Éomer était parti en urgence en raid peu après le baiser échangé. Il n'était donc pas au courant de l'outrage qu'avait osé commettre le conseiller. Cela faisait quelques jours que lui et ses hommes étaient absents. Grâce aux herbes d'Elrond, j'étais pratiquement guérie. Physiquement du moins. J'étais dès lors toujours armée et regardaient toujours derrière moi.

Lorsqu'ils revinrent, ce fut avec rage que le maréchal de la Marche se montra devant son oncle le roi.

-Mon roi, ce sont des orques sous le commandement de Saruman qui brûlent et pillent nos terres. Ce sont aussi eux qui ont massacré le peuple des Fauconniers Plus rien ne reste du village.

-Saruman est notre allié, intervint Grima sournoisement, peut-être roi Théoden, votre neveu est-il mécontent et veut votre place? Suggéra langue de serpent.

-Jamais! Espèce de vile couleuvre! Tes paroles sont du poison! Ragea Éomer en lançant un casque d'orc marqué de la main blanche au bas du trône.

-Mensonge! Je vous ai vu forniquer avec la sorcière! Cette enchanteresse venue du nord!

-Comment osez-vous parler ainsi! Grogna Éomer en prenant Grima par le cou. Hein? Comment? Trop longtemps avez-vous bavé sur les femmes de ce palais. Je vous jure….

-Gardes! Gargouilla le conseiller, Gardes! Éomer fils d'Éomund, je vous bannis du Rohan. Si l'on vous revoit ici, ce sera la peine de mort! Décréta Grima avec un sourire diabolique.

Ce fut avec horreur qu'Éowyn regarda son frère amener trois cents hommes avec lui et quitter sans dire adieux. Qu'allait – il devenir du royaume? Elle était perdue. Après être sortie de la grande salle en coup de vent, elle trouva Flora dans la chambre du roi. Elle laissa tomber quelques herbes dans son eau et dans son vin. Elle saupoudra aussi des herbes sous l'oreiller.

-Sortons, vite, j'entends des pas! Me murmura Eowyn.

Heureusement, je n'avais plus besoin de mon atèle, ce qui facilitait grandement mes mouvements. Éowyn me suivit jusque dans ma chambre, où l'on s'enferma à double tour.

-Qu'avez-vous mis dans l'eau du roi? S'écria Eowyn à moitié furieuse.

-De l'athélas. C'est une plante pour aider à faire sortir le poison. Elle revigore et redonne vie aussi. Je vous en donnerai, cela pourrait vous faire du bien.

-Je vois… bon si cela peut aider. Vous avez su les dernières nouvelles?

-Non qu'est-ce qui c'est passé? Demandais-je inquiète en voyant le visage sombre de la protectrice du Rohan.

-Mon frère s'est fait bannir sous peine de mort.

-Que dites-vous? Mais ce n'est pas possible!

J'eus les larmes aux yeux. Nous venions à peine de nous retrouver que l'homme que j'aimais me quittait déjà.

-Malheureusement, mon frère a découvert la vérité. C'est Saruman qui contrôle les orques et qui a ordonné le raid sur votre peuple. Il y avait une violente tempête qui sévissait cette journée-là. Ils n'ont eu aucune chance Flora. Éomer voulait vous l'annoncer lui même, mais il n'a pas eu le temps.

-Oh, non…

-Grima a aussi accusé Éomer de forniquer avec vous. Pouffa Éowyn pour alléger l'atmosphère. Il a dit que vous étiez une sorcière.

-Mais nous n'avons seulement échangé qu'un baiser. Nous étions seuls dans l'écurie, avançais-je.

-Il vous aura espionné comme à l'habitude. Il faut faire attention Flora. Rien n'est plus sur.

-Pourtant je sens que le vent va changer. Annonçais-je en sentant une brise nouvelle se lever sur les plaines.

Pendant les jours qui suivirent, je m'introduisis à plusieurs reprises pour donner de l'athélas au roi. Je devais constamment surveiller mes arrières, me sentant suivie. Je passais mon temps également à me balader à cheval dans les environs à la recherche de plantes médicinales et allant également à la chasse au faucon. Plusieurs personnes vinrent me voir pour des soins. Chaque soir, j'étais épuisée, mais ainsi j'oubliais mes tourments. Éowyn était dans un aussi piètre état que moi. La donne changea lorsque trois cavaliers des plus inattendus arrivèrent en Édoras, une semaine jour pour jour après le bannissement du maréchal de la marche.

Le roi était légèrement mieux, ayant reconnu brièvement sa nièce Éowyn. J'étais dans le hall avec Éowyn et le roi, lors qu'arriva Gandalf le gris et trois êtres que je n'aurais jamais cru revoir. Légolas l'elfe, Gimli le nain et le seigneur Aragorn. Je les avais connus lors du conseil de l'anneau. Je leur avais donné des conseils pour traverser le Rohan et avais fourni les semi-hommes en plantes médicinales.

Ce fut à ce moment-là que le miracle attendu se produisit. Gandalf devenu le sorcier blanc délivra le roi Théoden de l'emprise de Saruman. En un instant, le roi se mit à rajeunir. Il reconnut enfin sa nièce. Et fouillant la salle du regard, il me vit.

-Flora, oh chère dame Flora. Je suis ravi de vous revoir. Je crois que votre connaissance en médecine m'a été d'un grand secours.

-Ce fut un honneur! Mon seigneur! Répondis-je en faisant la révérence.

-C'est à ce moment-là que Grima se jeta sur moi. Me tirant par les cheveux, il sortit un poignard de dans sa manche.

-Sorcière! Démone! Hurla-t-il fou de rage. Tout ceci est de ta faute! Tu jettes tes sorts sur le peuple pour le monter contre le roi!

Je ne pus me dégager assez rapidement et il m'assena un coup de poignard dans les côtes. Mon souffle fut coupé et je vis du noir. D'un faible coup de pied, je le fis reculer le conseiller plus loin et il fut attrapé par Légolas tandis que le seigneur Aragorn venait à mon aide. Il m'empêcha de m'écrouler sur les dalles du palais. Le regard menaçant, je répliquai, douloureusement :

-C'est vous qui devriez être traité de démon. Trop longtemps vous nous avez suivi et menacé de prendre notre bien le plus précieux. Encore cette nuit je vous ai vu roder dans ma chambre. Limace! Vous ne méritez que la mort!

-Paix Dame Flora! Pria Aragorn en me prenant par les épaules et me couchant sur le sol tandis que deux gardes entraînaient le conseiller à l'extérieur. La mort est inutile. Trop de sang a été versé.

-Vous avez raison, soufflais-je en essayant de me relever.

-Quel tempérament madame! S'écria le nain Gimli. C'est étonnant comment les femmes peuvent être plus cruelles qu'un homme. S'esclaffa-t-il.

-Tout à fait! Acquiesçais-je avant de perdre connaissance.

Le conseiller fut jeter à l'extérieur du château, tandis qu'Éowyn racontait au roi ce qui c'était passé en son absence. Il fut surpris du bannissement de son neveu, mais surtout choqué par la mort de son fils qu'il pleura sur sa tombe. Il s'enquit de Dame Flora.

-Elle dort, mon oncle. Langue de serpent ne l'a seulement qu'effleurée. Mais Flora était épuisée. Il a essayé de la violer une nuit. J'en suis toute retournée… expliqua Éowyn. Elle est épuisée physiquement et aussi mentalement. L'éradication de son village, les deux attaques et le départ précipité de mon frère n'a pas aidé.

-D'Éomer? Fit Théoden étonné. Qu'a-t-il à voir là-dedans?

-Dame Flora et Éomer s'aiment, majesté, et ce, depuis quelque temps déjà. C'était la première fois que je voyais mon frère aussi heureux et c'était lorsque Flora était avec lui.

-Oh, je vois… les circonstances actuelles n'aident pas évidemment! Fit le roi tristement.

Gandalf en profita pour émettre un avertissement d'une guerre imminente.

-Nous ne sommes pas prêts! S'écria le roi, si peu d'hommes pour défendre la ville.

-Il vous faut un endroit sûr, monseigneur. Ce ne sont pas des orques ordinaires, insista Aragorn en soufflant la fumée de sa pipe.

-Oui, des Uruk-hai qui tueront hommes, femmes et enfants sans hésiter. Ajouta Gimli.

-Le seigneur Eomer a trois cents hommes avec lui. Fit Aragorn.

-Mais le maréchal n'arrivera jamais à temps, répliqua le roi furieux.

-Pas si vous allez au gouffre de Helme, intervint Gandalf. Ce lieu vous a servi durant des années.

Il y eut un silence. Puis je pris la parole.

-Je suis messagère, la dernière de mon peuple. Je suis petite et légère. Laissez-moi allez avertir le seigneur Éomer. Déclarais-je après m'être levée de mon banc.

Les hommes me regardèrent avec les yeux écarquillés, surpris de ma présence. Il faut dire que j'étais entrée en douce dans la pièce. Ils semblèrent considérer ma proposition.

-Elle a raison, dit Gandalf. Son peuple a toujours été utile et rapide pour transmettre les messages. Cependant, vous êtes blessée. J'irai.

-Je peux faire avec. C'est une blessure contrôlée, plaidais-je presque en suppliant.

-Non, vous êtes trop faible. Lança le roi Théoden. Gandalf ira rejoindre l'éored d'Éomer et nous irons au gouffre de Helme. Gamelin! Faites préparer les villageois. Qu'ils n'emportent que le strict minimum.

-Oui mon seigneur, fit le garde qui courut à l'extérieur du château pour porter la nouvelle.

À ma plus grande frustration, je me sentis faiblir et cette fois-ci ce fut Gandalf qui vint à mon aide en me soutenant pour éviter que je ne tombe.

-Ma chère Flora, nous nous connaissons depuis assez longtemps pour savoir que je tiens à vous. Fit le vieux sorcier en me raccompagnant jusqu'à la porte du hall où venaient tout juste d'entrer deux jeunes enfants dont leur village avait été victime des orcs. Votre perte est doublement grande et je sais que votre corps est au plus mal. Vous nous serez beaucoup plus utile en étant en vie...

-J'ai compris Gandalf… marmonnais-je frustrée, arrêtez de me protéger. Vous savez très bien que je peux me battre.

-Oh oui, je le sais mon enfant. Mais vous n'êtes pas au mieux.

-En effet, je commençais à voir flou à cause de la douleur et la fièvre qui irradiait mon corps. Gandalf me confia à Éowyn qui nous avait rejoints et il retourna dans le hall.

Sans mot dire, Éowyn me déshabilla et me mit en robe de nuit. Elle me borda dans le lit après avoir également changé mes pansements. Non seulement mon corps était en douleur, mais mon cœur était également en miette. Ma famille, mes amis n'existaient plus et qui sait si j'allais revoir Éomer un jour. Je réalisai qu'à ce moment seulement l'ampleur du drame que le destin m'avait donné à vivre. Je pleurai toutes les larmes de mon corps tandis qu'Éowyn me berçait dans ses bras en me chantant des berceuses des Rohirrims.

Ce fut le roi lui-même qui vint me voir le lendemain matin de très bonne heure. Il attendit poliment que les servantes m'aient aidée à mettre une robe, puis il prit place dans un fauteuil près du lit.

-Dame Flora, je n'irai pas par quatre chemins. Nous devons évacuer Édoras. Nous avons besoin de mains guérisseuses comme les vôtres. Je… Je sais que vous n'êtes pas au mieux de ce que vous pouvez être, mais j'ai bien peur que notre bonne Jolna soit trop vieille pour ce long voyage.

-Où allons-nous majesté, au Gouffre de Helme? Demandais-je me sentant pleinement réveillée.

-C'est exact. Puis-je vous faire confiance? Pouvez-vous me rendre ce service pour moi, mais également pour le pays et tous ceux dont vous portez affection? Insista Théoden en me prenant les mains dans les siennes et les pressants gentiment.

-Oui majesté. Je peux monter à cheval et marcher… C'est hors de question qu'on me fournisse une litière!

-Ça, c'est la Dame Flora que je connais! Lança une voix enjouée. Je suis ravi de vous voir mieux madame, fit le seigneur Aragorn.

-Je vous laisse, fit le roi Théoden avec un grand sourire, madame, vous me voyez rassuré de vous revoir sur pied.

-Merci majesté, le remerciais-je avec un grand sourire… Seigneur Aragorn, vous m'accompagnez jusqu'aux écuries?

-Avec plaisir, je voulais vous donner quelque chose. Votre faucon a effectué un aller-retour par lui-même jusqu'à Fondcombe et il m'a remis ceci.

Aragorn me donna un rouleau de parchemin qui contenait un bracelet avec des breloques, dont un cheval, un faucon, une dague et une étoile. Le tout en métaux et pierres précieuses. J'eus les larmes aux yeux, non pas de tristesse, mais de joie.

-C'est un bijou que m'avait donné mon père avant que je ne vienne à Édoras pour la première fois, le faucon vient de lui, expliquais-je. Puis pour mon anniversaire, Éowyn et Éomer m'ont donné le cheval avec la complicité du roi Théoden évidemment. La dague et l'étoile proviennent d'Arwen et du seigneur Elrond. Son message est tout simple, elle ne veut pas que je perde espoir.

-Tant de personnes croient en vous et vous voient en tant que menace importante pour les forces du mal, souligna le seigneur Aragorn. Votre perte serait très dommageable à notre cause et au Seigneur Éomer, à ce que j'ai cru comprendre.

-Je tâcherai de m'en souvenir, répondis-je en rougissant légèrement. Merci de me l'avoir remis.

-C'est un plaisir de vous être utile madame. Puis avec un signe de tête, il me laissa seule dans le box de Vent rapide.

Après un inventaire rapide de mes sacoches, je mis les brides à Vent rapide et nous partîmes rejoindre l'escorte du Roi Théoden.