Allez, c'est pour faire plaisir à Tigrou19 ^^

Certains de mes chapitres, concernant Kyoya notamment, sont écrits au présent. J'avais envie, voilà tout, je trouvais cela plus fluide.


- Pardonnez-moi, dit Kyoya en prenant place à table.

Son père, ses deux frères aînés et sa sœur sont déjà attablés. Surpris d'ailleurs de voir Fuyumi, Kyoya hausse légèrement les sourcils, alors que la jeune femme lui sourit largement avec un petit signe de main. Yoshio jette à sa fille un regard courroucé, agacé de ses éternelles démonstrations d'affection pour son benjamin... et du fait qu'elle est encore venue leur rendre visite dès que son mari s'est envolé pour l'étranger. Fuyumi baisse immédiatement les yeux vers son assiette et le père de famille répond :

- Tu n'es pas en retard, nous venions de nous asseoir.

Kyoya acquiesce humblement alors que les serviteurs apportent les premiers plats. Yoshio fait toujours attention à déjeuner régulièrement avec ses fils, même si ces repas n'ont aucune valeur affective mais ne sont en fait que des rendez-vous d'affaire. Fuyumi ne participe pas aux conversations, mais se retrouver en présence de Kyoya esr toujours pour elle une source de joie pour laquelle elle n'hésite pas à braver l'agacement de son père. Elle s'est cependant étonnée que, ce jour-là, son père accepte sa présence à table sans sourciller et ne la renvoie pas déjeuner chez elle. Dégustant les mets servis, elle écoute distraitement les conversations, ne cherchant en fait même pas à les comprendre.

Attendant qu'on leur serve le dessert, Yoshio tourne la tête vers Kyoya et déclare :

- Kyoya, Monsieur Tonnerre m'a appelé hier au soir. Il est d'accord. Il faudra arrêter les dates, nous pensons que les fiançailles peuvent avoir lieu d'ici quelques semaines.

Le jeune homme, vers qui se sont immédiatement tournés ses frères et sa sœur, répond simplement :

- Très bien père. Je vous remercie de cette nouvelle.

- Comment ? Quelles fiançailles ?

- Fuyumi ! gronde Yoshio.

- Pardon père, murmure-t-elle sans cependant parvenir à détacher son regard de Kyoya.

Yoshio se racle la gorge et annonce :

- Kyoya va se fiancer avec Mademoiselle Eclair Tonnerre.

- Eclair Tonnerre ? répète l'aîné de ses fils. La fille du président de Grand Tonnerre, le groupe français ?

- Oui.

C'est dans le silence que les serviteurs apportent les desserts. Le cadet remarque :

- J'ignorais pour ma part, père, que vous aviez projeté une telle union pour Kyoya.

- Oui, renchérit l'aîné, je vous félicite d'avoir passé cet accord avec Grand Tonnerre, une alliance pareille avec eux est inespérée et va totalement servir nos intérêts.

Yoshio ne répond pas, son regard fixé sur son plus jeune fils qui a attaqué en silence son dessert et dont pas un muscle du visage ne trahit les sentiments. Mais Yoshio sait que Kyoya jubile, une fois de plus. Ce garçon ne cessera jamais de l'étonner, de forcer son admiration. Là où ses deux autres fils ont été irréprochables, Kyoya se montre génial. Il le regarde depuis toujours lutter contre ses propres limites, et gagner.

Par des chemins détournés il dépasse ceux qui commettent toujours l'erreur de penser avoir laissé Kyoya loin derrière. Cela a commencé dès le lycée, dès sa rencontre avec le fils Suoh en fait. La première surprise a été ce Host Club, idée au départ purement révoltante pour Yoshio, aussi futile que vulgaire, mais qui a fait de son fils l'un des étudiants ayant le plus marqué l'histoire de la prestigieuse académie d'Ouran. Puis il y a eu cette nouvelle incroyable, la réalisation que son propre fils venait de sauver, à lui seul, l'entreprise familiale du rachat par le groupe Grand Tonnerre. Nouvelle miraculeuse dans une débâcle annoncée, le propre honneur de Yoshio sauvé par ce fils, ce troisième fils. Ils n'en ont jamais parlé. Kyoya n'a gardé de son opération aucun gain matériel, se contentant de remettre légalement son propre père à sa place de dirigeant du groupe qu'il pensait avoir perdue. Ils n'en ont jamais parlé, mais Yoshio et Kyoya, eux, savent. Et, depuis, à l'insu de tous, Yoshio éprouve pour ce jeune homme placide un incommensurable respect.

Puis, quelques mois auparavant, cette entreprise, HC Inc. Yoshio, si une fois de plus le choix de l'orientation de Kyoya l'a pris au dépourvu, n'a pourtant pas été surpris que Kyoya prenne à contre-pied les attentes familiales. Yoshio a compris que jamais ce jeune homme ne se satisfera de n'être encore que le troisième – troisième fils médecin, troisième fils chirurgien, troisième fils à ne faire que le seconder à la tête du groupe.

Non, Kyoya doit être à la tête de son propre groupe. Il a pris tout le monde à contre-pied, refusant les sacro-saintes études de médecine, visant plus haut, bien plus haut. Car, Yoshio le sait pertinemment et depuis longtemps, ce que veut Kyoya, c'est prendre peut-être, un jour, la présidence du groupe Ootori. Mais pas par la force, pas par une OPA sauvage, non, légitimement, en prouvant au monde et surtout à sa famille que ce titre lui revient de droit, pied de nez à sa naissance qui ne le prédispose à rien de particulier, sinon à rester dans l'ombre éternelle des autres.

Kyoya travaille dans l'ombre, mais pour se retrouver un jour en pleine lumière. Yoshio le regarde faire, avec fierté et admiration et, petit à petit, de plus en plus de monde réalise qui est réellement Kyoya Ootori. Ses frères ne le regardent plus de la même façon ; ses frères commencent à réaliser non leur infériorité, mais sa supériorité éclatante et indéniable.

Et maintenant cela. Le coup de fil de Kyoya depuis Paris, à l'automne, a une nouvelle fois sidéré Yoshio Ootori ; son fils était sensé faire un voyage d'agrément avec le jeune Suoh. A la place, il l'a accompagné lors des derniers instants de sa mère, logeant chez les Tonnerre, annonçant un matin au téléphone qu'il a l'intention de demander leur fille en mariage. Il l'a fait. Et Monsieur Tonnerre a accepté.

Hallucinant. Magistral.

Yoshio n'a ni le droit ni l'envie de s'accaparer cette victoire :

- Je n'avais nullement projeté une telle union, même si votre frère m'avait évidemment consulté. Cette idée est le fait de Kyoya, qui a fait sa demande lors d'un voyage à Paris à l'automne avec le jeune Suoh. Demande que Monsieur Tonnerre vient donc d'accepter.

Le silence, total et admiratif. Un peu envieux, certes.

Kyoya se contente d'acquiescer sobrement, sans laisser paraître aucunement sa fierté en cet instant.

Le cri de Fuyumi qui, les larmes aux yeux, s'est levée en faisant tomber sa serviette et jette ses bras autour du cou du benjamain :

- Oh, Kyoya, tu es amoureux ! Mon petit frère ! Tu te maries avec celle que tu aimes ! Quel bonheur ! Que je suis heureuse ! Oh que...

- Fuyumi !

Rougissante comme une enfant malgré ses trente ans passés, elle relâche son jeune frère et s'assied à nouveau, ramassant la serviette et baissant la tête, mais sans pouvoir effacer ce sourire qui ne la quittera pas avant longtemps et qui réchauffe encore le cœur de Kyoya.

Ce que vient de dire Fuyumi pourrait sembler dérisoire, négligeable. Il n'y a bien qu'une femme pour se préoccuper des sentiments dans un mariage de cette importance.

Mais ce détail rajoute encore à l'admiration du père et des frères de Kyoya, parce qu'ils réalisent qu'elle a raison, et qu'il n'y a bien que Kyoya pour être capable d'un tel exploit. Tomber amoureux de la bonne personne, au bon moment. Épouser celle qu'il convient, avec ce petit détail supplémentaire qui fera de son couple un modèle pour tous.

- Félicitations, Kyoya, finissent par dire ses frères aînés.

- Oh oui, toutes nos félicitations ! renchérit Fuyumi, resplendissante.

- Je vous remercie.

Il a souri enfin, légèrement, à sa victoire totale. Il épousera Éclair. Il épousera l'héritière de Grand Tonnerre. Les deux sont indissociables, les deux sont une nouvelle et éclatante victoire sur son destin de troisième fils.

Son avenir est de plus en plus net, de plus en plus éclatant.