Hey hey heeey ! Merci d'avoir été patientes jusque là. Voici enfin le troisième chapitre tant attendu ! Bonne lecture ~

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Pairings : AkaKuro - GDMxKuroko


« We accepte the love we think we deserve. »

The perks of being a wallflower


Scène 03

o

Yo, Shigehiro.

Laissant bien vite son téléphone de côté, il se jeta sur moi en m'étreignant de toutes ses forces. Je remerciai le ciel pour m'avoir donné de sacrés réflexes d'équilibre. Je ne pensais pas qu'il avait pris autant de force depuis ma dernière visite. L'autre jour, il était encore tout pâle à se plaindre de tout et de rien en agonisant dans son lit. Je me demande bien quel genre de médoc' a pu le revigorer de la sorte. Enfin, du moment qu'il allait mieux.

– Ça fait un sacré bout de temps, vieux ! Qu'est-ce que tu foutais ?

– Oh, pas grand-chose.

Son étreinte s'effaça. Je sentis son scepticisme dès lors que son regard accusateur se planta dans le mien.

– Donc, tu as passé toute une semaine dehors à "ne pas faire grand-chose" plutôt que de venir voir ton meilleur ami qui se sentait si triste et abandonné ? D'accord, je vois. Sympas les potes.

Je me mis à soupirer, incapable de résister à l'envie de lui frotter la tête, de la même manière qu'un parent consolerait son fils.

– Triste et abandonné ? Tu parles. Je parie que la jolie brune qui vient t'apporter les repas tous les midis s'est très bien occupée de toi.

– Oh mec, tu aurais dû voir son super décolleté la dernière fois, il était tellement plongeant que j'ai failli m'en servir comme panier pour y lancer ma pomme !

Il se mit à rire jusqu'à s'étrangler. Je ne pus m'empêcher de suivre le mouvement en voyant la bonne humeur de Shigehiro. Je n'avais pas toujours l'occasion de le voir si euphorique d'habitude. Rester dans un endroit aussi calme et morbide durant des semaines avait littéralement le don de plomber le moral. Je comprenais parfaitement ses moments de colère soudaine, ses envies de hurler et de s'agiter comme un dingue tout juste sorti de l'asile quand ça lui prenait. Et encore, je trouvais ça plutôt soft pour un patient régulier. À sa place j'aurais probablement déjà assassiné un infirmier et aurais tenté de m'enfuir pour la troisième fois de la journée.

Quoique si je me souviens bien, l'idée de faire le mur lui avait déjà traversé l'esprit quelques années auparavant…

Ogiwara se rassit sur le matelas, cette fois entièrement tourné vers moi. Je m'installai sur le fauteuil à un pas de son lit et m'y affalai comme si tout le poids du monde se retirait de mes épaules.

– Dure journée ? devina mon ami comme si c'était écrit sur mon front.

– T'as pas idée.

– Raconte !

– Écoute, je ne pense pas que ce soit si passionnant de m'écouter râler pendant dix minutes…

Pas la peine de lui apprendre que j'ai dû persuader un gars de faire semblant d'être en couple avec moi, de lui avoir offert une glace, qu'il s'est littéralement comporté comme un gosse pourri gâté et qu'en plus de ça, les clients du café ont réellement confondu mes réelles intentions avec cette atmosphère "mère et fils" qui s'en était dégagée à cause de lui !

… Le problème était qu'en fait, si. Je lui ai tout raconté. Son expression excitée et avide de curiosité avait brisé mes résolutions de ne rien dévoiler à quiconque de cette humiliation totale. Et puis, bon, c'était Shigehiro quand même. Il aurait pu ainsi m'aider et me réconforter comme le ferait un bon pote envers son meilleur ami.

– POUAHAHAHAHAHA !

Ouais, c'était du moins ce que je pensais.

– WOUAH J'EN PEUX PLUS ! C'EST TROP DRÔLE ! AAAH MON VENTRE !

Il se tordait de rire dans son lit, tapant du poing comme l'air se faisait plus difficile à obtenir à force de s'esclaffer. Des larmes coulaient tellement il trouvait ça hilarant. Putain. Je savais bien qu'il était primordial de tenir sa langue devant cet abruti. Mais j'avais réellement besoin de soutien en ce moment, et lui tout ce qu'il trouvait à faire était de se marrer ?

– Enfoiré, grommelai-je en m'enfonçant dans le fauteuil.

– Désolé, désolé. J'étais pas préparé à ça, dit-il en s'essuyant le coin des yeux. Et donc… hum. Il te reste combien de temps ?

– Trois jours.

– Aoutch.

– Tu l'as dit, soupirai-je.

Rien que m'imaginer demander à d'autres modèles de me tenir compagnie en désespoir de cause m'horripilait. Je n'avais vraiment plus le choix, et qui sait… peut-être que Shirogane se montrerait un poil indulgent ?

– Tu vas te tourner vers qui alors ?

– J'sais pas. Je pense peut-être à Mibuchi, il a l'air de faire l'affaire.

L'idée ne m'enchantais pas du tout. Mais de tous les autres acteurs de l'agence, il semblait le plus apte à tenir son rôle à la perfection.

– Mibuchi ? Reo Mibuchi ?! Tu vises haut toi !

– Tu penses ?

– Hé ho, il est au top du classement du magazine 4BOYS ! Non seulement tu vas taper dans l'œil de tous ses petits copains transgenre, mais en plus on entendra parler de toi jusqu'à Noël prochain !

Tch. Il n'avait pas tout à faire tort. Mais les autres mannequins qui me venaient en tête ne m'inspiraient pas confiance du tout ! Vais-je vraiment devoir implorer Aomine ou Kise pour ne pas tomber dans le piège du président ? Ou bien supplier Akashi de sorte à me protéger des deux énergumènes que je venais de citer ? Mon Dieu. Toutes ces conneries me donnaient mal à la tête. Si seulement on pouvait me tenir hors de toutes ces histoires complètement débiles. Maudit Shirogane.

– Laisse tomber. Je me débrouillerai.

– Trois jours, me prévint Shigehiro.

Ma langue claqua.

– J'ai le temps.

– Trois jours, répéta-t-il dans un sourire narquois.

– Tu veux à ce point me voir sombrer ? m'énervai-je.

– Haha ! Je veux juste savoir ce que te réserve ce cher Shirogane-san en cas d'échec…

– Non merci.

Un rire le gagna à nouveau. Vraiment, sa bonne humeur était bien la seule chose de bien qui pouvait arriver aujourd'hui. Son expression enjouée avait inexplicablement le don de me détendre. Enfin, hormis les milk-shake à la vanille bien entendu. Sa voix claire et entraînante avait comme un effet apaisant auprès des autres, mêmes envers les infirmières comme j'ai pu le remarquer. Sa joie de vivre devait être communicative, je ne sais pas. En tout cas tout le stress et l'irritation qui me hantaient jusqu'à présent avaient totalement disparu. Merci à ce cher imbécile heureux.

Nous sommes restés un peu plus d'une heure à discuter avant que le service hospitalier ne me rappelle la fin des visites. Il aurait suffi que je demande pour passer la nuit avec lui, et je sais que j'en mourrais d'envie, surtout en ce moment. Mais demain n'allait pas être de tout repos. Si je voulais gratter des heures de sommeil, c'était maintenant ou jamais.

– Tu me diras qui est l'heureux élu ! lança Shigehiro avant que je ferme la porte.

Je restai un long moment devant le battant, adossé contre le support tandis que mon esprit hésitait encore à revenir et à continuer à lui tenir compagnie encore une dizaine de minutes. Mais rapidement, la raison reprit le dessus et je me forçai à quitter les lieux sur-le-champ.

En sortant de l'hôpital, le van était déjà parti. J'avais dû rentrer chez moi en taxi. Après avoir avalé un bol de nouille et m'être douché pour la deuxième fois de la journée, mon lit m'accueillit dans un rebondissement moelleux qui me berça aussitôt. Cinq minutes plus tard, je m'endormis.

...

– On y est.

Je sortis de ma transe en entendant la voix d'Akashi. Comme il venait de l'indiquer, nous étions arrivés sur les lieux du tournage et toute l'équipe était déjà sur place. Je descendis le dernier. Évidemment, ma poisse se fiança à ma fatigue et à peine avais-je mis les pieds dehors que je trébuchai dans un creux du sol mal placé. Mon corps bascula en avant. Je sentais déjà la chut venir, mes coudes heurter la terre et la saleté se coller à moi comme un attrape-mouche.

Mais au lieu de ça, une forte poigne me retint et ma tête fut protégée par un mur solide et douillet à la fois. Une odeur parfumée pénétra mes narines et je me surpris moi-même à me sentir bien le temps d'une seconde, avant de me rendre compte que je venais de tomber dans les bras de quelqu'un.

– On a la tête ailleurs aujourd'hui ?

Bien entendu, il a fallu que ce soit lui.

– Réveil difficile, grommelai-je en me séparant d'Akashi.

Son regard n'en démordit pas. Je sentais toute la sournoiserie découler de ses yeux rouges, et cette impression me donna la folle envie de le frapper.

– Kurokocchi si tu as envie de dormir, mes genoux seront toujours prêt à t'accueillir~

– Arrête ça, petit con. On sait tous que Tetsu préférera mon torse musclé à tes genoux de fillette.

– Hoho ? Tu as l'air bien sûr de toi Aominecchi.

– On parie ?

Je ne pris même pas la peine de répondre à leur énième harcèlement et continuai de tracer jusqu'au plateau où nos uniformes et nos maquilleuses nous attendaient. J'eus à peine le temps de m'installer que l'ombre imposante de Murasakibara me surplomba. Il n'avait pas dit un seul mot depuis notre départ de l'agence, et le voilà qu'il venait délibérément me parler. Cet idiot me surprendra toujours.

– Kuro-chin, j'espère que tu n'as pas oublié.

– Hein ? De quoi tu- oh.

Ah, c'est vrai. Cette histoire de deal et de pâtisserie m'était complètement passée par-dessus la tête. Heureusement que j'avais eu le temps de faire un détour à la boutique avant de venir à l'agence. Je soupirai :

– Il est dans mon sac, tu le veux maintenant ou à la pause déjeuner ?

L'étincelle dans son regard répondit à sa place. Soupirant une deuxième fois, j'atteignis mon sac à dos et en sortis une boîte tout droit venue du pâtissier. Un filet de bave au bord des lèvres, le géant s'empara de l'emballage et découvrit le magnifique choux à la crème XXL que j'avais payé de mes économies. Il était tellement simple à comprendre…

Bien sûr, notre petit échange n'étais pas passé inaperçu auprès des autres acteurs. Aomine était resté bouche-bée, tandis que le blondinet haussait un sourcil, aussi surpris que son acolyte.

– C'est quoi ça ? lança le basané.

– Un choux à la crème, s'illumina Atsushi.

– Nan, nan. J'parle de ce troc louche que vous venez de faire. Il a le droit à un cadeau ? En quel honneur ?

– Laisse tomber, m'empressai-je de répondre.

– Aominecchi a raison. Vous nous cachez quelque chose ?

– Mêlez-vous de vos affaires.

– Ne me dis pas que vous… vous sortez ensemble ?! s'étrangla Aomine.

Au lieu de m'étrangler à mon tour, je fus plutôt contrarié de voir que l'effet que je voulais produire la veille ne marchait qu'avec ces deux imbéciles. Pourquoi a-t-il fallu que nos groupies soient un peu trop ouvertes d'esprit comparé à ces cas désespérés ? Je me le demande.

– Est-ce que par hasard ça aurait un rapport avec ça ?

Nos têtes pivotèrent à l'unisson vers Shintarou qui tenait son écran de portable face à nous. On pouvait y voir une photo prise d'un téléphone sur le fansite de l'agence, exposant la petite entrevue de la veille avec Atsushi et moi-même. Un gros titre aussi flashy qu'insensé s'affichait en lettres capitales :KUROKO-KUN & MURASAKIBARA-KUN – PETITE VIRÉE EN FAMILLE !?

Ryouta et Daiki se mirent à crier de surprise à l'unisson. Akashi observait la chose de loin comme s'il n'était en aucun cas concerné -ce qui était tout à fait le cas- et Murasakibara ignora complètement la situation, bien trop occupé à savourer sa friandise. Quant à moi, eh bien… mon ego venait de prendre un sacré coup. J'étais déjà assez en rogne quand toutes ces filles ont commencé à jaser avec leur histoire d'amour parental, mais là c'était trop.

– Tetsu ! Depuis quand tu fais des virée seul à seul avec ce gros tas de sucre ?! Ça fait cent fois que j'tinvite au Maji Burger en me prenant des recalages à répétition !

– Wouaaah c'est vraiment mesquin Kurokocchi ! Murasakibaracchi ne mérite certainement pas autant d'attention de ta part !

Ma tête recommençait à cogner. Je n'allais jamais en finir avec cette histoire à la con. Shirogane devait bien se marrer de son côté…! Je soupirai de fatigue, remarquant à peine l'arrivé des maquilleuse pour nous préparer.

– Ce ne sont que des potins de dernière minute. Ça ne tiendra pas plus de deux jours, lança Akashi depuis sa place, l'air aussi exaspéré que moi.

– C'est tout de même pas juste ! bouda Kise en croisant les bras. Moi aussi je veux venir la prochaine fois. Je veux passer du temps avec Kurokocchi !

– Kise. Arrête tes caprices, gronda Midorima en remontant ses lunettes.

La discussion s'enflamma encore quelques minutes avant qu'une agitation au loin n'attire l'attention de nous six. Un deuxième van venait de se garer derrière le nôtre, et quatre silhouettes sortirent du véhicule. Je reconnus aussitôt l'une d'entre elles dont les cheveux rouge vif éclatèrent de brillance à la lumière du jour.

Une pincée de soulagement remonta au fond de moi en l'apercevant. Son sourire étincela, son air de gajin pseudo-américain resplendissant en même temps que ses dents blanches.

– Yo les gars ! Vous m'avez manqué !

Bien que son humeur enjouée semblait rayonner comme jamais, aucun de nous de fut réceptif à ses ondes en surplus de gaieté.

– Kagamicchi… bougonna Kise.

– L'enflammé est de retour, lança le basané dans une joie de vivre quasi inexistante.

– Kagami, salua poliment Akashi.

J'esquissai un demi sourire forcé.

– Enfin arrivé.

Il s'installa un peu plus loin. Les trois autres acteurs s'étaient rendus à une autre table plus éloignée destinée aux rôles secondaires. Je pris mon uniforme scolaire et observa vaguement le vêtement à hauteur de mes yeux, l'esprit ailleurs.

– Tu sais bien que Kagetora déteste les retards.

– Ouais je sais. Je me suis couché tard hier soir alors- Hé, c'est un choux à la crème que t'es en train de manger ?! s'exclama Kagami en apercevant le violacé finir sa pâtisserie.

– Mmmh~

– C'est Tetsu qui lui a offert, dénonça Aomine, la joue appuyée dans sa paume.

– Quoi, sérieux ?

– Ouais, grogna Ryouta, et en plus ils sont tous les deux allés manger une glace hier après-midi. En tête à tête.

Il avait insisté sur les trois derniers mots.

– Eh ?!

– Les gars…. grondai-je.

– Si tu veux voir les détails, ils sont répertoriés sur TopTeaDaily. Les groupies s'y sont données à cœur joie, je te conseille de le lire.

– Tu vas pas t'y mettre Midorima !

Tch. Terminant cette conversation agaçante, nous sommes tous partis de notre côté afin de nous changer. Le tournage put enfin commencer, et les heures défilèrent à une vitesse ahurissante. Tellement que sans le ventre grondant de Murasakibara, nous n'aurions même pas fait attention à l'heure de la pause.

xxx

J'étais mal. Vraiment très mal. Plus que deux jours avant l'instant décisif. Deux jours, et je me retrouvai dans les mailles du filet de Shirogane. Je ne sais pas ce qu'il concoctait vis-à-vis de moi, et pour être honnête je n'avais même pas envie de savoir. Toute cette pression se faisait de plus en plus lourde au fil des heures qui s'écoulaient.

Soupirant pour la trentième fois aujourd'hui, je regardai les gens passer de l'autre côté de la vitre sans qu'il ne fassent attention à ma présence. Ils allaient et venaient, les yeux sur le sol ou devant leur téléphone portable sur lequel ils pianotaient toutes les trois secondes. Le soleil déversait sa lumière au travers du carreau jusque sur mon énorme gobelet en plastique, rempli d'une crème liquide et sucrée aux arômes vanillés.

Le Maji Burger était sacrément calme pour une fin d'après-midi. D'habitude à cette heure, le rush était en effervescence et les tables étaient complètes à n'en plus pouvoir. Tant mieux. Ça me permettait de savourer mon milk-shake dans le calme et la tranquillité sans user de mon manque de présence naturel pour me fondre dans la foule.

Il y avait juste cette bande de gamins dans mon dos qui chahutaient comme des singes en courant partout dans les allées, munis de leurs ballons de baudruche 'gentiment' offerts par le restaurent. Paille en bouche, téléphone à l'oreille, j'essayais de me décontracter malgré les cris incessants des gosses et celle de mon interlocuteur ennuyeux.

Je te jure Kurokocchi, je crois que je suis en train de vivre la pire journée de ma vie !

Une montée de sarcasme me monta au nez en entendant cette réplique de la bouche de Ryouta.

– Vraiment ?

Mon ton las et dépourvu d'intérêt ne parut pas affecter mon collègue. Au contraire, son intonation se fit plus apitoyée qu'avant.

Je ne sais pas où est-ce que j'ai pu merder… il était encore tout souriant hier avant le tournage et d'un seul coup il veut couper les ponts. J'ai beau lui demander pourquoi, il ne fait que m'éviter en répétant que tout est de ma faute ! Oh Kurokocchi… j'ai envie de mourir.

– Fais donc.

Quoi ?

– Rien, toussai-je, comme c'est triste.

Il continua à chouiner au téléphone en reniflant comme un enfant. Se mettre dans tous ses états pour un amant qu'il ne connaissait que depuis trois jours… vraiment, ce type était incroyable. Tellement incroyable qu'il me donnait mal au crâne. Il en fallait peu pour me fatiguer, ces temps-ci.

Je réprimai l'envie de lui raccrocher au nez. C'est vrai, Kise était pénible parfois -toujours- mais je sais qu'il était quelqu'un à prendre avec des pincettes. Ce mec était extrêmement sensible, émotionnel. Il avait besoin d'attention, d'être aimé et remarqué partout où il passait. Se faire rejeter le déprimait autant que la mort d'un chien dans les films débiles qu'il regardait quand il n'avait strictement rien à faire. C'était presque un miracle qu'il ne se soit pas encore jeté d'un toit après le nombre de fois où je l'ai envoyé bouler.

Finissant de savourer mon dessert, j'aperçus une tête du coin de l'œil, allongée contre le dossier de la place vide à côté de moi. De grands yeux ronds me fixaient sans ciller, brillants comme ceux d'un enfant à qui on venait de proposer un aller simple pour Disneyland.

Ne, Kurokocchi. Tu crois que je suis destiné à rester seul jusqu'à mon dernier souffle ? Ma vie amoureuse est trop horrible pour espérer connaître la véritable passion romantique… !

Je roulai des yeux à cette remarque. Si seulement il savait dans quelle situation je me trouvais ! Il aurait été beaucoup plus simple pour lui de se dégoter un amant en une semaine. Il en avait le charme. Pour Kise, un simple clin d'œil parvenait à faire craquer n'importe quel malheureux qui venait à croiser son regard.

– T'as pas déjà expérimenté une romance avec tes chers 'amis' ? m'exaspérai-je en passant une main dans les fausses mèches noires de ma perruque.

C'était pas de la romance… couina Kise.

Je haussai un sourcil, peu convaincu.

– C'était quoi alors ?

Du sexe.

– …

Ah. Évidemment. Il avait répondu d'un air tellement naturel. Je jetai un coup d'œil à la fillette qui n'avait toujours pas bougé d'un cheveu, juste pour m'assurer que le mot déplacé n'était pas parvenu à ses oreilles. Je l'aurais frappé s'il s'était retrouvé devant moi.

– Kise, grondai-je.

Hé… tu es sûr que tu ne veux pas tenter le coup avec moi Kurokocchi ? On pourrait former le couple idéal ! Je promets de te traiter comme un roi. Je serai à tes soins tous les jours, t'embrasserai à chaque instant, te toucherai comme si nos corps n'était qu'un entité à part entière…

Je faillais m'énerver comme à chaque fois qu'il commençait à partir trop loin, jusqu'à ce que ses paroles rebondissent dans mon esprit le temps d'un clignement de paupière. J'avais une chance, là, tout de suite. Maintenant. Si je disais oui le monde entier serait au courant et Shirogane me laisserait enfin tranquille avant qu'une autre idée perverse lui traverse l'esprit encore une fois. Je n'avais qu'à répondre un simple mot et tout serait arrangé. Il n'y avait pas un instant à perdre. Tu peux le faire Tetsuya. Fonce.

– Tu…

Je serrai les dents.

– … vas la fermer, oui ?!

Raté. Je ne pouvais pas. Je ne pouvais définitivement pas.

Bouuuh, c'est trop méchant ! Je croyais que tu me soutiendrais…

Ignorant ses énièmes plaintes larmoyantes, je finis les dernières gouttes de mon milk-shake qui m'apaisèrent aussitôt. Ô gloire à ces inventions révolutionnaires, sans quoi je ne tiendrai pas une seule journée sans tuer quelqu'un.

Toutes ses pleurnicheries me firent penser à mes propres problèmes de sociabilité. Autres que la Génération des Miracles et autres contacts dans le milieu du show business, je n'avais de liens avec personne. Excepté Shigehiro bien entendu. Je n'avais jamais eu réellement d'amis du plus loin que je me souvienne. Les gens ne faisaient pas assez attention à moi pour ça.

Seul Ogiwara était venu empiéter ma petite bulle pour me tirer de cette solitude qui avait bien failli me rendre complètement invisible. Encore aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il est le seul à pouvoir me comprendre et tenir compte de mes sentiments. Je ne sais pas ce qui arriverait si je venais à le perdre.

Ouais, il était probablement le seul ami qui comptait autant pour moi, si l'on ne comptait pas l'infime intérêt que je portais pour Kise et les autres. Je ne les détestais pas, bien sûr. Ils étaient assez insupportables, mais leur compagnie était quelque chose à laquelle je m'étais habituée au fil du temps.

Je suis sûr qu'Ahominecchi va se foutre de moi… continuait à se plaindre Kise.

Sortant de mes pensées déprimantes, j'allais lui répondre lorsqu'une pression sur ma perruque la tira de ma tête, faisant tomber ma casquette ridicule et faisant ainsi jaillir mes véritables mèches turquoises à la vue de tous.

Surpris, ma tête se tourna vers la gamine de tout à l'heure, les yeux encore plus obnubilés que l'instant d'avant.

Mon choc se transforma bientôt en agacement dès lors que plusieurs regards interrogés s'étaient tournés vers moi.

– Wouah, souffla la sale gosse, Ils sont beaux tes cheveux… on dirait le garçon de la télé !

Non, sans blague ? Maudit soit elle. Mon attention se tourna brièvement vers Kise qui continuait de geindre.

– Kise, faut que j'te laisse. On se voit demain.

Hein ? Attend, Kuroko-

Mon doigt appuya sur l'icône rouge de l'écran et la communication se coupa. Ma tête se releva sur la fillette qui admirait toujours ma chevelure, puis sur les quelques personnes qui venaient de me reconnaître. Ok. Il fallait que je parte. Tout de suite.

Plateau en main, je partis jeter mon gobelet vide et m'empressai d'atteindre la sortie au moment même où une jeune fille se ruait dans ma direction.

– Kuroko Tetsuya..? S-S'il te plaît, attend… !

– Kuroko-kun ?!

À peine sorti à l'extérieur, je me mis à sprinter sans destination précise dans l'espoir d'échapper aux fans qui commençaient déjà à se multiplier. Ma langue claqua. Et avec ça, le président disait que je n'attirais pas assez l'attention ? Au diable Shirogane. Au diable ses provocations. Il devra se contenter de mon entêtement jusqu'à ce qu'il se rende compte que je ne suis le jouet de personne. Quitte à subir ses punitions les plus atroces et humiliantes qui soient.

– Il est là !

Je me tournai et- WTF ?! Leur nombre avait encore augmenté !?

Mon pied se prit dans des poubelles et je faillis m'étaler sur le trottoir. Une injure s'échappa de mes lèvres comme mon regard cherchait désespérément un endroit où me planquer. Ce n'était vraiment pas ma journée. Attendez, je rectifie : ce n'était vraiment pas ma semaine. Tous les problèmes me retombaient dessus un par un, me noyant dans une vague de stress et d'irritation qui menaçaient d'anéantir ce qu'il me restait de santé mentale.

Le cri des groupies n'étaient plus très loin. Mes jambes commençaient déjà à trembler. Bon sang, j'aurais dû faire du sport comme m'avait conseillé Aida ! Ma course me guida jusqu'à une petite rue de restaurent et de boutiques regroupés ensemble, m'enfonçant de plus en plus vers les cités de la ville.

Ma main attrapa mon téléphone et mes doigts recherchèrent ma liste de contact dans l'espoir de joindre l'agence le plus rapidement possible. Juste avant d'appuyer sur la touche d'appel, ma veste se fit soudainement tirer dans la ruelle devant laquelle je m'apprêtais à passer. Mon dos se plaqua contre le mur solide et une main recouvra ma bouche au moment où j'allais crier. Ouvrant grand les yeux, j'aperçus le regard hétérochrome familier à deux centimètres du mien. Le choc me paralysa.

– Il est où ?!

L'angoisse monta d'un cran. En voulant repousser Akashi, ce dernier serra sa prise et se pressa encore plus contre mon corps crispé. Il était tellement proche que je pouvais retracer le moindre détail de son visage.

– Je l'ai vu aller par-là !

Je vis des silhouettes passer devant l'embouchure de la ruelle, et je priai intérieurement pour qu'aucune d'entre elles ne tourne la tête dans notre direction. Enfin, je ne pense pas qu'elles puissent distinguer quoi que ce soit dans cet endroit caché dans l'ombre. Et n'importe qui nous voyant dans cette étrange position penserait à un couple qui profite d'un instant d'intimité, à l'abri des regards.

Mes lèvres se pincèrent à cette pensée et je sentis mes joues me brûler. Akashi me sauvait la mise, certes, mais sa proximité était beaucoup trop perturbante. Son parfum m'envahissait, sa respiration également, et d'un seul coup, tout son être semblait m'envelopper comme un nuage de coton qui venait me chatouiller la peau. J'avais l'immense envie de le repousser et de me remettre à courir avant que la gêne ne m'englobe plus qu'elle ne le faisait actuellement. Ma bouche toujours recouverte, la seule chose que je pouvais faire était de lui rendre son regard pénétrant qui avait l'air de prendre littéralement possession de mon âme. Il n'avait pas sa lentille dorée aujourd'hui, pourtant j'avais l'impression que le scintillement de son œil gauche allait apparaître à tout moment. Son visage s'approcha encore plus. Mon souffle se coupa dès que son nez effleura le mien, envoyant des signaux électriques tout le long de mon corps.

Pas bon. Pas bon du tout.

– La voie est libre.

Le son de sa voix me fit tressaillir. Lentement mais sûrement, il finit par reculer en me relâchant. Nos corps étaient toujours aussi proches, mais nous ne partagions plus nos battements de cœur, à mon plus grand soulagement.

Je me laissai à moitié glisser contre le mur, la fraîcheur de celui-ci apaisant la chaleur grimpante qui noyait tout mon être à l'heure actuelle. Je jetai un coup d'œil au mannequin, frustré par ce qui venait de se produire mais soulagé qu'il m'ait aidé à me tirer de ce merdier.

– Merci, murmurai-je presque en détournant le regard.

Je sentis le sien me caresser la peau.

– Viens, sourit-il, l'agence n'est pas très loin. On peut contourner le quartier en passant par le parc et ainsi éviter ces folles furieuses.

Sur nos gardes, nous sortîmes de la ruelle et nous nous dirigeâmes en direction du fameux parc. Je tentais tant bien que mal de dissimuler mon visage sous ma casquette, tandis qu'Akashi se dissimulait sous son écharpe d'été qu'il avait à moitié enroulé sur son crâne. Déguisement pas terrible je dirais, voire complètement inutile, mais étrangement personne n'avait l'air de le remarquer.

Le silence entre nous était palpable. Aucun de nous deux n'avait ouvert la bouche pour s'adresser à l'autre. On se contentait juste de marcher côte à côte, regardant autour de nous au cas où le groupe de tout à l'heure nous retrouverait. Dix minutes après, l'agence était enfin apparue à l'angle de la rue. Les environs familiers une fois à l'intérieur me donnèrent un sentiment de sécurité, et tout le stress stocké au fond de moi s'évapora d'un seul coup.

– Où allons-nous ? demandai-je alors pour la première fois depuis que nous avions échappé aux groupies.

Je n'étais pas censé être à l'agence aujourd'hui, et penser au fait que le Président risquait d'être présent me rappelait le deal passé avec ce démon. Mes membres se tendaient rien qu'en y pensant.

– Se rafraîchir. Ta course a dû être éprouvante, dit-il calmement.

Je haïssais le fait qu'il parvenait à lire en nous comme si tout ce que l'on ressentait était écrit sur notre front. "Fatigue" "soif" et "crampes" seraient sûrement gravés sur le mien si c'était réellement possible. Soupirant pour la je-ne-sais-pas combientième fois de la journée, je décidai de le suivre en direction de l'ascenseur. Prendre les escaliers serait comme me porter le coup final. Akashi a l'air d'avoir parfaitement pris note de cette éventualité, et mon agacement ne fit que croître.

Nous entrâmes dans la cabine luxueuse et Akashi appuya sur l'un des multiples boutons. Je passai brièvement une main dans mes cheveux trempés de sueur, essuyant mon front de l'autre. Heureusement que le bâtiment entier était climatisé, où j'aurais fini étalé sur le sol au moment même où je serais entré. J'étais une véritable petite nature quand il s'agissait de chaleur. La transpiration, la peau qui colle, ces instants de nausées quand le chaud vous brûle le crâne au point de le transformer en bouilloire humaine… Uuurg. J'en frissonnai rien que d'y penser.

Ce n'est qu'en observant la fermeture des portes qu'un détail me frappa. Je levai les yeux sur Akashi, interrogé.

– Tu t'es trompé d'étage, prévins-je en remarquant le bouton 10 allumé.

Pas de réponse. Je fronçai les sourcils en grognant.

– Hey, tu m'écoutes ?

Toujours rien. Avait-il choisi de faire le sourd-muet ? OK. Très bien. Je m'approchais des boutons en levant mon bras vers le 6. Comme disait le proverbe : on est jamais mieux servi que par soi-même, n'est-ce pas ?

Seulement, mon doigt n'a jamais pu atteindre la touche. Mon avant-bras se fit brusquement agripper, et mon corps fut violemment repoussé contre le fond de l'ascenseur. Je grimaçai, relevant la tête sur Akashi qui se trouvait à nouveau à un souffle de mon visage. Il me scrutait de toute sa hauteur malgré la maigre différence de taille. Mes yeux s'ouvrirent en grands, gagnés par la surprise.

– Akashi… ? Qu'est-ce que-

Ses mains s'emparèrent de mes joues et une paire de lèvres s'écrasèrent soudainement contre les miennes. Comme ça. D'un coup. C'était chaud, doux et humide à la fois. Je ne sais pas combien de temps je suis resté figé sans bouger le moindre petit doigt. J'avais cessé de respirer sans m'en rendre compte, et je pris enfin conscience de la situation au moment où mon cerveau demanda désespérément de l'air.

Premier étage.

Mes esprits me revinrent comme un coup de poing, et mes mains se dépêchèrent de le repousser pour mettre fin à cette scène complètement surréaliste. Je veux dire, pourquoi Akashi, d'ordinaire si posé et réfléchi, se mettrait à faire un truc pareil ? Non, je devais halluciner. La chaleur avait atteint mes nerfs cérébraux et j'étais en train de rêver pendant que mon véritable corps reposait ailleurs, loin de ce foutu ascenseur et de ce foutu cauchemar péniblement long. À ce moment-là, ma bouche s'ouvrit instinctivement pour récupérer tout l'air manqué depuis plusieurs secondes, et Akashi pris ça comme une invitation pour approfondir ce qu'il avait initié. Sa langue s'enfonça dans ma bouche, doublant la chaleur déjà présente sur toute la surface de mon épiderme. Un couinement de surprise franchit ma gorge.

Deuxième étage.

Pris au piège, je tentai vainement de m'échapper mais sa poigne était largement plus costaude que la mienne. Aussi, je me retrouvai totalement restreint dès lors que mes poignets se firent bloquer de chaque côté de ma tête. Son genou trouva refuge entre mes jambes, rendant ma fuite impossible à moins d'entrer en contact avec la partie la plus sensible de mon corps.

Troisième étage.

Jusque-là tout allait bien -ou du moins je croyais que rien ne pouvait être pire que la situation actuelle, jusqu'à ce qu'il décide malgré tout de relever son genou intentionnellement, le pressant contre la matière de mon jean. Une vague de frayeur me traversa l'échine, et je commençai à protester contre sa bouche toujours collée à la mienne.

Quatrième étage.

Mon membre se faisait sauvagement molester, et tout ce que je j'étais capable de faire était de hurler vainement contre Akashi qui étouffait la plupart de mes cris. Et comme si tout ça ne le satisfaisait pas assez, il libéra une de ses mains afin de la plonger sous mon t-shirt, caressant ma peau bouillante de ses paumes étonnamment fraîches.

Cinquième étage.

Sa langue valsait toujours avec la mienne, la poussant, la suçant, jouant avec tel un simple bonbon qu'il semblait trouver délicieux.

Sixième étage.

Mon corps déjà bien affaibli par ma course-poursuite précédente se vidait maintenant du peu d'énergie qui me restait. Ses caresses, ses lèvres, sa présence entière drainait mes dernières forces sans que je puisse avoir mon mot à dire.

– Mmmgh !

Une drôle de sensation chatouilla mon bas-ventre. Une sensation familière, inévitable et sacrément déplaisante. Je me fis rage pour essayer de l'oublier. Mon esprit se concentra alors sur le toucher précis du mannequin qui ravageait mon torse de ses doigts expérimentés. Combien de temps ça allait encore durer ?

Septième.

Chaud.

Huitième.

À l'aide.

Neuvième.

– Aa… ! AKA..-Mmgnh !

Dixième.

-Ding-

Le bruit me fit sursauter. Un coup d'œil vers les boutons confirma notre arrivée. La chaleur quitta ma bouche comme Akashi interrompit enfin son assaut, mes poignets toujours maintenus par la force de sa main. Il me regardait haleter, témoignant sans doute de la violente rougeur qui devait imprégner mon visage au moment où il m'observait.

Les portes s'ouvrirent et mon cœur s'arrêta, craignant d'apercevoir des gens devant l'ascenseur et nous prendre en flagrant délit dans cette position plus que sous-entendue.

Heureusement pour moi, personne n'apparut devant les portes. Il n'y avait que nous deux. Akashi et moi, face à face dans la cabine, le mannequin me fixant d'un air triomphant tandis que mon regard lui lança des éclairs noires. Toute ma gêne avait disparu, laissant place à une rage explosive que je déversai aussitôt sur lui.

– Espèce de connard ! hurlai-je en me débattant une fois avoir repris la plupart de mes forces. Qu'est-ce qui t'a pris de faire une chose pareille ?! Lâche moi !

Je n'arrivai pas à le croire. Je ne voulais pas y croire. Ce qui venait de se passer était tellement hors du commun, tellement soudain… tellement intense. Mon cerveau était encore bien chaotique, mais pas assez pour ne pas prendre conscience de ce qu'Akashi venait de faire. J'étais départagé entre l'immense colère qui cogitait en moi, et l'incrédulité qui refusait d'admettre que ça s'était réellement passé.

Soudain, le front d'Akashi se posa contre le mien, ses yeux rouges me paralysant sur place.

– Choisis-moi Tetsuya.

Le son de sa voix résonna dans ma tête. Elle était rauque, suave et lointaine en même temps. J'essayai de ne pas détourner le regard, perturbé par le sien qui semblait lire au plus profond de mon âme. J'avais la désagréable impression d'être nu face à ces orbes intenses dont personne ne pouvait échapper.

Et alors que de longues secondes s'étaient écoulées dans le silence, son intonation se fit plus grave encore :

– Le marché avec Shirogane… fais-le avec moi. Deviens mon amant.

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Une petite review s'iou plaît ! *danse du crabe*