Bonjour, bonsoooir, me revoilà enfin avec un nouveau chapitre et notre chère Ama. Je vous souhaite une bien bonne lecture pour ce chapitre qui est, encore une fois, plus long que le précédent !

.


CHAPITRE 3 : PARTAGÉE

.

.

« Le silence des vivants est plus difficile à comprendre que celui des morts. »

Un roman français, Frédéric Beigbeder

.

.


Ici, c'est la cohue. Les gens sifflent, crient, ou même profèrent des insultes qui ne manquent pas de me faire demander ce que je fais au beau milieu de ce monde. J'ai la furieuse envie de partir, je ne veux pas assister à ce désastreux spectacle, mais malheureusement, je suis obligée. Tout Woodbury est là, du moins les adultes, réuni autour du terrain qui sert d'ordinaire à défier Merle au combat. Bien que le but est différent, cette fois-ci, Merle est pourtant au centre de l'attention. Il me semble moins motivé que d'habitude et je ne peux que le comprendre. Je n'ai pas de mots assez forts pour décrire cette scène, ces deux frères qui se font face, ces deux frères qui vont devoir se battre jusqu'à ce que l'un abandonne. Je suis complètement perdue, comment est-on arrivé à un tel extrême alors que nous prônions le fait d'avoir gardé la civilisation intacte ? Ça me file la gerbe.

Soudainement, le bruit cesse et le Gouverneur prend place au milieu de l'arène, un sourire fier étirant ses lèvres.

« Mes amis, Woodbury est avant tout une famille, tonna-t-il de sa voix impérieuse. Nous nous aidons, nous nous soutenons, nous rions ensemble des bêtises de nos enfants, nous pleurons ensemble la perte d'un être cher. (Son regard vint se diriger sur l'épouse de Tim à laquelle il adresse un bref hochement de tête.) Ce soir, nous allons réunir deux frères perdus de vue, que tout oppose désormais. L'un est notre plus vaillant combattant tandis que l'autre est venu lâchement nous attaquer, hier, n'hésitant pas à sacrifier des vies innocentes. »

Le brouhaha reprend de plus bel, les sifflements aussi et j'aperçois même une petite pierre volée en direction de Daryl. Il aurait pu l'éviter, je pense, mais il n'a pas bougé d'un poil, prêt à accepter le destin qu'était en train de lui dessiner le Gouverneur. C'est étrange, cette impression d'être la seule à remarquer que quelque chose ne tourne pas rond. Le Gouverneur ouvre alors les bras nous invitant à l'acclamer d'autant plus.

« Que le meilleur gagne ! »

Un homme, sur ma droite, m'arrache littéralement le tympan en hurlant de tout son soûl tandis qu'un grondement sourd inonde tout le public. Merle et son frère se regardent durant quelques instants sans esquisser le moindre geste puis, l'ainé laisse ses yeux parcourir la foule. Il s'attarde longuement sur le Gouverneur, puis Tim, puis moi. Je baisse la tête un court moment avant d'ancrer une nouvelle fois mon regard dans le sien. Je ne veux pas qu'il s'abaisse à ça, lui encore moins, mais personne ne souhaite entendre notre avis. Alors je secoue légèrement la tête, lui offrant un bref sourire. Il n'y a pas d'autre choix et j'en suis désolée. L'attention de Merle se reconcentre sur Daryl. Le même échange a lieu, silencieux, mais tellement lourd de non-dits.

« Apprends-lui les bonnes manières, putain, Merle ! crie un père de famille, à l'autre bout de l'arène. »

La mâchoire de Merle se contracte, un combat a encore lieu à l'intérieur de lui. Puis, son poing s'écrase avec violence dans la mâchoire de son frère, tandis que je me fige. N'y tenant plus, je décide finalement de partir sans un regard en arrière. C'est pitoyable, qu'est-ce que nous sommes devenus ? Bien trop absorbés par le combat, les habitants ne se pressent pas pour me laisser passer alors, d'un geste rageur, j'en pousse un qui ne manque pas de s'insurger. Je n'y prête pas attention et poursuis mon chemin. A l'avenir, je devrais me montrer plus mesurée avec mes réactions. Par son discours, le Gouverneur a insufflé une vague de haine sur Woodbury. Les esprits s'échauffent. Je le sens, je l'entends, je le vois. Les exclamations des hommes se font de plus en plus fortes, les acclamations deviennent plus vulgaires, les gestes plus violents. J'espère me tromper, mais j'ai peur que nous soyons proches de la rupture. Enfin, je parviens à m'extirper de la foule. Un doux vent soulève ma chevelure noire tandis que je ferme les yeux. A ma manière, je me coupe du monde extérieur. J'essaye de me concentrer sur des choses banales, des sensations agréables tout en occultant le capharnaüm qui se trouve derrière moi. Je sens l'air entrer et sortir de mes poumons, j'écoute les battements espacés de mon cœur. Je m'imagine chaque partie de mon corps en démarrant de la tête et, au fur et à mesure que je descends, je me relaxe. Tout ira bien. Je dois garder ça en tête. Nous sommes dans une mauvaise passe, rien de plus et je sais que le Gouverneur a un plan pour nous sortir de ce merdier. Du moins, je le suppose et surtout, je l'espère.

Lorsque je rouvre les yeux, je me sens mieux, mais je ne retourne pas pour autant assister au combat. Les rues sont vides, l'air est chaud, j'en profite pour me dégourdir les jambes et par la même occasion, continuer de vider mon esprit de toutes pensées négatives. Pourtant, j'ai toujours cette petite voix à l'arrière du crâne qui ne cesse de me souffler que j'ai quelque chose de mieux à faire, que je me dois de le faire. Il faut que je trouve ces fameuses cellules d'emprisonnements, l'occasion est trop belle pour que je la laisse filer et j'ai peur qu'elle ne se représente plus. Je jette un dernier regard en arrière. Personne ne semble avoir remarqué mon absence, ils sont tous obnubilés par ce désolant spectacle. Par la suite, mes yeux se portent sur les bâtiments m'entourant. Je ne sais pas lequel choisir, mais par déduction, j'élimine tous ceux qui n'ont pas de cave. Je suis pratiquement sûre qu'ils ont crié, derrière leurs barreaux, pourtant personne ne les a entendus. C'est alors que dans l'obscurité, au loin, je repère une silhouette. Cela aurait très bien pu ne pas me mettre la puce à l'oreille si, par la suite, cette même silhouette ne s'était pas brusquement arrêtée de marcher pour observer les alentours avant de courir soudainement en direction d'un bâtiment. Mes sourcils se froncent et sans même m'en rendre réellement compte, je me mets à courir à mon tour.

Au moment où j'ouvre la porte, je me retrouve projetée contre l'un des murs, un bras barrant ma gorge. Je vais finir par croire que je ne suis vouée qu'à me faire agresser de la sorte. Mon regard croise une tignasse blonde ainsi que des yeux clairs et je ne tarde pas à mettre un nom sur ce visage. Andrea.

« Tu cherches quelque chose ? questionné-je alors, sachant pertinemment qu'elle n'avait rien à faire ici. »

Ses sourcils se froncent puis, sa tête se tourne en direction de la grande rue. De là où on est, on aperçoit encore le cercle que forment les habitants. D'un coup de pied, elle referme brusquement la porte avant de me consacrer toute son attention.

« Toi aussi, non ? Tu n'es pas avec tes amis, rétorque-t-elle en levant le menton. »

Le dernier mot est amer, presque craché et je ne peux m'empêcher de tiquer. Elle semble si sûre d'elle, si confiante d'avoir la situation en main, mais en y regardant de plus près, je remarque qu'il ne s'agit que d'une vague illusion. Elle est tellement crispée que son bras en tremble et je me demande s'il est possible que nous ayons eu la même idée de tourner le combat des frères Dixon à notre avantage.

« Je crois que nous sommes ici pour la même chose, toi et moi, déclaré-je. »

Ses sourcils se haussent, mus par la surprise avant que ses traits ne se fassent plus durs. Elle n'a pas envie de me croire alors je poursuis, persuadée que je peux la faire flancher pour qu'un terrain d'entente s'établisse entre nous.

« Écoute, tu cherches la cellule de tes anciens compagnons, pas vrai ? Je sais que ça peut paraitre fou, à la façon dont les habitants sont en train de réagir, mais je n'approuve pas du tout ce qui est en train de se passer, ce n'est juste ni pour Merle, ni pour son frère. (Sa poigne se desserre et je continue, sentant que je suis sur la bonne voie.) J'ai un peu de mal à y croire, moi aussi, mais j'ai besoin de trouver ces cellules, je veux entendre ce qu'il s'est passé de leur bouche. Réellement. »

Après un dernier regard suspicieux, Andrea finit par me lâcher. Enfouissant ses mains dans ses cheveux, elle fait quelques pas, la mine soucieuse. Je l'observe, sans un bruit, tantôt en train de se mordre la lèvre inférieure jusqu'au sang, tantôt se pinçant l'arrête de son nez. Quand elle s'arrête enfin de marcher, elle plante ses yeux dans les miens, sans aucun détour.

« Je... C'est insensé, je ne comprends pas, commence-t-elle, plus perturbée que je ne l'aurais imaginé. Je n'arrive pas à penser, à me rentrer dans le crâne que tout ça soit réellement arrivé, j'veux dire, pourquoi ils feraient une chose pareille ? (Ses sourcils se froncent.) Je les connais, je ne sais pas, c'est impossible, ce n'est pas eux, ce n'est pas comme ça qu'on survivait, il y a trop d'incohérences, ça ne colle pas ! »

Andrea débite ses mots à une telle vitesse que, par moment, je n'arrive plus à la suivre. Parfois, son regard se porte sur ses pieds et je la sens à la fois gênée et tendue, comme si elle avait choisi d'endosser la responsabilité de ce massacre.

« Je ne comprends pas, répète-t-elle alors qu'elle essuie ses mains moites sur son jean. »

Je ne sais pas ce qu'elle a pu entendre, comme histoires, mais je suppose qu'étant dans cette délicate position, à la fois sous l'aile du Gouverneur et toujours liée, malgré elle, à son ancien groupe, elle n'a pas su se contenter de la version livrée à tous les habitants. Cependant, ce dont je suis certaine, c'est que l'on perd du temps en bavardages. Alors, pour ramener la conversation sur un sujet bien plus important, je lui demande si c'est bien ici que nos interrogations auront enfin des réponses. Elle hoche la tête avant qu'un sourire fade ne fende son visage.

« On me fait peut-être confiance plus que de raison, déclare-t-elle tout en sortant une clé de sa poche. »

Je suis curieuse de la manière dont elle a réussi à l'obtenir, mais je ne pose pas pour autant la question. Au point où nous en sommes, seul le résultat compte, pas les moyens. Andrea tourne la tête en direction de la porte menant au cellier, sans esquisser le moindre geste pour autant puis, ses yeux se braquent une nouvelle fois sur moi. Je remarque sans grand mal à son regard qu'elle souhaite que je l'ouvre, comme si elle n'était pas suffisamment forte pour affronter la réalité. Je pince les lèvres, secouant légèrement la tête. Ce n'est pas à moi de le faire, je n'ai aucun lien avec ce type et, tout ce que je souhaite est une confirmation des propos de Merle, tandis qu'Andrea n'a sans doute eu qu'une version édulcorée.

« Tu as passé l'hiver dehors et tu as peur de faire face à un vieil ami ? »

A ma question, son expression se rembrunit. J'ai bien l'impression que la provocation est le seul moyen de tirer le meilleur d'Andrea. Je vois sa main insérer la clé dans la serrure, la tourner puis, rien de plus. Doucement, je m'approche d'elle. Ma main rencontre le sienne, je pose cette dernière sur la poignée et, à deux, nous l'abaissons. Il fait si noir au cellier que les escaliers donnent l'impression de mener tout droit aux abysses. A tâtons, mes doigts rencontrent l'interrupteur que je presse. Juste au dessus de nos têtes, une lampe s'allume sans délai d'attente tandis que celle se trouvant beaucoup plus bas grésille durant quelques temps avant de se stabiliser.

« De quoi as-tu peur, au juste ? Qu'il te dise qu'il aurait aimé que tu sois morte ? »

Andrea secoue la tête tout en entamant la descente. Une fois arrivée à la dernière marche alors que je me trouve toujours en haut, elle daigne me jeter un regard par dessus son épaule.

« Je n'ai pas envie de l'entendre me dire que j'ai fait les mauvais choix. (Elle marque une pause.) Je me le répète suffisamment et je ne veux pas que quelqu'un vienne me le confirmer. »

Après avoir fermé la porte, je ne tarde pas à la rejoindre. Je crois que je m'étais attendue à tout, comme scène de retrouvailles, mais celle-ci dépasse de loin tout ce que je m'étais imaginée. J'aurais pensé voir des larmes, des exclamations, un débordement de joie, pas quelque chose d'aussi doux et calme. L'air est empreint d'une certaine incrédulité, personne ne pipe mot. Silencieusement, Andrea s'approche des barreaux jusqu'à les agripper tandis que ses lèvres se fendent en un timide sourire.

« Bonsoir, Rick. »

Rick balbutie quelques mots que je n'entends pas avant de se lever d'un bon de sa couchette. Il observe longuement la blondinette, se demandant s'il ne s'agit pas là d'une hallucination.

« C'est bien moi, Andrea, reprend-t-elle à voix basse pour lui assurer que ce n'est pas le fruit de son imagination. »

Jusqu'alors, je m'étais demandée quelle genre de relation avait bien pu les unir, s'il s'agissait d'une réelle relation comme elle pouvait en avoir une avec le Gouverneur ou, s'il s'agissait d'une relation de survie, de nécessité, purement professionnelle, j'aurais presque envie de dire, comme celle que j'entretenais avec ce même Gouverneur. Alors, quand les mains de Rick viennent recouvrir celle d'Andrea, ses yeux la scrutant avec une telle intensité, tout devient plus clair. Même si elle ne faisait plus partie de leur groupe, même si elle se trouvait dans le camp ennemi, il tenait à elle comme si elle ne les avait jamais quitté. Elle restait leur Andrea, celle avec qui le temps n'effacerait jamais tout ce qu'ils avaient pu traverser.

Par la suite, Rick se recule, marchant quelques pas dans sa petite cellule tandis que sa main passe évasivement dans ses cheveux sales.

« On t'croyait tous morts, déclare-t-il brusquement, s'arrêtant également de marcher pour se tourner vers elle.

- J'ai couru. J'ai couru jusqu'au lever du jour parce que vous étiez partis avant que je n'ai eu le temps de me relever. »

J'ai beaucoup de mal à suivre leur échange. Il est vrai que je ne m'étais jamais demandée pourquoi les chemins d'Andrea et de son ancien groupe s'étaient séparés, j'avais toujours pensé qu'elle s'était enfuie, qu'elle avait choisi délibérément de partir en raison de leur manière de fonctionner, de leurs violences, aussi. Eh, je n'ai eu de cesse d'entendre que Merle avait dû se couper la main par la faute, comment voulez-vous que je ne les diabolise pas ?

Alors que je suis toujours perchée sur la dernière marche, Rick pose son regard sur moi. Andrea fait de même avant de se racler la gorge.

« Je crois que tu connais déjà Ama, déclare-t-elle doucement. Rick, tu sais pourquoi je suis là, j'ai besoin de connaître la vérité. J'ai entendu des tonnes d'histoires et tu n'avais le bon rôle dans aucune d'elles, comment est-ce possible ? Qu'est-ce qu'il vous est arrivé, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? »

L'homme détourne enfin les yeux. Mollement, il se laisse tomber sur sa couchette, ses coudes reposant sur ses genoux, tandis qu'un soupir s'échappe de ses lèvres.

« Il s'est passé beaucoup d'choses, depuis la dernière fois qu'on s'est vu, répond-t-il vaguement. »

Je ne sais pas pourquoi, mais cette unique phrase me fait frissonner. Elle paraît si pesante, si lourde de sens que je ne peux m'empêcher de me demander tout ce qu'il a pu traverser alors que hormis Tim, je n'avais pas essuyé de lourde perte depuis bien longtemps.

« Il y a quelques jours, alors que c'était une simple sortie, Glenn et Maggie ne sont jamais rentrés. Tu devrais remercier ton Gouverneur pour ça, il a le sens de l'accueil, ajoute-t-il sur un ton pince-sans-rire. »

Quelque peu honteuse, je baisse la tête, n'osant plus la relever. Merle disait donc vrai. Bien que n'y ayant pas participé, je me sens fautive, je m'en veux de ne pas avoir remarqué plus tôt que Woodbury avait cessé de fonctionner correctement. Qu'aurais-je bien pu faire, de toute manière ? Rien. Rien parce que je ne suis pas le leader. Lorsque je relève les yeux, ces derniers croisent, une nouvelle fois, ceux de Rick. Son regard est clair, vide d'une quelconque animosité et j'en suis la première étonnée. Puis un point l'attire, derrière moi et ses yeux se font brusquement plus sombres. Tandis que mon corps se fige, les battements de mon coeur s'accélèrent, songeant qu'une troisième personne nous a suivi. Pourtant, en me retournant, je tombe nez à nez avec le mur de brique.

« Lori... »

A l'entente de ce prénom, je remarque qu'Andrea tique. Nous échangeons un bref regard d'incompréhension avant que le shérif ne s'approche des barreaux de sa cellule. A travers ces derniers, il passe son bras tandis que sa main n'attrape que de l'air. Ses traits se crispent, son visage se fait plus dur et je ne résiste pas à l'envie de monter une marche, juste pour me rassurer. Un frisson me parcourt la colonne vertébrale, j'ai l'impression d'avoir un autre homme face à moi.

« Je retourne dehors, déclaré-je précipitamment, mal à l'aise par ce changement d'atmosphère. »

Alors que je monte en vitesse les escaliers, j'entends un hurlement qui me glace l'échine derrière moi.

« Nan, nan, NAN ! LORI, REVIENS ! JE T'EN SUPPLIE, JE SUIS DÉSOLÉ, REVIENS BORDEL ! »

.

.


Le soleil tape fort aujourd'hui, si fort que bien qu'il ne soit pas encore midi, je sens des gouttes de sueur dévaler mon dos. D'un revers de main, j'essuie également mon front avant de déposer mon fusil à l'arrière du pick-up. Puis, je m'y hisse également. Je n'ai besoin d'aucune aide et pourtant, deux grandes mains se posent sur mes hanches suivi d'un rire gras difficilement contenu.

« Barre-toi, Merle ! m'exclame-je en lançant mon pied en arrière. »

Tandis que celui-ci heurte son torse, j'entends son souffle se couper. Je m'assois adossée contre la cabine sans me soucier plus que ça de ses plaintes, puis j'attrape mon fusil pour le faire reposer sur mes cuisses.

« J'm'en veux un peu d'te laisser à l'arrière, ma Poc', tes p'tites fesses méritent mieux, déclare-t-il alors, pas le moins du monde rebuté par mon geste. »

J'arque un sourcil, tournant ma tête presque au ralenti dans sa direction. Sérieusement ? Néanmoins, je ne parviens pas à me retenir de sourire plus longtemps. Vu la journée qui nous attend, je me sens un peu moins tendue grâce à la légèreté de ses paroles. Alors, en retour, je ne peux m'empêcher de le flatter, pensant que cela le détendrait à son tour :

« On a besoin de gros bras comme toi à l'avant pour nous protéger, voyons. »

Il gonfle son torse et un rire s'échappe de mes lèvres, mais je m'arrête subitement, tout autant surprise que Merle par ce son. Il m'adresse un drôle de regard et je hausse les épaules, puis alors qu'il allait ouvrir la bouche, Andrea, le Gouverneur et Martinez arrivent, ce dernier tenant fermement Rick. Notre prisonnier a une bien mauvaise mine, le teint à la fois sale et blafard, les yeux presque dans le vague comme si son âme avait fini par abdiquer et je ne pense pas que la douleur d'avoir les poignets liés dans le dos puisse arranger quoique ce soit. J'adresse un bref sourire à l'attention de la seule femme du groupe, sourire qu'elle me retourne, mais il est tout aussi éteint que le mien. Tout le monde monte dans le pick-up et nous voilà partis. Le chemin se fait sans encombre, les rares infectés que nous croisons se contentent de nous observer passer, sans même prendre la peine de nous prendre en chasse. J'ai comme l'impression de revoir l'humanité à son âge d'or, cette bande d'automate regardant, sans réellement s'en rendre compte, les métros passant sous leur nez, les trains, les bus, les avions dans le ciel.

Le pick-up s'arrête dans un nuage de poussière. Je me mets debout, balayant les alentours du regard. Ils sont déjà là, mais ils ne sont que deux -une femme et un vieil homme-, ce que je trouve assez étrange. Soit ils sont complètement inconscients du risque qu'ils encourent, soit, au contraire, ils sont totalement sûrs d'eux. Néanmoins, en observant une nouvelle fois l'environnement, je semble remarquer du mouvement dans certains endroits. Je suppose, qu'en fin de compte, nous sommes en plus mauvaise posture qu'eux en venant en si petit nombre. Je sais que je ne vais pas prendre part aux négociations, mon avis important peu alors, fusil en main, je saute du pick-up pour vadrouiller rapidement dans le périmètre. Comme d'habitude lorsque je me trouve hors des murs, je ne suis pas très à l'aise. Même si j'ai une arme, je sais que la mort me guette d'un œil mauvais. Derrière moi, j'entends les portières se claquer, quelques mots à peine échangés puis, plus rien. Quand je me retourne, il ne reste plus que Martinez et la femme. Je suis étonnement surprise de l'impression que dégage cette dernière. Elle me paraît à la fois si candide et si dangereuse, elle a un visage doux, mais marqué par des traits d'inquiétude, tandis que les couteaux accrochés à sa cuisse et sa taille ne me laissent aucun doute sur la manière dont elle sait se défendre. Le corps à corps n'a pas l'air de lui poser problème alors que c'est bien tout le contraire pour moi. Je préfère me planquer dans un arbre et me la jouer façon sniper et non pas Rambo.

La femme intercepte mon regard, mais je ne le détourne pas pour autant. Moi aussi, il faut que je lui donne cette impression d'être redoutable et même si je ne sais pas sur quel pied danser par rapport au Gouverneur et à ses agissements, je me dois de donner cette image de Woodbury. Elle m'adresse un bref sourire, je fronce les sourcils. Aurait-elle compris le jeu que j'essayais de mener ? Je brise le contact et reprends ma ronde.

Quelques minutes plus tard, n'y tenant plus en raison de la chaleur accablante, je me pose à l'ombre d'un arbre. J'ai l'impression d'avoir transpiré toute mon énergie et je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi, ôter mes vêtements et coller mon dos à un mur frais. Les rôdeurs sont rares, j'ose espérer qu'ils ont fondu sous le soleil, mais ce serait bien trop simple. Sachant pertinemment que je ne suis pas seule à surveiller les alentours, je me permets de reposer mes yeux, le temps de quelques minutes seulement. Je ne sais plus si je me suis assoupie ou non, ou même si cette petite pause a duré plus longtemps que je ne l'aurais imaginé. Dans tous les cas, j'ai sursauté lorsqu'une pression est venue appuyer mon bras.

« Ce n'est pas très prudent de faire une sieste, déclare une voix féminine que je ne connais pas. »

Je fronce les sourcils tandis que mon regard se pose sur mon interlocutrice. C'est la femme de l'autre camp et si j'avais pu trouver que ses airs oscillaient entre candeur et danger, de près, je ne peux m'empêcher de remarquer que je serais incapable de lui donner un âge, tant ses cheveux grisonnant détonnent avec son visage peu marqué.

« Je ne dormais pas, rétorqué-je. »

Elle arque un sourcil, montrant ainsi clairement qu'elle ne me croit pas puis, elle vient partager le même tronc que moi, se mettant à l'arrière de celui-ci pour zieuter mon angle mort. Durant quelques minutes, nous ne parlons pas, mais la femme brise le silence par la suite.

« Comment as-tu fini sous les ordres du Gouverneur ? Tu me parais bien trop sensée pour suivre ce tyran.

- Il n'est pas plus fou que ton Rick. »

Je fais clairement allusion au moment de la veille lorsqu'il a pété un plomb dans sa cellule. Bien sûr qu'il avait une raison d'attaquer Woodbury, mais je ne pense pas qu'il soit très stable non plus.

« Tu admettras tout de même qu'il y a un gouffre entre eux, reprend-t-elle néanmoins, pas déstabilisée pour un sou.

- Je n'en suis pas si sûre, cassé-je, claquant ma langue contre mon palais. Deux leaders, un groupe à diriger, des intérêts à protéger. Il n'y a aucune frontière entre eux, que ça te plaise ou non.

- Tu as une bien belle estime de ton dictateur. »

Je ne peux m'empêcher de ricaner. Se permettre de juger aussi vite alors qu'elle ne connait en rien le dilemme qui me déchire me fait amèrement rire. Contrairement à moi, elle m'a l'air d'avoir une confiance aveugle en son chef et s'il en était de même pour moi, il y a seulement une semaine en arrière, il en est tout autre désormais. Pourtant, j'aimerai de nouveau le considérer ainsi, mais ça m'est impossible. Il y a eu trop d'actes, trop de fausses paroles pour que je puisse dormir sur mes deux oreilles dans l'enceinte-même de Woodbury. Je n'ai plus envie de parler pour ne rien dire alors je me lève et pars m'installer sous un autre arbre, beaucoup plus loin.

Plus tard, nous sommes rentrés sans Rick. L'accord était simple : dans les jours qui suivaient, une nouvelle rencontre devait être organisée. Ils nous livreraient Michonne et, en échange, Daryl leur serait rendu. Je ne cautionnais pas vraiment cette idée, Andrea non plus, d'ailleurs, elle s'en était insurgée, mais je ne désirais que la paix et c'était le meilleur moyen de l'obtenir.

.

.


C'est aujourd'hui que la quiétude est censée revenir dans nos vies. J'aimerai en être persuadée, me dire que, c'est bon, tout ira bien à partir de maintenant, mais cela résonne comme un mensonge à mes oreilles. Je ne sais pas si je dois me sentir rassurée ou non, mais je ne suis pas de la partie aujourd'hui. Je me sens honorée, d'une part, que Woodbury me soit laissée, j'imagine que je peux y apercevoir une certaine forme de confiance du Gouverneur. Et puis, il y a cet autre côté, cette petite voix loin d'être agréable qui me souffle à l'oreille qu'une attaque pourrait avoir lieu de la part du reste du groupe de la prison et que je me retrouverai en première ligne pour les repousser. Je soupire.

« Ama ! »

Je me retourne brusquement, le regard interrogateur, étant bien peu habituée à ce que Merle m'appelle ainsi. D'un signe de tête, il m'ordonne de le suivre alors qu'il passe devant moi sans même s'arrêter.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demandé-je, bien plus inquiète que je ne l'aurais imaginé.

- T'remarqueras que j't'ai pas appelé Poc, donc c'est bien qu'y'a une merde que'que part. »

Il avance vite, si bien que j'en viens presque à trottiner à ses côtés.

« On accompagne le Gouverneur, mais il ne l'sait pas, reprend-t-il.

- Pardon ? manqué-je de m'étouffer. »

Je lui agrippe le bras, le forçant ainsi à s'arrêter. Comme d'habitude ces derniers temps, je ne comprends pas où il veut en venir. Son regard balayant les alentours, il soupire.

« Écoute, il va tous les buter, j'le sais, il a pas l'intention d'honorer le deal et si d'ordinaire, j'm'en s'rais pas mêlé, là, j'ai une bonne raison d'le faire. »

Merle n'en dit pas plus et les dernières pièces du puzzle s'assemblent dans mon esprit. Voilà la raison pour laquelle Martinez accompagne le Gouverneur et non pas lui. Parce qu'il le suivrait jusqu'au bout du monde tandis que l'homme me faisait face est tel un électron libre, instable et prêt à exploser à tout moment.

« Tu as une raison de le faire, d'accord, commencé-je en posant une main sur ma hanche. Mais, et moi dans tout ça ? Où est-ce que je peux trouver un intérêt à ça ?

- Ama, t'plaisantes j'espère ! ricane-t-il en secouant la tête. (Puis, tour à tour, il nous pointe de son index.) Parce qu'on est les prochains sur la liste, chérie. Tu n't'es pas d'mandé pourquoi tu n'faisais pas partie de l'équipe ?

- Parce qu'on a besoin de moi, ici, réponds-je simplement. »

Il me lance un regard moqueur, sous-entendant clairement qu'avec ou sans ma présence, Woodbury se porterait de la même manière. Mes poings se serrent et je m'apprête à tourner les talons lorsque que sa voix m'arrête.

« Poc, c'est pas pour te vexer, mais tu t'défends comme une quille. Par contre, t'en as là-dedans, m'assure-t-il en tapotant son crâne. Et c'est des personnes comme toi dont on doit s'méfier parce qu'elles sont incontrôlables. C'pour ça que t'es ici et qu'ta copine Karen ira à ta place. »

J'aurais pu me sentir flattée par ses propos, mais cette théorie me semblait tellement tirée par les cheveux, comme si le Gouverneur avait pu voir en moi une menace quelconque.

« Okay, peut-être, et après ? Je me fais descendre parce que j'ai le malheur d'avoir plus de deux neurones ? Je t'en prie, Merle, c'est ridicule.

- T'crois pas que tout ça, prétendre que le monde va bien n'est pas tout aussi ridicule ? rétorque-t-il en écartant les bras. »

Je me mords la lèvre inférieure tandis que je pèse encore le pour et le contre de sa proposition.

« Est-ce qu'on rentrera ce soir ? »

Ma question semble le déranger, je le vois à sa bouche qui s'étire en une étrange grimace.

« Ouais. Ouais, bien sûr. »

« Ils ne vont pas nous laisser sortir aussi facilement, cela dit. »

D'un geste de la main, Merle balaye nos murs.

« T'as pas r'marqué autre chose ? »

J'arque un sourcil avant que mes yeux ne suivent le mouvement qu'il a dessiné avec sa main. C'est étrange, mais j'ai la nette impression qu'il manque quelque chose.

« Les gars, réponds-je lorsque l'évidence me frappe enfin. Personne ne surveille l'extérieur.

- En plein dans l'mille, Poc ! On peut s'barrer quand on veut. »

A cette constatation, les battements de mon coeur s'accélèrent. Puis, aussi rapidement qu'il a explosé, le sentiment d'excitation qui bouillonne au sein de mes tripes s'éteint, dans un élan de conscience.

« Et tu as pensé aux habitants ? Si jamais il arrive quelque chose, si, je ne sais pas, moi, ils se font attaquer ou pire encore, comment- »

Merle roule des yeux, sans doute à bout que je ne me contente pas d'acquiescer bêtement à sa proposition.

« On part que quelque heures, ça n'va pas les tuer, me coupe-t-il, un brin agacé. »

Je pince les lèvres tandis que mon regard balaye la ville. Je ne sais pas. C'était une mauvaise idée de les laisser seuls, même lorsque nous étions tous présents, nous nous étions faits surprendre par le groupe de Rick. Mais Merle semblait tellement insister pour que je vienne que je ne pouvais décemment lui refuser ça. Le claquement des doigts de mon camarade devant mon visage me fait revenir sur terre.

« C'est maint'nant ou jamais. »

Et nous sommes partis tels deux évadés s'échappant d'une prison. Nous étions restés discrets et prudents en choisissant d'escalader l'un des murs en taule se trouvant derrière les habitations. C'était facile, peut-être trop et j'aurais mis ma main à couper que le Gouverneur remarquerait notre soudaine absence. Peut-être pas la mienne, en y réfléchissant, j'étais de nature discrète, j'aimais me reposer dans ma chambre, mais Merle, lui, était du genre à toujours avoir un spectateur au minimum. C'était égoïste, mais sur le coup, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que je ne risquais rien et qu'il endosserait toute la responsabilité de ses actes, de nos actes.

Désormais, je cours en petites foulées. J'aperçois Dixon bien loin devant moi avant qu'il ne s'arrête brutalement devant une voiture laissée à l'abandon. Il ouvre la portière côté conducteur, éjecte ce dernier transformé en rôdeur puis, lui écrase la caboche de ses redoutables bottes militaires. Lorsque j'arrive à sa hauteur, je prends bien soin de ne pas marcher dans la flaque de sang, je n'ose même pas la regarder, à vrai dire, de peur de voir un œil glisser le long de la chaussée. Tenez, rien que d'y penser, un haut le cœur me prend.

« Surveille l'bois pendant que j'bidouille un truc, m'ordonne-t-il avant de s'agenouiller et de commencer à trifouiller je ne sais quoi sous le volant. »

Ses genoux trempent presque dans la cervelle éclatée de l'infecté et j'aurais aimé ne pas remarquer ce genre de détails. Je vérifie les cartouches de mon fusil, je n'en ai que très peu, si bien que j'imagine que si j'aperçois un rôdeur clopiner jusqu'à nous, je devrais peut-être le tuer d'une autre manière que d'une balle dans le front. Je n'ai pas de couteau sur moi parce que je serais bien du genre à me sectionner une artère fémorale, mais puisqu'un simple coup de pied arrive à s'enfoncer dans leur crâne, je suppose que je serais presque en mesure de détacher leur tête de leur corps en me servant de mon fusil comme d'une batte. Enfin, comme toujours, il y avait la théorie et la pratique et, étrangement, je n'avais pas envie de passer à la seconde étape.

Heureusement pour moi, Merle parvient par je ne sais quelle magie à faire démarrer ce vieux tas de ferraille et je ne me fais pas prier pour monter dedans. L'intérieur pue le cadavre et les sièges sont miteux, mais l'air s'engouffrant par la fenêtre sauve un tant soit peu mon odorat. Nous abandonnons le véhicule à une distance raisonnable du lieu de rencontre puis poursuivons notre chemin à pied. Ce n'est qu'une fois arrivée que je prends pleinement conscience de ce que nous sommes en train de faire.

« C'est de la folie à l'état pur, pensé-je à voix haute. »

D'ailleurs, quelle était la suite du plan ? Trop excitée à braver les interdits, je ne m'étais pas posée réellement la question, je m'en étais complètement remis à Merle.

« Tu n'feras rien, déclare-t-il sans pour autant me regarder. »

Il me semble préoccupé à observer les alentours, à chercher Dieu seul sait quoi et je me demande si, en fin de compte, les choses n'auraient pas été identique si j'étais restée à mon poste.

« Quoi, sérieusement ? T'avais juste besoin d'un public, de te montrer, comme d'habitude, et t'as pensé que cette bonne vieille Ama serait impressionnée par un plan, certainement, mal foutu ? »

Mon ton était calme, mais pas moins cassant pour autant. Il soupire et je perds, une nouvelle fois, son attention.

« Tu m'fais confiance ? »

Honnêtement, j'étais partagée, mais je n'ai pas le temps de répondre que le bruit si particulier des pneus empruntant un chemin de graviers parvient jusqu'à nos oreilles. L'espace d'une seconde, nos regards se croisent. Je pense déceler une certaine appréhension dans ses yeux, peut-être même un soupçon de peur, mais je ne peux m'épancher plus dessus que, déjà, il me pousse sans ménagement en direction de l'arbre le plus proche. Mon fusil claque sur ma cuisse tandis qu'il m'ordonne de grimper jusqu'à la première branche. Je m'y hisse péniblement alors qu'il en fait de même sur un arbre voisin.

La scène qui se déroule devant nous est similaire à tant d'autres auxquelles j'ai participé : tous les hommes sont déployés pour s'assurer de la sécurité des lieux tandis que le Gouverneur, qui ne s'éloigne jamais trop de la voiture, s'occupe des petits cabanons en bois longeant l'allée de graviers.

Je tourne la tête vers Merle, me demandant quand il compte faire quelque chose de stupide, mais rien ne vient. Tout comme moi, il observe la scène, son regard posé tantôt sur le Gouverneur, tantôt sur Daryl, menotté à l'arrière de la voiture. J'aperçois Martinez revenir d'un pas rapide vers le Gouverneur, il lui glisse quelques mots à l'oreille et un frisson me parcourt l'échine. Je suis pratiquement sûre qu'ils savent que nous sommes là et lorsque qu'il se met à sonder la végétation de son seul œil valide, mes doutes sont validées. Il sourit brièvement, semblant nous dire qu'on avait voulu jouer avec le feu, mais qu'on allait vite le regretter. Il échange un regard avec Martinez et celui-ci, en un rien de temps, sort Daryl de la voiture, brusquement. A ma droite, je vois clairement Merle se crisper sur sa branche.

De là où nous sommes, je ne parviens pas à entendre les mots qu'ils s'échangent, juste un brouhaha incompréhensible. Martinez s'éloigne je ne sais où et je ne peux m'empêcher de trouver ça louche. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond avec le fait que le Gouverneur se retrouve seul. Sans que je ne m'y attende, ce dernier attrape Daryl, à son tour, et le pousse jusqu'à un vieux tacot sans roues et rouillé de part en part, bien entendu. Je parie sur une belle gangrène si l'un de nous s'écorche la peau dessus.

« Pourquoi l'enfermer là-dedans ? Ça n'a aucun sens, marmonné-je, les sourcils froncés. »

Il joue avec les nerfs de Merle, j'en suis certaine. Puis, le Gouverneur appuie longuement sur le klaxon et je me fige. Je pince les lèvres tandis qu'impuissante, j'assiste à une arrivée de rôdeurs. Il y en a même un qui passe sous ma branche sans même m'apercevoir et, rapidement, je fais glisser mon fusil de mon dos à ma main puis, avec la crosse, je lui frappe le crâne. Sa tête en vient même à se décrocher, volant sur quelques mètres et je suis surprise, surprise de la facilité avec laquelle j'ai réussi mon coup. Je relève les yeux pour vérifier que mon geste n'a alerté personne, mais le terrain est vide si on oublie de compter les dizaines de rôdeurs s'agglutinant autour du tas de ferraille. Puis, je tique en entendant un bruit sur ma droite et, avant même que je n'ai pu dire quoique ce soit, Merle s'élance en courant. Crispée sur ma branche, j'ai les yeux grands ouverts et le cœur battant la chamade lorsque je le vois mettre fin à la seconde vie de deux infectés, mais contre toute attente, il s'engouffre dans le cabanon. A quoi joue-t-il, bordel ?

Je me redresse, prête à descendre, quand un coup de feu retentit.


.

.

Merci d'avoir lu, j'vous aime !