Titre : Sherlock is a girl's name
Résumé : "Que voulais-tu vraiment dire, ce jour-là ?" Sherlock cligna des yeux plusieurs fois, la pluie martelant son visage, ses boucles brunes et humides se collant à son front, et il se permit pour la première fois de sa vie de dire ces trois mots interdits.
Rating : T, mais est susceptible de devenir un M dans les prochains chapitres.
Couples : Johnlock, mention de John/Mary principalement.
Note : Cette fiction se déroule après l'altercation entre John, Sherlock et Mary et donc lorsque Sherlock se retrouve à l'hôpital pour la seconde fois. Elle sera principalement sur les six mois que John passe de nouveau à Baker Street. Bien que cette fiction suit le déroulement principal de la série, il s'agira également d'un post S3 et finira donc par devenir un AU. Je pense qu'elle contiendra une dizaine de chapitre.
Note 2 : Retard, retard, mon dieu j'ai du retard. Sincèrement, je suis désolée. Mes études m'ont englouti bien plus que je ne l'aurais imaginé, et je m'en excuse. À partir de maintenant, je ne compte plus donner de date approximative de publication. Mes études, ainsi que ma vie personnelle, passeront toujours avant, et je veux que cette fic continue d'être un plaisir à écrire, et non une contrainte. J'espère que vous comprendrez et que vous continuerez à me suivre !
Note 3 : Merci à Barakiel, ma beta du jour
Réponses aux reviews :
Rena : Et tu as bien raison, la discussion entre John et Mary est… intense ! J'espère que tu l'aimeras !
Sherlocked : Merci, j'espère que la suite te plaira !
Hannibaise : Je… ne sais pas trop quoi dire, mais la suite est enfin là ahaha.
Fan impatiente : Et la suite est enfin là, j'espère que tu vas la savourer !
Chapitre 3
Discussion
Un frisson glacial parcourut l'échine de John à la vue de Mary, dont les cheveux blonds étaient indisciplinés, les vêtements en aucun cas assortis et dont les cernes marquaient ses jolis yeux bleus. Si cette vue avait habituellement provoqué chez John l'envie de prendre sa femme dans ses bras pour la réconforter, aujourd'hui, ce ne serait absolument pas le cas. Il ne ressentait que de la colère – profonde, contenue, destructrice – pour celle qui avait partagé sa vie en lui mentant chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, et il ignorait encore à quel point.
Évidemment, il avait gardé la clé USB – il l'avait laissé à l'appartement de Sherlock – mais n'avait pas encore eu le temps d'en voir son contenu, et il doutait en réalité d'en avoir envie. Il voulait l'entendre de sa bouche. Toutes les choses horribles qu'elle avait fait en pensant que quelqu'un avait à le faire et que ce quelqu'un, c'était elle.
Il serra et desserra à un rythme soutenu sa main gauche, dans une vaine intention de se calmer. Ce n'était définitivement pas ce qui était prévu. Certains diraient que John avait pensé éviter sa femme comme un lâche, mais ce n'était pas le cas. Il n'avait pas caché sa colère ni son animosité envers sa femme lors de leur discussion à Baker Street – et encore, discussion était un faible mot, Mary étant resté stoïque, ne répondant qu'à demi-mots. Il n'avait rien promis – pas de retour, ni de pardon.
" John ? " Mary semblait surprise par la présence de son mari devant leur appartement. Une lueur d'espoir passa un instant dans ses yeux céruléens avant d'être remplacée par l'inquiétude. Sa posture devint plus défensive et John comprit à ce moment-là que cela allait forcément mal tourner. Elle n'était pas prête à faire des excuses – et peut-être qu'elle ne le serait jamais. Ça tombait bien, lui non plus.
" Je viens chercher mes affaires. " répondit-il simplement. Pas la peine de tourner autour du pot, après tout ils étaient au-dessus de ça à présent.
" Je te demande pardon ? " Mary semblait incrédule, comme si le départ de John n'avait semblé être pour elle qu'une impossibilité et non une possibilité.
" Tu ne pensais tout de même pas que j'allais rester ici avec une femme qui… " le ton monta et John prit une profonde inspiration pour se calmer, se rappelant juste à temps que leurs voisins étaient tout à fait amènes à les entendre – et son but n'était en aucun cas de les rameuter. " Je ne vais pas rester ici, Mary. "
" Et pourquoi pas ? " répondit-elle du tac-au-tac. " C'est donc comme ça que fonctionne le mariage selon toi ? s'en aller du domicile conjugal au bout de quoi, un mois ? "
John eu un petit sourire. Ce petit sourire qui voulait en général dire qu'il fallait prendre ses jambes à son cou et partir, de préférence, très, très loin d'ici. " C'est marrant que tu nous compares à un mariage normal puisque, aux dernières nouvelles, nous ne sommes pas un mariage normal ! le mariage, cela marche comme ça selon toi, Mary ? " John avança tandis que Mary recula dans l'appartement.
" John… " intima Mary afin que son mari se calme. Cela semblait être perdu d'avance. Il la poussa afin de traverser le salon à grandes enjambées et arriva dans leur chambre où il ouvrit l'armoire d'un coup sec, pour saisir ses chemises qui étaient déjà soigneusement pliées, prêtes à être empaquetées. " Tu t'en vas vraiment… ? "
John ne répondit rien et continua à remplir sa valise, cette fois-ci avec des pulls et gilets. " John ! " Il continua avec des jeans et ses sous-vêtements. " John ! "
La voix forte et autoritaire de Mary stoppa net John, qui se retourna en la regardant avec un regard le plus noir possible – il ne pensait pas avoir détesté autant quelqu'un de toute sa vie. Ah si, il y avait évidemment eu Moriarty, mais heureusement pour lui, il était mort.
" Je ne veux pas que tu partes ! "
" Et moi je veux rentrer au seul endroit où je me sens réellement chez moi ! " Il claqua la porte de l'armoire violemment et Mary eut un léger sursaut. " Avec quelqu'un qui ne me ment pas ! "
La jeune femme blonde eut un léger rire – un rire moqueur et John serra le poing. " Est-ce que tu parles de Sherlock ? Ce n'est pas exactement ce dont je me rappelle. " Elle fit mine de réfléchir et secoua la tête, ses mèches blondes décolorées fouettant mollement ses joues. " Ce n'est définitivement pas ce dont je me rappelle. Je me rappelle plutôt de toutes ces fois où je t'ai soutenu quand tu étais prêt à sombrer après sa prétendue mort. "
" Dit celle qui a tenté de le tuer pour de bon. "
" Je n'ai pas… "
John ferma sa valise, la fermeture coulissant dans un zip sonore, qui était le seul bruit qui pouvait être entendu dans la petite pièce avec sa respiration saccadée – il était tellement en colère qu'il avait l'impression d'être une bombe à retardement. Jamais quelqu'un ne l'avait fait atteindre ses limites à ce point. " Oui bien sûr, tirer sur quelqu'un ce n'est jamais avec l'intention de le tuer n'est-ce pas, surtout quand on est une ancienne tueuse à gages ! Ou même pas ancienne, j'en sais rien et à vrai dire je m'en contrefous ! "
" Comment va-t-il ? " La phrase était tellement inaudible que le meilleur ami de Sherlock eut du mal à l'entendre. Ou plutôt, il pensait avoir mal entendu tellement il ne s'attendait pas à cette question.
" Tu essayes de tuer la personne la plus importante de ma foutue vie et tu me demandes comment-va Sherlock ? " Un rire amer incontrôlable s'échappa de sa bouche et Mary l'observa, stoïque. " Il était au bord de la mort, deux fois, par ta faute et seulement la tienne ! Donc pour répondre à ta question, non, ça ne va pas ! "
" Je ne suis pas la personne la plus importante de ta vie… ? Je pensais que je l'étais. "
Un long soupir d'exaspération s'échappa des lèvres fines de John. Il n'arrivait pas à croire que de son discours, elle n'ait retenu que cela. " Tu ne l'es plus à cause de ce que tu es. "
Elle secoua de nouveau la tête, ses jolis cheveux blonds encadrant pour une fois son visage – elle mettait en général ses cheveux derrière les oreilles. " Je ne l'ai plus été dès qu'il est revenu. " Elle humecta ses lèvres avant de reprendre la parole et John put observer pendant un instant à quel point elle semblait désespérée. " Je n'ai été qu'un remplacement temporaire. Dès qu'il est revenu, je suis passée à la seconde place. "
" Quoi ? " L'homme aux cheveux grisonnant sentit sa colère être remplacée par de l'incrédulité. " Non ! C'est ridicule ! Le retour de Sherlock n'a rien changé ! "
Mary se mit à observer chaque coin de la pièce pour éviter le regard bleu foncé de John. Elle rit doucement. " Tu es le seul qui ne le voit pas. La Terre entière probablement le voit ! Ce n'est pas moi que tu aurais dû épouser, c'est lui ! "
John posa sa valise au sol avec force, agacé. Si la dernière fois, le bruit avait fait sursauter Mary, cette fois-ci elle ne semblait pas impressionnée. " Tu sais quoi ? Tu as raison, j'aurais sûrement été plus heureux avec lui qu'avec toi ! "
Le regard bleuté de Mary se remplit de larmes mais aucune ne roula sur ses joues. " Vraiment ? Va le rejoindre dans ce cas, je ne te retiens pas. "
John souleva sa valise et passa devant sa femme sans un regard. " Ça tombe bien, je n'ai pas envie d'être avec une putain de criminelle. "
" Tu n'es pas mieux que moi, John ! "
Ledit John se retourna, presque choqué par ces paroles. " Je te demande pardon ? "
Mary fronça les sourcils, et son mari – ou plutôt, prochain futur mari – resserra le point gauche avec fermeté, sentant la colère bouillonner tout doucement à l'intérieur de lui. Pourquoi savait-il déjà que ce qu'elle allait dire n'allait pas lui plaire ? Il se demanda, d'ailleurs, si elle avait déjà dit des choses qui lui plaisait, ou si elle n'était que mensonges et reproches – une question qui restait encore sans réponse aujourd'hui, mais pourquoi était-il étonné, après tout ? " Tu as sûrement tué plus de gens que moi. "
" Que… Q-Quoi !? " Alors celle-là, on ne lui avait jamais faite.
La blonde mit ses bras derrière son dos, liant ses mains entre elles, et soudain elle semblait en position de force, et John se sentit extrêmement mal à l'aise. Il avait oublié qu'elle pouvait le tuer dès qu'elle estimerait avoir assez joué avec lui… Et peut-être que ce moment était arrivé. " Ne fais pas ton surpris… John. " Son prénom fut prononcé avec animosité, et John serra encore le poing, ses jointures devenant blanches. " Tu étais un soldat, tu te rappelles ? "
" Je l'ai été. " répondit-il, les dents serrées. " Mais j'étais aussi un médecin. Je le suis toujours. Je peux sauver des vies. J'en ai sauvé plus que tu n'en sauveras jamais. "
Mary entrouvrit la bouche, et ce fut le seul signe qui montra qu'elle était surprise. Rien d'autre sur son visage n'avait changé. " Nous nous ressemblons plus que tu ne veux bien l'admettre. Plus que tu ne l'admettras jamais. " Elle s'approcha, et un fin sourire apparut sur ses lèvres et l'ancien soldat eut envie de lui faire avaler, tellement cela l'agaçait. " Tu n'es pas mieux que moi, John. "
Il s'approcha, et lui cracha presque au visage un " va te faire foutre " des plus dédaigneux. Elle recula, et il vit dans sans regard que cela l'avait blessé bien plus qu'elle ne l'admettrait jamais. Il sentit une pointe de regret pointer le bout de son nez et puis finalement, elle disparut aussitôt. Non, il n'aimait définitivement plus la femme qui se tenait devant lui. Au final, il ne la connaissait pas.
John tourna le dos, serra sa valise un peu plus fort dans sa main, parcourut les quelques mètres qui le séparait de la délivrance et la liberté – c'est-à-dire, la porte d'entrée – et s'en alla en claquant bruyamment la porte, direction Baker Street.
Sherlock ouvrit un œil, puis deux, avant de les refermer aussitôt avec une grimace, la lumière brûlant sa rétine. Il essaya de remettre les rouages de son cerveau en place, mais celui-ci refusait de fonctionner, comme s'il était rouillé et avait été trop longtemps inutilisé. Cela inquiéta Sherlock : depuis combien de temps était-il ici ? Avait-il dormi si longtemps ?
Il avala sa salive – ou plutôt, le peu de salive qu'il possédait. Il avait soif, terriblement soif. Sa gorge était sèche et pâteuse, et son ventre émit un gargouillement sonore. Voilà maintenant que son corps le trahissait, et qu'il ressentait la faim. Non, définitivement, ça n'allait pas du tout, rien n'allait. Il essaya de se relever, mais eut l'impression que sa poitrine allait s'ouvrir en deux. Il se rallongea, la respiration saccadée, sentant soudainement un gobelet au bord de ses lèvres. Il le saisit de ses mains tremblantes, faisant tomber un peu d'eau sur les draps, et prit une longue gorgée. Une fois ceci fait, il entendit distinctement les bruits d'une… canne ? Quelque chose en bois, ça c'était sûr. Son cerveau se remit à fonctionner et lui fit signe de fuir – fuir, mais où ? – et il ouvrit les yeux sur la grosse tête de Mycroft qui n'était qu'à quelques centimètres de lui, l'œil scrutateur. Le brun referma les yeux aussitôt. Où était John ?
" John… Où est John ? Il m'avait promis que… "
" Bonjour à toi aussi, petit frère. " assena avec sarcasme et un sourire déstabilisant l'aîné de la fratrie. Sherlock l'observa d'un œil et retint une expression de dégoût – on aurait dit un vrai sourire. De la morphine, il avait besoin de morphine ! Il dirigea son bras pour s'en administrer une plus forte dose, mais son grand frère lui saisit le poignet avec une force qu'il ne soupçonnait pas. " N'y pense même pas. Tu t'amuses bien trop avec ces substances pour que je te laisse faire, surtout lorsque je suis présent. "
Sherlock grommela et tourna la tête comme un enfant, comme si cela suffirait à faire disparaître la vision de son idiot de grand frère. " Je suis toujours là. " lui rappela Mycroft, les mains posées sur son magnifique parapluie de la marque Fox Umbrellas – toujours la même. " C'est moi qui ai forcé John à partir. Il ne voulait pas mais, quand tu verras pourquoi, tu ne m'en voudras pas trop, je suppose. "
Sherlock grogna à cette nouvelle – il avait osé faire partir John – et enfonça un peu plus sa tête dans son coussin inconfortable – mais sur le coup, il s'en fichait.
" Nous devons parler Sherlock, alors cesse de faire l'enfant. "
Une masse de cheveux bouclées se tourna vers lui, et s'exclama. " Tu n'aurais pas grossi ? " Il leva un sourcil. " Si, bien sûr, tu as grossi, je peux voir que la taille de ton costume n'est pas la même qu'il y a-… "
" Sherlock ! " le coupa Mycroft en élevant la voix et en tapant son parapluie sur le sol carrelé, blanc et impersonnel de l'hôpital. Une infirmière passant par-là lança un regard mi inquiet, mi amusé à la chambre, avant de déguerpir en quatrième vitesse – par habitude des frasques de Sherlock, ou impressionnée par son frère, personne ne le saura jamais.
" Très bien. " finit par répondre Sherlock, vaincu. Il savait que son frère n'allait pas le lâcher, de toute façon, quoi qu'il fasse. Évidemment, il comprenait, vu les circonstances – le voilà avec un trou parfait causé par une balle tirée par la femme de John. On n'aurait pas pu faire plus inattendu, même en le voulant bien.
Il tenta de se relever en s'appuyant sur sa main droite, serrant les dents. Mycroft s'approcha pour l'aider, mais le brun secoua la tête, ses mèches brunes retombant mollement sur son front. Il parvint finalement à sa mettre dans une position semi assise, semi allongée qui n'était pas trop inconfortable, et il fixa de son regard bleuté son grand frère qui le toisait comme une forteresse imprenable – mais si on l'observait avec attention, sa lèvre tremblait. Sherlock ne manqua pas ce détail, et son cerveau lui fit signe immédiatement que son idiot de frère était bien plus stressé qu'il ne voulait l'admettre. Intéressant.
Le détective passa la main dans ses cheveux défaits avec une élégance étonnante vu l'endroit et la position dans laquelle il se trouvait, et finit par demander. " Tu n'as pas répondu à ma question. Où est John ? "
Mycroft fronça imperceptiblement les sourcils. " John, John, John. Tu n'as que ce nom à la bouche. Je t'avais pourtant dit de ne pas t'investir. Ce n'est jamais bon. "
" Je t'ai déjà dit que je ne suis pas impliqué. " rétorqua son frère, les bras croisés en dessous de la poitrine afin de ne pas se faire mal, mais tout de même montrer un certain mécontentement face à cette discussion impromptue.
" Évidemment, c'est pour ça que sa femme a tiré une balle en plein dans ta poitrine, et a visé principalement le cœur, un signe vital. " Il rajouta. " Le signe vital. "
" Comment sais-tu que… "
" Voyons, Sherlock. Me crois-tu vraiment si idiot ? C'est l'évidence même. " Le détective grommela tout en fronçant les sourcils, et Mycroft expliqua sa théorie, même si au final il n'en avait pas vraiment besoin. " Tu finis à l'hôpital. Ton cher John reste à ton chevet pendant des jours. " Sherlock tiqua à cette remarque. " Mais Mary est nulle part et, de plus, John ne porte plus son alliance et retourne à Baker Street. "
Les yeux de Sherlock devinrent deux gros orbes bleus l'espace de quelques secondes en apprenant cela. Il avait enfin la réponse à sa question. John rentrait à Baker Street, John rentrait à Baker Street, John rentrait à la maison... " Dis-moi ce que je peux en déduire d'autre, cher petit frère, mais moi, je ne vois que cette réponse à cette question très simple : qui a tiré sur mon cher petit frère ? "
" Que ce soit Mary ou non, qu'est-ce que cela change ? "
" Beaucoup de choses Sherlock, beaucoup de choses. C'est Mary. "
" Et ? "
" Je pensais que cette explication suffisait. "
" Suffisait à quoi ? " commença à s'impatienter Sherlock, qui se sentait aussi idiot devant son frère qu'un poisson rouge faisant le tour de son bocal pour la cinquante-sixième fois de la journée sans s'en souvenir.
" Voyons Sherlock… Depuis quand es-tu aveugle à ce point ? Si cela avait été quelqu'un d'autre, n'importe qui, tu aurais tout fait pour qu'elle finisse derrière les barreaux et pourtant… Mary est libre. Je me demande, était-ce une première, une simple jalousie, ou est-ce une femme rusée qui en a fait son métier ? " À cette seconde théorie, Sherlock renifla de dégoût sans le vouloir. " Deuxième théorie, dans ce cas. Une habituée… Un assassin, en somme. "
Le représentant du gouvernement britannique se mit à tourner autour du lit, ses talons claquant sur le sol avec un bruit qui faisait mal aux oreilles du plus jeune. " Et tu n'as rien vu… Sherlock Holmes, le seul est unique détective consultant, n'a absolument rien vu. "
" Toi non plus, Myrcroft. "
" C'est différent. Je ne la côtoyais pas, mais toi, si. Mais ton cerveau, tu l'as forcé à se mettre en pause, à ne rien voir. Parce qu'elle allait devenir la femme de John. Ce n'était pas grave si ce n'était pas avec toi qu'il allait être heureux, mais avec elle, tant qu'il l'était. "
Sherlock lança un regard noir à son aîné qui ne l'observait même pas, les lèvres pincées et les poings serrés contre son ventre. " Qu'est-ce que tu insinues ? "
" Tu es assez grand pour le deviner. Ou peut-être te forces-tu encore une fois à mettre ton cerveau en pause, pour refuser de voir ? "
Le plus jeune des Holmes ne répondit pas, comme perdu dans ses pensées. En réalité, il ne voulait pas répondre – il avait peur de la réponse et de la marque indélébile qu'elle laisserait dans son esprit – être affecté n'est pas un avantage, être affecté n'est pas un avantage, être affecté n'est pas...
" Quoiqu'il en soit, tu récupères John. Et si tu ne veux pas que ce soit sur John que Mary finisse par tirer… Il nous faut un plan. "
Un plan. Ce fut la première fois qu'il détesta le mot plan, et tous les sacrifices que ce plan allait impliquer.
Ce fut donc trempé jusqu'aux os que John Watson arriva enfin devant la porte de 221B. Il n'avait pas réussi à trouver de taxi vers son appartement – ou plutôt, ancien appartement – et n'avait pas vraiment eu envie d'en trouver un, en réalité. Il n'avait pas voulu avoir à s'expliquer si le conducteur du taxi était trop bavard, ni supporter un silence trop pesant. Il avait donc préféré profiter de l'air frais et de la pluie Londonienne qui avait fini par le glacer jusqu'à l'os. Et c'est en insérant le double des clés dans la serrure – évidemment, il le possédait toujours – et en éternuant qu'il commença, soudainement, à regretter ce choix irréfléchi.
Une fois la porte ouverte, il ne prit pas la peine d'enlever ses chaussures, ou même d'enlever son manteau. L'eau dégoulinait de ses vêtements mais il n'en avait cure. Il n'avait qu'une envie, monter ces foutus escaliers avec cette foutue valise et tout déposer dans ce qui redeviendrait sa chambre. C'est donc en passant une main dans ses cheveux grisonnants et humides que John se mit à monter les escaliers avec peine, en éternuant une seconde fois. " Bon sang… " grommela-t-il, sentant un maudit rhume pointer le bout de son nez – comme si c'était le moment.
Le docteur Watson aperçut enfin le salon et s'arrêta net. Son fauteuil était là, le violon de Sherlock aussi et il se mit à entendre une musique au fin fond de son esprit, comme si Sherlock était là, en train de jouer une de ses nombreuses et somptueuses compositions. C'était comme si rien n'avait changé et pourtant, il savait au fond de lui que rien ne serait jamais comme avant. Il se mordit la lèvre, sentant l'émotion se loger dans sa poitrine et serra sa main gauche, celle qui ne tenait pas sa valise, avec force et désespoir.
Définitivement, rien n'allait. Sa femme était une assassin, Sherlock était à l'hôpital et garderait une cicatrice à vie et son mariage était tout simplement foutu. Et bien que ce soit ce dernier point qui devrait normalement l'inquiéter, il n'en était rien. Il était surtout inquiet pour son meilleur ami, qu'il avait laissé seul malgré sa promesse. Enfin, il n'était pas tout à fait seul, mais connaissant son… amour incommensurable pour son grand frère, c'était presque comme s'il était tout seul, ou enfermé dans une cage avec son pire ennemi. Un petit rire s'échappa des lèvres fines de l'homme. Leur querelle était digne d'enfants de six ans au QI surdéveloppé mais qui avaient oublié comment l'utiliser.
" John ! " en entendant une voix derrière lui, le meilleur ami de Sherlock se retourna et put voir Madame Hudson monter avec peine les escaliers à cause de sa hanche. Malgré tout, un sourire resplendissant illuminait son visage et à cet instant, il sentit sa mauvaise humeur peu à peu s'effacer. Il se demandait bien comment elle faisait pour supporter Sherlock et… lui-même aussi, en fait. " Oh ! Je suis si heureuse que vous soyez revenu, Sherlock était tellement triste sans vous… "
John écarquilla les yeux à cet instant, un peu surpris, ne s'attendant pas à cela. Évidemment, il avait remarqué son comportement bizarre avant, pendant et après son mariage, mais il pensait qu'il n'était pas si triste que ça. Ou plutôt, il avait essayé de se persuader qu'il ne l'était pas. Quand la femme aux cheveux courts arriva enfin juste devant lui, elle s'écria " Mais vous êtes trempé ! "
" Madame Hudson, ce n'est pas bien gra-… " Il fut coupé dans sa phrase quand la vieille femme lui prit son manteau afin de le faire sécher sur un radiateur placé non loin de là.
Elle ne tarda pas à rétorquer. " Bien sûr que si, je ne veux pas que vous tombiez malade. "
John se frotta la nuque – qui était toujours aussi humide – et se décida enfin à poser sa valise au sol. Madame Hudson la suivit du regard, mais sans faire de commentaire pour le moment. " Je crois que je le suis déjà, malheureusement. "
Elle mit ses mains sur les hanches et le regarda d'un air faussement réprobateur. " Vous êtes comme Sherlock, vous ne prenez pas assez soin de vous. Asseyez-vous, je vais vous préparer un thé et quelques biscuits, d'accord ? "
John eut envie de protester sur le moment mais n'ayant finalement pas la force pour cela, il s'écroula sur son fauteuil. Il posa ses mains sur les accoudoirs, le dos reposé sur son cousin au motif du drapeau anglais, entendit Madame Hudson siffloter pendant que l'eau commençait à bouillir et il ferma les yeux.
Il se sentait de nouveau chez lui.
Enfin, le moment tant attendu : John est de retour à Baker Street !
Est-ce que cela va durer… ? Oh, vous savez bien que tout ça n'est pas si simple :p #auteursadique
Des bisous !
