3 ) Après l'orage
L'orage déclinait rapidement et les derniers coups de tonnerre leur parvinrent assourdis par la distance. Le crépitement de la pluie sur le toit et autour de la maison s'amenuisa lentement jusqu'à finir par disparaître complètement.
John Sheppard ouvrit les yeux, surpris par le silence après le vacarme des éléments. Il s'étira un peu et ressentit pour la première fois la dureté du sol. Il grimaça. Décidément il commençait à ressentir les effets de l'age. Il y avait encore quelques années il aurait pu dormir sur une planche de clous mais maintenant il appréciait un certain confort.
Et puis il faisait frais. L'air était saturé d'humidité et la sueur refroidissait sur sa peau.
Le militaire observa l'homme qui lui faisait face. Rodney commençait à émerger de sa douce léthargie et il avait de chair de poule. John caressa la courbe douce de l'épaule. La peau était humide et froide. Ils allaient devoir se rhabiller rapidement avant de prendre mal.
John était encore sous le choc de ce qu'ils venaient de faire. Il n'en revenait pas, ils avaient agi sous l'impulsion du moment. Sûrement quand même que cela couvait depuis un moment. Ils avaient certainement cédé à un désir qui était déjà profondément ancré en eux.
Mais qu'allaient-ils faire maintenant. Lui même à ce moment là ne savait pas trop ou il en était et ne se sentait pas particulièrement à l'aise.
Comment allaient-ils gérer cela ?
Bien sûr ce n'était pas la première fois qu'il cédait à ce genre d'envie et il ne savait plus le nombre de fois où il avait baisé ainsi sans se poser de question, sans aucune conséquence, juste pour satisfaire une envie pressante et mutuelle.
Mais là bien sûr ce n'était pas pareil. Il ne s'agissait pas de n'importe qui. Il venait de baiser comme un dingue avec le scientifique en chef d'Atlantis et accessoirement un membre de son équipe et plus encore, il s'agissait de Rodney McKay.
Le militaire ne fit pas l'erreur de penser que cela ne changeait rien à l'affaire. Rodney était quelqu'un de particulier et rien de ce qui le concernait n'était anodin. Il ne devait pas prendre cela à la légère. Il se demanda quelles seraient les conséquences de leurs actes. Il ne savait même pas s'il était amoureux du scientifique où bien si c'était seulement une attirance physique réciproque.
N'empêche que ça avait été fantastique. Il en ressentait encore les répercutions dans son corps et se sentit durcir de nouveau au souvenir de leur étreinte. Cela avait été..intense. Oui c'était le mot qu'il cherchait, intense.
Il s'aperçut que Rodney le fixait d'un air songeur. John se demanda quelles pouvaient bien être les pensées du scientifique à ce moment là. En tout cas il était sûr que cela devait gamberger ferme derrière ce large front. Est-ce que Rodney se remémorait lui aussi leur étreinte ? Est-ce qu'il extrapolait ? Tirait-il des conclusions où bien songeait-il aux conséquences ? Ou bien regrettait-il ce qu'il considérait peut-être comme un moment de folie ?
La main de John quitta l'épaule de son amant rougie par le froid, y laissant imprimée la marque blanche de ses doigts.
-Je…
-Tu…
Les deux hommes venaient de prendre simultanément la parole. Ils échangèrent un regard embarrassé.
-Tu disais ? Questionna le scientifique.
-Non, toi, tu allais dire quoi ?
-Euh, rien, rien du tout.
-Tu ne veux rien dire ? ça c'est une première, émit le militaire avec une moue taquine, j'ai pas l'habitude là.
Rodney fronça les sourcils.
-Shttt, je plaisantais l'apaisa John. Ca va toi ? s'enquit-il, mentionnant implicitement leur étreinte.
Le canadien hésita quelques secondes puis hocha la tête.
-Et toi ? questionna t-il d'une voix hésitante.
-C'est OK pour moi.
-OK comment ?
-Je sais pas, répondit John légèrement embarrassé, OK comme OK, voilà.
Rodney ouvrit la bouche pour rétorquer quand un courant d'air les fit frissonner.
-On ferait mieux de se rhabiller, je crois, remarqua le militaire, c'est un coup à faire une pneumonie.
Le scientifique acquiesça , les deux hommes se relevèrent et se vêtirent dans un silence gêné. Il récupérèrent les tee shirts secs que John avait utilisé en guise de drap et entreprirent d'enfiler leurs pantalons mouillés ce qui leur rendait la tache malaisée. Ils se tortillèrent tant bien que mal et tirèrent dessus avec effort tant les vêtements collaient à la peau. La vue du colonel bataillant avec son pantalon et grognant sous l'effort dérida le scientifique qui ne put s'empêcher de le taquiner.
-Capitaine Kirk n'assure pas jusqu'au bout à ce que je vois. Tu as besoin d'aide ?
La plaisanterie détendit l'atmosphère. Ils se mirent à rire.
-Essaye déjà de remonter le tien, riposta le militaire.
En effet Rodney s'escrimait à faire passer au tissu mouillé et récalcitrant l'obstacle de ses fesses.
-Hfumff, grogna le scientifique rougissant sous l'effort, brrr, c'est glacé, ça y est, s'exclama t-il sur un ton triomphal, j'y suis arrivé !
Il boucla sa ceinture, examina son gilet trempé et renonça à s'en vêtir. Il le fourra dans son sac à dos et enfila ses chaussures humides.
Tout en s'habillant, il se demandait ce que John pouvait bien penser de tout cela. Lui-même se sentait embarrassé. Que représentait-il pour son ami ? Juste un coup, comme ça en passant ou bien était-ce plus important ? Et lui, où en était-il ? Etait-il amoureux ? En vérité il n'en savait rien. Pour l'instant il avait du mal à réfléchir sur ses sentiments. Il pouvait parier qu'en fait le militaire n'était pas plus avancé que lui là-dessus. Il n'y avait pas eu après l'acte de baisers passionnés ni de serments d'amour, pas de mots tendres ni de promesses. Mais cela avait été extraordinaire. Il avait vécu passionnément chaque moment de leur étreinte, il s'était abandonné à John Sheppard comme il ne l'avait jamais fait avec personne de sa vie, répondant naturellement aux désirs de l'autre homme, y trouvant un plaisir absolu. Pour la première fois il avait senti un sentiment de complémentarité avec une autre personne.
Mais maintenant il se rendait compte que ni l'un ni l'autre n'osait revenir sur ce qui s'était passé. Leur mutisme trahissait bien leur embarras mutuel.
Il finit de lacer ses chaussures et se releva. Le militaire était déjà prêt et l'attendait.
Les deux hommes s'observèrent un instant. John se rapprocha et caressa brièvement sa joue.
-Rodney… commença t-il.
La radio accrochée à sa hanche se mit soudain à grésiller.
-Colonel Sheppard, ici Teyla.
Tandis que le militaire conversait avec l'athosienne et indiquait leur position, Rodney ouvrit la lourde de bois. La clarté du dehors l'aveugla quelque secondes. Le ciel était d'un bleu turquoise, il ne restait de l'orage que le sol détrempé et l'eau qui finissait de s'écouler des toits de l'ancien village.
Il leva son visage et l'exposa à la chaleur du soleil, c'était bon.
A suivre…