis censée faire alors ? »

« Je peux t'aider. »

Les mots quittèrent ses lèvres avant même qu'elle ne pense à les retenir. Gin se maudit : certes elle avait accepté que la jeune femme veuille faire de la Mafia sa famille et laissait la confiance s'installer, mais elle et son frère n'était pas asociaux pour rien. Elle aurait préféré ne pas passer plus de temps avec elle qu'elle ne le faisait déjà actuellement : cette nuit était exceptionnelle.

Mais maintenant qu'elle était lancée, elle n'allait pas faire marche arrière, alors pendant le reste de la nuit, Gin donna des conseils techniques à Joanne qui absorbait chaque mot, et la brune n'avait aucune idée de leur efficacité.

Elles se quittèrent quelques heures après, et Gin resta sans voix quand la blanche lui dit entre deux bâillements :

« Tu devrais garder ton masque baissé quand tu n'es pas en mission, tu es jolie c'est dommage de le cacher. »

La brune avait rougit jusqu'à la racine des cheveux mais n'avait rien sur répondre, ignorant le sourire que Joanne portait sur les lèvres en descendant du toit, tout à fait lucide quand à l'état dans lequel elle avait mis la brune.

Le lendemain lors de l'entraînement, un corps tomba à terre dans un grand bruit, et tous furent surpris que ce ne soit pas celui de Joanne mais bien celui de Chuuya. La blanche était elle-même très surprise, et quand le roux repris les combats, ceux-ci devinrent moins facile pour lui. La blanche apprenait jour après jour et continuer de s'améliorer. Elle faisait encore des erreurs, et finissait plus souvent au tapis que Chuuya – n'oublions pas qui est le maître – mais son entraînement portait ses fruits, et une semaine plus tard, Mori monta au dojo accompagné du reste des Capitaines et des mafieux, pour assister à la démonstration de Joanne. Des hommes de main briefés par Chuuya l'attaqueraient simultanément ou tous en même temps, et si elle s'en sortait après ça, Gin viendrait se mesurer à elle. Elle portait sa tenue habituelle d'entraînement, et personne ne dit rien en voyant une grande partie de son torse couvert de bandages : Dazai les avait habitué à pire, et ils savaient mieux que de poser des questions indiscrètes.

« Joanne-chan, tu es de Port Mafia, tu ne dois donc montrer aucun remords et aucune hésitation à blesser, voir tuer. Je te demande donc de prouver ta détermination en ne prenant pas en compte que tes adversaires soient des hommes de la Mafia. Si tu dois leur casser le bras, casse, si tu dois leur tordre la nuque, tord. Mais ne me déçois pas. »

Joanne eut un sourire qui satisfait qui rappelait celui du Boss :

« Je ne sais pas décevoir Boss. »

Effectivement, une dizaine de minutes plus tard la moitié de ses adversaires étaient au sol, blessés pour la plus part, assommés pour les autres, mais la blanche ne souffrait que d'un bleu au tibia et peut-être d'une coupure peu profonde sur l'épaule. Les armes étaient autorisées pour ses attaquants mais pas pour elle. Chuuya avait les bras croisés et était très concentré sur les performances de son élève qui était presque brillante. En deux semaines, non seulement elle avait appris les bases, mais elle s'était aussi approprié son style de combat : de part sa taille et son physique, Joanne utilisait beaucoup ses jambes. Elle arrivait à maintenir à distance et à éliminer ses ennemis et ceux qui se rapprochaient trop se rendaient compte, trop tard, qu'elle n'était pas épaisse mais donnait des coups à décroché la mâchoire. Sans rire, même Mori grimaça quand un craque se fit entendre et qu'un cri de douleur vint rejoindre les gémissements qui résonnaient déjà dans le dojo.

Elle stoppa un directe et mit à genoux son adversaire avant d'attraper son cou entre ses tibias et de rouler sur elle-même pour le faire basculer en avant. C'est sur ce dernier face à face qu'elle se releva, et prit le temps de reprendre son souffle.

Elle eut cependant un accro quand elle vit se mettre devant elle en position de combat Gin. Pour Joanne, Gin avait été une grosse partie de son avancée, et la jeune brune l'avait aidé autant que faire ce peut, c'était comme se battre face à un mini maître, avant d'affronter Chuuya. La blanche ferma les yeux et inspira un grand coup, mais ses oreilles sifflèrent et captèrent un bruit de mouvement, et elle se baissa juste à temps pour éviter un coup de couteau de Gin. Elle recula en trébuchant mais repris sa garde assez vite.

La brune avait mis son masque, son visage presque entièrement dissimulé, mais la blanche savait mieux que se laisser déstabiliser par ça. Gin était une adversaire comme les autres et elle n'hésiterait pas. Elle était consciente du regard de Mori sur elle, elle savait que malgré ses demandes, le Boss de la Mafia ne pouvait que voir en elle Dazai, et ça ne lui plaisait pas. Elle ne savait pas comment l'ancien mafieux se battait, mais elle lui montrerait comme elle se battait.

Gin attaqua de nouveau et Joanne l'évita, non sans une coupure à la joue, mais qui lui permis de se bloquer le bras de la brune qui ne lui laissa pas le temps d'agir puisqu'elle lui donna un coup de genoux dans le sternum. La respiration de la blanche cessa d'un coup et une douleur envahit sa poitrine, mais l'adrénaline lui permit d'emmener Gin avec elle dans sa chute en finissant ce qu'elle avait commencé : elle avait donc bloqué le bras de la brune entre son bras et son épaule et appuya sa main sur l'épaule de la brune avant de tirer un coup sec et d'utiliser sa chute comme aide. L'épaule de Gin se déboîta et arracha un cri à la brune. Joanne lâcha prise et se laissa tomber pour rouler sur le côté et se mettre à quatre pattes, sa respiration toujours douloureuse et sa poitrine compressée. Un coup aux côtes la réveilla, la zone toujours sensible de sa dernière attaque et elle gémit de douleur mais ne se laissa pas faire puisqu'elle utilisa sa jambe pour faucher celle de la brune qui laissa passer une exclamation de surprise.

Joanne était à califourchon sur elle, l'avant-bras sur la gorge. En ayant déboiter l'épaule droite de la brune elle pensait être tranquille, mais elle ne savait pas que Gin était ambidextre, comme Chuuya. Alors forcément, elle ne se méfia pas et elle eut du mal à cacher un petit cri quand une lame s'enfonça profondément dans son épaule. Elle réussit néanmoins à se saisir de la main gauche de la brune, et en appliquant une pression avec son pouce sur celui de l'autre lui tordit le poignet vers l'intérieur de l'avant-bras.

Gin lui cracha dessus mais Joanne ne lâcha pas. Il fallut un coup de boule pour la sonner mais même là, elle serra ses cuisses et se coucha sur Gin pour l'empêcher de la dégager. Reprenant ses esprits, elle plia ses bras de façon à pouvoir appuyer son bras dessus et étouffer la brune.

« Mori-san, » la voix de Ryunnosuke lui parut lointaine mais elle l'entendit tout de même.

Gin tentait de lui donner des coups, et les deux femmes étaient plus que blessées et saignaient même à plusieurs endroits. Mori se leva et intervint :

« Il suffit. »

Tous de suite, la blanche et la brune se lâchèrent et se redressèrent, se tenant aussi droit que possible face au Boss. Joanne avait mis sa main sur son épaule blessé pour ralentir le sang, et Gin tenait son bras déboîté aussi proche d'elle que possible. Elles baissèrent la tête en signe de respect et Mori reprit la parole :

« Je dois avouer que je suis impressionné. Qu'en penses-tu Elise ? »

La petite fille blonde n'avait pas vraiment porter attention au combat alors elle fit un geste vague de la main pour envoyer balader le mafieux qui rit.

« Tu es vraiment un petit génie Joanne, et tu peux le détester autant que tu veux, mais involontairement tu marches dans les pas de ton prédécesseur. »

« Je ne suis pas Dazai-san, » coupa la blanche agacée. « Je suis l'élève de Chuuya-san, si je dois marcher dans les pas de quelqu'un ce sont les siens. »

Mori tiqua et afficha un sourire dangereux :

« Ma petite Joanne, tu n'es l'élève de Chuuya que parce que tu avais besoin de ses savoirs faire, maintenant que j'ai pu voir que tu n'as plus besoin de son apprentissage, tu deviens une mafieuse au même titre que Ryunnosuke et les autres. Par conséquent, si je veux qu tu marches dans les pas de Dazai, tu marcheras dans ces pas. J'avais des toutes avant mais je peux le dire maintenant. Si ça avait été toi à la place de Ryunnosuke je n'aurai pas perdu un Capitaine la nuit où Dazai est parti, j'aurai pu le remplacer très rapidement. »

La blanche grinça des dents, tout comme Ryunnosuke qui se retint de ne pas partir en courant, mais ne dit rien, et elle dut se mordre la langue pour ne pas répliquer quand l'homme ajouta :

« Mais je comprends que tu ne veux pas être comparé à ce traître, alors fais en sorte que ça n'arrive jamais. »

Elle sentit Chuuya s'agiter aussi. Elle n'avait rien contre Dazai, l'homme était spéciale mais c'est ce qui faisait son charme, elle lui parlait à lui et Atsushi par téléphone depuis son arrivée et elle ne ressentait aucune rancœur. Elle ne souhaitait juste pas être comparé à quelqu'un qui avait trahi les siens, bien qu'elle se doute qu'un homme comme lui ne l'avait pas fait si ce n'était pas pour une bonne raison.

Elle releva la tête et croisa le regard fourbe et satisfait de Mori : le message était passé.

Il porta ensuite son attention vers Gin :

« Toujours aussi douée et dangereuse, continue comme ça et toi aussi tu pourrais devenir Capitaines. »

Aucune des deux ne dirent rien mais n'en pensèrent pas moins. Mori avait des plans, des grands plans prévue pour Joanne et il le cachait à peine.

« Joanne-chan, » l'appela le Boss alors qu'elle allait partir.

« Oui ? »

« Viens me voir après ta douche. Chuuya-kun également. »

« Oui Boss, » répondirent les deux.

« Oh, Joanne ? »

La blanche fit face à son Boss à genoux devant elle et fut vite déconcertée en voyant tout les autres faire de même.

« Bienvenue à Port Mafia. »