C'est glacés jusqu'aux os et recouverts de neige que Clef et Nigel gagnèrent la maison de Mewt. Maison était un mot bien faible pour qualifier une aussi grande bâtisse. Juste en jugeant l'aspect de la cours avant, Clef détermina que le maître des lieux était probablement un paisible retraité, qui se plaisait à chouchouter son jardin à longueur de journée. Jardin qui aurait tôt fait de succomber à un gel si soudain. Mais, pour l'instant, les délicates fleures se contentait d'orner les flocons comme une parure à leurs beauté. Le jeune garçon fut tellement charmé par cette image qu'il évita de constater qu'il assistait plutôt à l'affreuse agonie des végétaux.

«Oh, on dirait qu'il n'est pas là...». Se rappelant de la présence de Nigel, Clef s'arracha aussitôt à  sa contemplation. Lui-même, reprenant son aplomb, jeta un regard vers le stationnement.

-Pourtant, sa voitu…emm..ses voitures sont là, ajouta Clef.

Suite à ses mots, Nigel l'affligea d'un regard interloqué. À un tel point que le binoclard ne put que se sentir mal à l'aise. Sans ajouter un seul mot, le barraqué quitta la carpette de "Bienvenue" et se dirigea à grande enjambée vers le véhicule le plus éloigné. Même au pas de course, Clef eu du mal à le rattraper. «Mais qu'est-ce qui lui prends, à la fin ?», pensa t-il, embêté. Qu'avait-il dit de mal ? Peut-importe, même si c'est la première soirée qu'ils se parlent en 3 années de scolarité, ce n'est pas une raison pour être snob !

La question semblait vouloir rester sans réponses quand Nigel rétorqua.

- Ça, ce n'est pas la voiture de mon grand-père…

C'était au tour de Clef d'être confus.

- Mais…

Et sa phrase resta sans suite. Maintenant qu'il y pensait, c'était assez étrange qu'un seul et unique vieillard puisse avoir besoin de deux voitures. Surtout pas de celles-ci, qui ne correspondent pas vraiment au stéréotype des voitures de collection possédées par les vieilles personnes riches. «Alors, si elle n'appartient pas au grand-père, elle appartient à quelqu'un d'autre cette voiture», philosopha mentalement clef.

-Rentrons, dit simplement Nigel, en retirant un trousseau de clé de la poche de son manteau.

En marchant vers l'entrée à nouveau, Clef put apercevoir Nigel lutter avec ses énormes doigts pour cueillir une seule clé parmi tant d'autres jumelles. Il réussit tout de même. La porte maintenant ouverte, ils entrèrent.

- Bon, puisque la maison est assez grande, je vais aller jeter un œil dans les pièces les plus isolées. On sait jamais, peut-être qu'il est tout simplement trop loin pour avoir entendu la sonnette.

Clef s'apprêtait à lui rappeler l'existence de l'autre voiture stationnée. Trop tard, Nigel était déjà disparu dans un tortueux couloir de la maison. Non sans jeter, juste avant, un; «T'à qu'à prendre le téléphone au salon et appeler ton père. Lui il saura peut-être pour Invalice, si mon grand-père ne peut pas répondre…»

Son camarade de classe était maintenant trop éloigné pour que Clef puisse lui demander où se trouvait le salon. Prit au dépourvu, il erra de pièces en pièces, luttant contre l'envie irrépressible de porter attention sur chaque livres, chaque tableaux qui ornaient la maisonnée. Mais, à chaque tournant dans un corridor, il redoutait de faire face à un voleur (en effet, rien ne prouvait que la voiture mystérieuse n'appartenait pas à un bandit). Peut-être plus grâce à la chance qu'à son habileté personnelle, il finit par trouver le salon.

Puisque Nigel mettrait probablement du temps à vérifier chaque pièces de ce véritable manoir, Clef prit le combiné et s'empressa de composer le numéro de cellulaire de son père. Pour un tel long distance, la quantité de nombre à mémoriser était assez impressionnante. Mais, ça ne dérangeais pas Clef. Avec une mémoire comme la sienne, il avait pu apprendre par cœur la combinaison. Et ce, depuis la première journée du départ de son père à New York, voilà bientôt 2 ans de cela.

Ceci fait, il attendit que la tonalité s'amorce…

Tonalité qui ne vint jamais. «Bizarre», pensa Clef. En fait, son père se devait de toujours garder son téléphone fonctionnel. C'était une sorte de serment qu'il avait fait pour calmer les angoisses de Clef. Même si le jeune garçon était maintenant beaucoup plus vieux, son père n'avait encore jamais violé sa parole. «Il a peut-être seulement oublié de le recharger…», se dit Clef, en cherchant des yeux un annuaire. N'en trouvant pas et ne souhaitant pas faire une autre chasse aux trésors dans la maison, il se contenta de composer le numéro de téléphone de sa propre maison. Sa mère, elle pourrait l'aider.

Cette fois, une tonalité conclue le pianotement des touches du téléphone.

On décrocha.

«Oui ?», souffla tristement une voie, à l'autre bout du fil.

Clef hésita, croyant avoir fait un faux numéro. Mais, il dû tout de même s'avouer que la faible voie était celle de sa mère. «Mais qu'es-ce qu'elle a ?», se demanda t-il, avant d'ajouter, cette fois à haute voie.

-Emm..allô maman ! Je suis chez un ami et on..fait un projet sur les arts de la scène.

Il se tu un instant, mais sa mère restait silencieuse.

-Je me disais que ça serait une bonne idée d'en parler à papa, puisqu'il est lui-même metteur en scène. Mais voilà, son cellulaire marche plus alors je…

Il s'interrompit brusquement. Pendant son dialogue, il avait entendu comme un son étouffé…

Puis un autre, et un suivant.

Ça ressemblait à…

«Des sanglots !», conclus mentalement Clef.

-Maman, dit moi, qu'es-ce qui t'arrive ?

Le dédale de pièces n'impressionnait guerre Nigel Randell. Il connaissait chaque recoin sur le bout des doigts, à force d'avoir passé son enfance à jouer à cache-cache. Mais, même avec son excellent sens de l'orientation, la recherche restait longue et laborieuse. Désespérant à devoir passer au peigne fin toutes les pièces de la maison, il décida de se concentrer uniquement sur les pièces les plus utilisées par son grand-père. Il visita ainsi la bibliothèque, mais la trouvât aussi triste et sinistre qu'à chaque fois qu'il s'y rendait seul, sans son grand-père pour émettre des théories des plus farfelues sur ses dernières recherches. Il vérifia dans le grenier, et n'y trouvât  rien de plus que les vieux meubles et les miteuses archives qui y séjournait. Dans la chambre de Mewt, personne. Pareillement à toutes les autres pièces ou Nigel entra.

C'est seulement lorsque l'inspiration commençait à lui manquer qu'il se souvint de l'autre voiture. Peut-être appartenait-elle à un vieil ami du grand-père ? Et qu'ils s'étaient réunis à quelque part pour prendre…un thé !

Foudroyé par cette idée, Nigel s'élança, sans plus tarder, vers la salle de repos. Salle qu'on surnommait aussi « salle du thé».

Plein d'espoir, Nigel s'engouffra dans la pièce…et fut franchement déçu.

Il n'y avait rien, mit à part d'une paire de tasse de thé à moitié consommée. À tout hasard, l'adolescent s'en approcha.

«Elles sont encore chaudes», murmura t-il.

Cette singulière découverte ne le parut plus tant que ça, quand Nigel vit ce qu'il y avait sur le sol.

Par terre, placés en cercle, se trouvait trois objets bien distincts; un livre à reliure impressionnante, un coffre en bois de rosier et…l'ourson de collection de Mewt !

Jugeant que de consulter Clef était la meilleure chose à faire, Nigel réussit à faire tenir les trois objets dans ses bras et se mit à la recherche de Clef.

- QUOI ?!

C'est cette exclamation retentissante qui permit à Nigel de repérer Clef pour de bon. À vue de nez, ce dernier semblait être dans le boudoir, la pièce juste en dessous de lui. Il s'empressa de dévaler l'escalier, impatient de dévoiler à son camarade de classe ses dernières découvertes. Mais, il s'arrêta dans son élan, à la dernière marche d'escalier. Son intuition lui soufflait que ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour imposer sa présence. Il se contenta de seulement écouter.

-Non, tu mens ! ça…ça ne peut pas être vrai, je te déteste !

Un fracassant bruit de cloche indiqua que Clef avait coupé cours à la conversation. Nigel, lui, était partagé entre la curiosité et l'embarras.

Qu'est-ce qu'il pouvait faire maintenant ?

 Il n'était sûrement pas assez intime avec Clef pour être son confident dans une telle situation. Se déposa aussi un lourd silence.

-Je sais que tu es là, Nigel, prononça Clef, sans aucune émotion.

Le sportif, prit au dépourvut, ne put que sortir de sa piètre cache. Mais ce qu'il vit lui donna un serrement au cœur.

Il voyait un jeune garçon, assis immobile sur un canapé. Le dos droit et son regard se perdant dans l'immensité d'un mur vide.

Réalisant toute la gravité de la situation, Nigel déposa sur une table les quelques objet qui commençaient à l'encombrer. «Ça, sa peut attendre…», pensa t-il, en gagnant une place libre à côté de Clef.

Ce dernier resta cependant tout aussi inerte.

-Alors…c'était ton père ?, déposa Nigel, tout en s'efforçant d'avoir du tact.

Clef resta silencieux, quelques secondes, puis répondit.

-Non, c'était à mère. Mon père est injoignable alors je voulais lui demander des explications.

Sa voie était aussi profonde que le plus sombre des puits. Malgré tout, Nigel continua.

-E…pourquoi ne pouvait-tu pas le rejoindre ?

S'il posait cette question, c'était juste pour encourager Nigel à parler. Il ne croyait pas s'attarder ainsi sur le point sensible. Il ne le sur que lorsque la voie de Clef se brisa.

-C'est parce qu'il est mort…