Troisième partie

Le lendemain lorsque Charles se lève et va rejoindre William, celui-ci fait les cents pas devant le poste de radio qui leur sert de moyen de communication avec la ville. Il informe Charles que l'ambassade vient de recevoir un mot de Caroline.

-Ils vont étudier le message et nous contacter d'ici quelques minutes.

-KIS 395 contacte l'expédition 451! Laisse échapper le poste de radio.

-Ici l'expédition 451… Professeur Darcy à l'appareil. Alors quelles sont les nouvelles?

-Elles sont mauvaises. Les ravisseurs veulent 500 000$ d'ici deux jours. Ils exigent que vous nolisiez un nouveau véhicule qui partira de Kisangani pour se rendre à Bengamissa. Là-bas, les ravisseurs échangeront l'argent contre le professeur Bingley afin qu'elle aille vous rejoindre.

-Quoi?

-Ce n'est pas négociable!

-Merde! S'écrie Charles!

Les deux hommes coupent la communication et prennent des dispositions pour que l'argent soit transféré dans un compte temporaire à Kisangani. William fera parvenir une procuration à leur conseiller à l'ambassade afin que celui-ci puisse sortir l'argent et le mettre à bord d'un véhicule. Priant pour que tout se passe bien, William rassure Charles en lui disant qu'il prendra personnellement en charge la rançon demandée alléguant qu'en tant que directeur de l'expédition, il est seul responsable de chacun des membres de l'équipe. Charles le remercie et retourne dans sa tente pour finir sa préparation.

Jane se lève et apprend la nouvelle par Charles au moment où elle sort prendre son petit déjeuner à l'extérieur. Sachant que sa sœur n'arrivera qu'en fin d'après-midi, Charles invite Jane à se joindre à lui pour aller recueillir les échantillons qui se trouvent sur le premier site situé près d'un petit village africain typique. Comme il n'était pas prévu qu'elle prenne part à aucun déplacement pour la journée, Jane accepte avec joie, préférant s'activer plutôt que de se laisser gagner par l'inquiétude.

Un peu plus loin, le professeur Darcy ramasse son équipement et rassemble ses collaborateurs pour la journée. Une visite officielle est prévue pour lui cette journée là, exceptionnellement. En effet, il a rendez-vous avec un africain qui se dit sorcier et qui vit dans un village situé tout près de la rivière Kivu. C'est également cet homme qui fut le premier à avoir revendiqué la découverte du diamant rose. Il prétendait depuis le début que la pierre en question avait déjà été trouvée trente ans plus tôt par un homme de son village. Cet africain l'aurait semble-t-il gardé pendant de nombreuses années avant de la perdre à nouveau dans des circonstances mystérieuses. William avait hâte de questionner cet homme puisqu'il brûlait de découvrir où le diamant rose avait été trouvé la première fois.

Il arrive au village vers midi. Le soleil lui brûle la peau tandis que son ventre digère difficilement les médicaments qu'il prend pourtant régulièrement depuis trois mois. Un homme noir et très âgé, néanmoins impressionnant s'avance vers lui, appuyé sur une cane en ivoire.

-Vous êtes le professeur Darcy?

-Oui c'est bien moi! Et vous êtes?

-Je suis le sorcier avec qui vous avez rendez-vous!

-Merci de nous accueillir dans votre village!

-De rien! Le reste de votre équipe doit rester à l'écart du village par contre! Je veux vous voir seul!

-Ils ne sont pas ici pour rester. Ils m'ont accompagné seulement pour étudier les environs, pour prendre des échantillons.

-Très bien! Dites-leur d'aller voir la jeune femme là-bas, celle qui fabrique un panier. Elle leur donnera de l'eau et les guidera vers l'extérieur du village.

-C'est bien aimable à vous!

-Quand à vous jeune homme! Vous devez faire attention à ce que vous buvez! Rien de froid ou de chaud pour vous, pour ne pas heurter votre estomac…

-Comment savez-vous que je suis malade?

-Je ne serais pas un sorcier si je ne le voyais pas!

-Je suis impressionné!

-Ne m'accordez pas tant de pouvoir… votre teint est simplement mauvais… et vous ne transpirez pas malgré la chaleur!

-Oh, je vois.

-Venez! Allons discuter dans ma hutte, à l'ombre! Je vous ferai boire un mélange qui soulagera votre douleur pour quelques heures.

-Merci! J'ai surtout soif! Comme mes hommes.

Les deux hommes traversent le village en entier, l'un se tenant le ventre à cause de la souffrance, l'autre tenant sa canne et regardant à droite et à gauche à la manière d'un militaire qui inspecte les environs. Devant chaque hutte, les habitants se penchent pour saluer le sorcier. Soudain, l'attention de William est attiré par un cri strident de femme qui déchire le calme qui régnait dans le village et fait réagir les singes dans la jungle avoisinante. Deux hommes s'élancent en direction des hurlements, obéissant à un signe de tête du sorcier. William arrête d'avancer et observe ce qui se passe. Le sorcier semble contrarié. Il voit revenir l'un des deux hommes, échange avec lui des paroles en swahili et reprend sa marche invitant William à faire de même.

-Qu'est-ce que c'était?

-Une femme qui va bientôt accoucher!

-Vous voulez peut être y aller?

-Non… l'enfant n'est pas encore prêt à naître…

Une fois arrivé devant ce qui semble être la plus grande hutte du village, le sorcier se tourne vers lui et le dévisage.

-Vous êtes certain de vouloir connaître l'histoire de ce diamant?

-Oui… je suis venu ici pour ça!

-Très bien… entrez…

Une fois à l'intérieur, William est surpris de constater qu'il fait beaucoup plus frais que dehors. Le décor est toutefois surprenant. Des tablettes fixées grossièrement sur les mûrs débordent de produits, d'objets et de bocaux de toutes les grosseurs. Dans un autre coin, des objets précieux, sans doute à vendre sont posés sur des tables. William constate qu'il s'agit de bibelots en ivoire et en ébène. Des tableaux, des paniers, des tapis et des tissus africains sont empilés pèle mêle sur le sol et sur le reste des meubles. Le sorcier dégage une chaise qu'il vient mettre en plein centre de la hutte, là où les vents semblent se rencontrer créant un courant d'air salutaire que William recueille sur sa peau avec enchantement. Les yeux fermés, William savoure la fraîcheur, le temps que l'homme s'éloigne de lui pour aller lui chercher à boire. Lorsque le sorcier lui fait face, il lui présente un bol contenant un liquide inconnu de lui.

-Tenez! Prenez ceci! Buvez lentement!

-Vous êtes certain que c'est…

-Ce qu'on vous a prescrit jusqu'ici n'a pas été efficace contre votre douleur! Votre ulcère vous fait toujours aussi mal? Sinon plus!

-Vous avez raison! Merci.

Prudent comme à chaque fois qu'il doit goûter à quelque chose qu'il ne connaît pas, William trempe les lèvres doucement dans le liquide épais et visqueux. Curieusement, le goût n'est pas mauvais, c'est la texture qui est désagréable. Encouragé par le sorcier, William vide le bol et regarde le vieil homme repartir vers le fond de la hutte. Il revient avec un journal. William reconnaît la photo qu'il déteste tant. Surpris que l'homme en possède une copie dans un village pourtant assez éloigné de Bengamissa, William le fixe avec un point d'interrogation dans les yeux.

-Parlez-moi de cet incident! Lui demande alors le sorcier.

-J'étais en colère! Les journalistes et les photographes nous agressaient. J'avais donné l'ordre de ne pas prendre de photo et puis, il y a eu ce «flash»! J'ai vu rouge!

-Qu'avez-vous pensé au moment où vous vous êtes approché de la personne qui vous dérangeait?

-C'était plutôt primitif comme réaction! J'aurais voulu l'étrangler de mes propres mains!

-Qu'est-ce qui vous en a empêché?

-Je suis tombé! À cause d'elle justement! Renversé par le mouvement que cette photographe a fait pour récupérer son appareil…

-Vous connaissiez cette personne?

-Qui? La photographe?

-Oui.

-Non! Je ne l'avais jamais vue! Écoutez, si vous avez peur que je vous saute dessus… sachez que même si je me suis mis en colère… jamais je n'aurais jamais levé la main sur cette jeune femme.

-Je voulais seulement savoir si vous la connaissiez!

-Son nom est-il encore visible sur votre copie?

-Non! Le nom n'est pas là! Parlons du diamant maintenant si vous le voulez bien… racontez-moi comment vous avez eu vent de son existence…

William explique au sorcier que c'est en voyant la photo de celui-ci dans le National Geographic qu'il a voulu en savoir plus. L'article de Jane Bennet rapportait les efforts réalisés par une équipe restreinte de scientifiques qui s'intéressaient à une seule variété de plantes.

-Avez-vous rencontré le directeur de cette expédition?

-Oui et il a été assez aimable pour me montrer le diamant. Je vous avoue que la photo prise pas Jane Bennet est très fidèle à ce que j'ai ressenti en le voyant!

-Vous avez une copie de cette photo?

-Oui…

-Je peux la voir?

-Voilà! Dit William en sortant une page pliée qu'il garde dans son sac à dos.

Le vieil homme se met à pleurer en le voyant.

-Pardonnez-moi! Je ne croyais plus jamais le revoir! Où est-il maintenant?

-Dans un coffret. Gardé dans une banque.

-Y avez-vous touché?

-Oui, comme plusieurs autres collègues scientifiques!

-Portiez-vous des gants?

-Oui, enfin comme toujours!

-Vous en êtes sûr?

-On ne touche jamais une pierre précieuse sans protection voyons!

-Je croyais pourtant que votre ulcère…

-Vous ne croyez tout de même pas que je dois mon piètre état au diamant?

-Si votre peau avait été en contact avec lui, oui! J'en suis convaincu. Mais puisque vous portiez des gants.

-C'est ridicule voyons!

Soudain, sans prévenir William, le sorcier met les mains sur sa tête. Réagissant vite, William tente de le repousser, mais une image s'impose dans sa tête le paralysant aussitôt. Il se revoit dans la salle stérilisée où le diamant lui avait été présenté en même temps qu'à une dizaine de spécialistes tous aussi intéressés que lui. Ils avaient tous reçu des gants et les avaient portés le temps que le diamant passe de mains en mains. Il avait été le dernier à le tenir au creux de sa paume. Finalement, il se revoit remettre la pierre dans les mains de l'employé. Un autre jeune homme vêtu d'un sarrau blanc avait réclamé leurs gants usés et leur avait indiqué la sortie. William se revoit attraper le diamant avant qu'il n'atteigne le sol, échappé par le préposé qui avait perdu l'équilibre en voulant le remettre dans son coffret. Pendant quelques maigres secondes, William avait touché au diamant sans protection. Rapidement, l'employé l'avait récupéré et remis à sa place. Les mains du sorcier quittent alors la tête du jeune homme pour venir se poser sur ses genoux ridés.

-Vos souffrances ont déjà commencé! C'est le diamant qui vous déchire les entrailles…

-Vous voulez vraiment me faire avaler ça? Réplique William sans trop de conviction. Sa bouche devient pâteuse et ses yeux de ferment tout seuls.

-Vous venez pourtant d'avaler un puissant produit qui m'assurera que vous dormiez assez longtemps pour que vous me m'appreniez où se cache ce qui m'appartient de droit. Dormez professeur William Darcy! Faites de beaux rêves…

-Drogué, il a dû me droguer! Se dit le jeune homme déjà ailleurs.

Ses yeux se ferment. Son esprit s'évade. La mémoire le fuit. Lorsqu'il ouvre enfin les yeux, la nuit est tombée. Il est dans une hutte plus étroite, couché à même le sol sur une paillasse grossière. Ses yeux s'habituant peu à peu à la noirceur, il balaie les alentours espérant trouver un objet qu'il pourrait utiliser pour sortir ou même une porte. Rien. Au centre, il distingue un poteau qui soutient le toit de la hutte. Soudain, un léger gémissement se fait entendre directement dans le bas du poteau. Plissant les paupières, il distingue une silhouette qui est écrasée sur le sol. Les bras attachés plus haut, une personne gît là inconsciente. Constatant qu'il n'est pas attaché, William rampe sur le sol afin de se rapprocher doucement, curieux de savoir s'il s'agit de Caroline. N'ayant jamais rencontré celle-ci, il savait par contre par Charles qu'elle avait les cheveux courts, noirs et raides.

Croyant la personne évanouie, il avance la main vers ce qui lui semble être sa tête et entre en contact avec ses cheveux. Il en prend une poignée et constate qu'ils sont moyennement longs et bouclés. Toujours incertain du sexe, il se rapproche davantage et laisse sa main aller à la rencontre du haut de son corps à partir duquel il sera fixé définitivement. Dès que sa main tremblante rencontre un relief significatif, une poigne ferme lui tourne le poignet et lui fait mordre la poussière. Avant qu'il ne tente quoi que ce soit pour se sortir de cette situation, une main lui redresse la tête et il sent une corde serrer son cou de plus en plus fort. Se débattant du mieux qu'il le peut, il ne réussit qu'à s'allonger sur le dos, toujours chevauché par son adversaire qui continue de l'étrangler.

-Je suis… prisonnier… tout comme vous! Réussit-il à expliquer entre deux quintes de toux.

Manifestement surpris par ses propos, son adversaire relâche la pression quelques secondes. William en profite pour se redresser et plaquer celle-ci au sol au moins aussi violemment qu'il avait été lui même molesté.

-Je ne suis pas votre ennemi!

-Qui êtes-vous alors?

-William Darcy!

-Mais que faites-vous ici?

-Je l'ignore! J'ai été drogué!

Son compagnon de cellule ne répond rien. Un long silence règne.

-Il y a longtemps que vous êtes ici? Lui demande le professeur en la relâchant.

-Trop longtemps!

-On se connaît?

-Ce qui importe c'est de sortir d'ici…

-Comment êtes-vous arrivée ici?

-J'ai été enlevée… Au début, on m'avait enfermée dans un autre village pendant quelques heures, puis, on m'a transporté ici! Personne n'est venu me parler. Ni même me voir. Et vous?

-J'avais rendez-vous avec un homme! Le sorcier du village! Nous nous intéressons tous deux à la même chose! Dès qu'il a vu une photo de cette chose, il est devenu comme fou! Il s'est mis à me poser des questions qui en apparence n'avaient pas de sens pour moi, puis il m'a drogué.

-Le diamant rose?

-Oui! Comment connaissez-vous son existence?

-Il a été pris en photo non?

-Par des gens du National Geographic!

-C'est ça oui!

Un long silence règne entre les deux. Élisabeth se redresse lentement et va s'accoter sur le poteau après lequel elle est toujours attachée.

-On dirait que vous n'êtes pas attaché, je me trompe?

-Non!

-Pouvez-vous me détacher alors?

William s'approche d'elle et tente de défaire les nœuds qui la maintiennent prisonnière. Après avoir joué avec les liens pendant de longues minutes, il déclare forfait.

-Il utilise une sorte de nœud que je n'arrive pas à défaire.

-Essayez de sortir! Cherchez une issue alors.

William explore les lieux pendant que la jeune femme ferme les yeux et s'assoupit.

Pendant ce temps sur le site où sont installés les botanistes, Charles termine de recueillir les échantillons qu'il devait prendre durant cette première journée. Leur long travail tirant à sa fin, Charles rentre avec Jane et le reste de l'équipe dans le campement principal. Lorsqu'il arrive, les hommes qui avaient accompagnés William sont déjà revenus et informent Charles que le professeur restera là-bas pour la nuit.

-Vous dites que William est resté là?

-Oui, l'homme avec qui il avait rendez-vous est venu nous dire qu'ils devaient encore étudier différents documents. Il nous a dit de rentrer sans lui et que William rentrera demain par ses propres moyens.

-J'avais cru comprendre qu'il voulait être là pour le retour de votre sœur.

-Moi aussi! Il est trop tard pour retourner vers le village ce soir. Sans compter qu'il faut aussi attendre Caroline! Demain matin s'il n'est pas revenu, nous aviserons.

Nerveux tous les deux, Jane et Charles se tiennent compagnie et mangent en silence. Jane songe à Élisabeth qui est toujours absente et Charles à sa sœur qui sera sûrement en état de choc à son arrivée.

Le moment venu lorsque le véhicule se fait entendre, Charles se redresse et court à sa rencontre. Caroline est la première à descendre. Elle saute dans les bras de son frère en pleurant. Jane se tient en retrait.

Lorsque Charles s'éloigne en compagnie de Caroline qui commence à lui rapporter dans les moindres détails l'horreur de son enlèvement, Jane ose enfin s'adresser à elle.

-Professeur Bingley? Étiez-vous la seule femme à bord du véhicule hier?

-Qui êtes-vous? Lui demande Caroline au lieu de lui répondre.

-Je me nomme Jane Bennet!

-Oh, mon Dieu! Vous êtes sa sœur! La sœur d'Élisabeth!

-Elle était avec vous?

-C'est que… ils m'ont dit qu'ils l'ont tué! Répond Caroline en s'avançant lentement vers Jane.

-Mais de qui parlez-vous? Demande Charles pour qui leurs propos ne veulent rien dire.

-Élisabeth Bennet, la sœur de Jane : notre photographe attitrée! Elle devait me prendre en photo durant le voyage… C'était l'idée de William.

-Je ne comprends plus rien!

-Pourquoi dites-vous qu'elle est morte? Redemande Jane à Caroline.

-C'est ce qu'ils m'ont dit!…

-Avez-vous vu son corps?

-Non…

-Elle faisait le voyage avec toi? Depuis Kisangani? Demande Charles à sa sœur.

-Oui! Charles! Mais pardonnez-moi mademoiselle Bennet! Je suis fatiguée! Charles, peux-tu m'escorter jusqu'à ma tente… je voudrais dormir…

-Très bien! Jane, attendez-moi! Je viendrai vous voir un peu plus tard!

-Très bien!

En ouvrant les yeux après avoir dormi quelques heures, Élisabeth constate qu'il n'y a plus de bruit dans la hutte. Le gemmologue est probablement endormi lui aussi, à moins qu'il n'ait trouvé une issue et soit allé chercher de l'aide. Un souffle léger à quelques pas d'elle sur sa gauche lui confirme qu'il dort. Heureusement qu'elle avait su résister et ne pas parler de ses rêves au professeur. Si elle l'avait fait d'ailleurs, il l'aurait probablement traité de folle et il aurait eu raison. Pourtant, jusqu'à maintenant, ses songes s'étaient avérés utiles et lui avait permis d'éviter le pire.

Le sorcier lui-même avait lu son journal et l'avait questionné sur ceux-ci. C'est ainsi qu'elle avait compris qu'il était à la recherche du corps de la jeune fille qu'Élisabeth devenait dans ses rêves depuis qu'elle avait mis la main sur le diamant rose. Il lui avait posé mille et une question sur ses souvenirs et la gardait prisonnière en espérant qu'elle pourrait lui apprendre de nouveaux détails.

Un mouvement brusque de William attire l'attention d'Élisabeth. Il ouvre les yeux, gémit doucement et porte ses deux mains vers son ventre.

Il se met à parler en swahili, permettant à la jeune femme de réaliser qu'elle comprend chacun de ses mots alors qu'elle ne connaît rien de cette langue.

-J'ai mal… j'ai tellement mal!

-Venez, je vais vous aider! Mais il faut que vous approchiez… mes liens me retiennent trop loin de vous…

Pendant qu'il progresse lentement vers elle tant sa souffrance est grande, Élisabeth ne le quitte pas des yeux. Elle distingue alors un contenant qui n'était pas là dans la hutte avant qu'elle ne s'endorme. Comprenant qu'il a été drogué à nouveau, elle sait qu'il est probablement en train de délirer et que son comportement sera à tout sauf prévisible.

Lorsqu'il arrive à sa hauteur, Élisabeth prend sa tête sur ses genoux et commence à lui frotter les tempes avec délicatesse. Dès qu'elle pose les mains sur lui, il frisonne et se met à murmurer des paroles insensées.

-Oh, mon amour! Tes mains sont si douces! Dès que j'aurai assez d'argent, nous partirons. Je t'enlèverai! Tu verras, tu n'auras pas à attendre trop longtemps. Ça fait du bien, continue.

-Chut! Je sais! Entrant dans le jeu afin d'éviter de le brusquer, Élisabeth continue à lui frotter les tempes.

-Non arrête! La douleur revient! Ça fait mal! Oh, c'est intolérable!

-Avez-vous bu quelque chose? Lui demande-t-elle sortant volontairement du jeu.

-Rien que de l'eau…

-Ne vous en faites pas! Calmez vous, ça va passer. Couchez-vous près de moi.

Écoutant sagement ce qu'elle lui demande, William s'installe à même le sol près du poteau. Élisabeth s'allonge à ses côtés afin de lui passer les mains sur les tempes à nouveau. Le professeur ferme les yeux. Élisabeth se tient sur ses gardes toutefois. Lorsqu'elle avait été droguée dans les derniers jours, ses visions et des rêves avaient été d'une sensualité troublante. Après quelques minutes de silence et d'immobilité, William ouvre les yeux et pose sur elle un regard tendre. Sans voir distinctement ses yeux, Élisabeth se demande anxieusement qui il est devenu et surtout pour qui il la prend.

-Ton père est loin maintenant?

-Chut!

Un silence règne lui faisant redouter la suite des événements. Élisabeth se redresse doucement et va se replacer contre le poteau. Le jeune homme se redresse également et vient se mettre à genoux devant elle.

-Donc nous avons le temps de faire ceci!

Sur ces paroles, il avance sa bouche à la rencontre de la sienne. Paniquée, Élisabeth évite de bouger sachant qu'elle doit rester calme si elle veut pouvoir être en mesure de réfléchir et d'agir. Elle ne devait surtout pas oublier qu'elle était attachée et pas lui. Sa bouche toujours sur la sienne, William gémit doucement et l'oblige à écarter les lèvres à l'aide de sa langue. Élisabeth se laisse faire tout en demeurant passive. Toutefois, elle n'avait pas prévu la réaction de son corps. Sa raison lui ordonne de rester inactive, mais ses sens obéissent à une toute autre loi. Malgré elle, son baiser est non seulement rendu, mais elle passe même ses deux mains derrière sa tête afin de le rapprocher d'elle davantage. Rendu fou de désir par la jeune fille qui passe à l'action, William la soulève légèrement et l'allonge contre le sol. La maintenant sous lui, il continue de l'embrasser passionnément et utilise sa main libre pour faire remonter sa robe. Cette fois, Élisabeth panique. N'étant pas comme lui sous l'effet d'une drogue quelconque, elle vit la chose dans son contexte réel.

-Non! Pas comme ça!

-Je te désire depuis si longtemps… Je ne peux plus attendre.

Reprenant possession de sa bouche avec appétit, le professeur promène ses mains sur le corps d'Élisabeth lui tirant malgré elle des gémissements de plaisir.

-Tu vois que tu aimes! Laisse-moi te donner du plaisir! Je veux que tu sois mienne.

Élisabeth vient pour répliquer, mais William couvre sa bouche à l'aide de sa main. Il détache le reste de sa robe et tombe sur elle à la rencontre de son cou. Soudain, il se fige. Craignant la suite, Élisabeth ne se risque même pas à respirer. William redresse son torse et lui tâte le cou comme si elle avait une imperfection quelconque. Il pose sa main au centre de sa poitrine, empoigne un objet qui n'est là que dans son imagination et se laisse gagner par une rage sans nom.

-Non! Pas toi! Tu vas me le payer! Tu n'as pas pu m'attendre! Ton père m'avait bien prévenu!

Il pose ses deux mains sur son cou, commence à l'étrangler tout en continuant à l'injurier à travers ses sanglots. L'image de l'un de ses rêves se superpose à la réalité tandis qu'elle perd le sens de ses paroles en même temps qu'elle se sent sombrer dans le néant. C'est alors qu'elle pense au poteau. Il la maintient captive, mais, bien utilisé, il peut aussi devenir une arme. Utilisant ses jambes qu'elle redresse vers l'avant, elle le pousse violemment vers le poteau. La tête de William heurte fortement le morceau de bois lui faisant aussitôt perdre conscience. Il s'écroule lourdement par terre à côté d'Élisabeth. Au bout de quinze minutes, lorsque ses larmes cessent, la jeune femme se lève et de jette un œil sur son compagnon. Après avoir tâté sa tête à la recherche de sa blessure, Élisabeth déchire un morceau de son chandail afin de lui fabriquer un bandeau. Elle couvre la plaie ouverte qu'il a maintenant au front et l'installe plus confortablement sachant très bien qu'il va dormir encore pendant quelques heures.

Accotée contre le poteau, à nouveau en contrôle de ses émotions, elle cherche à reconstruire l'histoire qu'elle croit connaître de mieux en mieux en utilisant la scène qu'elle vient de vivre avec William. À partir de ses rêves, elle savait maintenant qu'elle rêvait à une africaine et que cette noire était probablement la fille d'un homme très important dans un village quelconque. Manifestement, elle devait épouser un homme choisi par son père. Un homme qui possédait des pouvoirs magiques et un certain ascendant sur sa famille. Cet homme, beaucoup âgé qu'elle était impliqué dans activités illégales et avait su utiliser une faiblesse de son père pour que celui-ci soit obligé de lui promettre sa fille.

Un rêve plus récent lui avait montré la scène dramatique qui s'était jouée entre son père et la jeune africaine lorsqu'il lui avait appris qu'elle allait devoir épouser le vieil homme. Mais sa relation avec le personnage de William auquel elle n'avait jamais rêvé auparavant, était différente. Élisabeth se demande alors si la fille pourrait avoir été amoureuse d'un autre jeune homme.

Même si elle n'était pas droguée elle-même en ce moment, Élisabeth n'avait pu que constater que l'africain qui s'exprimait par William l'avait embrassée avec tendresse, comme une personne sûre de la réponse qu'elle va obtenir. Alors que jamais dans les rêves, elle n'avait été sensible, ni même répondu avec affection aux avances du vieil homme à qui elle était promise.

Il lui restait également à découvrir pourquoi la colère de William s'était tournée contre elle après un certain temps et surtout ce qu'il avait vu autour de son cou pour le mettre autant en colère.

Elle repense alors au rêve qu'elle avait fait avant de partir pour l'Afrique où elle était été jetée vivante dans la terre et qu'un homme l'avait tâté en sanglotant. Lui aussi avait trouvé sur elle un objet qui l'avait enragé. Il lui avait passé autre chose autour d'un cou et l'avait jeté vivante dans un trou.

-Lequel était-ce, son fiancé ou son amant?

Toujours occupée à réfléchir, Élisabeth ferme les yeux et s'endort sans même remarquer la présence d'un homme qui vient d'entrer dans la hutte. Le sorcier observe la scène, paraît satisfait, verse un liquide verdâtre dans la bouche de la jeune femme avant de quitter la hutte sur la pointe des pieds.

Une heure plus tard, alors que de la lumière commence à souligner légèrement certaines parties du sol s'infiltrant du plafond, William ouvre les yeux. Une douleur au ventre le reprend. Une autre souffrance, moins vive celle-là l'oblige à se tâter le front. Étonné d'avoir un bandeau, il vient pour le retirer constatant que celui-ci est collé sur une plaie séchée. Il essaie de retirer les bouts de tissus en tirant lentement dessus. Le sang recommence à couler légèrement en même temps qu'il réalise qu'il tient un morceau de son chandail. Tournant la tête vers la jeune fille, il l'entend qui s'éveille à son tour.

-Que m'est-il arrivé? Lui demande-t-il alors en faisant allusion à sa blessure.

-Vous vous êtes cogné en cherchant une issue dans le noir.

-J'aurais juré que vous étiez noire un peu plus tôt!

-Parlez-vous swahili?

-Non… pas un mot!

-C'est bien ce que je pensais! Vous avez rêvé cette nuit?

-Non, je m'en souviendrais! Par contre, j'ai eu mal au ventre.

-Plus maintenant?

-Non! Je vais me remettre à chercher une issue…

Pendant que William se redresse et marche autour de la hutte à la recherche d'une sortie, Élisabeth s'allonge à nouveau, soudain fatiguée. Elle ferme les yeux et se met à gémir doucement comme seule une amante peut le faire lorsqu'elle cherche à séduire un homme. Intrigué, William pose les yeux sur elle.

-Professeur venez! Approchez-vous de moi, il faut que je vous parle.

Prenant tout son temps afin de garder le contrôle de la situation, William va s'agenouiller à ses côtés. Élisabeth pose alors la main sur sa cuisse pour attirer son attention.

-On m'a droguée à nouveau… j'en reconnais les effets. Vous aussi peut être! Il ne faut pas rester près de moi! Je vous dirai des choses! Je ne serai pas moi-même…

-Mais je ne sais même pas qui vous êtes!

Le corps d'Élisabeth est secoué de tremblements. William observe la scène avec intérêt et crainte. La main d'Élisabeth grimpe plus haut sur la cuisse de William. Celle-ci se pose finalement sur le devant de son bermuda avec une intention évidente. Déjà bien disposé sans pouvoir se l'expliquer, William regarde la jeune fille qui s'excite devant lui.

-Embrasse-moi! Je veux que tu me fasses l'amour!

Utilisant son autre main, Élisabeth saisit William par le cou et rapproche sa tête de sa bouche.

-Embrasse-moi… Vite…

-Vous ne savez pas ce que vous dites! Réplique William tentant de se libérer.

Élisabeth pose sa bouche contre la sienne pour le faire taire. Foudroyé par le désir, William ouvre les lèvres et accueille se langue dans sa bouche. Enivrée et encouragée par la réaction de l'homme qui répond à son appel, Élisabeth s'installe sur lui et commence à le déshabiller tout en le caressant et l'embrassant. Fiévreux, William devient uniquement attentif au désir qu'il a de la faire sienne. Jamais auparavant il n'avait désiré une femme autant que celle-ci. Lorsqu'il est presque nu et qu'elle commence à remonter sa robe africaine, William la retourne sur le sol et s'allonge sur elle.

-Prend-moi vite… je te veux en moi.

-Je vous désire aussi.

-Je veux que tu sois le premier! Je dois épouser cet homme! Mais c'est toi qui seras mon premier amant.

-Je ne peux pas faire ça! On ne se connaît pas vraiment….

-Si moi je te connais… je t'aime depuis si longtemps… je te veux, tout de suite.

Faisant un effort considérable pour se détacher d'elle, William se recule, ramasse ses vêtements et s'installe dans un coin pour s'habiller. Regardant ailleurs, il entend la jeune femme l'appeler constamment et gémir avec sensualité. Finalement, au bout d'une longue heure, les gémissements diminuent pour laisser place à un ronflement délicat signe qu'elle s'est enfin assoupie.

Cette fois, le jeune homme ne veut plus se laisser surprendre. Croyant avoir trouvé une petite porte à la hutte, William se tient tout contre le mur attendant patiemment qu'une personne daigne entrer. Dès que celle-ci bouge, William saute sur la silhouette qui entre et l'assomme. Une fois à l'extérieur, il constate qu'il n'y a pas de gardiens autour de la hutte. Cherchant des yeux un objet tranchant qu'il pourrait utiliser pour couper les liens de la jeune femme, il remarque plutôt que des hommes blancs sont rassemblés autour de la hutte du chef.

S'approchant discrètement, William constate que le vieil homme parle avec Charles, Jane et quelques autres membres de son équipe. Charles montre une photo au sorcier. Celui-ci hausse les épaules puis pointe vers l'horizon. Une vive douleur lui déchire le ventre l'obligeant à se plier en deux au moment même où il s'apprêtait à crier pour attirer leur attention. Comprenant qu'il y a de la magie derrière sa douleur, William quitte l'emplacement espérant ainsi échapper à cette violente douleur et à l'emprise de son ravisseur. La douleur augmente tant et tant qu'il finit par s'affaisser sur le sol sans connaissance.

Lorsqu'il s'éveille à nouveau, il fait noir, la douleur est encore là, mais beaucoup moins forte. Il se redresse, écoute les bruits ambiants et se relève lentement. Désorienté, il cherche une piste à suivre. La chance semble être avec lui. Un sentier se dresse à quelques pas de lui. Celui-ci est suffisamment bien dégagé pour indiquer qu'il est emprunté très souvent. Ne sachant de quel côté aller, il opte pour la droite et s'engage dans cette direction en se tenant toutefois sur ses gardes. Après une bonne demi-heure de marche, il entend des voix et perçoit de la lumière. Comme l'intensité de celle-ci varie souvent, il comprend qu'il s'agit d'un feu de camp et qu'il doit être près d'un village ou de son campement. Les deux peuvent être similaires en apparence de loin. Prudent, il s'écarte du sentier tout en le suivant parallèlement. Écartant les feuilles des arbres qui se trouvent aux abords de l'endroit d'où proviennent les voix, il aperçoit finalement une scène troublante. Le sorcier et plusieurs hommes molestent la jeune femme avec laquelle il a été enfermé dans la hutte. Il reconnaît la robe africaine qu'elle porte. Le sorcier ordonne qu'elle soit attachée devant lui de manière à ce que ses bras soient de chaque côté et dans les airs. Puis, sortant deux lanières de cuir de derrière son dos, il les remet à deux hommes et leur donne des ordres dans une langue que William ne comprend pas. Les deux hommes vont se placer dans le dos de la jeune fille tandis que le sorcier s'adresse directement à elle.

-Où a-t-elle été enterrée?

-Je ne sais pas!

-Pourquoi l'as-tu laissé partir? Tu devais le retenir!

-Je vous en prie… laissez-moi tranquille! Je ne comprends rien à votre histoire…

-Tu as été choisie… que tu le veuilles ou non… Tu dois mourir… et cet homme aussi.

-Laissez le professeur Darcy en dehors de tout ça!

-Où sont les diamants… les autres… Où sont-ils?

-Mais de quoi vous parlez?

Insatisfait de sa réponse, le sorcier ordonne aux deux hommes de la fouetter. Les coups commencent à pleuvoir rythmés par les cris déchirants que la jeune femme laisse sortir malgré elle. Écœuré, William rebrousse chemin comprenant qu'il ne peut rien contre tous ces hommes et encore moins contre le pouvoir du sorcier. Il ne sait même pas s'il lui sera possible de trouver son chemin vers le campement. Il marche depuis quelques minutes lorsqu'il réalise que les cris de la jeune fille lui ont sans doute été très utiles pour savoir dans quelle direction aller. Tant que ceux-ci s'éloignaient, il était certain d'être sur la bonne voie. Maintenant que les cris avaient cessés, il n'avait plus rien pour le guider. Au bout que cinq autres minutes, ses sens perçoivent des voix et de la lumière de plus en plus nettement. Quittant le sentier pour la seconde fois, épuisé, il écarte les feuilles et reconnaît Charles à travers le groupe d'homme qui discutent autour d'un feu.

Dès que Charles voit la silhouette qui sort des broussailles, il se lève, met l'intrus en joue avec son arme et lui demande de s'identifier.

-Qui va là?

Tenant à peine sur ses jambes, William répond à bout de souffle : C'est moi! William Darcy! Il tombe à genoux, soulagé d'être revenu au campement.

Charles laisse tomber son arme et se rue vers lui.

-William! Caroline, viens vite?-De l'eau, va me chercher de l'eau Caro!

-Pourquoi?

-William est là… va chercher l'aide soignant! Et revenez avec de l'eau.

-Mène-moi jusqu'au poste de radio? Lui demande alors William à voix basse.

-Quoi, qu'est-ce qui se passe? Où étais-tu? Le questionne Charles tandis qu'il le soutient en direction de sa tente.

-J'étais retenu prisonnier au village… par celui qui se fait appeler le sorcier…

-Oh, mon Dieu, professeur Darcy… Dans quel état êtes-vous? S'exclame Caroline en suivant les deux hommes dans la tente et détaillant William.

L'aide-soignant entre derrière elle, examine William et commence à désinfecter sa blessure à la tête.

-Caroline Bingley? Vous êtes revenue depuis quand?

-Aujourd'hui, comme prévu! Et vous? Où étiez-vous?

-Charles, il faut que tu contactes les autorités! Cet homme, le sorcier, il a une autre prisonnière! J'ignore son identité, mais je sais qu'elle est là depuis quelques jours! Elle n'a pas réussi à s'échapper. Je n'ai pas pu la libérer.

-Est-il possible qu'il s'agisse d'Élisabeth? Demande Caroline à son frère.

-Élisabeth? La questionne alors William.

-Celle qui voyageait avec moi! La photographe du National Geographic que vous avez engagée pour me prendre en photo.

-Je n'ai engagée personne d'autre que Jane!

-Mais la jeune femme qui était avec vous! Qui est-ce alors? Lui redemande Caroline.

-Elle ne m'a pas dit son nom… elle délirait la plupart du temps de toute façon…

-Que te voulait le sorcier d'après toi?

-Il semblait s'intéresser beaucoup au diamant rose!

-Celui que Jane aurait pris en photo? Demande Charles aussitôt.

-Caroline, voudriez-vous aller chercher Jane… j'aurais des questions à lui poser!

-Ça ne peut pas attendre? Tu viens à peine d'arriver! Ajoute Charles inquiet pour son ami.

-Une jeune femme est encore prisonnière là-bas…

L'aide-soignant profite de ce que Caroline est partie chercher Jane et que Charles discute avec les autorités pour soigner les autres blessures de William.

-William… comme je suis contente de vous savoir sains et sauf! Lui dit Jane en entrant à son tour en compagnie de Caroline.

-Je suis heureux d'être arrivé à m'échapper surtout…

-Vous avez besoin de moi?

-Oui… racontez moi donc tout ce que vous savez à propos du diamant rose que vous avez photographié pour votre article.

-Et bien! La première chose que vous devez savoir c'est que ce n'est pas moi qui ai pris la photo… Je me suis contentée d'écrire le texte.

-Je ne comprends pas?

-C'est toujours ma sœur qui prend les photos!

-Mais oui, c'est Élisabeth Bennet! Celle que tu avais engagée pour la couverture photo du voyage… Ajoute Caroline.

-Oui, sauf que ça ce qu'elle vous avait fait croire…

-Elle voulait venir jusqu'ici pour prendre vos photos? Demande William sans quitter Jane des yeux.

-C'est ça oui! Le National Geographic refusait de nous engager toutes les deux! Mais d'un autre côté, je ne pouvais faire seule le travail que vous me demandiez! Ma sœur s'est donc arrangée pour venir ici par ses propres moyens…

-Elle m'a menti! Réplique Caroline outrée.

-Il aurait été bien plus simple de nous dire la vérité… Se permet d'ajouter Charles qui avait terminé son appel de puis quelques secondes et avait gardé le silence jusque là.

-Je sais, mais nous nous étions déjà renseignées. L'expédition ne pouvait se permettre d'accueillir une personne de plus. Même si ma sœur et moi partagions mon salaire.

-Vous n'êtes pas payée séparément?

-Non, c'est le sacrifice que nous devions faire le temps de nous faire connaître…

-Comment décririez-vous votre sœur? Demande William après quelques secondes de réflexion.

-C'est une personne entêtée…

-Physiquement, je veux dire…

-Elle a les cheveux bruns et bouclés… Elle plus petite que moi, aussi mince… Ses yeux sont noisettes…

-La jeune femme qui était prisonnière avec moi pourrait correspondre à cette description…

-Vous croyez que c'est cet homme qui la maintiendrait prisonnière? Mais pourquoi?

-Il voulait savoir ce que nous savions au sujet du diamant rose… et votre sœur… enfin! Si c'est bien elle, semblait en savoir plus que moi sur le sujet.

-Vous a-t-elle parlé de ses rêves?

-Non!

-Vous croyez vraiment qu'il pourrait s'agir d'elle?

-Il y a de fortes chances! Se tournant vers son ami : Charles?

-Oui!

-Que t'ont répondu les autorités? Tu as pu parler à John?

-Ils envoient quelques hommes armés directement dans le village. Ils vont fouiller toutes les huttes. Si elle est là, ils vont nous contacter aussitôt.

-Mademoiselle Bennet? Il y a une chose que je ne m'explique pas… Demande William à la jeune femme après un certain temps.

-Quoi?

-La personne qui était avec moi dans la hutte, semblait me connaître! Mais s'il s'agit bien de votre sœur, comme nous l'espérons tous! Elle n'aurait pas du me reconnaître…

-C'est que… Elle vous connaît de vue!

-Je n'autorise personne à me prendre en photo! Mis à part la photo prise récemment à l'aéroport! Je n'ai jamais été photographié.

-Elle a sans doute vu cette photo?

-C'est elle qui l'a prise vous voulez dire!

-C'est ça oui! Impressionnée malgré elle par l'esprit de déduction du professeur.

-Elle a sans doute voulu faire un coup d'argent en la vendant dès son arrivée à Kisangani.

-Je suis désolée professeur Darcy! Dès que ma sœur aura été retrouvée! Je quitterai le campement! Ajoute Jane devinant que William ne voudrait plus travailler avec elle non plus.

-Mais qui s'occupera du journal? Ose demander Charles.

-Je peux très bien prendre des notes soignées… Dit Caroline tout bas.

-Je… Je suis sincèrement désolée… Ajoute Jane se sentant soudainement de trop et retenant difficilement ses larmes.

De retour dans sa tente, Jane pleure abondamment. Passant devant sa tente pour regagner la sienne, Charles lutte contre son envie d'aller la consoler. Toutefois, connaissant les dispositions de William concernant les deux sœurs, Charles poursuit son chemin le cœur lourd. Une fois sa peine calmée, Jane entreprend de rassembler ses affaires, sans oublier les appareils de sa sœur.

Quelques heures plus tard, Charles se présente tout de même à l'entrée de sa tente. Il l'interpelle avant de faire son entrée. Jane l'invite alors à s'asseoir sur le seul lit disponible compte tenu que le second est couvert par ses bagages.

-Ils ont retrouvé la jeune fille! Ils viennent tout juste de me contacter! William est profondément endormi alors j'ai accepté qu'ils la mènent jusqu'ici…

-Elle est vivante?

-Oui, mais son état suscite tout de même un peu d'inquiétude! John, notre représentant et chef de l'équipe de secouristes croit qu'elle doit être soignée le plus rapidement possible. Elle doit reprendre des forces! J'ai donné l'ordre qu'elle soit conduite ici où elle pourra recevoir les premiers soins! Vous pourrez en profiter pour l'identifier?

-Merci Charles!

-Dès que nous serons certains de son identité, nous nous chargerons de la faire transporter à l'hôpital le plus près! Enfin, dès qu'elle sera en mesure de voyager….

-Le professeur sera furieux…

-John croit que c'est la meilleure solution.

-Pouvez-vous l'installer ici… dans ma tente?

-Oui… bien entendu… l'équipe devrait arriver d'ici 30 minutes.

-Qu'est-il arrivé à l'homme qui l'a enlevée?

-Les autorités l'ont arrêté… il sera conduit en ville pour être interrogé…

Charles repartit, Jane n'en peut plus d'attendre. Elle quitte sa tente et va s'asseoir auprès de Caroline qui est assise autour du feu.

-Quand je pense à ce que votre sœur à fait… j'ai des frissons dans le dos…

-Quand je pense à ce qu'elle a enduré dans ce village, c'est moi qui ai des frissons dans le dos…

-Personnellement… je trouve que le mensonge est la pire façon de régler un problème.

-Tous ceux qui n'ont pas eu à se battre pour se tailler une place parlent comme vous!

-Vous croyez donc que la fin justifie les moyens?

-Je n'ai pas dit ça! Mais de toute façon qui êtes-vous pour nous juger, hein? Vous qui avez été élevée dans la soie… avec un héritage qui vous attendait pour vous permettre de réaliser vos plus grands rêves… vous ambitions…

-Je n'ai bénéficié d'aucune faveur pour entrer dans les plus grandes universités…

-Ma sœur et moi avons été acceptées dans les meilleures écoles du pays… et si nous n'avons pas pu y aller … c'est à cause de la somme exorbitante qu'il faut débourser pour y étudier. Nous sommes quand même allées à l'université, mais nous avons dû choisir celle qui demandait le moins d'investissement.

-C'est là que vous avez appris à mentir! Et à tricher j'imagine?

-C'est là que nous avons appris à nous battre pour survivre…. Étudiant le jour et travaillant le soir ou même la nuit pour pouvoir payer nos études….. Nous habitions le même appartement…

-Comme c'est touchant…. J'en pleurerais presque…

-Caroline! C'est assez! Lui lance Charles qui s'était approché doucement dans l'intention de prévenir Jane de l'arrivée de sa sœur.

-Venez, suivez-moi Jane! John voudrait que vous veniez la voir pour l'identifier!

Pendant que Charles entraînait la jeune femme avec lui, Caroline se demandait encore si le feu était aussi brûlant que le regard incendiaire que son frère avait jeté sur elle en quittant.

À suivre.

Miriamme