Chapitre 3
Tobias
Je suis épuisé. Pas seulement à cause de notre mission, pas seulement parce que j'ai du revoir ma mère et faire face à des souvenirs que je ne voulais pas affronter, mais aussi à cause de Tris. Elle n'est pas retournée en ville avec nous, mais je n'ai pas réussi à la chasser de mon esprit.
D'habitude, penser à elle est agréable, apaisant. Elle m'a toujours aidé à affronter mes peurs et les côtés les plus sombres de ma personnalité. Aujourd'hui, elle n'a plus cet effet sur moi. Je ne peux m'empêcher de repenser aux événements des dernières semaines et je revisite ces souvenirs comme je le faisais avec mon paysage de peur. Je sais qu'il y a quelque chose de masochiste là-dedans, mais je ne peux m'en empêcher.
Tris, que j'aime plus que tout au monde, a risqué sa vie et failli mourir pour Caleb. C'est son frère, certes, mais c'est aussi quelqu'un qui l'a trahie encore et encore, quelqu'un qui n'a jamais pensé à elle ou à son bien-être. Tris était prête à sacrifier sa vie pour lui, mais elle n'était pas capable de rester en sécurité pour moi. Elle était prête à jeter toute possibilité d'un futur ensemble pour sauver un frère qui ne l'aimera jamais autant que moi.
Je sais que je ne devrais pas penser ainsi. Elle est en vie, c'est ce qui compte. Je n'ose même pas penser à ce qui aurait pu se passer si elle n'avait pas survécu. Pourtant, je ne peux m'empêcher d'être en colère contre elle. Comment a-t-elle osé me faire une chose pareille ? A-t-elle seulement pensé à moi avant de décider de sacrifier sa vie ? A quoi ressemblera notre avenir si elle prend des décisions aussi impulsives sans jamais me prendre en considération ?
Je secoue lentement la tête et essaie de chasser ces pensées de mon esprit. Il faut que je trouve un moyen de lui pardonner ce qu'elle a fait. J'aime cette fille plus que tout au monde. Elle a survécu. Cela devrait me suffire.
Alors que j'entre dans le complexe, j'aperçois Uriah assis sur les escaliers. Il se lève et s'avance pour saluer son frère. Un rapide coup d'œil m'indique que Tris n'est pas dans le hall d'entrée.
- Elle est dans la salle de repos, me dit Uriah en souriant.
Je déteste le fait qu'il sache où elle se trouve et qu'il passe le plus clair de son temps avec elle. Ce sentiment est néanmoins totalement illogique : il vient juste de me dire où elle se trouve, il était probablement avec elle plus tôt dans la journée et il lui a tenu compagnie en notre absence. Cela n'a rien d'anormal ou de suspect. Pourquoi cela me dérange-t-il tellement ? Et pourquoi le sourire de Uriah est-il si agaçant ?
Je ne réponds pas et monte rapidement les escaliers pour rejoindre Tris à l'étage. Elle dort sur un fauteuil, ses jambes recroquevillées contre sa poitrine. Il y a si peu de place qu'il semble étonnant qu'un être humain puisse s'y endormir confortablement, mais Tris est suffisamment petite pour le faire. Je m'assieds sur la table basse située à sa gauche et passe ma main dans ses cheveux. Ce contact suffit à la tirer hors de son sommeil. Elle ouvre les yeux et m'observe un instant sans rien dire. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres.
- Je ne voulais pas te réveiller.
C'est la vérité. J'aurais été heureux de la regarder dormir encore un moment. D'abord, parce qu'elle a besoin de repos suite à son opération. Ensuite, parce qu'il est devenu difficile pour nous de communiquer et que je ne sais pas vraiment quoi lui dire.
- Comment s'est passée la mission ?
Mal. Je soupire et hausse des épaules. La mission s'est bien déroulée, mais revoir mes parents et passer mon temps à ressasser ma colère contre Tris n'était pas particulièrement plaisant.
- Il n'y a eu aucun problème avec la mission. Marcus a quitté la ville.
J'ajoute cette information sans qu'elle me le demande, mais je ressens le besoin de le dire à quelqu'un.
- Et où est-ce qu'il est allé ?
- Je ne sais pas. Je ne veux pas le savoir. Tout ce qui compte, c'est qu'il est loin maintenant.
Ma réponse est plus sèche que je ne le voulais, mais je n'essaie pas de cacher mes émotions. Tris sait très bien ce que Marcus m'inspire, il serait inutile de vouloir le lui cacher.
- Ils sont en train de mettre en place un nouveau système de factions pour la ville.
- Oui, j'ai vu une annonce à ce sujet ! déclare Tris en se redressant en position assise sur son fauteuil.
- Ma mère et Joanna font partie du groupe qui essaie de remettre de l'ordre en ville.
Tris ne me pose pas de questions. Cela ne lui ressemble pas. Elle a toujours été curieuse et n'a jamais évité des questions par peur de me brusquer. Nous n'avons pas échangé la moindre information pertinente depuis son opération. J'arrive à peine à me souvenir de l'époque où nous avions décidé d'être honnête l'un envers l'autre. Comment en est-on arrivé là ?
- Je vais aller aider le reste du groupe à décharger la marchandise.
Je me lève et la regarde dans les yeux. Son regard semble vide. Je ne vois ni joie, ni tristesse, ni colère. A cet instant précis, j'ai l'impression de faire face à une complète étrangère. Pour la première fois, je ne saurais absolument pas dire à quoi elle pense.
- Je te verrai tout à l'heure au repas?
Elle hoche lentement de la tête, ses yeux glaciales et vides. Ne sachant pas quoi dire de plus, je me dirige vers la cour où se trouve un camion rempli de marchandises. Zeke et Christina sont déjà en train de vider les caisses que nous avons ramenées.
Je les aide sans dire un mot. Je n'ai pas particulièrement envie de parler et ils l'ont probablement remarqué. Zeke me jette des regards accusateurs. La discussion que nous avons eue hier me revient en mémoire.
- Quoi ?
Le ton de ma voix est froid, mais je ne fais rien pour cacher ma colère. Tris m'énerve. Zeke m'énerve. Ces stupides caisses m'énervent.
- Rien, répond-t-il avec plus de tact. Tu sais déjà très bien ce que j'en pense.
Il y a du reproche dans sa voix. Je sais que la situation ne pourra pas durer ainsi beaucoup plus longtemps.
Il fait nuit quand nous terminons de décharger toute la marchandise du camion. Je suis épuisé mais cette activité a eu le mérite d'occuper mon esprit une partie de l'après-midi. Lorsque nous entrons dans la cafétéria, Tris est déjà installée à une table avec Uriah. Je déteste les voir ensemble. Pourquoi est-il si facile pour elle de sourire et d'être heureuse avec lui? Pourquoi est-il si difficile de l'être avec moi ?
Je m'assieds à côté de Tris et fait de mon mieux pour sourire.
- Je vais retourner en ville d'ici quelques jours, déclare Christina. Je ne supporte plus de vivre ici.
- C'est vrai que le lieu est un peu… glauque, commente Uriah, son sourire toujours aussi insupportable.
- Tu vas retourner vivre chez les Audacieux ? demande Tris.
Sa voix attire tout à coup mon attention. Nous n'avons pas encore parlé de nos projets. Maintenant que la guerre est finie, nous pouvons nous installer où nous le désirons et enfin vivre une vie normale. Cette idée m'amène un peu de réconfort.
- Oui, probablement, répondit Christina. Je ne saurais pas où aller sinon ! Retourner chez les Sincères ne m'intéresse pas vraiment.
- Mais ta famille est là-bas, commente Tris.
- Oui, mais les factions sont ouvertes désormais. Je pourrais les voir aussi souvent que l'envie m'en prendra. Choisir l'endroit où nous allons vivre, c'est choisir ce que nous voulons faire de notre vie. Les Audacieux seront toujours en charge de la défense de la ville et je pense que c'est le domaine qui me correspond plus.
Sa réponse me fait réfléchir. Je considérerais probablement la même option. J'ai aimé vivre chez les Audacieux, même si j'avais considéré quitter cet endroit à la fin. Maintenant que la guerre est terminée, les choses seront différentes.
- Il y a toujours la possibilité de partir ! déclare Tris, comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde.
- Comment ça ?
C'est la première fois que je prends la parole depuis le début de la discussion.
- Des équipes sont envoyées à travers le pays pour entrer en contact avec les autres villes et nous unifier.
- Et alors ?
Une fois de plus, ma voix est plus dure qu'elle ne devrait l'être. Tant pis ! Je suis en colère et tout le monde le sait. Tris et moi devions parler depuis longtemps, de toute façon. Ce n'est ni le lieu ni le moment pour le faire, mais ce sujet aura au moins le mérite d'ouvrir une discussion entre nous.
Je regarde Tris avec insistance et j'ai une fois de plus l'impression de faire face à une étrangère. Comment la situation a-t-elle pu autant dégénérer ? En est-on arrivé au point où nous faisons des projets chacun de notre côté sans en parler ?
- Eh bien, je suis sûre qu'il serait intéressant de découvrir de nouveaux endroits. Et puis, c'est une occupation qui est utile pour la société.
Utile pour la société. Je repasse ces mots dans mon esprit et je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'elle met encore le bien-être des autres avant le nôtre. Je reste silencieux tout le reste du repas. Je n'ai pas envie de faire un scandale devant les autres et je sais que notre discussion doit avoir lieu en privé.
Une fois que nous avons terminé notre repas, tout le monde se lève et se dirige vers les dortoirs. Alors que nous marchons, je prends la main de Tris dans la mienne. Ce contact envoie de l'électricité le long de mon bras. Depuis quand ne nous sommes-nous pas touchés ? Tris relève le visage et me regarde, un léger sourire sur son visage. Comme j'aimerais que les choses soient faciles. A cet instant, je voudrais prétendre que tout va bien, que nous allons simplement aller nous coucher et que je vais la sérer dans mes bras jusqu'à demain matin.
- Viens avec moi.
Elle me suit sans objection. Nous prenons le corridor de gauche et nous dirigeons vers une autre chambre. Je réalise alors que nous avons dormi ici ensemble il y a quelques semaines.
Tris relâche ma main et observe la pièce sans dire un mot. Elle semble troublée. Je décide de prendre la parole en premier.
- Tout va bien ?
Elle redirige ses yeux vers moi et me regarde avec mélancolie.
- Je n'en sais rien, répond-t-elle, sa voix plus dure que d'habitude. A toi de me le dire. Tu refuses de me parler et tu m'évites depuis que je me suis réveillée.
- Je ne t'évite pas.
Ses yeux s'assombrissent et je peux voir à son regard que je ne l'ai pas convaincue. Elle croise ses bras autour de sa poitrine et soupire avec agacement.
- Si tu ne veux pas être honnête avec moi et me parler de ce qui ne va pas, pourquoi m'avoir amenée ici ?
Je baisse les yeux et ne répond pas immédiatement. En effet, je ne veux pas en parler. Il y a cependant une différence entre ce que je veux et ce que je dois faire. Tris prend mon silence pour un refus de me livrer et se dirige d'un pas décidé vers la porte. Je la retiens par le bras et elle se retourne pour me faire face. J'ai l'impression de voir des flammes dans ses yeux.
- Pourquoi est-ce que tu as pris la place de Caleb ?
Je prononce ces mots sans même avoir l'impression de parler. Je ne sais pas si je suis soulagé d'avoir posé la question ou si je me sens encore plus mal de l'avoir fait.
- Pardon ?
- Tu m'as très bien entendu, je réponds d'un ton plus calme.
- C'est mon frère ! s'exclame-t-elle, exaspérée. Je ne pouvais pas le laisser tomber !
- Mais tu pouvais me laisser tomber moi pour le sauver ?
- Te laisser… mais de quoi est-ce que tu parles ?
La colère de Tris semble s'amplifier à chacun de ses mots. Je peux lire sur son visage qu'elle est surprise et qu'elle ne se doutait pas de tout cela.
- Je ne t'ai pas laissé tomber ! Je suis là, avec toi.
- Mais tu aurais pu ne pas l'être. As-tu seulement pensé à moi lorsque tu as pris cette décision ?
- Evidemment ! se défend-t-elle en secouant la tête.
- Vraiment ? Et dis-moi, puisque tu sembles y avoir réfléchi, as-tu considéré la possibilité que tu puisses ne pas t'en sortir vivante ?
- Je suis vivante, tranche-t-elle avec colère.
- Mais tu aurais pu y rester !
Je cris ces mots qui sont restés enfouis au fond de moi au cours de dernières semaines. Tris est vivante et je n'ose pas imaginer un monde où elle ne le serait pas. Il n'empêche qu'elle a pris un énorme risque et que je ne suis pas une raison suffisante de la garder en vie.
- Mais je suis là. Je ne comprends pas où est le problème, déclare-t-elle, sa voix plus calme qu'avant.
- Le problème ? je répète, incapable de concevoir qu'elle ne puisse pas comprendre mon point de vue. Tu te fiches complètement des conséquences de tes actes. Rien n'a changé ! Tu penses aux autres et tu es prête à sacrifier ta vie à la moindre occasion pour une noble cause. Par contre, tu es incapable d'imaginer rester en sécurité parce que moi j'ai besoin de toi.
Voilà.
Je l'ai dit.
- C'est vraiment ce que tu crois ? demande-t-elle, sa voix tremblante.
Tris a tout à coup l'air très vulnérable. Je ressens un besoin pratiquement irrépressible de la serrer dans mes bras. Il est presque physiquement douloureux de rester éloigné d'elle. Cependant, je décide de résister. Je suis en colère et nous devons avoir cette discussion. Je hoche donc lentement de la tête et baisse les yeux, incapable de continuer à fixer les siens.
- Tout à l'heure au repas, tu as parlé de ce que tu voulais faire maintenant que les conflits ont cessé. Je n'étais même pas au courant de tes projets. En fait, je n'en fais même pas parti.
Prononcer ces mots me brise le cœur, mais ils n'en sont pas moins vrais. J'ai l'impression de faire face à une étrangère.
- Il ne s'agit pas d'un projet ! C'est simplement… une idée. J'en ai parlé avec Uriah et…
- Eh bien dans ce cas tout va bien ! Si tu en as parlé avec Uriah, alors c'est réglé.
Je regrette immédiatement de lui avoir coupé la parole et de m'être emporté ainsi, mais il est trop tard pour revenir en arrière. Mon commentaire n'était pas rationnel, il était uniquement destiné à la blesser. A en juger par son regard, cela a fonctionné.
- Qu'est-ce qui te prend ? Je ne te reconnais plus ! s'écrit-elle.
- Je me disais exactement la même chose.
Tris se retourne et prend son visage entre ses mains en soupirant. Une part de moi voudrait s'excuser pour ce que je viens de dire et tout faire pour me réconcilier avec elle. Cependant, une autre part est en colère et a envie de la blesser, de lui faire ressentir la même douleur que j'ai ressenti lorsque j'ai failli la perdre. Lorsqu'elle a choisi de se sacrifier pour quelqu'un d'autre plutôt que de protéger sa vie.
- Qu'est-ce que tu attends de moi, Tobias ?
- J'aurais voulu que tu me considères comme faisant parti de ta vie. J'aurais voulu que tu penses à moi avant de prendre une décision qui aurait pu tout détruire.
Je ne crois pas avoir jamais été aussi sincère avec quelqu'un. Tris fixe son regard dans le mien mais ne répond pas immédiatement. L'émotion affichée sur son visage passe rapidement de la surprise à la douleur, puis à la colère.
- Tu penses vraiment que je ne te considère pas comme une part essentielle de ma vie ? répond-t-elle en insistant sur chaque mot.
- Tu penses vraiment que tu peux faire n'importe quoi sans risquer de me blesser ?
Je lui réponds en lui posant une autre question. Nous restons tous les deux silencieux mais, à cet instant, les mots ne sont pas nécessaires. J'ai l'impression qu'un mur s'est construit entre nous deux et je ne sais pas comment passer outre. Il faudrait que l'un de nous fasse un pas vers l'autre, mais je sais que je n'en n'ai pas la force et qu'elle est aussi têtue que moi.
Nous restons donc là, sans bouger ni dire un mot. Comment est-il possible d'aimer autant quelqu'un sans pour autant avoir la force de faire ce qui est nécessaire pour arranger les choses ? Il n'y a rien au monde que je désire plus que Tris et pourtant j'ai l'impression de ne plus être capable d'être avec elle. Mon cœur bat rapidement dans ma poitrine et chacune de ses pulsations est douloureuse.
Tris secoue lentement la tête et décide de briser le silence.
- Je t'aime.
Alors, elle se tourne et quitte la pièce.
Je ne peux pas retourner dans le dortoir et dormir dans la même pièce que Tris après ce qui vient de se passer. En fait, je ne peux tout simplement pas dormir et il serait futile d'essayer. Je décide donc de quitter le complexe et d'aller marcher. L'air de la nuit est frais et me rafraichit. J'avais l'impression de bouillir.
Mes pas me conduisent jusqu'à une rivière et je décide de la suivre. Alors que je commence à me calmer, la réalité de la situation me frappe en plein visage. Imbécile ! J'ai provoqué l'une des pires disputes que Tris et moi n'ayons jamais eues. Je l'ai blessée. Non, pire encore ! J'ai voulu lui faire du mal. Il ne s'agissait pas d'un accident. Je la connais bien et j'ai utilisé ses faiblesses contre elle. Dans quel état est-elle maintenant ?
La partie rationnelle de mon cerveau sait qu'elle a juste voulu sauver son frère. Elle a pris un risque et elle s'en est sortie. Maintenant, elle va bien et nous pourrions commencer notre vie ensemble.
Malheureusement, la partie qui refuse d'être rationnelle dans mon cerveau ne veut pas accepter qu'elle puisse penser aux autres avant de penser à moi. Tris est mienne et rien ni personne ne devrait avoir le pouvoir de me l'enlever.
Je réalise alors avec horreur que je ne vaux pas mieux que mon père. J'ai délibérément fait du mal à Tris. Serais-je capable de la frapper ? Si une dispute dégénérait, serait-il possible que je devienne violent ? J'aimerais tellement répondre non à ces questions. Malheureusement, je ne suis plus sûr de rien. Soudain, je cesse de marcher et je me laisse tomber à genoux sur le bord de la rivière. Qu'est-ce qui m'arrive ?
Le lendemain matin, je n'accompagne pas Tris à sa séance de rééducation. Elle ne me laisserait probablement pas l'approcher de toute façon. Je décide donc de rester à distance jusqu'à ce que je réussisse à me calmer. A force de déambuler dans les couloirs, je me rapproche de la salle dans laquelle elle fait ses exercices et entends sa voix à travers la porte entrouverte. Ce son me cloue sur place et je ne peux m'éloigner. Je ne l'ai pas vue depuis hier soir, mais pourtant, elle me manque déjà tellement.
- Merci de ton aide, déclare-t-elle.
Je me rapproche et tend l'oreille.
- Mais de rien !
La seconde voix est celle d'Uriah. Immédiatement, je sens tout mon corps se tendre. Pourquoi est-il avec elle ?
- Je ne sais pas comment je ferais sans toi, ajoute-t-elle.
Je décèle de la joie dans sa déclaration. Je l'imagine sourire, agrippée à Uriah tandis qu'il l'aide à faire ses exercices de rééducation. Elle n'a jamais semblée très heureuse de les faire avec moi pourtant.
- Je suis là pour ça, répond-t-il.
Je ne peux m'empêcher de voir le sourire idiot d'Uriah dans ma tête. Quel imbécile. Qu'est-ce que Tris peut bien lui trouver ? Tout à coup, je réalise que je ne peux pas en entendre davantage sans risquer d'entrer dans la pièce pour coller mon poing dans la figure d'Uriah. Je décide donc de m'éloigner et me dirige vers la cour. Le camion que nous avions emprunté pour aller en ville est garé devant l'entrée et je me souviens que Zeke rentre en ville aujourd'hui.
- Tu admires le paysage ? demande Zeke en s'approchant de moi.
Je me retourne pour lui faire face. Il affiche un grand sourire et je suis heureux de constater que, même si lui et Uriah sont de la même famille, son visage ne m'agace pas comme celui de son petit frère.
- Tu n'es pas avec Tris pour sa rééducation ? demande-t-il, maintenant plus sérieux.
- C'est ton frère qui s'en charge aujourd'hui.
Ma réponse est amer et ne fait rien pour cacher ma jalousie.
- J'en conclu donc que vous vous êtes disputés.
- On peut dire ça.
- Tu es un idiot, déclare-t-il, son ton accusateur. Je serais ravi de rester encore un moment pour énumérer toutes les conneries que tu as pu dire hier soir, mais il faut que je rentre. Shauna et moi emménageons dans un nouvel appartement.
J'aimerais lui demander comment vont les choses avec elle, mais l'idée de parler d'un couple heureux quand le mien est au plus mal m'agace. Je décide donc de garder cette discussion pour plus tard.
- Je viens avec toi.
Zeke me regarde avec stupeur. Je suis moi-même surpris d'avoir prononcé ces mots.
- Qu'est-ce que tu fais ? demande-t-il avec inquiétude.
- Je ne peux pas continuer comme ça…
- Mais tu ne vas quand même pas la quitter ? demande-t-il avec effroi.
Ce mot me donne des frissons. L'idée même que Tris et moi ne soyons plus ensemble est contre nature. Ma jalousie et ma possessivité refont tout à coup surface mais je décide de contrôler mes émotions.
- Jamais, je réponds avec certitude. Mais je suis en train de devenir fou. Je vais perdre la tête si je reste ici. J'ai besoin de me calmer. Il faut que je trouve un moyen de lui pardonner ce qu'elle a fait ou je ne pourrai jamais être avec elle.
Zeke hoche de la tête sans rien dire. C'est quelque chose que j'apprécie particulièrement chez lui. Il sait trouver les mots qu'il faut, mais il sait aussi quand il vaut mieux se taire.
Je m'installe dans le camion et s'engage sur la route qui mène à la ville. Je jette un dernier regard en arrière et il me faut toute ma détermination pour ne pas sauter hors du véhicule et retourner vers Tris. Je veux être avec elle. J'ai besoin d'être avec elle. Mais, pour cela, je sais que je dois m'éloigner.
- Je vais retourner chez les Audacieux.
Les mots de Zeke me permettent de penser à autre chose. Je n'ai pas encore réfléchi à l'endroit dans lequel je voulais vivre désormais. En fait, j'ai toujours cru que je prendrais cette décision avec Tris. Maintenant que je me retrouve seul pour faire ce choix, la réponse me semble évidente.
- Moi aussi.
- Ha, tous les deux dans le poste de commande, comme au bon vieux temps. Quelle chance ! s'exclame-t-il sans tenter de cacher l'ironie dans sa voix.
Je soupire et décide d'ignorer son commentaire. En temps normal, j'aurais répondu par une blague et nous aurions continué cette discussion en riant, mais je n'ai pas envie de discuter davantage.
- Espérons que ton humeur s'améliore d'ici là, ajoute-t-il, un peu sceptique.
Oui.
Espérons-le.
J'espère que ça vous plaît ! :-)
Je voulais aussi vous dire qu'il y a déjà plus de 500 visites pour les deux chapitres précédents! Je ne m'attendais pas à autant de monde! Merci au peu de personnes qui ont laissé des reviews, ça me fait très plaisir! J'aime avoir votre avis pour essayer de rendre la suite meilleure. :-)
A très bientôt!
