Lorsque « Alchimie » rime avec « Folie »

Chapitre 3 : Deux corps unis, un cœur meurtri.

Roy Mustang pouvait se montrer de temps à autre d'une indélicatesse sans bornes, mais il n'était en aucun cas stupide. Oui, il avait bien remarqué que depuis quelques semaines l'attitude de son Lieutenant avait changé. Elle était devenue plus distante qu'à la normale, et notamment envers lui.

Il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer pour qu'elle se mette à agir ainsi si soudainement. Une chose était sûre : il devait avoir sa part de responsabilité.

Il le sentait au fond de lui-même, il sentait que quelque chose était arrivé. Mais quoi ? Cette question tournait en boucle dans sa tête depuis des semaines, et il en avait assez. Il voulait savoir. Oui, il était assez curieux de nature, et plus particulièrement lorsque cela concernait son entourage. Son Lieutenant en l'occurrence.

Il n'était tout de même pas assez insensé pour poser directement la question au Lieutenant Hawkeye. Non, il tenait un minimum à la vie. C'est alors qu'une idée germa. Ses subordonnées. Oui, l'un d'eux savait peut-être quelque chose. Il interrogea donc secrètement Fuery, Falman, Breda ainsi que Havoc. Tous avaient remarqué que depuis quelques temps elle semblait un peu plus joyeuse qu'à l'ordinaire, et qu'elle dégainait beaucoup moins souvent son revolver. Cette remarque accentua un peu plus les suspicions du brun. Alors comme ça, elle utilisait moins son arme pour les menacer ? En y repensant, c'est vrai que cela avait été rare ces temps-ci… Il avait pu se prélasser un peu plus fréquemment sans se faire remonter les bretelles. C'était bizarre, mais alors vraiment bizarre. Depuis quand Hawkeye le laissait-elle faire n'importe quoi sans le réprimander ? Se rendre compte de cela lui fit presque peur. Qu'arrivait-il à son Lieutenant pour qu'elle se laisse aller ainsi ?

Elle avait peut-être des problèmes personnels ? Financiers, peut-être... Quoiqu'elle n'en serait pas plus enjouée si c'était le cas. Ce devait être d'un autre ressort. Mais pour qu'elle change aussi rapidement, qu'elle relâche autant la pression, il fallait que ce soit quelque chose de suffisamment important pour la rendre aussi joyeuse…

Ça le taraudait.

Que cela pouvait-il bien être ?

Cette question commençait sérieusement à l'obnubiler, il avait une irrémédiable envie de savoir…

C'est alors qu'un matin où ils étaient tous deux seuls dans le bureau, son Lieutenant et lui, qu'il se décida à lui demander en personne. Elle arborait ce jour-là un petit sourire en coin, et avait l'air de bien bonne humeur pour quelqu'un qui passait sa journée à remplir de la paperasse. Mustang ne l'avait jamais vu ainsi, et il se posait sérieusement des questions. Il espérait qu'elle lui donnerait quelques réponses.

-« Lieutenant ? »

-« Oui, mon Colonel ? »

Mustang ne put s'empêcher de remarquer que le sourire de Riza s'était affaisser lorsqu'elle avait croisé son regard. Elle le fixait, ayant soudainement retrouvé son sérieux, et attendait patiemment qu'il ne parle. Ce qu'il fit assez vite, voulant dissiper ce climat de rancœur qu'il percevait dans les yeux de la blonde. Un sentiment de honte prit place chez le Colonel, sans qu'il n'en connaisse la raison.

-« Je vais vous parler franchement Riza, pas en tant que Colonel, mais en tant qu'ami. »

La blonde tiqua lorsqu'il l'appela par son prénom, et encore davantage lorsqu'il prononça le mot « ami ». C'était une blague, il se fichait d'elle. Comment pourrait-elle seulement le considérer comme un « ami » après tout ce qu'il s'était passé entre eux…? C'était totalement ridicule. Elle ne l'avait jamais considérer ainsi, pour elle il était « Colonel », « connaissance de longue date » ou bien même « élève de son défunt père ». Elle n'avait jamais eu la prétention de le considérer comme son « ami » ou quelque chose dans le genre. Quoique sa vision avait pu légèrement changer là-dessus depuis…

Mais cela elle ne voulait pas l'admettre. Non, il était son supérieur, et rien d'autre. Son supérieur. Il fallait qu'elle se rentre cette idée dans la tête une fois pour toutes. Malgré tout ce qu'il avait pu y avoir entre eux, il restait son supérieur, elle ne devait pas l'oublier. Et puis, l'amnésie de celui-ci l'aidait à se le rentrer dans la tête. Il n'avait pas conscience de cette nuit-là, et heureusement d'une certaine manière. Cela l'arrangeait. Elle n'osait pas imaginer ce qu'il se serait passé s'il n'avait rien oublier de tout ça… Ça aurait été la catastrophe pour tous les deux, encore bien pire que maintenant. Mais le problème ne se posait pas, Roy Mustang ne se souvenait de quasiment rien en ce qui concernait cette fameuse soirée. Dieu merci…

-« Depuis quelques semaines, je vous trouve changée, alors je voulais juste savoir si quelque chose s'était passé. »

Riza le fixa droit dans les yeux, et déclara avec une voix à la limite du glacial.

-« En tout cas, rien qui ne vous regarde. »

Sur ces paroles, elle se remit au travail, occultant le regard perçant que lui portait son Colonel. C'était vrai, il n'avait pas à savoir. C'était de sa vie privée dont il était question, il n'avait pas à y mettre son nez. Et surtout, ce n'était surement pas elle qui allait lui en parler, ce serait un comble. Penser qu'elle puisse se confier à lui sur de telles choses avait été un peu ridicule, mais au moins il aurait tenté sa chance.

Un constat s'imposa alors à Roy.

Malgré tous ses efforts, toutes ces tentatives, il ne savait toujours pas…

Il ne savait toujours pas ce que son Lieutenant lui dissimulait.

Et lui, il voulait toujours autant savoir malheureusement.

Les jours passèrent, le temps à Central se radoucissant avec l'arrivée du Printemps.

La nuit était tombée. Le week-end se déroulait comme tous les autres pour Roy : bars, filles, bars, et encore filles… Mais celui-ci allait être légèrement différent de ce que prévoyait le brun.

Il se baladait tranquillement dans les rues de Central, flânant dans la douceur de ce Printemps, se laissant guider par les étoiles dans le ciel. Il devait être un peu plus de 22h. Arrivant près d'un parc, le Colonel décida de s'installer sur un banc et de profiter de ce calme. La nuit lui apportait la sérénité qui lui faisait si souvent défaut. Il s'assit donc, et laissa sa tête retomber en arrière, fixant le ciel étoilé. La Brigade Mustang avait été assez occupée ces derniers temps, il avait grand besoin d'un peu de tranquillité et de repos.

Il laissa ses pensées flânées par-ci par-là.

Elles finirent par l'emmener vers l'image d'un certain Lieutenant. Il n'avait finalement pas réussi à glaner la moindre information sur la soudaine transformation de la blonde, mais il faut dire qu'ils avaient eu tellement de travail que Roy n'avait pas eu le temps de s'en préoccuper. Mais maintenant qu'il était au calme, tout cela lui revenait en tête. Une petite moue pensive s'installa sur les traits de son visage tandis qu'il admirait la Lune, l'image du lieutenant s'y reflétant par l'effet de ses pensées. Que pouvait-elle bien cacher ? Il finirait par le savoir un jour où l'autre, il en était persuadé. Il arriverait bien avec son don de persuasion à arracher des informations. Mais quand ? Ça, bonne question. Oui, il était très curieux de nature, et aussi très obstiné. Dès qu'il avait un but en tête, rien ne pouvait l'en retirer.

Il entendit alors des rires résonnés dans ce parc normalement vide. Une voix d'homme et une de femme.

« Pas si calme que ça, on dirait. », pensa t-il.

Mais quelque chose retint son attention. Il reconnaissait vaguement un des deux rires. Oui, il était certain de connaitre cette voix. Mais à qui pouvait-elle bien appartenir ?

Poussé par la curiosité et une sensation qu'il ne pouvait expliquer, Roy se leva sans un bruit et se faufila discrètement derrière un buisson derrière lequel semblait provenir les voix. Il chercha des yeux les propriétaires de ces voix dans la pénombre. Et c'est alors que les deux personnes passèrent près d'un des rares lampadaires de ce parc, que le Colonel reconnut la personne à qui appartenait au moins une des deux voix. Il n'en croyait pas ses yeux.

« Lieutenant Hawkeye ? »

Oui, c'était bien elle. Aucun doute là-dessus. Même si elle ne portait qu'une petite robe de saison, il la reconnut. Il ne put s'empêcher de se dire que les uniformes de l'armée ne lui rendaient vraiment pas justice. Elle était sublime habillée ainsi, Roy ne put détacher son regard d'elle. Maintenant qu'il y pensait, elle avait l'air heureuse. Elle riait, et souriait pleinement. Il ne l'avait jamais vu ainsi, aussi pleine de vitalité et si épanouie. Cela lui fit comme un coup en plein cœur, comme si l'on lui coupait soudainement la respiration. Elle était si belle, ses longs cheveux blonds volants gracieusement au gré du vent. Sa robe beige qui soulignait parfaitement ses courbes harmonieuses, ce sourire si angélique sur ses lèvres. Elle était surprenante, merveilleuse, éblouissante… Mais qu'est-ce qu'il racontait, voyons ! C'était de son Lieutenant dont il parlait ainsi, il n'en avait pas le droit ! Il ne l'avait jamais vu en tant que femme mais en tant que soldat. Alors pourquoi certaines pensées lui venaient à l'esprit…?

C'est alors que le Colonel se rappela qu'il avait entendu deux voix. Il quitta des yeux Riza, explosant par là même la petite bulle qu'il s'était crée. Ses prunelles sombres croisèrent alors une silhouette plus imposante que celle de son Lieutenant. La silhouette tenait Riza et la faisait tourner entre ses bras, dans une danse où ils riaient tous deux. C'est alors que le cœur de Roy s'arrêta lorsqu'il prit conscience de la silhouette.

C'était celle d'un homme.

Il sentit quelque chose se briser en lui sans pouvoir donner un nom à la sensation d'étouffement qu'il ressentait. Il ne put s'empêcher de détailler l'homme qui tenait fermement la blonde à la taille et lui chuchotait des paroles qui la faisaient davantage sourire.

Il était assez grand, légèrement plus que Roy, et lui paraissait avoir les cheveux blonds. Enfin, tout du moins le peu qu'il arrivait à voir. Ce fut à peu près tout ce que Roy pouvait distinguer de sa position actuelle.

Après avoir vu cela, son intérêt avait nettement remonté, et il voulait absolument savoir ce qu'il se passait entre son Lieutenant et cette espèce de playboy blond. Alors que justement Riza et l'homme commençaient à se diriger d'un pas tranquille vers la sortie du parc, Roy se décida automatiquement à les suivre. Plus rien d'autre n'avait d'importance. Il voulait savoir.

Le brun se faufila toujours aussi discrètement, tel une ombre, derrière les deux autres et les suivirent. Il put rapidement remarquer qu'ils semblaient prendre la direction du domicile du Lieutenant. Cela donna des sueurs froides à Roy. Une pensée sournoise commença peu à peu à prendre place dans son esprit : se pourrait-il qu'ils aient ce genre de relation ?

Non, non, ce n'était pas possible. Il n'arrivait pas à l'envisager, la blonde n'était pas comme ça. Et puis, il le saurait si elle fréquentait quelqu'un. Oui c'est ça, ce devait être un parent éloigné, un vieil ami peut-être ou quelque chose comme ça. Les deux marchaient sur le trottoir d'en face, se tenant par la main. Oui, un ami très proche qu'elle n'avait probablement pas revu depuis plusieurs années, oui surement cela. Il ne réfléchissait pas beaucoup alors qu'ils les suivaient toujours, il avait la tête vide. Plus rien ne lui venait. Il avait les yeux rivés sur ces deux personnes qui souriaient et discutaient. Pourquoi étaient-ils si joyeux ?

Roy trouvait cela ridicule, il était à la limite de trouver cela absurde. Pour quelle raisons son Lieutenant agissait-elle ainsi ? Elle paraissait si différente de la Riza qu'elle était lorsqu'elle revêtait l'uniforme de l'armée… Mais peut-être qu'après tout Roy ne l'avait jamais vraiment vu telle qu'elle était réellement lorsqu'elle ne portait plus l'insigne de l'armée. Peut-être que la femme portant cette robe beige et qu'il suivait était la véritable Riza, celle qui se cachait sous ses airs durs et sérieux.

Peut-être ne la connaissait-il pas aussi bien qu'il ne le pensait…

Il ne se souvenait que de son visage fermé et sérieux, de sa main menaçante posée sur son arme, prête à le faire réagir s'il faisait ce que bon lui semblait. Il ne l'avait jamais vu aussi souriante, aussi sereine. Peut-être qu'une fois les limites du Quartier General dépassées, Riza Hawkeye redevenait une femme comme les autres, épanouie et pleine de vie. Oui, peut-être n'avait-il seulement vu que la face « soldat » de sa personnalité. Roy avait toujours cru la connaitre par-cœur, mais c'était vrai qu'après tout cela faisait longtemps qu'il ne l'avait plus vu aussi souriante. Des souvenirs refaisaient surface. Des souvenirs qu'il avait longtemps mis sous scellé. Des souvenirs de sa vie lorsqu'il était auprès de son maitre, et de la jeune Riza Hawkeye. Oui, maintenant qu'il y pensait, il ne l'avait pas revu sourire ainsi depuis ce temps-là. Autrefois, elle était toujours radieuse, égayée. Il faut dire qu'après la guerre d'Ishbal, elle avait changé, tout comme lui-même. Une telle guerre laisse forcement des traces.

Il la regarda.

Ses traits se détendirent.

D'une certaine façon, il était heureux de revoir cette Riza. La Riza qui lui avait manqué. Certes, il aimait la Riza avec laquelle il avait pris l'habitude de travailler, mais il devait bien avouer qu'il appréciait aussi cette face de sa personnalité. La face qui semblait lui murmurer : « oui, j'ai aussi ma part de folie. »

Mustang ne put empêcher un léger sourire de s'épanouir sur son visage. Oui, elle était si belle ainsi…

Son sourire disparut vite lorsqu'il remarqua que les deux personnes s'étaient arrêtées devant un immeuble. En y regardant de plus près, Roy remarqua qu'il se trouvait devant chez son Lieutenant. L'espion en herbe trouva vite un point de vue sur le trottoir d'en face, en se dissimulant dans la pénombre d'une ruelle. Il avait un emplacement de choix pour les surveiller.

La blonde et son compagnon discutèrent quelques minutes, Roy se dit que le blond allait probablement partir et l'avait raccompagnée. En voyant une certaine proximité entre les deux, Roy eut peur de comprendre les véritables liens qui les reliaient. Il n'arrivait pas à y croire, tout simplement. Ou peut-être ne voulait-il pas comprendre…

L'embusqué vit avec horreur que le blond prit la liberté de poser ses mains sur sa taille de Riza, et que celle-ci ne le repoussait en aucune façon. Son cœur s'emballa. Non, ce n'était pas possible.

Mais le doute ne fut plus permis lorsque le blond serra davantage la blonde dans ses bras, et l'embrassa sur le perron de son immeuble. Mais le pire pour l'alchimiste de flammes fut de se rendre compte que Riza elle aussi se serrait contre lui, et lui rendait tout autant que lui ce baiser.

Non…

Il ne put s'empêcher de contempler le couple en pleine échange d'un baiser tendre. Il remarquait avec horreur le corps de son lieutenant se serrer à celui du grand blond, les mains de la blonde enserrant le col du long manteau de ce dernier. Un tel spectacle provoqua un élan incontrôlable de fureur chez Roy. Il ne supportait pas d'assister à un tel spectacle, un tel déballage de tendresse en public. Non, ça le rendait malade de voir son Lieutenant enlacée avec cet homme.

C'est alors que sans prévenir, des flashs lui assaillirent l'esprit d'un seul coup. Des souvenirs.

En regardant son Lieutenant, il se revoyait laisser ses mains effleurer son corps sublime. D'autres images lui vinrent. Il se revoyait l'embrasser à en devenir fou, le seul éclairage de la lune sur leurs peaux mises à découvert, le froissement des draps en soie, leurs respirations rauques, leurs soupirs, leurs frissons de plaisir, leurs corps étroitement enlacés… Tant d'images lui revinrent que sa tête lui fit mal. Il y porta automatiquement les mains, alors que ses yeux étaient fixés sur les deux personnes qui maintenant entraient dans l'immeuble de la blonde.

Ses yeux s'écarquillèrent.

Sa bouche s'entrouvrit sous la surprise. Non… Ça ne pouvait pas s'être passé, non, ils n'avaient pas pu faire ça… Il s'en serait souvenu si cela s'était passé, il…

Et c'est là qu'il comprit.

Alors, cela s'était réellement produit…? Le soir où il ne souvenait pas de ce qu'il avait fait… Il avait beaucoup bu… Oui, il se revoyait tituber dans les ruelles jusqu'à la rencontrer par hasard… Elle l'avait ramené et… Et ils…

Il avait du mal à y croire, mais les faits s'imposaient à son esprit. Alors, c'était surement la raison pour laquelle Riza le regardait différemment depuis… Depuis ce soir-là, oui. C'était depuis sa cuite mémorable qu'elle ne lui adressait plus que des regards glacials. Et c'était normal, elle en avait parfaitement le droit. Oui, il méritait cette indifférence. Cette nuit-là il s'était jeté sur elle, et ne s'était ensuite souvenu de rien… Une pensée lui vint, qu'il ne put s'empêcher de formuler à haute voix.

-« Mais quel con… », dit-il, abattu.

En levant la tête d'un air absent, il remarqua que les lumières dans l'appartement du Lieutenant s'éteignaient. Il ne voulait pas rester ici plus longtemps. Il ne voulait pas assister à ça. Il se dirigea donc d'un pas lent vers son appartement, la tête partiellement vidée de toute pensée cohérente.

Arrivé chez lui, il enleva manteau et chaussures et prit directement la direction de sa chambre, d'un air piteux. Une fois sur le pas de la porte, il ne put s'empêcher de fixer ses draps d'une manière différente, d'un regard absent. Il s'en approcha lentement, s'assit sur son lit, et se laissa tomber tête la première sur son oreiller. Le nez dans l'oreiller, il en respira l'odeur. Evidemment, il ne sentit que l'odeur habituelle, la sienne, pas celle suave d'une femme… Evidement, cela faisait près d'un mois que « l'accident » s'était produit, l'odeur avait finit par disparaitre...

Lui, savait ce qu'il ressentait. Oui, en retrouvant ses souvenirs oubliés, il savait tout ce qu'elle représentait. Il se sentait misérable… Comment avait-il put lui faire subir tout cela ? Il l'avait aimé le temps d'une nuit, avait découvert des sensations insoupçonnées, et avait ensuite tout oublié… Quel genre d'homme faisait ce genre de chose ? Il l'avait traité comme la première des prostituées, il en venait à avoir envie de frapper tout ce qu'il pourrait avoir sous la main. Il était furieux contre lui-même. Pourquoi ? Pourquoi s'était-il comporté ainsi ? Elle méritait d'être aimée, comme il se doit, avec toute l'adoration qui soit. Elle était une reine, il n'était qu'un bouffon. Rien ne pourrait jamais racheter ce qu'il lui avait fait. Il ne la méritait pas…

Oui, elle méritait bien mieux que lui. Mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir une pensée égoïste : il la désirait. Il l'aimait plus que tout, il ne s'en apercevait seulement maintenant. Il voulait la posséder toute entière, corps et âme. Son cœur principalement. Il voulait y avoir sa place, l'unique place. C'est alors que l'image de l'homme blond revint le hanter. Ses mains se crispèrent de frustration sur les draps pourpres.

Une question s'imposa à son cœur meurtri :

Comment pourrait-il espérer se faire pardonner ?