Voilà, et Attente a une fin que je n'aime pas trop mais elle est là.

A la fin de la réunion, Arthur se sentait vidé d'avoir autant argumenté de manière virulente avec Francis. Ils s'étaient opposés l'un à l'autre à la moindre occasion, et ce de façon tellement passionnée que les autres participants n'avaient pas eu la bonté d'âme de les séparer. Les négociations s'étaient poursuivies sans se préoccuper des deux vieilles nations qui se cherchaient des noises au moindre point de détail soulevé. Ils en étaient même venus au poing à un moment. Ludwig avait crié un bon coup pour leur demander un minimum de tenue. Et Alfred en avait même rajouté une couche pour les faire se tenir tranquille. Deux minutes de calme, et c'était reparti.

Arthur soupira bruyamment de soulagement quand Francis décida de se faire enfin la malle après toutes sortes de salutations et de minauderies exaspérantes.

Inquiet d'autant de grabuge entre les anciens ennemis, Alfred vint le trouver immédiatement après le départ du français.

« Mais qu'est-ce qui t'a pris, demanda l'américain. Il se passe quelque chose avec la France ? Qu'est-ce que… »

L'anglais ne savait pas comment faire comprendre à Alfred la situation, il ne voulait pas qu'il sache la teneur de la relation qu'il entretenait avec Francis.

« On s'est disputé sur le chemin sur un sujet sérieux… Il m'en veut. Et quand il me cherche, je réponds, c'est tout… Rien de grave.

- La dernière fois que je vous ai vu ainsi, c'était avant l'entente cordiale. Tu n'as pas l'intention de…

- Quoi ? Non, je ne veux pas briser cette alliance, grogna Arthur vexé qu'on pense de suite à une déclaration de guerre pour une broutille pareille. Et Francis, non plus.

- Tu avais dit sujet sérieux alors…

- Et j'ai dit que ce n'était rien de grave, fais-moi confiance. On se voit plus tard, j'ai énormément de choses à régler avec mon gouvernement… Enfin, toi aussi... »

Rassuré, Alfred lui fit signe avec son pouce que tout était ok. Arthur secoua la tête, amusé par autant de désinvolture, puis il rassembla ses affaires en louvoyant parfois son regard vers son homologue américain près de lui. Il serait peut-être temps d'arrêter de le voir comme un enfant crédule pleins de caprices irréalisables et de le considérer comme un adulte responsable avec des aspirations réalistes.

De bonne humeur depuis la fuite du responsable de tous ses soucis, Arthur glissa un petit mot dans la veste d'aviateur d'Alfred discrètement. Il vit au regard que lui lança l'américain qu'il s'en était aperçu. On ne touchait pas à ses affaires comme ça depuis quelques temps.

La nation anglaise franchit la porte de la salle de réunion avec légèreté pour se diriger tranquillement vers la sortie du bâtiment.

En apercevant son détestable rival se faire embarquer par les deux autres membres du bad friends trio dans un couloir adjacent, il hésita un petit moment à se mêler de ce qui ne le regardait pas. Francis allait sûrement se confier aux deux autres nations insistantes et enquiquineuses, et il pourrait en savoir plus sur les tracas de son rival le concernant en se faisant discret.

Il se posta en bout de couloir avec un miroir pour les observer et pour les entendre. Antonio et Gilbert parlaient tout de même assez fort, et ils étaient vraiment lourds pour des amis.

« Allez, il se passe quoi avec Angleterre ?

- Dis au awesome moi pourquoi vous vous êtes frités sur la gueule ? Plus jamais vu ça depuis des lustres. En plus, c'est toi qui as lancé les offensives ! Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Francis tirait une tronche mémorable, et il ne disait rien.

« Grand frère, tu ferais mieux de nous le dire, débuta Antonio en faisant signe à Gilbert de se taire. On a vraiment eu peur que tu dépasses les bornes avec Arthur. On se fait vraiment du souci…

- On s'est disputé, c'est tout. Pas de quoi faire un drame. »

La nation française avait fermé les yeux, et sa voix semblait douloureuse. Très attentif au malaise de son rival, Arthur se mordit les lèvres sous la curiosité qui le prenait.

« Ne dis pas que c'est rien. Quand tu râles après lui, je suis beaucoup plus rassuré. Quand tu ne veux pas en parler, c'est que ça ne va pas du tout. Dis-nous tout, vas-y déverse ton venin…

- Je…

- Et si tu mens, je le saurais, l'avertit immédiatement Antonio. Il vaut mieux que tu m'en parles, plutôt que tu te disputes de manière beaucoup trop sérieuse avec Arthur. Je suis certain que tu vas être encore plus désagréable la prochaine fois que vous vous croiserez.

- Je suis jaloux, il voit quelqu'un d'autre, avoua Francis en détournant le visage comme s'il était outré. Ça devait finir par arriver… »

Arthur se sentit coupable pour il ne savait quelle raison. Il avait été clair avec Francis sur les limites de ce qu'ils faisaient ensemble. Ce n'était en rien affectueux, c'était juste pour calmer cette tension permanente entre eux. Et c'était arrivé naturellement, un baiser échangé et tout avait basculé du jour au lendemain. Non, il ne s'était pas laissé faire parce qu'il était amoureux de Francis, il l'avait fait simplement par envie, et il avait bien expliqué à Francis qu'il ne s'agissait que de cela. Rien de plus. Pour le Royaume-Uni, s'enticher de France était impossible à envisager.

« Et c'est du sérieux, demanda Gilbert ce qui fit sortir Arthur de sa torpeur.

- Je ne peux pas rivaliser, répondit Francis. Arthur l'a toujours beaucoup trop aimé à mon goût.

- America, c'est sûr que tu es un moins bon parti, plaisanta Gilbert qui se prit un coup de coude de la part d'Antonio. Quoi, tu n'as rien à dire, avec ton petit Romano !

- Bon, maintenant que vous savez tout, laissez-moi partir…

- … Et déprimer dans ton coin, pas question. Francis, avant qu'il ne soit trop tard, il faut que tu tournes la page…

- Gilbert, ce ne sont pas des choses à dire maintenant, s'indigna Antonio.

- Francis, je suis ton awesome meilleur ami… Non, Antonio, toi, tu es son petit frère, ne me pique pas mon génialissime rôle qui roxe à mort ! Tu as entendu ton cher Arthur pendant des siècles, et s'il ne percute toujours pas que tu l'aimes alors que vous vous voyez régulièrement, c'est qu'il n'est pas amoureux de toi. Arrête de te faire du mal, bon sang ! »

Le souffle régulier d'Arthur se coupa alors qu'il réalisait tout le mal qu'il faisait inconsciemment à Francis. Cet idiot n'avait qu'à être capable de lui dire en face ce qu'il ressentait.

« Alors là, tu as été génialissime, ironisa Antonio alors que Francis boudait avec des larmes aux coins des yeux.

- Trouve-toi quelqu'un d'autre, n'importe qui mais quelqu'un d'autre… Cet imbécile de rosbif ne t'aimera jamais !

- Gilbert, n'enfonce pas le clou !

- C'est pour son bien ! Il faut que le pays de l'amour arrête de se faire des illusions. Toi, et tes idées romantiques, ça te pourrit la vie, continua le prussien en s'adressant au français. »

Francis semblait complètement perdu ainsi que vraiment très mal à l'aise. Il n'osait rien dire, il tournait fréquemment la tête vers Antonio pour chercher du soutien, il avait l'air malheureux. Cette situation fendait le cœur d'Arthur.

« Bon, Francis, tu ferais mieux d'y réfléchir au calme, lui conseilla Antonio avant de se faire couper la parole par Gilbert.

- Non, tu ne réfléchis pas. Tu coupes les ponts avec Arthur, et tu en termines une bonne fois pour toute avec cet amour à sens unique…

- Laissez-le tranquille », intervint Arthur qui en avait assez qu'on dicte la conduite amoureuse de son rival.

Francis était le pays de l'amour, on ne lui disait pas que faire dans pareil cas. C'était tout son charme d'aimer avec autant de force même si c'était désespérément.

Francis pâlit en l'apercevant à une vitesse assez impressionnante.

Prenant les choses en main, Arthur vira les deux meilleurs amis et il entraîna son amant occasionnel avec lui.

L'anglais ne dit rien tout le long du trajet qu'il empruntait en tirant le français par la manche jusqu'à l'hôtel. Francis, à moitié amusé et à moitié angoissé, le suivait docilement. Arthur avait besoin de faire le point. Il ne voulait pas lâcher Francis parce qu'il avait peur qu'il suive les conseils de Gilbert. Il s'était toujours refusé la France à cause de leur histoire mouvementée, il n'avait jamais seulement envisagé d'avoir Francis pour compagnon malgré ses qualités. Le français n'avait pas que des défauts horripilants heureusement. Il pouvait être quelqu'un de vraiment agréable avec sa joie et sa bonne humeur, il avait de l'humour ainsi que de l'espièglerie, il pouvait être posé et responsable en absence d'Arthur quand les sujets devenaient graves. Sa mauvaise habitude de venir titiller tout le monde insupportait Arthur tout comme son rire et certaines de ses moqueries.

Arthur retourna sur ses pas en s'apercevant qu'il s'était trompé de ruelle à force de tergiverser ce qui fit rire le français.

« Tu vas me trimballer encore longtemps ? Je ne suis pas une valise… Quoi que tu me mettes des menottes pour te garder près de toi, ce serait pareil, enchaîna Francis avec bonheur. Et ça ne me dérangerait pas du tout…

- Tais-toi, j'essaie de retrouver la route.

- Si tu me demandais mon humble avis, mais ça t'écorcherais la bouche, je dirais que nous devrions prendre la rue que nous avons dépassé depuis dix bonnes minutes. En plus, il y avait l'hôtel, c'était immanquable… Tu es trop mignon… »

Arthur grogna au mot mignon, il était le Royaume-Uni, en aucun cas, il était mignon.

Il écouta pour une fois Francis parce qu'il n'avait pas envie d'être vu partout dans le quartier avec lui. Il entra dans l'hôtel à toute vitesse, il prit les clefs de sa chambre à la réception, il monta à celle-ci par les escaliers parce qu'il ne fallait jamais prendre un ascenseur seul avec Francis (les escaliers non plus quand il était en grande forme), il s'enferma à l'intérieur avec le français, il se posa sur le lit et il prit Francis entre ses bras et entre ses jambes.

Arthur posa son menton sur l'épaule de Francis pour réfléchir intelligemment. Il ne voulait surtout pas lâcher son amant sans avoir de certitude sur ce qu'il ressentait vraiment.

Il n'avait aucun mal à le désirer même en ce moment même. Le français était tout contre lui, sa présence le rassurait, son odeur lui était familière, les formes de son corps également.

« Arthur, je ne sais pas ce que tu comptes faire…

- Chut, tais-toi pour une fois.

- Tu as tout entendu, je le sais. Tu ne peux pas savoir à quel point c'est difficile pour moi d'attendre dans le silence. Tu me fais espérer alors que je croyais que tout était fini pour de bon ! Dis quelque chose ! »

Francis retint un sanglot étouffé, Arthur se sentit vraiment très mal. Le geste d'affection vint naturellement, il resserra sa prise sur Francis pour le réconforter. Il ne réfléchit pas, il suivit son envie tout simplement, il l'embrassa sur la tempe. Puis vint un baiser qui le chamboula.

Tout lui sembla ainsi plus clair dans sa tête.

Alfred était l'enfant qu'il avait élevé, peu importe qu'ils soient des représentants immortels, il serait toujours dans son cœur son fils.

Quant à Francis, il voulait partager avec lui plus que des simples nuits de temps à autre. Il avait toujours cru que ce serait impossible entre eux mais il avait bien envie de tenter leur chance.

C'était aussi simple.

« Tu restes pour dîner, demanda Arthur.

- Seulement si c'est moi qui fais la cuisine, décréta Francis.

- Et tu resteras jusqu'à demain matin.

- Si c'est moi qui fais le petit déjeuner…

- Bien sûr, bien sûr, grenouille stupide. Je veux bien sortir pour de vrai avec toi.

- Et America ?

- Il comprendra que je te préfère dans mon lit.

- Ah, si c'est que pour coucher…

- Je l'aime beaucoup, mais comme un fils. Toi, c'est pas pareil, lui avoua Arthur en se collant contre lui.

- Heureux de te l'entendre dire. Il faut que je t'arrache les vers du nez pour que tu me dises des mots d'amours ou des paroles romantiques.

- Ne m'en demande pas trop pour l'instant. Je te rappelle qu'on ne s'est pas vraiment aimé pendant des siècles…

- De ton côté, sûrement. Tu es vraiment un cœur de pierre, je n'attends pas grand-chose juste un…

- I love you.

- En français, ce serait mieux mais je me contenterais de tes jolis mots anglais.

- Ce serait plus simple avec Alfred, dit Arthur pour taquiner Francis.

- J'arrête avec mes réclamations », s'exclama derechef le français ce qui fit rire Arthur.

Ils passèrent une agréable soirée à discuter autour d'un bon petit plat, ils s'endormirent l'un contre l'autre pour se réveiller ensemble pour la première fois. Lors du meeting, les autres nations furent étonnées qu'ils aient réglés leurs différends en une nuit.

Arthur n'apprécia pas d'être interrogé voire menacé par les deux meilleurs amis du français, il eut ensuite beaucoup de mal à expliquer la situation à America. Il fut heureux de ne pas s'être engagé avec Alfred quand il s'aperçut de la vitesse à laquelle il abandonna sa cour.

A la fin de cette journée tumultueuse, Arthur fut heureux de retrouver Francis qui l'attendait patiemment comme il l'avait toujours fait à son insu.