Et voilà la suite, dans laquelle vous allez découvrir deux nouveaux personnages.
Ames sensibles ou prudes, s'abstenir :)


Chapitre 3 : une deuxième peau

Parler à Thrall, ou même simplement le voir, voilà une aventure dont ses compagnons de Lune d'Argent feraient des gorges chaudes. Mais pour cela, Mayee allait encore devoir attendre. A dire vrai, elle ne connaissait même pas le contenu de la missive dont le Régent l'avait chargée. Elle savait seulement où et à qui la porter, et qu'elle devait proposer ses services à qui les lui demanderai là-bas.

- Apparemment, il ne s'agit que d'une lettre d'introduction qui vous recommande chaudement auprès de nos généraux. Le Régent vous confie à la garde du Chef de Guerre en louant vos très nombreux talents, lui expliqua l'émissaire en insistant sur les derniers mots, l'air dubitatif.

- Ah, je suppose donc que ce n'est pas urgent...

- Vous supposez bien, jeune demoiselle. Ne soyez pas déçue. Je transmettrai le message à Thrall dès la prochaine réunion ; c'est lui qui avisera quant à votre sort. En attendant, je vous confie cette lettre. Donnez-la à Carolyn Ward, dans la Faille de l'Ombre. Elle porte le titre de maître des voleurs, vous ne pourrez pas la manquer là-bas : elle est de passage dans notre capitale, mais c'est une des plus talentueuses Réprouvées que Sylvanas Coursevent ait mis à notre service. Je lui laisse le soin de vous tester un peu, et de vous fournir un équipement plus convenable...

- Il sera bienvenu, murmura Mayee, soudain honteuse de ses vêtements légers et du misérable couteau qu'elle portait au côté. Elle attrapa le parchemin sur lequel le scribe avait griffonné quelques mots à la hâte et tourna les talons en le remerciant.

- Je suis tout de même curieux... Le Régent fait si grand cas de vous. Pourquoi ne vous a-t-il donc pas pourvue d'un équipement plus approprié ? la retint-il.

- Eh bien... Disons que les robes à volants et autres atours dont on m'a fait cadeau à mon départ ne siéent pas vraiment à la traversée des continents. Je les ai.. vendus ! Oui, vendus pour remédier aux aléas du voyage. Vous savez ce que c'est, les dépenses imprévues... Et hum... Enfin, voilà, je vous remercie, je ne vous embête pas plus longtemps !

Fuyant le fort, la voleuse regagna la Herse sous les dernières gouttes de pluie. Elle n'avait pas osé avouer à l'ambassadeur que les dites robes et accessoires offerts avaient rapidement été dilapidés sur les tables de jeu de tavernes douteuses ou échangés pour pourvoir à certains besoins peu avouables. L'une de ses toilettes avait d'ailleurs été déchirée par les assauts quelque peu maladroits d'un de ces piliers de comptoir qui l'avait prise sauvagement, se souvint-elle avec délice, juste derrière un tonneau de punch du raptor.

Sentant ses pensées dériver, elle se concentra sur la tâche qu'on lui avait confiée. Un garde lui apprit qu'elle se trouvait tout près de la Faille de l'Ombre, où elle se rendit sans plus tarder. L'endroit en question se situait dans les profondeurs de la ville ; c'était un lieu sombre et humide où régnait un silence pesant troublé par le seul bruit de l'eau ruisselante. L'unique aménagement consistait en une dizaine de tentes disséminées entre de hautes palissades de bois. Sous ces yourtes attendaient patiemment quelques individus plus ou moins louches. L'un d'entre eux lui montra d'un geste de la tête celle où Carolyn Ward avait élu résidence.

Mayee s'approcha lentement du recoin qu'on lui avait indiqué, tout à la fois excitée et effrayée de rencontrer un maître renommé de sa classe. Elle souleva le rabat de cuir qui protégeait le foyer et pénétra sous le chapiteau. Près du feu se trouvait un serviteur, courbé sur une arme qu'il était était occupé à affuter. Le reste de la pièce, meublé de coussins et d'épais tapis, semblait vide. Curieuse, la jeune voleuse s'avança du pas léger qui était le sien. Elle se racla la gorge, s'apprêtant à s'enquérir de Carolyn Ward, et fit ainsi sursauter si fort le pauvre garçon qui ne l'avait pas entendue qu'il en lâcha tout son attirail avant de se retourner d'un bond.

Un humain ! C'était un humain, certes jeune, à peine sorti de l'enfance, mais certainement pas un membre de la Horde. Que faisait-il donc là ?

- Je cherche Carolyn Ward, lui expliqua-t-elle d'un air suspicieux. J'ai une lettre d'introduction pour elle, ajouta-t-elle, voyant qu'il ne bougeait pas.

- Je... L'adolescent semblait tétanisé ; la bouche entrouverte, on avait l'impression qu'il fixait une apparition. Il se tordait les mains, visiblement incapable de répondre à son interlocutrice. Celle-ci se savait belle, mais pas au point de faire perdre tous ses moyens à un homme. Enfin, celui-là était plutôt un petit d'homme, se dit-elle, secrètement flattée.

- Tu dois bien savoir où elle est. A moins que je ne me sois trompée de tente...

- Non, tu es au bon endroit. Bienvenue, jeune fille.

Le ton était légèrement narquois. Embarrassée de s'être fait ainsi surprendre, Mayee fit volte-face pour se retrouver nez à nez avec une Réprouvée à la stature imposante. Sûrement alertée par le bruit, cette dernière s'était glissée de derrière une large tenture accrochée près de l'entrée. Elle détaillait maintenant sa visiteuse d'un regard avide tout en sifflant entre ses dents. Pour une Revivante, elle était plutôt bien conservée. Son visage n'avait pas trop souffert des injures de la décomposition ; elle l'avait maquillé et percé de manière à rehausser son troublant regard doré et les mèches folles de sa chevelure violette. Son armure de cuir sombre, habilement découpée aux articulations, laissait entrevoir les os blanchis de ses bras et de ses jambes sur lesquelles frottait la lourde lame qu'elle portait à la ceinture. La parfaite voleuse.

- Alors t'es une nouvelle recrue. Ça tombe bien, je commençais à manquer de chair fraîche ! Ton ambassadeur veut que je te donne un nouvel équipement, et que je vérifie si t'es bonne à quelque chose. C'est pas souvent qu'on nous envoie de vrais guerriers...

Mais comment savait-elle ? Mayee porta la main à sa bandoulière. Le parchemin avait disparu ! Levant les yeux, elle le retrouva dans la main de Carolyn qui la regardait d'un air moqueur.

- Il faut croire qu'il me reste encore des choses à apprendre...

- Ah, t'es pas une grande gueule, toi au moins. Mais c'est bien, ne jamais oublier le credo du voleur : on ne provoque pas, on contourne ! La discrétion et la ruse avant tout. On va peut-être pouvoir faire quelque chose de toi au final. Mais pas habillée comme ça, en tout cas. Allez, viens, on va te trouver un truc plus seyant, lui ordonna-t-elle en disparaissant derrière la tenture. Et Moustique, ramène-toi, tu finiras ça plus tard !

Le jeune garçon, qui était resté en retrait pendant toute la conversation, fila soudainement rejoindre sa maîtresse, faisant signe à leur hôte de le suivre dans le passage dissimulé. Celui-ci les mena dans une salle souterraine dont il aurait été bien malaisé de deviner la présence depuis la Faille de l'Ombre. La majeure partie de l'espace était occupée par une arène aux dimensions réduites dans laquelle on trouvait maints obstacles et mannequins d'entraînement. Mais c'est dans un renfoncement que Carolyn emmena sa nouvelle disciple. Là, de légères armures de cuir et de nombreuses lames s'entassaient pêle-mêle dans une alcôve simplement éclairée d'une torche. La maître voleuse se retourna pour jauger la jeune femme d'un coup d'œil, puis elle revint au tas de cuirasses dans lequel elle farfouilla en soupirant.

- Ça n'a pas vraiment été fabriqué pour une femme, ça... T'aurais été plate, ça aurait peut-être collé. Mais là, c'est sûr, tu rentreras pas dedans, maugréa-t-elle. Je crois qu'on va devoir piocher dans mes affaires personnelles. On fait presque la même taille, t'es pas grosse, ça devrait t'aller.

Elle donna un ordre bref à l'humain qui disparut rapidement et revint quelques secondes plus tard, portant une armure de cuir fumé qu'il tendit à Mayee. Cette dernière la posa sur la pile branlante derrière elle pour en inspecter chaque pièce. Son nouvel équipement se composait d'un bustier souple renforcé de lanières entrecroisées, d'une culotte de cuir, de chausses assorties et de longues bottes montantes. Différentes protections, telles des épaulières, venaient compléter l'ensemble. La jeune femme resta sans voix devant la finesse d'exécution de l'armure qui n'avait rien à voir avec tout ce qu'elle avait pu porter jusque là.

- Une belle armure pour une belle femme, lui souffla Carolyn à l'oreille. Allez, enfile moi ça, qu'on voit un peu ce que tu vaux avec une lame. Je vais t'en choisir une, habille toi.

- Ici ? Enfin, je veux dire...

- De quoi t'as peur ? Tu crois que j'en ai pas déjà vu, des beaux morceaux comme toi... J'ai été vivante aussi tu sais, et j'avais pas de quoi me plaindre à l'époque !

- C'est que...

- Oh, et ne fais pas attention à Moustique. Ça complètera un peu son instruction. Il a pas l'habitude de... Enfin, tu vois.

Mayee entendit l'intéressé déglutir bruyamment. Haussant les épaules, elle se tourna et déposa son bagage contre le mur. Délaçant les courtes bottines dont elle usait les semelles depuis son départ, elle les envoya rapidement rejoindre le reste de ses affaires. Puis elle fit doucement glisser les bretelles de sa robe sur ses épaules nues. Le tissu de son vêtement, encore humide, épousait ses courbes voluptueuses ; attrapant le revers de sa jupe, elle arqua tout son corps pour l'ôter par le haut. Derrière elle, la respiration de Moustique s'accéléra brutalement.

Émoustillée par la présence d'un spectateur si sensible, la jeune voleuse laissa maladroitement tomber sa robe à terre, et se pencha très lentement pour la ramasser, offrant ainsi une vue splendide à l'adolescent. Tout en se redressant, elle défit le nœud qui retenait ses cheveux, libérant ses longues mèches brunes perlées d'eau.

- On est toute mouillée, à ce que je vois, murmura une voix rauque dans son dos.

Une fois de plus, Mayee n'avait pas entendu Carolyn s'approcher. Elle se retourna pour répondre à sa condisciple mais s'arrêta en voyant l'expression des deux êtres qui lui faisaient face. Dans les yeux de la maître voleuse brillaient une étrange nostalgie et un certain amusement. Quant à son serviteur, son visage s'empourpra violemment tandis qu'il ne pouvait détacher son regard de sa poitrine ronde et de ses longues cuisses fuselées.

- Je t'ai apporté une dague, elle devrait être de la bonne longueur.

- Il n'y a pas que la taille qui compte, répondit malicieusement la nouvelle recrue en jetant un coup d'œil vers Moustique.

Comprenant ses intentions, Carolyn éclata d'un rire éraillé avant de lui tendre l'arme. Le contact du métal froid sur sa hanche et la fraîcheur du sous-sol firent frissonner la jeune femme ; les pointes rosées de ses seins durcirent douloureusement, la laissant haletante. Moustique avait de plus en plus de mal à cacher tout l'effet que cela lui faisait. Pas si petit que ça, ne put s'empêcher de penser Mayee. Suivant son regard, la Réprouvée se rapprocha d'elle, un sourire aux lèvres. Elle se glissa dans son dos, posa une main sur sa cuisse et caressa de l'autre ses tétons dressés ; l'elfe de sang poussa un soupir de plaisir auquel répondit un gémissement étouffé du jeune humain.

- Il a l'air de faire un peu froid pour toi. Tu ferais mieux de t'habiller. Ce serait dommage que tu attrapes la mort ici, plaisanta Carolyn. Moustique, aide la, commanda-t-elle en poussant un tabouret de bois derrière la jeune fille.

Celle-ci s'assit et attrapa la culotte de cuir de son armure. Elle entrouvrit lentement les cuisses tout en se cambrant tandis que l'esclave se précipitait tant bien que mal à son aide.

- Tu pourrais peut-être m'enfiler mes bottes, susurra-t-elle. Ou mettre mon bustier en place... Son doigt suivit paresseusement la courbe de ses seins.

Le jeune garçon s'arrêta brutalement, ne pouvant retenir un râle sourd. Honteux, il se détourna des deux femmes et courut à l'autre bout de la salle, un poing fermé sur son entrejambe. Mayee ne put retenir un éclat de rire, bientôt suivie par son maître. Elle se leva et finit rapidement de s'habiller. Malgré la complexité de l'armure, l'ensemble s'enfilait facilement et constituait une solide protection tout en laissant une grande liberté de mouvement. Il resterait quelques arrangements à faire, comme ajouter des poches et un fourreau, ou acheter une cape, mais la cadette était surprise que la cuirasse lui aille aussi bien. On l'aurait crû taillée pour elle, soulignant le galbe de son corps ou lui permettant de se fondre dans les ombres de la salle. Émerveillée, l'elfe de sang applaudit bruyamment ; Carolyn la regarda d'un air attendri avant de se ressaisir.

- Allez, viens par là, maintenant que t'as de quoi te battre.

Mayee saisit sa dague, et posa un pied dans l'arène.


Vous l'avez compris, l'action, c'est pour bientôt !