Pov Draco

Allongé, sur le dos, les mains derrière la tête. Contempler les étoiles n'étais pas mon envie du moment. Plutôt chuter quelque part dans les rêves et l'oubli. Ne plus penser à tout, tout le temps. Je fermais les yeux, fort, et attendais.

Je sentis vaguement la somnolence m'engourdir. Puis j'ai dormi. Puis j'ai rêvé. A un certain moment, je me retrouvais dans la salle commune des préfets, les seules lumières éclairant la pièce étaient tamisées.

Granger était là aussi, elle me tournait le dos en me présentant ses cheveux ondulés. Il y avait un poids dans ma main. Je baissais les yeux vers cette main bien pâle et constatais qu'elle tenait entre ses doigts une lame brillante. Je me rapprochais lentement de Granger. La main se leva, et alla planter le couteau dans le dos de la jeune fille. Le corps s'effondra en heurtant le sol de pierre. Je pris son corps par la taille et le jetais dans une grande armoire placée sur le côté. Je refermais la porte. Ensuite je me suis assis dans un canapé.

Je me reposais quand quelque chose glissa sur le sol derrière le canapé. Je tressaillis. Je me retournai sur ce dernier et fit face à la chose : Nagini, la bête du Maître. Nagini s'éleva jusqu'à la hauteur de mon visage. Sa langue fine langue fourchue s'échappa de sa bouche, sifflante, menaçante. Les coulèrent de la tête du serpent se flouèrent soudain tout en conservant ses yeux verts. Ce ne fût plus qu'une forme blanchâtre cheveux au vent. Le serpent ouvrit une gueule immense et fondit sur moi.

J'ouvris grand les yeux. Affolé. Je ressentais une douleur sourde à l'abdomen. Le serpent avait disparu, il s'était échappé entre les arbres qui s'enchevêtraient devant moi. Qu'avait-on fait à mon dortoir ? Puis les souvenirs de ma mission se ramenèrent par vagues à mon esprit encore mal réveillé. Pas tout à fait rassuré, je cherchais la trace d'une morsure sur mon corps. C'est alors que je découvris la cause de mon mal : une grosse boule rouge avait rebondi contre moi. Je la pris dans ma main. J'allais maudire cette chose de tous les noms que le ciel puisse me donner quand je sentis un regard posé sur moi. Je levais mes yeux. Jusqu'à elle. Je compris.

_ Salut, dit-elle comme si de rien n'était.

Eh bien, quelle audace.

_ Tu viens de me jeter une pomme ?, demandais-je incrédule.

_ Je n'ai trouvé aucune pierre...

Mon irritation démultipliée me fit jouer avec le fruit, le faisant sauter d'une main à l'autre. En souriant, je gémis finalement :

_ Il y a des façons plus douces de réveiller un homme, Granger...

Tout était encore trop flou pour voir sa réaction.

_ On verra ça quand tu en seras un, fit-elle avant de mordre dans une boule rouge semblable à la mienne.

Arh enfer et damnation, cette fille était impossible à dompter ! D'ailleurs ce ne pouvait pas être une fille, c'était un animal, une petite sauvage à mettre en cage. Etait-ce seulement comestible, cette chose ? Allongé, j'examinais la pomme qu'elle croquait à pleine dent en me regardant. Une pomme qui pousse naturellement ici _ Comme si j'allais me nourrir de ça. Pour finir empoisonné ? Ou même pire comme pour la soupe de petit poids qu'on doit « vite manger, avant qu'elle te mange ». J'attendrais au moins une heure pour observer ses réactions.

Je songeais alors à la distance qu'il nous restait à parcourir pour enfin rencontrer les fameux centaures reclus dans leur forêt enchantée. Au fait, quelle heure était-il ? Je cherchai des yeux la place du soleil dans le ciel derrière la cime des arbres, mais ne vit qu'une lumière blanche se filtrer doucement au travers du feuillage, vaporeuse et matinale. On devait être tôt le matin. M'est revenu quelque chose de cette nuit, un rêve. Singulier. Sur le coup ça m'étais apparu comme la découverte du siècle mais, maintenant j'étais incapable de me rappeler quoi. Pourtant, j'avais l'impression qu'il était très important…

Une trace sirupeuse dégoulinait depuis les lèvres rouges d'Hermione.

Vite, nettoies-moi ça vite avant que je ne le fasse pour toi. Elle ne semblait pas s'en rendre compte. Quelque chose tomba près de nous, peut-être une pomme de pin ou une pierre qui roulait.

Ce petit bruit provoqua une cassure. Ou plutôt un retour à la réalité et je revis mes dernières années en flash-back. Toutes ces années, je m'étais réprimé, un devoir par principe. Certes, je m'autorisais à noyer la solitude dans les filles et leur affection, mais ma condition de serviteur du plus grand mage noir m'obligeait à ne pas m'attacher à quelqu'un. Pour ne pas mettre en danger moi et cette personne. C'était le prix à payer. Jamais je ne ferais comme mon père.

Et moi ? Là, i peine une seconde je m'étais imaginé combler à grands pas la distance qui nous séparait - l'embrasser en tournoyant sur un tapis de feuilles mortes.

Malefoy, Malefoy… reprends-toi et calme tes ardeurs, on sait que tu n'es pas fais pour ça. A vrai dire, maintenant je m'en voulais. Pour ces odieux désirs, m'abaisser à ce point. Serais-je donc aussi faible que ça ? Et encore, c'est une née-moldue. Bien Draco, de mieux en mieux. Je relevais les yeux vers elle, cachant mon dégoût. Heureusement elle avait essuyé l'infamie. D'une voix froide, j'annonçais qu'il était maintenant temps de partir.

J'ai enfilé le sac à dos noir et repartis. Nous avons continué notre chemin sans un mot, respectant volontiers le silence de l'autre. Au moins, elle trouvait toujours des traces, il semblait donc que nous étions sur la bonne voie. Enfin, j'espérais que notre petite aventure prenne fin rapidement. Et tandis que nous pénétrions plus encore dans la forêt, les arbres massifs autour de nous cédèrent la place à de hauts pins nus ; les sous-bois s'éclaircissaient. On entrevoyait la terre humide sous la verdure. Puis en milieu de matinée, ce qui devait arriver arriva. Granger commit l'inévitable, accroupie et tête penchée sur la terre, elle ne put s'empêcher de rompre le calme de notre silence respectif :

_ Tu vas m'en vouloir longtemps comme ça ?

Elle étudiait la trace de pas et avant que je ne puisse répondre assez placidement, elle ajouta :

_ C'est étrange, les traces partent par là, puis font demi-tour derrière nous.

Coupé dans mon élan, je l'ai regardé bizarrement. Comment cela pouvait-il être possible ? Pourquoi les centaures étaient-ils repartis en sens-inverse ?

La question tournait en rond dans mon esprit. Je me concentrais. Aux aguets.

J'eus alors une étrange sensation, très dérangeante. Je compris tout à coup que nous n'étions pas seuls ici.

J'entendis quelque chose bouger derrière moi. Je m'obligeais à ne pas fermer les yeux. Le mouvement avait été léger, imperceptible. Hermione se taisait. Elle ne disait plus rien. Ce n'était pas bon signe. Je crois qu'elle était en train de me regarder. Je tendis la main vers ma poche de devant où se trouvait ma baguette.

Je cachais la baguette dans ma manche tout en me remémorant l'avertissement de Rogue sur l'usage de la magie. Lorsqu'un autres bruit, plus distinct, se fit entendre : l'image d'un monstre inconnu se cachant derrière nous se dessinait dans mon esprit.

Je fis volte-face : Une escouade de centaures musclés nous surplombaient de toute leur hauteur.

A l'expression féroce de ces derniers, je pouvais attendre pour une petite carte de bienvenue de leur part. Un frisson s'empara de moi. Réprimant une stupide envie de rire, je me prononçais dans une tentative de paix en prenant une grande inspiration :

_ Bonjour. Je me nomme Draco Malefoy, j'ai été envoyé ici pour le renouvellement du pacte de non-aggression avec Poudlard.

Après tout, c'était eux qu'on cherchait. Sourcils froncés, le centaure le plus en avant grimaça de dégoût. Avant de contracter furieusement sa mâchoire. Mon sang ne fit qu'un tour : une grosse veine pulsait furieusement sur son front. Mon cœur commença à battre la chamade. Je me mis à respirer lentement pour me calmer. Il ne fallait pas montrer que je paniquais.

Mais, soudain, un nouveau bruit me tétanisa : le déclencheur d'une arme à feu avait cliqueté. Mon sang se glaça. Me raidissant je cherchai du regard l'endroit d'où j'avais saisis le léger cliquetis.

Un centaure sur la droite portait un fusil. Avaient-ils l'intention de nous tuer ? A toute allure, j'évaluais la situation : la position de Ginny, la mienne, le nombre d'assaillants et le placement des arbres. Il n'y avait qu'une chose à faire : s'enfuir. Un filet de sueur froide coula sur ma peau. Tout en affrontant leur regard, je m'adressais fermement à ma coéquipière :

_ Cours, Granger.

Mais elle continua à rester sur place - immobile.

La maudissant intérieurement, je me jetais sur elle en un éclair pour attraper sa main. J'avais déjà commencé à courir, même si je la sentais réticente à mes plans de fuite. Je tirais plus fort sa main pour l'empêcher de tomber. Priant désespérément tous les saints qui me passaient sous la main. Une fois son équilibre retrouvé, Ginny se mit à courir. Je percevais les autres s'affairer derrière nous. J'entendis un rire. Nous avons foncé entre les arbres, aussi vite que nous le permettais nos jambes. Quand tout à coup Granger se mit à ralentir, puis à complètement s'arrêter.

C'est alors, qu'elle s'effondra, le regard vide.

Je ne comprenais pas et malgré mon envie irrésistible de m'enfuir, je rattrapai son corps juste avant qu'il n'heurte le sol. Enragé, en colère et dégoûté, j'empoignai ma baguette et explosai un sectusempra à l'un des centaures dans l'espoir de les calmer. Le sort dont j'avais été victime par Potter, c'est pas mignon ? Je soulevis Hermione dans mes bras et remarquai une fléchette plantée dans son bras.

J'accélérai mes mouvements, me mis à marcher le plus vite que je pus, tout en la portant. Il fallait que je parvienne au moins jusqu'à cet arbre, pour me cacher derrière.

Tout à coup une douleur à l'épaule.

Une fléchette. La fatigue m'engourdit. Plus que 2m à parcourir.

Je chassais la somnolence. Et me concentrais. 1 mètre. Je m'arrêtais. Essoufflé. Endormi. Avances, mon instinct de survie me le hurlait. Je fis un pas. Je ne pus plus... Je m'affalais par terre.

Mes yeux se refermèrent sur une pousse verte. En gros-plan, devant le corps inerte d'Hermione.