Arf, j'suis à la bourre d'un petit jour. Bon ça arrive, y'a pas mort d'homme. Et pour ma défense, pas moyen de me connecter au site hier...
Alors je vous souhaite un très bon dimanche, pas trop froid j'espère ? Là où je suis, il fait pas loin des 30° en journée, drôle d'hiver…
Deuxième partie de la journée en ce lundi pour nos deux protagonistes.
Enjoy the reading.
Chapitre 3 – Lundi, jour et nuit.
Régina, Cimetière de Storybrooke. Lundi – 08:56 PM.
La lune réfléchit ses rayons blafards sur le capot de la Beetle jaune que j'exècre depuis des années. La portière s'ouvre sur la blondeur de mèches frivoles, dont les miroitements lunaires semblent extra-terrestres. Elle est à l'heure. Est-ce un chemisier cintré sous son hideuse veste rouge ? Le pochon se balançant légèrement à sa poigne au rythme de ses pas contiendrait-il mon repas ? Miss Swan est pleine de surprise en ce lundi soir.
La fin du monde est sans doute imminente.
« Bonsoir, j'espère ne pas avoir trop fait patienter Sa Majesté. »
Un clin d'œil majorant sa boutade me dissuade de m'en formaliser.
« Pas le moins du monde, très chère, je viens tout juste d'arriver. »
Un pieux mensonge puisque je révise notre séance depuis plus d'une demi-heure, après m'être recueillie quelques instants sur les sépultures de mes parents. Il y a longtemps que je ne leur ai accordé une pensée nostalgique.
« Voyons Régina, avec vous je sais toujours quand vous mentez. » A force d'affirmer l'efficacité de son super pouvoir, je vais finir par y croire. « Tenez. Votre repas. », dit-elle le pochon tendu dans ma direction. « Je vous ai pris un burger et des frites en passant chez Granny. »
La saloperie. Voilà qu'elle tente de m'empoisonner à coup de cholestérol en intraveineuse. J'envisageais les désagréments du lundi derrière moi.
Sans ménagement, j'empoigne l'emballage dans un soupir réprobateur qui en dit long sur mon opinion quant à ses lubies alimentaires.
« Miss Swan, m'avez-vous seulement déjà vue manger un de ces mets sur-caloriques ? »
« Justement, je vous trouve une petite mine. Un peu de gras vous fera pas de mal. », avance-t-elle pour toute excuse. Elle n'a pas tort. Ces derniers temps, l'appétit me fait défaut autant qu'une présence réconfortante sous mes draps. Je soupçonne cette soirée propice à me changer les idées, comptant sur la compagnie du Sheriff toujours distrayante. Même si les afters du lundi ne sont pas aussi cocasses que ceux du vendredi quand elle abuse de la bouteille au Rabbit Hole.
Marchant côte à côte, nous nous arrêtons devant l'entrée du caveau familial Mills. Elle me surprend en ouvrant galamment la lourde porte, comme si elle m'invitait chez elle. Etrange comme impression, étrange que ça ne me dérange pas.
Dans un silence zombifique, je la guide dans le dédale de pierres humides jusqu'à l'antichambre recélant mes trésors occultes. Ses yeux scrutent chaque recoin, cartographient le labyrinthe sous-terrain, comme pour s'assurer de pouvoir en réchapper. L'austère éther de l'endroit l'affolerait-il? Pourtant ce n'est pas la première fois que ses bottes foulent ce sol dur à l'essence hostile. La dernière fois était un lundi similaire à aujourd'hui.
Flashback.
« Que dois-je faire pour que vous me laissiez seule, Swan ! Allez-vous-en. » Mon ton est sans appel.
Quel toupet ! Non contente de briser mon bonheur (une fois n'est pas coutume) en ramenant la femme de Robin d'entre les morts, voilà qu'elle profane la sépulture des miens par sa présence mielleuse. Malgré mon air belliqueux, elle ne bouge pas d'un poil. Quel est votre problème, miss Swan ?
« Je suis une idiote. »
Ah, première parole censée de la journée.
« Enfin une chose sur laquelle nous sommes d'accord. »
Je ne parviens pas à décolérer contre elle. Sa chance réside en mes résolutions prises à l'égard d'Henry, qui annihilent toute vendetta préméditée envers sa mère biologique.
« Je suis une idiote parce que j'ai déjà fait ça avant. »
Impuissante et faible, l'invective devient mon bouclier salvateur.
« M'énerver, oui en effet. »
A quoi joue-t-elle ? Quel est son plan ? Un énième mea culpa qui n'aura pour résultat que de décupler mes envies de meurtre envers la famille Charming ? Elle m'irrite, pourtant je l'écoute.
« Quelqu'un est venu dans ma vie il y a longtemps et j'ai cru qu'on pourrait devenir meilleures amies… »
Un chose m'interpelle et me réduit au silence. Sa voix est douce, presque un murmure. Si je suis vulnérable en cet instant, miss Swan semble soudain se mettre à nu. Elle s'engage dans un court monologue, m'offre une page de sa vie qui, de la façon dont elle l'évoque, n'appartenait qu'à elle seule. Une confusion détourne mon regard du sien au moment où la confession devient plus intime que ce que notre relation complexe autorise.
« Mes parents ne savent pas ce que c'est de se sentir rejetée et incomprise, pas comme je le comprends, pas comme vous le comprenez. D'une certaine manière c'est ce qui nous rend… Je sais pas… uniques. Peut-être même spéciales.
Réaction insolite en provenance de mon thorax. L'entendre prononcer ce « nous » en ayant conscience qu'il s'agit d'elle et moi… Pourquoi accueillir ce lien contre lequel je me bats depuis notre première rencontre ? Mes bras enlacent ma taille bien que je n'ai pas froid.
« Je n'essayais pas d'apaiser ma culpabilité. Je cherchais à ce que vous deveniez mon amie. »
Cette révélation n'en est pas vraiment une. La droiture exsude dans ses excuses. Sa ténacité à me témoigner des remords face à la mienne de les ignorer est un tourment. Un doute, une question soulève un raz-de-marée d'incompréhension dans mon esprit. Pourquoi moi ? Elle-même ne saurait y répondre.
« Vous avez cru que nous étions amies ? »
« C'est dingue, pas vrai ? Mais je pensais que c'était possible. »
C'est une virtualité que je ne peux simplement pas envisager miss Swan, quand bien même je le désire sincèrement.
« Je n'arrêterai pas d'essayer, même si vous voulez toujours me tuer. »
Croit-elle vraiment cela ? Ses talons engagent un demi-tour, finalisant notre conversation. Non, elle ne peut pas partir sur cette conviction.
« Emma, attendez. » Sa figure me fait face à nouveau, miroir de ses attentes énigmatiques. « Je ne veux pas vous tuer. »
Soyons honnête, il n'y a rien de plus vrai. Et l'éclat de son sourire m'exhorte à croire que cela la charme.
« Vous voyez, c'est un début. »
Un début… Un début à quoi ?
Fin du flashback.
_'oOOo'_
Emma, Caveau Mills. Lundi – 09:04 PM.
Mes lèvres s'étirent dans une minauderie attendrie chaque fois que je me remémore notre dernière altercation dans ce lieu. Evidemment qu'elle n'a pas envie de me tuer. Je suis certaine qu'elle n'en a jamais eu la réelle intention. Sommes-nous amies pour autant en ce paisible épilogue de lundi? Je pense que l'énigme mériterait une reconsidération probatoire.
Mon hôte pose son regal séant sur l'espèce de sofa Louis XIV qui tapissent le fond de cette immense alcôve, dont la surface est recouverte au trois quart d'une carpette aux couleurs sombres. J'ai jamais mis les pieds ici. Ou peut-être que si. Cette tombe est un gouffre sans fond.
« Faites comme chez vous, très chère, ce n'est pas la place qui manque. Et lisez ceci consciencieusement pendant que je déguste mon sandwich hyper protéiné, puisque mon métabolisme en déplore la disette selon votre expertise médicale. », m'ordonne-t-elle, acide, tout en agitant sous mon nez une chemise cartonnée estampillée lundi.
Dieu, qu'elle est saumâtre quand elle joue son rôle de régente capricieuse.
Je capture au vol le dossier écrouant mystérieusement l'affaire de cette veillée et chute pesamment dans une causeuse en velours. Mes jades survolent les lignes une seconde avant de retrouver le visage de Régina, figée devant le contenu révélé de son pochon surprise.
« … » Un étonnement furtif, une fossette calomniatrice de sa berlue.
« … » Une ingénuité feinte, une fossette pitoyablement notoire de ma fierté.
« Vous trouvez cela amusant, je suppose ? » s'enquit-elle, l'exacte identité du menu du lundi (club poulet et salade piémontaise) dévoilée par ses doigts fins.
« Régina, vous satisfaire est mon unique préoccupation. »
C'est reparti. Pourquoi je m'escrime à perpétrer ce rentre-dedans ridicule ? Elle va encore me rembarrer. Mon amour des vestes devrait s'en tenir uniquement au domaine vestimentaire.
« Eh bien, vous êtes sur la bonne voie miss Swan. »
Quel air condescendant. Ahah, elle est géniale quand elle fait ça.
Délicatement, ses dents arrachent une bouchée, pas une miette à côté et ses yeux me dévisagent comme si j'étais à la place de l'infortuné casse-dalle. Ma salive assèche ma trachée, je replonge dans une lecture studieuse.
« Alors, quels sont vos projets ? » Pas assez précis, un toussotement et je reprends. « Je veux dire, pour lundi, enfin euh… ce soir ? »
Parfait... J'ai l'impression que la moindre sentence rime à une proposition immorale. Dieu merci, Régina a l'esprit moins tordu que moi. C'est naturellement qu'elle annonce une fois sa bouchée gobée :
« Nous allons tenter une projection spectrale. »
Bordel, qu'est-ce que c'est que ce truc ? Le terme m'inspire une expérience plutôt hasardeuse ? Voire périlleuse ? La sérénité de ma professeure tait instantanément ces craintes stériles. Pas envie de lire son papelard, je préfère qu'elle développe. Ses explications sont toujours méticuleusement claires. J'écarte le dossier, les coudes sur les genoux, j'attends. Mon faciès d'inculte suffit à déclencher le moulin à paroles. Elle est bavarde les lundis.
« La projection astrale permet à l'âme de prendre vie sous forme de représentation holographique, visible par une tierce personne. Vous pourrez communiquer avec elle mais serez dans l'incapacité d'interagir, car ce n'est qu'un simple transfert magique, une apparition sans consistance physique. »
Rien que ça, je dois envoyer mon âme en balade, sans filet de sécurité ?
« Cette opération est sans risque ? »
J'ose la question, mais je flippe pas hein. Je veux juste son avis professionnel. Pourtant ses traits impriment une moue moqueuse. La vilaine.
« La Sauveuse aurait-elle les chocottes ? »
Bon, la prochaine fois, je m'abstiendrai et garderai mes candides sollicitations pour Rumple. Il sait se montrer diplomate, lui. Même les lundis.
Flashback.
« Deviendrai-je gâteux ou est-ce qu'une insolite amitié poindrait le bout de son nez ? »
M. Gold. Quel rôle tient-il au juste dans ce merdier ? Henry est à l'hôpital, entre la vie et la mort, parce qu'il a mangé… un chausson aux pommes empoisonné ? A mes côtés, sa mère adoptive, ma patronne, stricte dans son tailleur trois pièces, brushing impeccable, ayant dernièrement tenté de me tuer, manœuvre vers l'homme dont le nom carillonne comme une ultime espérance : Rumplestiltskin.
Je vais me réveiller. Dans une petite minute. Non ? Et merde.
« On a besoin de votre aide. » Inutile d'y aller par quatre chemins. Le bonhomme doit être au courant du fait divers qui nous amène.
« Oui, en effet. » Qu'est-ce que je disais... « Il semble qu'un mal tragique s'est abattu sur notre jeune ami. Je t'ai dit que la magie vient toujours avec un prix. » Cette phrase est dédiée à Régina, dont la jointure des phalanges se délave sous la même pression qui visse sa mâchoire. Gold, c'est pas le moment de me l'énerver.
« Henry ne devrait pas avoir à le payer. », le contre-t-elle fermement.
Mais le vieux ne l'entend pas de cette oreille et enquille une leçon de morale en annexe.
« Non, TU devrais. Mais hélas, nous en sommes là. »
Un coup d'œil rapide à ma voisine pour m'enquérir de son état émotionnel. Le regret est tout ce qu'il y a de décryptable sur ses traits d'ordinaire si sévères. Ce n'est pas son procès. Pas maintenant.
« Pouvez-vous nous aider ? » Je lui rappelle le motif de notre visite pour qu'il détourne son attention d'elle. Qu'elle souffle un peu. Le temps presse.
« Bien sûr. Le véritable amour, miss Swan, est la seule magie suffisamment puissante pour transcender les royaumes et briser toute malédiction. Heureusement pour vous, j'en ai un peu en bouteille. Juste en fusionnant par alchimie les brins de cheveux de vos parents. » Evidemment, fastoche.
« Tu l'as fait… » Régina semble estomaquer par ce communiqué. Ben quoi ? Rien d'étonnant. On est plus à ça près.
« J'en ai versé une goutte dans mon café ce matin, j'ai pété la forme toute la journée. Oh et une goutte aussi sur le parchemin de la malédiction noire, en guise de soupape de sécurité. »
Attends, il m'a perdue en cours de route là. Comment ça, de soupape ?
« Comment ça, de soupape ? »
« Roh miss Swan, pour l'amour du ciel, faites un effort et suivez un peu ! C'est vous, la soupape salvatrice, vous seule pouvez briser la malédiction ! » s'excite madame le Maire, en me flanquant une bonne tape à l'épaule.
C'est dingue ça. J'ai le droit d'être un peu paumée, non ? Et puis je m'en fiche de la malédiction, tout ce qui importe, c'est Henry.
« J'en ai rien à foutre de la briser, votre malédiction ! La seule chose qui compte, c'est sauver Henry ! » Et vlan, dans ta face, votre Majesté.
« Alors c'est votre jour de chance. J'ai gardé un peu de potion, pour les jours pluvieux. », intervient Gold, un sourire entendu en coin.
Genre, il va me faire gober qu'il connaissait le dénouement depuis le début ? Pauvre type.
« C'est une putain de tempête qu'on affronte, Rumple ! Où est-elle, cette mixture ? » La vache, Régina vient-elle de jurer ? Je l'ai jamais vu sortir de ses gonds au point de révoquer les règles de bienséances. L'heure est grave.
« Toi, tu ne feras rien. C'est à mademoiselle Swan de s'en charger. »
Devant le ton despotique, elle ne fléchit pas.
« C'est mon fils, c'est à moi de le faire. »
Euh, si je puis me permettre, c'est aussi le mien, à priori.
« Sauf ton respect, c'est son fils à elle. » Ah, qu'est-ce que je disais. « C'est à elle de s'en charger. », répète-t-il.
Cette décision ne la ravit manifestement pas. Elle n'insistera pas si je me montre convaincante.
« Je PEUX le faire. » Ouais, c'est bon ça.
« Ne lui faites pas confiance. », me met-elle en garde. La frousse qu'il m'arrive une mésaventure, ma Reine ?
« Quel autre choix avons-nous ? » Ayez foi en moi pour nous deux, s'il vous plait Régina.
« En effet ma chère, quelle autre solution vous reste-t-il ? » Il aime la piquer, la canaille.
Finalement, nous capitulons de concert. Lourdement, un long coffret est posé sur le comptoir. Secrètement, Gold en révèle le contenu. Une épée. L'épée de mon père. Tant pis pour les cours d'escrime que mes parents m'ont jamais payés.
Fin du Flashback.
Avec le recul, je me rends compte que Rumplestiltskin m'a toujours gentiment guidée dans son propre intérêt, alors même qu'il s'évertue à déjouer les stratégies machiavéliques de son ancienne apprentie dans son intérêt à elle.
Merci d'avoir lu, j'espère que vous y avait pris du plaisir et même si ce n'est pas le cas, une tite review ne fait pas de mal. A bientôt !
