Les Aventuriers se sont rendus dans les Montagnes du Nord, au-delà de la Vieille Tour, pour essayer de retrouver la demeure du fondateur de leur Ordre, Érik Samokken, un guerrier demi-élémentaire de Terre, qui a vécu il y a plus de 500 ans. Après avoir lutté contre un puissant blizzard, ils ont trouvé refuge pour la nuit dans une grotte. Mais alors que Shin était de garde, il entendit parler un groupe d'hommes dans le blizzard, qui sont apparemment eux aussi à la recherche de Samokken. Plus farfelu encore, ces hommes sont persuadés que le fondateur est encore en vie. Shin s'empresse de raconter ce qu'il a entendu à Grunlek, mais ce dernier ne le croit pas, convaincu qu'il a rêvé. Mais est-ce vraiment le cas ? Quels dangers attendent les Aventuriers ?

C'est à contrecœur que Grunlek, Shin, Théo et B.O.B. ont quitté la grotte pour poursuivre leur chemin. Le blizzard ne s'est pas arrêté pour autant. Au contraire, il semblait doubler d'intensité à mesure qu'ils avançaient. Grunlek, qui n'avançait plus que grâce au soutien d'Éden, finit par crier :

- Ça suffit ! On ne pourrait pas faire demi-tour ? Ça fait trop longtemps qu'on erre dans ces montagnes !

- Sauf que si on fait demi-tour maintenant, répondit B.O.B., on mettra autant de temps à revenir à la Vieille Tour qu'on en a mis pour arriver jusqu'ici. De plus, mon intuition de mage m'affirme que nous touchons au but. On devrait...

- Ton intuition de mage ?! ironisa Grunlek. Ce n'est pas cette même intuition qui t'a transformée en torche humaine lorsqu'on a essayé une infiltration à Mirages ? Ce n'est pas celle-là qui t'a soufflé de récupérer le Codex dans les mains du titan et qui a provoqué les catastrophes dont on nous tient pour responsables ?!

- Écoute Grunlek, je...

- Venez voir ! s'exclama Shin en mettant un terme à la dispute du même coup.

Les trois compagnons et la louve rejoignirent Shinddha qui se tenait sur une corniche de pierre. Cette corniche dominait une large vallée, balayée par des blizzards encore plus puissants. Et au milieu de cette vallée, à peine visible, se trouvait une grande demeure de pierre et de terre.

- On dirait bien que nous avons fini par trouver, souffla Shin.

- Non, tu crois ? répliqua Théo. C'est la seule demeure de ce type à des kilomètres à la ronde.

- Il va juste falloir traverser des blizzards encore plus violents, déclara B.O.B. Par contre... Est-ce que c'est moi ou est-ce que cette demeure est habitée ?

- À quoi tu le constates ? interrogea Grunlek.

- Regardez la cheminée.

Le nain fixa attentivement la demeure. B.O.B. avait raison. Un mince filet de fumée sortait de la cheminée.

- Mais... C'est impossible ! Comment quelqu'un peut-il vivre ici ?

- Érik l'a bien fait, il y a 500 ans, murmura Shin. Cette région a l'air inhospitalière et pourtant, il a bien vécu ici.

- De toute façon, reprit Théo, tout ce que je vois, là, c'est une maison, probablement celle qu'on cherchait. Et si vous apercevez de la fumée, ça sous-entend qu'il y a un feu, et donc, de quoi nous réchauffer. Alors, restez ici si vous le voulez, mais moi, je vois l'opportunité de soigner mes doigts engourdis.

- Fais pas l'enfant, Théo, soupira B.O.B. Bien sûr qu'on vient avec toi.

Ils commencèrent leur descente dans la vallée. Mais à mesure qu'ils progressaient, le blizzard devenait de plus en plus fort, rendant leur avancée de plus en plus difficile. Enfin, au bout d'un temps qui leur parut interminable, ils atteignirent un grand porche de pierre au fond duquel se trouvaient une porte de chêne. Grunlek s'avança et tenta d'ouvrir... en vain.

- C'est verrouillé. Qu'est-ce qu'on fait ? On force le passage ?

- Non, répliqua Shin. Si on a vu de la fumée sortir de la cheminée, c'est qu'il y a sûrement quelqu'un qui y vit.

- Et alors ? demanda Théo.

- Bah alors, regarde.

Shin s'avança vers la porte et frappa trois fois à l'aide d'un loquet. Presque aussitôt, une voix répondit à l'intérieur : "Un instant, s'il vous plaît. Je viens ouvrir."

- Eh bien voilà, dit Shin en se tournant vers Théo et Grunlek. Pas la peine de tout le temps faire les choses en mode "bourrin".

Théo se contenta de lui répondre en lui adressant un regard noir auquel Shin ne parût pas du tout intimidé. Des bruits de pas se firent entendre derrière la porte, puis elle s'ouvrit, révélant un jeune homme, au cheveux blonds et courts, un nez en trompette, des petites taches de rousseurs sous les yeux verts, et une carrure assez solide pour porter des charges d'au moins 50 kilogrammes. Il paraissait plutôt impressionné par cet étrange visite.

- Je... Je peux vous aider ? demanda-t-il.

- Oui, répondit B.O.B. Nous cherchons l'ancienne demeure d'Érik Samokken. Est-ce bien ici ?

- Euh... Oui. C'est... c'est bien ici. Que voulez-vous ?

- Est-ce vous le propriétaire des lieux ?

- Euh... Je... Non. Je... Je peux vous conduire à lui, si vous voulez.

- Vous serez bien aimable. Il ne fait pas chaud, dehors. Au fait, comment vous appelez-vous, mon grand ?

- Euh... Je m'appelle Arthur. Je... Je suis le serviteur du maître de ce manoir.

Sur ces mots, Arthur s'écarta et fit rentrer les 4 Aventuriers dans un grand hall de pierre et de terre, éclairé à l'ancienne par des torches et des chandelles. Le sol était recouvert de peaux de bêtes, et des meubles en bois verni recouvraient les murs. Quatre autres portes se dessinaient dans les murs et un escalier de pierre à côté de l'entrée donnait accès aux étages supérieurs. Arthur referma la porte derrière eux, et les conduisit vers une des 4 portes (la première à droite) qu'il ouvrit sur une grande salle à manger aux murs de pierres. Une vaste table de pierre déjà dressée avec le couvert trônait au centre et un feu ronflait dans une vaste cheminée sur la droite. Là encore, la pièce était éclairée par des torches et des chandelles. Arthur les emmena vers une autre porte, à l'autre bout de la salle. Il s'arrêta et frappa deux fois au panneau noir. Une voix grave et rocailleuse répondit : "Oui ? Qu'est-ce que c'est ?" Arthur entrouvrit la porte et passa la tête par l'ouverture.

- Maître ? Excusez-moi de vous déranger. Vous avez de la visite.

- Qui sont-ils ? demanda la voix.

- Euh... Un nain avec un bras en métal, un paladin avec une armure de l'église de la lumière, un pyromage et un demi-élémentaire d'eau. Un loup les accompagne.

- Que me veulent-ils ?

- Ils disent chercher la demeure d'Érik Samokken, Maître.

- Ah, vraiment ? dit la voix d'un air intéressé. Très bien, fais-les entrer, sauf le loup. Il les attendra dans la salle à manger. En attendant, occupe-toi de lui, d'accord ?

- Euh... Oui, Maître.

Arthur se tourna vers les Aventuriers :

- Vous pouvez entrer, il vous attend. Mais votre loup va devoir vous attendre ici. Le Maître m'a chargé de m'en occuper, n'ayez crainte.

- Très bien, fit Grunlek. Éden, accompagne le monsieur. Il va te donner à manger.

Éden regarda le nain d'un air un peu triste mais suivit tout de même Arthur. Théo entra le premier dans la pièce voisine, suivi de B.O.B., de Shin et enfin de Grunlek. Lorsqu'il franchit le seuil, il regarda autour de lui, et vit qu'ils étaient entrés dans une pièce qui servait à la fois de bureau et de salon privé. Les murs (de pierre) étaient recouverts de bibliothèques, de vitrines exposant des objets, et de trophées de cerf, d'ours, et de sanglier. Une cheminée dans laquelle brûlait un feu faisait face à la porte, un bureau de pierre se tenait dans un coin de la pièce et, dans le coin opposé, une vitrine exposait un immense marteau de guerre finement ouvragé. Devant la cheminée, se tenaient deux fauteuils de pierre recouverts de fourrure. Dans l'un d'eux, un homme se tenait assis. Il avait les cheveux longs et bruns, des sourcils broussailleux surmontant ses yeux fauves, un nez busqué, l'air fier et aguerri d'un homme d'action, et une carrure qui n'avait rien à envier à celle d'un athlète de haut niveau. L'homme leva la tête vers les Aventuriers, les dévisagea un long moment, avant de dire d'une voix grave et profonde :

- Alors, c'est donc vous qui cherchez Érik Samokken, le Guerrier de la Terre ?

- Oui, c'est bien nous, en effet, répondit Grunlek. Votre serviteur, Arthur, nous a confirmé que nous étions bien dans son ancienne demeure.

- Je vois, murmura l'homme. Eh bien, je vais vous dire, ce n'est pas son "ancienne" demeure.

- Que voulez-vous dire ? interrogea B.O.B.

- Vous ne comprenez pas ?

L'homme se leva, tendit le bras, et l'éleva avec lenteur. Pendant qu'il accomplissait ce geste, un bloc de terre se souleva petit-à-petit du sol pour finir par atterrir dans sa paume ouverte. L'homme regarda les Aventuriers stupéfaits et déclara :

- Je suis le Guerrier de la Terre, Érik Uter Samokken en personne !

À ce moment précis, la porte qui donnait sur la salle à manger s'ouvrit à la volée !