Chapitre 3 : Retour difficile

- Voilà mademoiselle, dit mon père en me déposant sur le canapé du salon .

- Désolé d'être un poids pour toi, au sens figuré comme au sens propre, soupirai-je en essayant de trouver la position la plus confortable.

J'étais à peine rentrée de quelques minutes que la douleur commençait déjà à se réveiller, moi qui aspirait à être enfin tranquille histoire de me reposer sans subir le ballet des médecins et des infirmières, c'était apparemment râpé pour le moment.

- Ne dis pas de bêtises... Quelque chose te ferait plaisir ?

- Une bonne douche tant que je m'en sens le courage...

- Tu n'attendrais pas ta mère pour ça, dit-il un peu mal à l'aise.

- Ne t'inquiète pas, l'infirmière m'a montré comment faire pour me débrouiller avec cet objet encombrant qu'est devenu ma jambe droite... Je gère... Hormis, pour monter l'escalier, évidemment...

- Comme tu veux...

- Attends un peu, tu as dis « ta mère » ou je viens d'avoir une hallucination auditive, demandai-je un peu alarmée.

- Bella, dit-il d'une voix plaintive.

- Oh non ! Tu n'as pas fait ça !

- Que voulais-tu que je fasse ? Tu ne peux pas rester seule et ...

- Je peux très bien m'occuper de moi moi-même !

- Je sais que tu te débrouille très bien seule, Bella, mais les circonstances sont différentes ! Imagine que tu tombes, où je ne sais pas.... Tu as besoin de quelqu'un pour t'aider ici, et je ne peux plus me permettre de m'absenter au commissariat ! En plus, je pensais que tu serais heureuse de la revoir après avoir été séparée d'elle pendant deux mois...

- Oh, Papa, ce n'est pas le problème mais... Tu sais très bien comment elle est... Elle est tellement mère poule, crachai-je comme si c'était une insulte.

- Bella, rester seule est trop dangereux, et laisser Renée venir s'occuper de toi – ce dont elle m'a supplié soit dit en passant – me semblait mieux que demander ça à un étranger...

- Pas sûr, marmonnai-je entre mes dents.

- Elle arrive à l'aéroport de Seattle à 20 heures, penses-tu que quelqu'un pourrait te tenir compagnie pour la soirée, le temps que je fasse l'allée-retour jusque là ?

- Si c'est vraiment nécessaire, j'imagine qu'Angela pourrait venir...

- Tu lui téléphonera pour lui demander, dit Charlie sur un ton catégorique.

- Après la douche !

- Bien ...

Il me porta jusqu'en haut et je m'enfuis pour une heure dans la chaleur humide de la salle de bain. J'étais tellement heureuse d'être enfin seule, en tête à tête avec moi-même que j'en profitai pour trainer un peu. L'odeur de fraise de mon shampooing qui embaumait l'air m'aidait à me détendre et à oublier la douleur qui devenait plus persistante.

- Bella, visite pour toi, dit la voix de mon père derrière la porte.

- Je suis damnée, grommelai-je. J'arrive tout de suite, dis-je ensuite plus fort.

Je nouais mes cheveux encore humide avant d'enfiler un débardeur, une chemise trop grande pour moi et un collant noir (non sans difficultés). Mon père me soutint tandis que je descendais les escaliers à cloche pied, Alice Cullen nous attendait en bas.

- Bella, s'exclama-t-elle guillerette. Tu as meilleure mine qu'hier !

- Le blanc des murs d'hôpitaux me va mal au teint. Ça fait ton sur ton, plaisantai-je.

Je m'installai sur le canapé en grimaçant, les élancements devenaient de moins en moins supportables. J'étendis ma jambe, bougeai peu pour trouver la meilleure position, ça allait un peu mieux.

Mon père me tendis un verre d'eau et un anti-douleur.

- C'est pas l'heure, dis-je simplement.

- Tu ne dois pas te laisser avoir mal.

J'haussai les épaules et avalai le médicament pour lui faire plaisir.

- Alice, as tu quelque chose de prévu ce soir, demanda mon père.

- Rien de spécial, pourquoi ?

- Je dois aller chercher Renée à Seattle, pourrais-tu rester avec Bella ?

Je grognai. Mon père avait vraiment l'air de penser que j'avais besoin d'une baby-sitter.

- Papa, je pense qu'Alice à bien mieux à faire !

- Non, non... Ça serait avec plaisir, je n'ai rien de prévu...

- Génial ! Je vous commande des pizzas pour dîner ?

Je soupirai lourdement.

- Profites-en, Bella ! A partir de demain, c'est Renée qui fait la cuisine...

- Va pour la pizza, alors, m'exclamai-je.

La cuisine de ma mère relevai plus de l'expérience chimique que de la cuisine à proprement parler – explosions et incendies étaient souvent de la partie.

Charlie quitta la pièce et je l'entendis passer commande au téléphone.

- Ça ne te dérange pas trop ?

- Un bon film et une pizza, que demander de mieux, répondit-elle sincère. J'ai juste un coup de fil à passer.

Elle composa sur son portable un numéro qu'elle connaissait apparemment par cœur. Elle le porta à son oreille et l'on répondit après deux tonalités.

- Coucou, c'est moi... Toujours chez Bella... Ça te dérange si je passe la soirée là ? Merci... On remet ça à demain... Je pense à toi... Moi aussi...

Elle raccrocha et me regarda avec son plus beau sourire.

- Alors, qu'est que tu as comme film ?

- Je rêve où tu viens d'annuler une soirée avec Jasper pour moi, demandai-je en ignorant sa question.

- Bella, pitié, n'en fait pas une affaire... Ça me fait réellement plaisir de te tenir compagnie !

Je réfléchis un instant, m'imaginant annuler une soirée avec Edward pour garder une infirme. Je me frappai la tête, j'étais carrément entrain de fantasmer là.

- Jasper sera là quand je rentrerai, ce n'est pas comme si je n'avais pas d'autre occasion de le voir, expliqua-t-elle.

- C'est vrai, souris-je.

- C'est qui Renée en fait, que je ne sois pas surprise quand elle arrive...

- Ma mère!

- Oh très bien... Alors, ces films ?

- J'ai bien peur de pas avoir de DVDs, avouai-je. Hormis Roméo et Juliette, on devait le regarder pour le cours de littérature.

- La dernière version avec Leonardo Di Caprio et cette Claire je-ne-sais-quoi?

- Euh non, dis-je avec un petit sourire d'excuse.

- Quoi ce vieux truc de 1965 ?

- 1968, en fait ...

- Tu es décidément faite pour aller avec mon frère toi... Vous avez le même mauvais goût pour les films, sourit-elle.

- On peut regarder ce qu'il y a à la télé, proposai-je un peu mal à l'aise.

Mon père vint nous prévenir qu'il partait et que les pizzas serait livrées dans une heure. Nous bavardâmes longuement avec Alice avant d'allumer la télévision à la cherche d'un film en grignotant un morceau de pizza. Pour ma part, je commençais à me sentir vaseuse – certainement à cause des médicaments et je n'avais pas tellement faim. Je posai ma tête sur l'accoudoir du fauteuil et fermai les yeux, fatiguée et assommée par les élancements qui me transperçait le talon jusqu'à la hanche.

- Tu ne te sens pas bien, Bella, dit Alice sur un ton inquiet en passant ses doigts frais sur mon front.

- Pas trop bien, non, soufflai-je alors qu'un élancement plus douloureux se faisait ressentir.

- Je vais te chercher tes médicaments, dit Alice en se dirigeant vers la cuisine.

- Non, j'en ai pris il y a deux heures ! Je ne dois pas abuser... Je vais dormir un peu ça va aller...

- Comme tu veux, répondit-elle en me couvrant d'une couverture avant d'éteindre la télé.

- Ne t'inquiète pas pour moi, continue de regarder le film, murmurai-je difficilement.

- Je vais lire un peu...

Je l'entendis fouiller dans son sac et s'asseoir dans le fauteuil le plus proche du mien. Là, dans le silence, je sombrai peu à peu dans le sommeil, recommençant mes rêves psychédéliques et incohérents.

Le visage baigné de larmes d'Alice m'apparut de nouveau. Elle me désigna du doigt à Edward, tous deux me regardaient avec un air mauvais et accusateur comme dans mes rêves précédents. Le crissement des pneus de Tyler déchira le silence et consciente de ce qui allait m'arriver, je tentai désespérément de fuir, mais j'en étais incapable, figée sur place. Je suppliai Tyler qui riait d'un rire cruel et mauvais auquel se joignaient ceux d'Alice et Edward. Les larmes coulaient le long de mes joues et je priai Tyler d'arrêter son engin qui fonçait sur moi. En vain, la collision vint enfin, douloureuse, insupportable.

Comme auparavant, je fis ce rêve horrible en boucle, la douleur me transperçant plus durement à chaque fois au point de me réveiller.

Je ne pouvais retenir mes gémissement et le goût du sang dans ma bouche tant je m'étais mordue les lèvres me donnait la nausée.

- Ca va aller, Bella... Carlisle arrive... Charlie et Renée sont déjà là, chuchota Alice en caressant mes cheveux.

J'étais à peine consciente, terrassée tant j'avais mal, mais j'entendais tout de même les petits sanglots de ma mère et les murmures de Charlie qui essayait de la calmer. J'aurai tant voulu lui montrer une autre image de moi, mais il m'était impossible de bouger ou de prononcer quoi que ce soit.

On se déplaça dans la pièce et je me rendis compte que Charlie était parti ouvrir la porte. Je soupirai de bonheur, Carlisle était là, cette douleur insupportable serait bientôt finie.

J'entrouvris les paupières et vit Carlisle agenouillé près du canapé où j'étais étendue, cherchant déjà dans sa mallette ce qui allait me soulager.

- A-t-elle pris ses anti-douleur comme je le lui avais prescrit ?

La voix de Charlie répondit que oui, hormis que je les avais pris un peu plus tôt ce soir. Alice bougea et quelqu'un d'autre pris sa place près de l'accoudoir où reposait ma tête, d'autres doigts s'enfoncèrent dans mes cheveux et une autre voix se mit à me raconter des choses rassurantes. Une belle voix masculine et douce, là même que celle qui m'avait réconfortée lors de l'accident. Mon cœur s'emballa, mais pas à cause de mes blessures cette fois.

Je sentis une petite compresse humide frotter l'intérieur de mon coude, puis une aiguille vint s'y planter. Ce n'était plus qu'une question de temps.

- Je vais lui prescrire quelque chose d'un peu plus fort...

Il y eut un bruit de papier.

- Edward, monte Bella dans sa chambre. Elle va être dans les vapes pour les prochaines heures, autant la laisser dormir paisiblement.

J'avais raison c'était lui, il était venu. Je ne pourrai même pas profiter de sa présence, je me sentait déjà partir loin, loin, vers un endroit où je n'avais plus mal.

- Je vais le faire, s'exclama la voix de mon père.

- Excusez-moi, Charlie mais vous tremblez comme une feuille, vous risqueriez de la laisser tomber, mieux vaut laisser faire Edward. Alice va vous faire une bonne tasse de café pour que vous puissiez vous remettre de vos émotions...

J'étais déjà ailleurs, mais je sentis les bras d'Edward m'enlacer pour me porter dans ma chambre. Il me déposa délicatement sur mon lit et remonta les draps sur moi.

Je sentis ses doigts s'emparer des miens et il s'agenouilla au pied du lit. J'aurai voulu lui dire merci, mais j'en était complétement incapable. Mon cœur s'emballa lorsqu'il posa sa joue douce contre la mienne, le bout de son nez caressant mon oreille. Tout en pressant mes doigts dans sa paume, il se mit à chantonner une berceuse douce et mélancolique, quelque chose que je ne connaissais pas. Je me laissais envahir par le son de sa voix, m'enfonçant à chaque seconde un peu plus dans le sommeil. Il termina et posa ses lèvres sur le coin de ma bouche, me murmurant une bonne nuit.

Je ne savais pas si elle allait être bonne, mais en tout cas j'étais persuadée de ne plus rêver de cet horrible accident.

Fin du chapitre 3

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