Message :

Merci Sybille pour ta review! j'espère que la suite te plaira.


Elle referma expressément la porte, et recula de deux pas. Sa main droite était toujours suspendue. Ses yeux n'arrivaient pas à croire ce qu'ils avaient vus, et son cerveau déployait toutes les connexions neuronales possibles pour expliquer la complexité de ce qu'il venait de voir. Dans l'incompréhension, la jeune fille avait un sentiment qui s'apparentait à la peur. Elle jeta un œil vers le Docteur, mais celui-ci semblait plongé dans ses notes. Elle tourna tout autour de la cabine, toqua sur les parois, agita ses mains autour d'elles, comme s'il pouvait y avoir quelque chose de physiquement présent qu'elle ne verrait pas. A l'arrière de la cabine, elle sauta sur le sol afin de vérifier qu'il était bien réel, fit plusieurs pas en arrière, puis finit par revenir face à la porte. Le Docteur la regardait à présent sans faux-semblants. Les bras ballants, il observait chacun de ses mouvements. Maintenant qu'elle avait physiquement testé l'impossibilité d'un subterfuge illusionniste, le moment qu'il attendait allait bientôt arriver.

La jeune fille semblait avoir oublié le vieil homme, et ouvrit de nouveau la porte, plus lentement cette fois. Ce qu'elle y avait vu n'avait pas bougé. Hésitante, elle rentra tout d'abord sa main, s'assurant qu'il y avait bien une profondeur.

- C'est une blague ? chuchota-t-elle.

Le Docteur sourit, on y était presque. Elle fut sur le point de rentrer, mais s'arrêta pour se retourner vers le Docteur.

- Vous ne travaillez pas pour la Mairie n'est-ce-pas ?

Pourquoi faut-il qu'elle pose toujours des questions ?

- Non, répondit-il quelque peu dépité.

- Vous n'êtes pas de cette terre non plus.

- Non …

La main sur la porte, elle réfléchit un instant puis reprit.

- Pourquoi voulez-vous que je monte dans cette machine ?

Il était contrarié, les choses ne s'étaient pas passées aussi naïvement qu'il l'aurait voulu.

- Ah! soupira-t-il, parce qu'elle ne veut pas démarrer. Et j'ai l'impression que les seules fois où elle accepte de m'obéir c'est quand c'est en rapport avec vous.

- Vraiment ?

- Vraiment.

Elle réfléchit encore un moment, puis rajouta :

- Vous ne souhaitez pas m'enlever n'est-ce-pas ?

- Quoi ? Mais non ! Pourquoi ferais-je une chose pareille ?

- Je ne sais pas, … pourquoi les extra-terrestres font habituellement ce genre de choses ?

- Wow, de une c'est raciste, de deux, où est-ce qu'il est dit que les extra-terrestres enlèvent habituellement les gens ?

- Je ne sais pas, dans les films...

- Ah ces Américains …

- … dans des livres, et même certains articles.

- D'accord j'ai compris, dit-il en s'approchant de la porte, la race humaine est définitivement ingrate.

- Il l'a devança et rentra à l'intérieur du Tardis, en ne laissant apparaître que sa tête et sa main qui tenait la porte.

- Savez-vous combien de fois j'ai sauvé cette planète ?

- Non, je ne sais pas, combien ?

- Je ne sais pas non plus, j'ai pas compté, mais beaucoup de fois !

Il disparu définitivement à l'intérieur de la cabine. Elle regarda la porte, la peinture paraissait fraîche bien que ce n'était absolument pas le cas. La jeune fille finit par sourire et le suivre.

Il faisait étrangement plus frais à l'intérieur, les lumières artificielles illuminait la pièce de façon tamisée et un son de machine endormie régnait dans la salle. Elle regarda tout autour d'elle, le cœur battant à la chamade, émerveillée.

- Incroyable !

Elle ne pouvait s'empêcher d'émettre des « Oh ! » ou des « Oh mon Dieu … ! » accompagnés de rires nerveux. Il lui semblait difficile de deviner de quoi la salle était réellement faite, de métal, de pierre, de bois ou un mélange des trois ? D'autant plus que la plate-forme qui menait au tableau de bord paraissait extrêmement légère sous ses pas.

La jeune fille leva la tête et faisait des tours de 180 degrés. L'architecture de la pièce était composée de sortes d'arcs qui surplombaient les murs et d'une quantité de cercles lumineux emmurés aux parois. Il y avait des escaliers menant à un étage supérieur qui avait, ça et là, diverses bibliothèques, dont la structure semblait être un mélange de styles anachroniques et d'une civilisation différente de la planète Terre.

Elle finit par se tenir aux barres de la plate-forme et se pencher pour voir ce qu'il y avait en bas. Un étage souterrain, incluant des portes qui laissaient sous-entendre qu'il existait d'autres pièces que celle-ci.

- Ça creuse le sol en plus ! Mais je rêve !

Elle leva rapidement la tête en direction du Docteur.

- Monsieur Docteur, comment est-ce possible !

Il leva l'index pour rétorquer un « Docteur et non M. Docteur! », mais celle-ci le coupa en descendant quatre à quatre les escaliers. Elle se rapprocha d'une porte qui s'ouvrit automatiquement à sa venue. La jeune fille s'arrêta en jetant un coup d'œil au Docteur.

- Je peux ?! demanda-t-elle pleine d'excitation, en pointant du doigt l'entrée qui s'était offerte à elle.

- Oui, lui répondit-il.

Sans plus attendre elle se mit à courir dans les couloirs du Tardis en émettant un cri qui s'apparentait à celui de la joie. (Bien qu'une personne ignorant tout de la situation, aurait pu avoir des doutes.)

Le son de sa voix variait et s'estompait au fur et à mesure de ses pas, qui en passant, étaient aussi bruyants que ceux d'un éléphant. Le Docteur prit sa tête dans sa main, et marmonna dans sa barbe. N'entendant plus rien, il s'inquiéta pendant un instant qu'elle se perde dans l'immensité du Tardis, mais celle-ci revînt de l'autre côté de la pièce, ramenant le densité sonore à sa hauteur originelle.

Elle remonta les escaliers et s'empressa de regarder les commandes. Des boutons de diverses couleurs, des écrans rotatifs, ainsi que des leviers qui ne demandaient qu'à être levés. Elle se retenait très fort pour ne pas toucher à tout. Elle suivit du regard les néons au cœur de la machine et fut impressionnée par les gravures planétaires qui étaient disposées sur une forme de lustre mécanique au centre du plafond.

- Attendez …,finit-elle par dire, puis se précipita vers la sortie.

Elle ouvrit la porte et sortit de la cabine pour la regarder de nouveau vers l'extérieur. Elle avait les yeux écarquillés et le sourire jusqu'aux oreilles.

- C'est plus grand à l'intérieur ! Ahahah !

Le Docteur l'avait entendu. Il était content. Mais pas aussi content qu'il l'avait imaginé. L'excitation de la jeune fille était déjà suffisante à elle seule.

Elle se plaça sous le cadre de la porte, et alterna entre un pied dehors, et un pied dedans, à diverses reprises, telle une enfant qui venait de découvrir un jeu incroyable. Elle se calma enfin, et observa l'air, ou plutôt cet espace invisible qu'il y avait sous ce cadre de porte. Elle plaça ses mains de par et d'autre de ce qu'elle qualifia de limite entre le dedans et le dehors, et concentra son regard entre ses doigts.

- C'est bon, c'est fini cette folie ?

Le Docteur s'était approché d'elle sans qu'elle ne le remarque.

- Je ne suis pas folle Docteur, c'est cet endroit qui est fou, je ne fais que m'adapter.

Il sourit.

- Alors expliquez-moi comment ça marche, demanda la jeune fille adossée au cadre de la porte, est-ce une question de miniaturisation et de compression des atomes ? Ou est-ce une espèce de trou dans l'espace, portable ?

- Pas mal, c'est précisément un T.A.R.D.I.S, Temps à Relativité Dimensionnelle Inter Spatiale. Il permet de voyager dans le temps et dans l'espace.

Le visage de la jeune fille se raidit.

- Dans le te...?! Okay, j'ai genre mille questions à vous poser.

- D'accord, mais avant tout, essayons de faire décoller cette machine.

Le sourire revînt à son visage.

- D'accord ! s'exclama-t-elle en se dirigeant d'un bond au centre du Tardis.

Elle se posa devant les commandes et mit ses deux mains derrière son dos, attendant que le Docteur vienne à son tour. Il était assez lent.

- Bon, j'ai essayé de faire démarrer le Tardis juste avant que vous rentriez, dit-il en posant ses mains sur les manettes. Mais en vain.

Il appuya sur divers boutons.

- Ah c'est donc ça que vous faisiez ! Ah ah, j'étais mille lieux de deviner.

Elle fit une pause, et reprit :

- Littéralement.

Le Docteur se tourna brusquement vers elle.

- Alors, où est-ce que vous voulez aller … ou quand ?

- Oh mon Dieu,... euh … n'importe où, n'importe quand ?

- A quelques limites près, oui.

- Même les planètes.

- Surtout les planètes !

- La Lune ! Non non non, ça ne serait pas poli, se dit-elle à elle-même, non, plutôt …

L'excitation lui perturba toute sa faculté de réflexion et lui fit oublier tout ce qu'elle pouvait bien vouloir ou aimer.

- En quoi cela serait mal poli ? demanda le Docteur intrigué.

- Je préfère qu'elle m'invite, lui répondit-elle brièvement … euh, Mars ! J'ai toujours rêvé d'écouter la chanson Life On Mars, sur Mars.

- Très bien, répondit-il en enclenchant la machine, voyons maintenant si mes calculs sont bons...

La jeune fille sembla tout d'un coup perturbée.

- Attendez !

Le Docteur s'arrêta net.

- Qu'y a-t-il ?

Elle sorti son téléphone portable de son ciré, et se mit à tapoter sur son clavier.

- J'envoie juste un texto à ma mère pour ne pas qu'elle s'inquiète si je tarde. Elle va mourir d'inquiétude si je ne rentre pas pour dîner.

- C'est une machine à voyager dans le temps, fillette, c'est comme-ci vous n'étiez jamais partie.

- Je ne veux que dans aucune ligne temporelle ma mère soit morte d'inquiétude, elle leva les yeux vers le Docteur, aucune.

Satisfaite, elle reposa son téléphone dans sa poche.

- C'est bon !

- Va falloir qu'on revoit ensemble vos notions de voyage dans le temps …

- Ça sera avec plaisir. Allons-y !

- Très bien … prête ?

Ils se regardèrent avec beaucoup d'intensité. Une des inconnues X de l'équation mentale du Docteur allait sans doute être révélée. La jeune fille au ciré profita de cette pause de suspens pour lui dire :

- Pour vérifier que ça marche vous comptiez quand même un peu m'enlever …

- Un peu …

Elle sourit.

- C'est parti! s'exclama-t-il en enclenchant le levier.