Bonjour à tous, à toutes !
Nous sommes le 15 Mars et, qui dit 15 du mois, dit nouveau chapitre ! Un nouveau chapitre un peu spécial car il ne s'agit plus du journal d'Annah mais d'un de ses souvenirs qu'elle relate à Melinda. Nous sommes donc en 1981 et non plus en 1978. Ces chapitres sont appelés interludes et seront plus ou moins réguliers entre les parties du journal.
Comme vous vous en doutez, Annah ne racontera pas son histoire dans son journal, cela lui aurait demandé bien trop d'effort à cette époque où toutes ses pensées étaient focalisées sur l'étrange événement qu'elle vivait et son passé très récent (la défaite cuisante des résistants contre Voldemort). Je me suis dit que des dialogues entre Melinda et elle dans un futur proche vous permettraient de combler les lacunes du journal, d'en savoir plus sur le passé d'Annah et sa personnalité.
J'espère que vous allez apprécier ces interludes !
Autre chose encore (et après, je vous assure, je vous laisse tranquilles), Annah est un personnage que j'ai inventé il y a des années (j'avais 15 ans à l'époque) et cette histoire remonte d'aussi loin même si elle a bien évolué depuis. Ce que je veux vous dire, c'est que remontant aussi loin, elle est aussi et encore influencée par les premiers jets et Annah aura donc des aspects qui tiennent sans doute un peu de la Mary Sue tant redoutée. Bien que je ferai tout pour qu'elle s'en détache, je tiens à rappeler deux/trois choses : si dans les chapitres qui suivent, Annah a l'air bien plus puissante et forte que les personnages alentours, se rapprochant plus de la puissance des professeurs que d'une simple élève, n'oubliez pas qu'elle a déjà 21 ans et que cela fait pour elle plus de 5 ans qu'elle est en guerre contre les Mangemorts. Sa force n'est donc pas due à une puissance innée mais à la résistance qu'elle a du développer depuis et à sa nature de lycanthrope qui aide un peu. A cela s'ajoutera une autre raison mais dont je ne vous parlerai pas tout de suite - un peu de mystère, quand même ! Bref, n'hésitez donc pas à me prévenir quand vous sentez qu'Annah dérive trop vers la Mary Sue, je ferai en sorte de rectifier le tir le plus possible mais restez indulgent(e)s car elle en a déjà fait beaucoup de chemin !
Le disclaimer d'usage : Tous les personnages et l'univers appartiennent à JK Rowling sauf, peut-être, quelques uns de mon propre cru, les lycanthropes (qui n'ont, cela dit, pas grand chose d'original), et la trame de l'histoire. Un autre disclaimer que je dois également rappeler (et ce, pour la première fois, car j'avais oublié de le faire plus tôt), Melinda n'est pas non plus de mon cru. Melinda Gordon est l'héroïne de la série télévisée Ghost Whisperer que j'ai adorée et dont j'ai voulu reprendre le principe de ce que j'ai surnommé les Ghosters (mais je ne vous en dis pas plus, si vous n'avez pas vu la série, vous comprendrez plus tard !).
Spécial remerciements : à Sunday Vanille grâce à qui vous allez lire des chapitres épurés de faute et avec moins de tournures bizarres ou d'expressions faussées dont je vous ai peut-être déjà habitué(e)s !
Et merci également à tous ceux et toutes celles qui lisent cette histoire et me commentent. Et pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, n'hésitez donc pas à me donner votre avis, il compte beaucoup pour moi !
Ceci dit, il ne me reste plus qu'à vous laisser tranquilles et à vous souhaiter une bonne lecture !
Interlude 1
« Ils sont morts. »
Deux grandes silhouettes traversent la pièce et s'arrêtent devant les deux corps déchiquetés.
« Ils n'y sont pas allés de main morte, » commente l'un d'eux en se bouchant le nez dans une grimace.
L'autre se penche et tire sur un morceau de parchemin dépassant de la poche d'une des victimes. Laquelle ? Il aurait bien eu du mal à le savoir. Dans leur massacre, les assassins ont déchiré, rapiécé, réduit en bouilli, les victimes dont la chair et les intestins se mélangent dans un bain de sang. La feuille récupérée est devenue rouge, illisible.
« Qu'espérais-tu trouver ? demande le premier.
- Des indices, réplique le second froidement. Pour savoir qui a bien pu faire ça.
- Qui ? On le sait déjà, rétorque l'autre. Ce sont des loups-garou !
- Bien sûr que non ! s'énerve-t-il. La pleine lune n'est que dans trois jours. Ce ne sont pas des loups-garou mais des créatures qui s'en rapprochent.
- Je sais où tu veux en venir, » Il pousse un soupir exaspéré. « Mais tu ne me feras pas croire que les lycanthropes existent. C'est une fabulation !
- Crois ce qu'il te plaît, affirme l'autre d'un ton irrité. En attendant, il nous faut trouver la petite.
- La petite ? Quelle petite ?
- Sur la photo de famille, regarde, ils sont trois. Nous avons deux corps ici, la petite doit se trouver quelque part. »
Ils se relèvent, regardent autour d'eux. L'un deux s'approche de la photo et attrape le cadre pour mieux l'observer.
« Qu'est-ce que tu fais ? s'énerve l'autre en se dirigeant vers les escaliers.
- Viens voir, lui dit-il. Je crois qu'on les connaît.
- Vraiment ?
- Oui, tiens. » Il lui tend la photo. « Tu vois ?
- Antoine Brocque de la Volière... Qu'est-ce qu'un Brocque ferait dans une cabane pareille ?
- Et tu ne la reconnais pas, elle ? »
Il se penche plus en avant sur la photo car la femme est légèrement cachée derrière les feuilles de l'arbre à sa droite. Il fronce les sourcils, sa silhouette ne lui est pas inconnue mais il n'arrive pas à déterminer où il l'aurait déjà vue.
« C'est Irith ! Elle était dans notre classe, à Poufsouffle !
- Bon sang ! s'exclame celui qui tient la photo. Mais tu as raison, c'est elle ! »
Tous deux se tournent vers les corps le plus grand retire son chapeau et le pose sur sa poitrine, soudain respectueux de la morte qu'il a connue.
« Alors, c'est ici qu'elle se terrait... dit l'homme au chapeau. C'est vrai qu'on n'a plus entendu parler d'elle après Poudlard.
- Tout paraît plus clair à présent, dit l'autre en hochant la tête. Les deux se sont mariés dans le secret et se sont cachés ici mais les Brocques ayant eu vent de l'affaire ont envoyé des assassins faire le travail à leur place.
- C'est plausible, mais on ne doit pas sauter sur les conclusions. Maintenant, je veux absolument retrouver la petite.
- Allons à l'étage ! »
Pendant qu'ils montent les escaliers, l'homme remet son chapeau et regarde une dernière fois les corps gisant au rez-de-chaussée. Il semble alors très triste.
« J'aimais beaucoup Irith, dit-il soudain. Tu sais, elle m'a sauvé la vie quand nous étions à Poudlard, en sixième année. Un des Mangemorts se tenait devant moi, il allait me tuer mais elle s'est littéralement jetée sur lui et l'a renversé. Le temps qu'il se relève, elle m'avait tiré de là et on s'était enfui jusqu'au point de ralliement. Je lui devais la vie...
- C'était une chic fille, c'est vrai, acquiesce l'autre. Elle était assez forte, je me rappelle. Plus forte que n'importe lequel d'entre nous, en tout cas. À un moment, j'ai cru qu'elle était une sorte de créature magique vivant parmi les sorciers, ça me fichait la trouille...
- Elle n'a jamais fait de mal à personne, pourtant, réplique-t-il.
- Et alors ? Les créatures magiques, moi, ça ne me plaît pas. »
Ils ont alors atteint l'étage et se dirigent vers la première chambre. C'est une pièce assez étroite mais contenant au moins un lit double, un miroir et un grand meuble. Sans aucun doute la chambre des parents. Vide. La seconde pièce est une autre chambre, plus petite, où ils ne trouvent qu'un petit lit et un bureau. Des jouets sont étalés au sol, en vrac, comme si on les avait laissés tomber précipitamment. Mais la chambre est vide également. Enfin, ils découvrent une petite salle de bain, exiguë et ne comportant qu'une grande bassine d'eau et quelques produits basiques tels le savon et un shampoing. Déserte.
« Ils ont peut-être emporté la petite, affirme le plus petit, celui qui n'a pas de chapeau. C'est peut-être pour elle qu'ils sont venus.
- Ce serait bien étonnant, répond l'autre. Pourquoi ils la voudraient ?
- Je ne sais pas. J'émets seulement des hypothèses...
- Fouillons les chambres, on trouvera peut-être quelque chose. »
Ils repartent chacun dans une pièce et commencent à ouvrir les quelques armoires ou tiroirs qu'ils trouvent. Alors que l'homme au chapeau tombe sur un album de famille, l'autre l'appelle soudain. Il se précipite dans la chambre et trouve son collègue accroupi devant le lit de l'enfant. Il lui fait signe de s'approcher discrètement. L'homme au chapeau fait quelques pas et se penche pour regarder en-dessous. Quand il aperçoit deux yeux ambrés qui le fixent, il sursaute avant de se rendre compte qu'il ne s'agit que de l'enfant. Elle est vivante et les regarde en tremblant. Retirant son chapeau qu'il laisse au sol, il s'approche tout doucement d'elle. Le voyant venir, elle se recroqueville tout au fond du lit en gémissant de peur.
« Là, là, on ne va pas te faire de mal... essaie-t-il de lui dire d'une voix qu'il veut la plus douce et rassurante possible. Nous sommes des Aurors et des amis de tes parents. On est venu pour t'aider. »
Mais la petite refuse de bouger. Apeurée, elle ne semble même pas comprendre ce qu'il lui dit.
« C'est inutile, dit le plus petit. J'ai essayé mais elle a trop peur.
- Elle a vu ses parents se faire tuer sous ses yeux, normal qu'elle ait peur ! s'énerve l'autre. Mais on ne peut pas la laisser ici.
- Je sais, Fred, soupire-t-il. Mais je crois qu'on devrait peut-être l'endormir. Ce serait plus facile.
- Tu veux qu'on lui jette un sort ? On va la traumatiser à vie !
- Elle est déjà traumatisée ! réplique-t-il. Elle ne bougera pas... »
Mais l'homme au chapeau refuse net d'utiliser la magie pour endormir la petite. Il faut qu'elle sorte par elle-même ou alors elle ne leur fera jamais confiance. Or, elle est la seule à connaître la vérité. S'approchant d'elle, il continue de lui répéter des mots rassurants et tend sa main vers elle, non pas de façon agressive mais en gardant la paume toujours ouverte et visible, signe que c'est à elle de faire le premier pas, qu'il ne la forcerait pas.
« Je veux t'aider mais, pour cela, il faut que tu me fasses confiance et que tu viennes avec moi. »
Le regard de la petite le fixe toujours aussi intensément, semble sonder son âme toute entière. Ses yeux qu'elle a hérités de sa mère le troublent et il doit s'efforcer de ne pas ciller. S'il abaisse son regard, ne serait-ce qu'un peu, elle aura peur, se dit-il. C'est un jeu de patience mais qui semble marcher. Petit à petit, millimètre par millimètre, elle s'approche de lui, tend la main et attrape la sienne. Il la serre doucement, délicatement, de peur qu'elle ne recule à nouveau et attend qu'elle sorte d'elle-même. Quand elle est hors du lit, il lui tient encore la main et lui sourit.
« Tu as été très courageuse, lui souffle-t-il. Je voudrais néanmoins te poser quelques questions avant tout... Est-ce que tu veux bien me répondre ? »
Elle ne dit rien mais ses yeux le fixent du regard avec une intensité troublante.
« Tu es sûr que c'est une bonne idée ? lui demande son collègue. On ferait mieux de partir d'ici d'abord et d'envoyer les Nécromages récupérer les corps.
- Non, je préfère m'assurer qu'elle sait ce qui l'attend en bas, dit-il.
- Je sais » intervient soudainement la petite.
Sa voix est aiguë mais perçante. Ils sursautent, se tournent vers elle et l'observent, pas sûrs d'avoir bien entendu.
« Je sais, répète-t-elle devant leur figure déconcertée. J'ai tout vu. »
Elle baisse la tête, ses yeux brillant encore plus. Le sorcier qui la tient toujours par la main la sent trembler.
« Maman m'a dit « cours ! Ne te retourne pas, va-t-en vite ! ». Et j'ai couru. Loin. » Elle secoue la tête frénétiquement. « J'ai fait comme elle a dit. Et puis, je suis revenue. » Elle s'agite, se mord la lèvre, regarde de côté, comme perdue entre les limbes de ses souvenirs et le présent. « J'ai attendu dehors. » Elle désigne l'extérieur par la fenêtre. « Longtemps. » Elle acquiesce vigoureusement. « Et puis, ils sont partis et je suis venue. J'ai appelé "Maman !" mais elle a pas répondu. J'ai pas... pas... »
Elle s'arrête de parler, ses larmes dégoulinant sur ses joues l'empêchent de poursuivre.
Le sorcier au chapeau la prend doucement dans ses bras et la berce. Il regarde son collègue qui n'ose rien dire, le regard baissé sur le corps de la petite, sale et crotté de bout en bout, écorché par endroits.
« Le sorcier, qui s'appelait Frederic Dewey, m'a pris dans ses bras et on a quitté la cabane qui me servait de maison, me dit-elle en poussant un soupir. C'était un bon sorcier, gentil et attentif. Quand nous sommes passés par le salon, il a posé une main sur ma tête et m'a forcé à ne pas regarder dans la direction de mes parents. Bien sûr, je les avais déjà vus en retournant dans la maison peu après l'attaque mais il a bien fait car je n'aurais peut-être pas réussi à le supporter une deuxième fois.
- Que s'était-il passé ? lui demandai-je avec douceur.
- Je ne l'ai su que bien plus tard, quelques années après, quand j'eus à leurs yeux un âge suffisant pour apprendre la vérité. Jusque-là, on me répétait que des méchants s'en étaient pris à mes braves parents qui avaient combattu vaillamment pour me sauver la vie. Que c'était une histoire de jalousie et de méchanceté gratuite... Ce qui n'était pas, au fond, tout à fait éloigné de la vérité. »
Elle se leva, traversa la pièce et regarda par la fenêtre. Je l'observai sans rien dire, consciente que ses souvenirs n'étaient pas très heureux. J'avais tout de suite senti, en la voyant pour la première fois, que son histoire ne serait pas joyeuse, qu'il allait me falloir beaucoup d'énergie et de force pour l'écouter sans être submergée par le chagrin qui émanait d'elle. Elle avait beau être d'un calme olympien, presque impassible, son énergie dévoilait la souffrance de son cœur. Toute sa vie, elle avait été meurtrie par le mauvais sort, la perte d'êtres chers, et cela semblait avoir commencé dès son plus jeune âge.
La tragédie de son destin me troublait, jamais encore je n'avais rencontré d'esprit aussi puissant qu'elle. Et sa présence, son énergie, m'épuisait. Mais je n'avais pas le droit d'abandonner, il me fallait l'écouter jusqu'au bout, coûte que coûte. Elle avait sacrifié toute sa vie pour les autres, quelqu'un devait au moins lui en rendre la pareille, ou du moins lui prêter l'oreille. C'était si peu de choses, en vérité...
Elle reprit finalement la parole, adossée contre la fenêtre, le regard perdu au loin.
« Mon père est l'un des descendants d'une longue lignée de sorciers français, nobles qui plus est, les Brocques de la Volière. Ils sont de la même veine que les Malfoy ou les Black, si vous voyez ce que je veux dire... »
J'acquiesçai, me rappelant de ma récente rencontre avec Regulus Black, l'homme à qui l'amie de cette jeune femme m'avait laissé porter un message.
« Ce sont des familles fières, orgueilleuses, dont le crédo est quasiment le même, bien qu'ils s'expriment de manière différente. Ils prônent l'apologie du Sang Pur et favorisent les mariages entre sorciers, de préférence, de haute lignée. Ce qui nous rend quasiment tous cousins à certains degrés plus ou moins éloignés... La famille de mon père était exactement de cette trempe. Et c'est pourquoi lorsque mon père épousa ma mère, une sorcière dont les origines étaient discutables, voire même honteuses pour un sorcier, il fut littéralement chassé par les Brocques. »
Elle prit une nouvelle inspiration.
« Quoi qu'il en soit, le rayer de leur arbre généalogique n'était pas assez, surtout quand ils ont appris... »
Elle s'interrompit, tourna la tête vers moi et m'observa longuement.
« Continuez, je vous en prie, lui dis-je. Je ne vous jugerai pas, si c'est ce que vous craignez.
- Le jugement n'est pas exactement ce qui me fait hésiter, me contredit-elle. Je me demande plutôt si vous allez me croire.
- La folle qui parle à des esprits errants que personne d'autre, sorcier ou moldu, ne peut voir, c'est bien moi. Je serais bien en peine de mettre votre parole en doute. Testez-moi, si vous le voulez. »
Elle rit doucement. C'était la première fois que j'entendais son rire et je le trouvai charmant, bien qu'emprunt de tristesse. Son regard, son sourire, son visage tout entier et même sa posture, tout était triste chez elle.
« Soit, dit-elle alors, je vais vous confier mon secret. Cela aurait pu attendre mais je vais vous le dire. Vous rappelez-vous ce qu'ont dit les deux sorciers en découvrant les corps de mes parents ?
- L'un d'eux a supposé que c'était l'œuvre de loups-garou, répondis-je. Sauf que la pleine lune n'avait pas encore eu lieu.
- C'est exact, confirma-t-elle avec un hochement de tête. En Juin 1991, la pleine lune était prévue pour le 12 Juin or nous n'étions encore que le 9. L'hypothèse évoquée par ce sorcier était donc fausse et son collègue le savait. Vous rappelez-vous ce qu'il a dit ? »
Je demeurai un instant pensive.
« Il a parlé de créatures qui ressembleraient aux loups-garou. »
Elle acquiesça.
« C'est exact, dit-elle. Ce à quoi l'autre répliqua...
- Les lycanthropes ? » me rappelai-je subitement.
Elle me sourit, le regard brillant.
« Mais les lycanthropes et les loups-garou, c'est la même chose !
- La grande majorité des sorciers, et même des moldus, pensent comme vous, affirma-t-elle. Vous mélangez en réalité deux choses assez différentes mais, je vous l'accorde, étroitement liées. À vrai dire, cette erreur n'a rien d'étonnant puisque cette confusion est l'œuvre même des lycanthropes.
- Mais pourquoi ?
- Savez-vous ce qu'est un loup-garou ? m'interrogea-t-elle sans répondre.
- C'est un humain qui se transforme en loup à chaque pleine lune, répondis-je.
- Voilà une réponse assez sommaire et très incomplète. Comment les loups-garou en deviennent-ils ?
- Par la morsure qu'ils reçoivent d'autres loups-garou...
- En effet, acquiesça-t-elle. Maintenant, réfléchissez... comment le premier loup-garou a-t-il pu le devenir ? »
Sa question me laissa pantoise. Je n'y avais jamais réfléchi. Comment un homme a-t-il pu devenir loup-garou s'il n'existait encore aucune créature de ce genre ?
« Un loup ? suggérai-je.
- Des tas d'hommes se sont fait mordre par des loups mais ils n'en sont pas devenus des loups-garou pour autant, répliqua la jeune femme. Mais néanmoins, vous n'avez pas non plus tord. C'est en effet un loup qui créa le premier loup-garou. Mais un simple loup n'aura jamais pu réussir ce prodige. Pour que cela arrive, il fallait qu'il soit lui-même une créature magique.
- Un lycanthrope, devinai-je.
- Un lycanthrope » acquiesça-t-elle dans un sourire.
Je l'observai attentivement, essayant de comprendre où elle tout cela allait nous mener.
« Vous vous demandez peut-être quelle est la différence entre un loup garou et un lycanthrope ? » demanda-t-elle. Et comme j'approuvai d'un signe de la tête, elle poursuivit : « Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le loup-garou n'est pas une créature magique. Il reste avant tout un humain à qui on a donné la faculté de se transformer une nuit par mois. Bien sûr, rares sont ceux qui le voient ainsi. Les loups-garou se considèrent plutôt comme des êtres maudits. Comment pourrait-on les en blâmer ? Leur métamorphose est extrêmement douloureuse, il est vrai, et très pénible. D'autant plus qu'ils n'ont aucun contrôle sur le loup alors que le loup, lui, peut influencer leur humeur le reste du mois. Mais c'est avant tout la personnalité de la personne qui décide de comment leur loup va réagir. Je connais un homme qui est d'une nature si généreuse et douce que son loup, bien que toujours dangereux et mortel pour les humains, est capable de se lier d'amitié avec d'autres animaux. »
Elle se tut un instant et son regard se perdit dans le vide tandis qu'elle se remémorait sûrement cette personne. Puis, elle reprit son explication : « Ce qui est très rare pour les loups-garou poussés par leur instinct d'animal.
« Quoi qu'il en soit, voilà ce qu'il faut retenir du loup-garou : c'est un être humain qui se transforme une nuit par mois, lorsque la lune est pleine et donc propice à la métamorphose, et qui n'a aucun contrôle sur l'animal parce que le loup et l'humain sont deux êtres psychiques différents se partageant un même corps. Psychiques n'est pas le mot exact mais je ne vois pas quel terme employer... Disons que ce ne sont pas à proprement dit deux êtres physiques différents car il n'y a qu'un seul corps mais que ce ne sont pas non plus ce qu'on appelle des "âmes"... Excusez-moi, je ne m'exprime pas très bien mais vous voyez à peu près où je veux en venir ? »
Je n'étais pas tout à fait sure de comprendre l'histoire des deux êtres se partageant un même corps mais je décidai malgré tout d'acquiescer. Je voulais entendre la suite et, surtout, qu'elle en revienne à son passé, à la mort de ses parents.
« A présent, parlons des lycanthropes. Ce sont des créatures magiques à part entière qui ressemblent trait pour trait à un loup à l'exception de leur taille démesurée, dépassant de loin celle d'un animal quelconque. Contrairement aux loups-garou qui sont des hommes devenant des loups, les lycanthropes sont des loups qui ont pris la forme des hommes. Ils vivent en meute dans des lieux très difficiles d'accès. Ils choisissent toujours des emplacements isolés, entourés de très hautes montagnes par exemple, afin de s'assurer le plus de discrétion possible. Ils ne se mêlent généralement pas aux autres créatures magiques ou même aux hommes qu'ils évitent.
- Dans ce cas, pourquoi avoir pris la forme des hommes ? l'interrogeai-je, réellement curieuse d'en apprendre plus sur cette espèce qui m'était entièrement inconnue.
- Les avis divergent à ce sujet, même parmi les lycanthropes, m'expliqua-t-elle. Cela fait bien trop longtemps que les choses sont comme ça chez nous et toutes les meutes n'ont pas la même histoire, ce qui donnent lieu à différentes explications... Certains disent que les lycanthropes ont été attirés par l'agilité des hommes qui pouvaient attraper et utiliser différents objets avec leurs mains. D'autres disent que c'était pour se protéger des hommes au temps où ceux-ci chassaient les loups en masse. Sous forme humaine, les lycanthropes évitaient d'être les proies des hommes. D'autres encore suggèrent que c'était plus facile de passer inaperçus et qu'ils pouvaient ainsi se mêler aux humains quand ils le voulaient, notamment parce que les hommes ont su découvrir certains remèdes à des épidémies qui faisaient aussi rages chez les lycanthropes. Quelques-uns racontent, et cette explication me plaît assez, que les lycanthropes ont commencé à cette forme pour attirer leurs proies.
- Vous voulez dire qu'ils chassent l'homme ? »
Ma question sembla beaucoup l'amuser car elle éclata de rire. Personnellement, je ne voyais rien de drôle là-dedans. M'imaginer que des loups immenses rodaient autour de moi sous la forme humaine et qu'à tout moment l'un d'eux pouvaient se transformer pour me dévorer me donnait la chair de poule.
« Non, l'homme n'est pas la proie des lycanthropes, bien que les gens se plaisent à le croire ! s'exclama-t-elle, amusée. Les loups-garou eux-mêmes ne sont pas si attirés par l'homme, leurs mets favoris restent celui des simples loups : les lapins, par exemple. Mais il arrive qu'en croisant un humain, l'un d'eux s'énerve ou prend peur et l'attaque... C'est généralement une regrettable erreur, même s'il arrive, de très rares fois, qu'un massacre se produise mais comme je vous l'ai dit, cela dépend surtout de la nature de l'homme, plus que du loup-garou en lui-même.
- Dans ce cas-là, qui comptent-ils attirer en se transformant en humain ? la questionnai-je, perplexe.
- Voyons, vous devriez le savoir... me glissa-t-elle avec ce même regard brillant qui l'animait quand elle était sur le point de dévoiler quelque chose d'alléchant (selon elle, en tout cas). De qui l'homme peut-il être la proie ? Voici un indice : quelle créature magique en particulier pourrait-il redouter ?
- Les vampires ? m'étonnai-je à voix haute plus que je ne répondis. Vous voulez dire que...
- Oui, me coupa-t-elle. C'est exactement ce que je veux dire : les lycanthropes attirent les vampires en prenant la forme des proies de ces derniers. Astucieux de leur part, n'est-ce pas ?
- Sans doute, oui... »
Toutes ces histoires de créatures magiques se chassant au milieu de nous, pauvres humains sans défense (ou presque), me glaçait d'effroi. Quant à elle, cela semblait décidément beaucoup l'amuser. Considérant que j'avais obtenu suffisamment d'informations – terrifiantes – au sujet des lycanthropes et des loups-garou, je revins au sujet initial.
« Donc, ce serait une meute de lycanthropes qui aurait tué vos parents ? »
Son visage perdit toute trace d'amusement et elle redevint sérieuse et sombre. D'une voix grave, elle répondit :
« Oui. Le matin du 9 Juin 1991, des hurlements de loups se sont fait entendre tout autour de la maison. Ma mère qui était partie chasser le lièvre est revenue en courant et a ordonné à mon père d'attraper sa baguette magique et de se préparer au pire. Il lui hurla qu'on devait partir mais elle lui répondit qu'il était trop tard. Il essaya bien de transplaner mais quelqu'un avait dû lancer un sort à l'endroit où nous étions et il n'arriva à rien. Ma mère s'est alors précipitée sur moi, elle m'a obligé à enfiler ma veste et m'a sorti de la maison. Elle m'a alors agrippé aux épaules et m'a forcée à l'écouter. Je l'entend encore me répéter : "Cours ! Cours ! Ne te retourne pas. Vas t'en vite !" J'ai voulu protester, lui dire de venir avec moi mais elle m'a hurlé dessus et m'a poussé brutalement, me répétant : "Cours ! Cours ! Nous te rejoindrons !"
« Alors, j'ai couru. J'ai galopé entre les arbres, évité les buissons, dérapé sur les fougères mais tant pis, chaque fois que je me relevais, j'entendais dans ma tête la voix de ma mère qui me criait de courir. Seulement, même en prenant de la distance, je n'ai pas pu échapper aux cris. Leurs cris. »
Elle ferma les yeux, saisie de tremblements, comme si elle les entendait encore. Quand elle les rouvrit, ils étaient embués de larmes qu'elle chassa aussitôt du revers de la main.
« Oubliant les conseils de ma mère, je suis revenue en arrière. Je me suis cachée derrière des fourrés et j'ai attendu. C'est là que je les ai vus sortir. Ils étaient trois. Monstrueux, d'une taille telle qu'ils me dépassaient par deux fois ma hauteur. Jamais je n'avais vu de loups aussi gros et effrayants. Leurs gueules dégoulinaient encore du sang et de la chair de mes parents. Je me recroquevillai sur moi et demeurai immobile en tremblant de peur. J'étais effrayée à l'idée qu'ils me découvrent car je savais déjà ce qui m'attendrait. Avec leur flair, c'est un miracle qu'ils ne m'aient pas senti. Pourtant, je les ai vus humer l'air longtemps avant que l'un d'eux ne grogne aux autres de s'en aller. En trois bonds, ils disparurent de ma vue mais je n'osai pas bouger. J'attendis là plusieurs heures.
« Puis j'ai entendu deux bruits secs "POP !" derrière moi qui me firent sursauter. J'avais peur que ce ne soit les loups revenus pour terminer le travail. Quel réflexe idiot me fit revenir à la maison, je ne sais pas. En tout cas, avant même que je ne le réalise, j'étais déjà à l'intérieur. Je ne me suis pas arrêtée au salon, je suis directement allée me cacher dans ma chambre, sous le lit, l'endroit même où j'adorais me terrer quand mes parents et moi jouions à cache-cache. Ai-je vu mes parents en passant par le salon ? Je ne m'en rappelle plus très bien... A vrai dire, je ne me souviens que de peu de choses. Ce que je vous ai raconté est composé de quelques souvenirs mais aussi de ce qu'on a bien voulu me raconter. Pendant longtemps, après la catastrophe, ma mémoire est restée embrouillée. Je ne me souvenais même plus de ce que j'avais fait entre le moment où les deux Aurors m'ont emmené loin de chez moi et celui où je fus accueillie par Dumbledore. Encore aujourd'hui, cette période est très floue dans ma tête mais qu'importe, je ne cherche pas non plus à la retrouver... »
Durant quelques minutes, elle demeura silencieuse. Elle s'était remise à contempler la rue par la fenêtre de mon petit appartement. Je n'osais pas intervenir.
À l'époque, je vivais dans un deux pièces assez petit mais très douillé que j'avais décoré minutieusement en farfouillant dans les brocantes. J'adorais chercher la pièce rare dans les vides greniers et chez les antiquaires. Mon rêve était d'ailleurs d'ouvrir une boutique d'antiquité au cœur du Chemin de Traverse. J'avais d'ailleurs repéré un lieu abandonné que je voulais acquérir et rénover. Mais la propriétaire était une moldue qui ignorait jusqu'à l'existence même de ce lieu et je ne savais pas très bien comment j'allais pouvoir l'aborder.
« Mes parents... » Elle reprit la parole de façon si soudaine que je sursautai. « Ils ont été assassinés par des lycanthropes mais les véritables assassins, ce sont les Brocques. »
Elle se tourna et plongea son regard d'ambre dans les miens.
« La famille de mon père a envoyé ses plus féroces mercenaires faire la sale besogne. Quelle ironie que, pour chasser les chiens galeux, ils aient lâché les loups. Des loups ! Ce n'est pas un hasard. » Elle secoua la tête. « Pour tuer un lycanthrope, rien ne vaut un lycanthrope. Alors, trois. C'était plus qu'il n'en fallait. »
Je dus détourner le regard de ses yeux brûlant de haine. Une haine incommensurable comme je n'en avais jamais vue auparavant. J'ignorais qu'on pouvait haïr autant. Comme j'étais naïve... Je remarquai soudain quelque chose.
« Vous venez de dire que... l'un de vos parents était un lycanthrope ? Votre mère ? »
Son père étant de famille sorcière, il ne pouvait s'agir que d'elle.
« Ma mère était une lycanthrope, oui, acquiesça-t-elle, soudain rêveuse. Elle était magnifique. Elle brillait sous le soleil et dans la nuit on ne la distinguait plus. C'était une véritable professionnelle de la discrétion. Même mon père était incapable de la retrouver quand elle se cachait et il nous fallait crier par trois fois : "On a perdu turlututu !" »
Elle leva les bras en l'air, comme soudain retournée en enfance.
« Et elle apparaissait de nulle part. Elle n'avait pas son pareil pour disparaître... C'était une vraie lycanthrope, ça oui. »
Elle prit une pause, perdue dans ses pensées, comme si elle revivait une scène heureuse. Sur son visage une expression douce et nostalgique que je ne lui avais jamais vue apparut pour s'évanouir aussitôt.
« Si nous n'avions pas été là, mon père et moi, sans doute aurait-elle pu s'enfuir, dit-elle. Plus précisément, c'était mon père le véritable problème – bien que le mot soit mal choisi, lui l'a supplié de partir avec moi plutôt que de rester à ses côtés. Mais comment aurait-elle pu l'abandonner ? »
Elle secoua la tête, répondant à sa propre question.
« Mon père n'aurait jamais réussi à distancer les lycanthropes. Il était rapide, plus que n'importe quel autre sorcier, mais cela n'aurait pas suffi. Ils l'auraient rattrapé en quelques foulées.
- Mais pas vous » relevai-je.
Je n'avais pas l'intention d'intervenir mais la parole m'avait devancé.
« Non, pas moi, dit-elle en hochant la tête. Vous l'avez deviné, avec une mère lycanthrope et un père loup-garou...
- Votre père était un loup-garou ? m'étonnai-je.
- Je ne l'ai pas dit ? »
Je lui fis signe que non.
« Je croyais... Oui, c'était un loup garou. Moi, je suis une hybride. Mais en fait, ça n'apporte rien de plus, je suis une lycanthrope comme ma mère, c'est tout. Quoiqu'il paraît que je porte une odeur légèrement plus relevée. Mais ça, c'est seulement ce qu'on m'en a dit, moi, je ne sais pas. »
Elle haussa les épaules et puis se tut. Avec des parents peu ordinaires, il n'était pas étonnant qu'elle ne le fût pas non plus. Cela expliquait peut-être sa façon de se comporter, sa personnalité, mais à bien y réfléchir, ce qu'elle avait vécu suffisait à justifier son caractère unique.
Après cela, elle décida avoir trop parlé et s'en alla, me laissant seule à réfléchir à ce qu'elle venait de me dire. Son journal était très intéressant et révélateur mais il manquait des éléments essentiels pour mieux comprendre sa situation. En me confiant ce souvenir, même douloureux, elle m'aidait à mieux saisir sa personnalité, à mieux comprendre ce qu'elle confiait dans son journal, bien qu'il faille lire entre les lignes car celui-ci était tel qu'un journal intime : désordonné, incomplet, écrit sous l'impulsion du moment.
Prochain chapitre
Le prochain chapitre (le 2nd du journal) sera publié le 15 Avril ! Cela peut vous paraître un peu long, aussi pour vous faire patienter, n'hésitez pas à aller jeter un coup d'œil aux histoires de Blue Hummingbird (/u/2055257/) !
A très bientôt !
