Chapitre 3: En danger
-Alice ! S'exclama Lily en tambourinant à la porte de la salle de bain. Qu'est-ce qui se passe ?
Ellie entra dans le dortoir et comprit bien vite qu'elle était la responsable des sanglots qui émanaient des toilettes. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, fixant Lily qui ne comprenait rien. Certes, la jeune fille avait espéré mettre un peu de distance avec ses amies pour étouffer les tensions qui régnaient parfois, mais de voir Alice si touchée par son comportement la culpabilisa. Ellie ne voulait pas la blesser.
Pourtant, elle ne comprenait pas ce qu'il y avait de mal à passer du temps avec un garçon qu'elle appréciait. Après tout, elle ne l'embrassait pas et ne lui tenait pas la main devant tout le monde ! Il ne s'était rien passé, alors pourquoi Alice se trouvait déjà en train de pleurer sous la douche?
Sur le coup, Ellie n'avait de toute façon pas le choix. Soit elle affrontait ses amies, soient elle redescendait vers Franck qui ne comprendrait pas pourquoi elle n'était pas partie dormir. Après un rapide moment de réflexion, elle ne se sentait pas de lancer une discussion qui finirait fatalement en dispute, elle préféra tirer les rideaux de son lit qui cachèrent complètement la lumière de la chambre, se déshabilla puis se faufila sous ses couettes. La Gryffondor ne trouva pas le sommeil, même après une semaine particulièrement fatigante. Quand Alice sortit enfin de la salle de bain, Lily l'interrogea, mais aucune d'elles ne parla par la suite, ce qui sous-entendait que sa présence les empêchait de la critiquer ouvertement.
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-Qu'est-ce qu'on fait ! Couina Peter en remontant en courant suivi des garçons qui aidaient tant bien que mal Remus.
Sirius échangea un regard avec James, ils étaient dans une situation réellement importante et ils connaissaient les conséquences de la présence d'humains pendant une transformation. Même si toutes leurs connaissances se résumaient à des théories apprises dans des bouquins de la bibliothèque, le lycanthrope les avait souvent mis en garde contre ses transformations.
Certains regards s'attardaient sur les quatre garçons placés au milieu du chemin principal de Près-au-Lard pour remonter au château. Le soleil tombait paresseusement et le couvre-feu serait bientôt dépassé. Ils n'avaient pas beaucoup de temps. Sirius eut la bonne idée de se déplacer dans une ruelle adjacente, qui menait à des boutiques rarement fréquentées par les élèves. Quelques chats de gouttières miaulèrent à l'unisson, rendant la situation encore plus grisante. De l'endroit où ils se trouvaient, on pouvait entendre les conversations des élèves. Sirius crut apercevoir le regard de Lily tourné vers eux, mais elle fut bien vite occupée par une tête brune, qui devait être Alice. Sachant que les minutes étaient comptées et qu'ils restaient quand même à découvert, ils se devaient de trouver une solution. Remus, toujours le premier à aider dans ce genre cas, semblait trop mal en point pour proposer des idées, et se tourner vers un Peter tremblant de peur ne les aideraient pas non plus. Sirius attendit que James propose une bonne idée, comme lors de leur sortie nocturne, mais lui non plus ne semblait pas un état de trouver une solution. Et lui ? Il n'avait que 13 ans après tout ! A cet âge on ne devrait pas faire face à un ami en pleine transformation !
Remus s'appuya contre le mur, plié en deux par la douleur. Il semblait faire des efforts colossaux pour ne pas crier. Peter tremblait comme une feuille et lançait des regards en direction de la ruelle où les élèves se pressaient en une foule compacte. Il y avait des préfets parmi eux, à qui demander de l'aide, mais le lycanthrope répondit brutalement :
-Non pas question, ils ne doivent pas être mis au courant.
Le lycanthrope sembla se livrer à la panique quand il vit tant de monde. S'il se transformait ici, non seulement tout le monde serait au courant de sa condition, mais il pourrait mettre des vies en danger.
-On ne va pas avoir le temps de remonter au château, souffla Sirius.
-Ok, reprit James en secouant la tête comme s'il venait de sortir d'un état second. Peter va aller chercher madame Pomfr-
-On n'a vraiment pas le temps, remarqua Sirius en fixant les yeux jaunes de son ami.
Les trois garçons tournèrent la tête vers leur ami dans un même élan. Comment avaient-ils fait pour se retrouver dans pareille situation. James prit une grande inspiration, et tenta d'agir selon les principes de sa maison.
-Peter, remonte au château, et assure-toi que le portail soit encore ouvert quand on arrive. Mais il ne faut pas qu'un professeur ou Rusard nous voit ! Vite !
Le petit de la bande ne se fit pas prier et partit en courant. Les rues étaient devenues plus calmes. Les garçons se mirent en route, reprenant la voie principale pour remonter au château. Peu de personnes faisaient attention à eux, bien que Remus s'aidait de ses deux amis pour marcher.
-Nous allons t'accompagner à la cabane hurlante. On passera par la lisière de la forêt jusqu'au saule cogneur.
-Non, protesta Remus prêt à s'effondrer.
-Ecoute, tu ne pourras pas marcher jusqu'à là-bas sans notre aide. Tu n'as qu'à nous dire quand partir.
-Vous ne comprenez pas ce que vous risquez, grogna leur ami d'un ton polaire.
Sirius se remit en route, Remus ne broncha pas, et grâce à leur rapidité la cabane leur apparut rapidement. Était-ce l'adrénaline qui leur faisait perdre la notion du temps ? Peter avait bien tenu son rôle, car personne ne se trouvait devant les grilles. Il n'était plus qu'à quelques mètres mais Remus s'écroula sur le sol, hurlant, emmenant ses amis dans sa chute. Le bruit d'un os fracturé se fit entendre. Sirius et James échangèrent un regard, puis se remirent en route, ignorant leur ami qui les suppliait de le laisser. Arrivé vers le sol qui commençait à s'agiter, Sirius se prit violement une branche tandis que James tomba sur le sol, emporté une seconde fois par Remus.
Celui-ci crut tout d'abord que la transformation s'était achevé et que le loup-garou l'emmenait déjà dans la forêt. Mais quand James regarda plus attentivement, il vit que son ami lui avait simplement éviter le même sort qu'à Sirius en le faisant tomber.
-Il faut déposer quelque chose sur le nœud de l'arbre, souffla Remus prit de spasme incontrôlable, ses mains plantées dans le sol. Un autre craquement se fit entendre, plus sec que le précédent.
James saisit sa baguette, ignorant les griffes qui venaient d'apparaitre sur les ongles de son ami et déposa un petit bout de bois sur le nœud du saule Cogneur. Il rangea sa baguette, et aida Remus à se relever. Sirius avait une légère coupure au front. Apparemment superficiel, il ne s'y arrêta pas.
-James, interrompis Sirius en voyant les canines de leur ami doubler de volume.
-Aller, dépêchons-nous, reprit celui-ci avec un sang-froid extraordinaire.
-Non, grogna Remus.
Mais les garçons ne l'écoutèrent pas et ils reprirent leur chemin, passant difficilement à trois dans la largeur du tunnel. Mais Remus faisait un effort pour ne pas retomber. Ils arrivèrent vers une trappe, alors que James sentit les muscles de son ami se mettre en tension, comme si tout à coup, il disposait d'une force surhumaine. Celui-ci se mit à courir, se cognant contre la roche, et passant la trappe avant de la refermer lui-même avec un coup violent.
Des cris de douleur retentirent, et les deux garçons se figèrent. Les craquements étaient nombreux, et probablement aussi rude que le bruit.
-C'est...
-oui, souffla James bouleversé.
Un silence s'abattit entre eux, où tout resta suspendu pendant quelques secondes. Il n'entendait plus aucun bruit.
Sans attendre, les aboiements d'un loup, et le bruit de ces griffes sur le bois leur parvinrent. Ils échangèrent le même regard paniqué et se mirent à courir. Le trajet semblait plus long comme si le tunnel avait été agrandi, et une fois arrivé dans le parc, loin de l'arbre, ils se laissèrent tomber dans l'herbe, loin du saule qui s'agitait encore.
James se tourna et ressortit tout ce qu'il avait mangé dans l'après-midi. Ils restèrent un moment allongé, le temps de reprendre leur esprit. Un cri de douleur raisonna dans le parc, et sachant d'où venait le bruit, les deux garçons ne purent s'empêcher de frissonner. Les deux garçons remontèrent au château, sans vraiment se préoccuper de Rusard ou des Préfêts. D'après le bruit qui sortait de la grande salle, le repas ne devait pas encore être fini.
-Alors ? S'empressa de demander Peter, qui se releva de son lit quand ses amis passèrent la porte. La marque de l'oreillé sur sa joue laissait penser qu'il s'était assoupi.
-C'est bon...enfin je crois..., répondit James qui fila dans la salle de bain.
-Il est dans la cabane, confirma Sirius.
Peter hocha la tête simplement, et se mit directement au lit. Il avait réussi à attirer Rusard en lui faisant croire que sa chatte était mal en point. Et même s'il avait écopé d'une retenue quand le concierge s'était aperçu que son petit animal se portait comme un charme, il avait réussi.
Quand James sortit de la douche, il songea aux cris. Remus avait-il réussi à sortir ? Avait-il attaqué une passante qui trainait dans les rues ?. Après les évènements de ce soir, il ne trouverait pas le sommeil rapidement. Comment tout cela avait-il pu être réel. Les crocs, les griffes, les yeux, tout était réel à présent. Remus était un loup-garou. Non pas qu'il en doutait, mais de se voir exposé si franchement une vérité était déroutant. Il ne put s'empêcher de demander à son meilleur ami, tout aussi éveillé que lui :
-Tu as entendus les cris?
-Le contraire serait difficile, répondit le jeune Black légèrement brutal. Je ne savais pas qu'il souffrait autant.
-Moi non plus, je pensais...tu sais...enfin je ne sais pas…
-Il faut vraiment qu'on devienne animagi, si on veut l'aider à supporter ça.
-Alors autant se mettre tout de suite au travail, reprit James en saisissant la revue perdue dans la malle de Peter.
Sirius ne pouvait pas oublier le regard rempli de douleur de son ami. Il regarda James, dont le courage avait été honorable. Lui, avait été dépassé par tout ça, il n'avait pas su réagir. Que ce serait-il passé si James n'avait pas été là ? Aurait-il pu faire la même chose ? Gryffondor représentait le courage, et pourtant le jeune garçon ne put s'empêcher de se remettre en question. Avait-il vraiment sa place ici en fin de compte ? est ce qu'il n'aurait pas abandonné Remus sans la présence des deux autres ? Il balaya ses questions de sa mémoire en se concentrant sur les pavés descriptifs du livre. Il ne devait pas penser à ça.
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Profitant d'un moment où elle était seule avec Lily le dimanche après-midi, Alice se décida à expliquer ce qu'il se passait à son amie.
Elles étaient à la bibliothèque, à une table reculée et étaient seules. Alice avait bien vu que Lily se posait énormément de questions sur ce qu'il se passait, et qu'elle lui devait bien quelques réponses. Alors elle prit son courage à deux mains et se lança pendant leur rédaction du devoir de potions :
-Tu dois te poser des questions en ce moment. Désolée, c'est un peu difficile d'en parler.
-Tu n'as pas confiance en moi ? Questionna la rouquine avec un regard inquiet posant sa plume comme si elle avait attendu ce moment.
-Non non, ce n'est pas ça, répondit Alice rapidement. C'est juste que c'est pas facile à avouer. Je crois que je suis amoureuse de Franck.
Sa révélation sembla surprendre Lily, bien qu'elle eût des soupçons et une lueur de compréhension passa dans ses yeux. Tout se mettait en place. Les crises de larmes, l'humeur presque détestable, les reproches indirectes faites à Ellie.
-Oh et Ellie...
-Elle sait très bien ce que je ressens pour lui. Elle n'a pas le droit de faire ce qu'elle fait. Et elle ne se prive pas pour se l'accaparer. Et je ne fais pas le poids face à elle, termina Alice en soupirant.
Qui pourrait faire la différence à côté d'elle ? Elle était belle, drôle et avait du caractère. Tout le contraire d'elle, il était normal que Franck lui concède toute son attention.
De son côté, Lily voyait bien que le rapprochement d'Ellie et de Franck était dû au fait que leur camarade de chambre ne passait plus de temps avec elles. Leur groupe implosait, et elle était complètement impuissante. Pourtant, le plus urgent selon elle, c'était de s'occuper d'Alice. Cette dernière semblait plonger petit à petit dans un état de déprime. Sa timidité ne l'aidait pas et risquait même de rendre les choses encore plus compliquées.
-Tu sais tu ne peux pas être sure qu'ils vont sortir ensemble, commença-t-elle un peu mal à l'aise.
-Ne me prend pas pour une idiote Lily. C'est évident qu'Ellie plait à Franck. Et elle se fiche de ce que je peux ressentir, répliqua durement Alice.
Elle reprit sa plume, et fixa son regard sur son devoir. Mais Lily voyait très bien que c'était plus pour masquer sa peine et sa colère que pour le plaisir de finir son devoir. Que pouvait-elle faire ? Elle ne parlait pas assez à Ellie pour savoir ce qu'il en était avec le garçon. Et Alice ne se faisait pas tromper par des paroles rassurantes. C'était une fille très logique, et la consoler avec des paroles creuses ne marcheraient pas.
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James se réveilla le dimanche matin, se rappelant exactement du rêve étrange qu'il venait de faire. Il s'agissait de Remus, en costume de loup-garou, qui leur souriait d'un air affamé, et Peter se plaignait d'avoir loupé le repas. Quelques secondes après, ils se retrouvaient en classe, comme si tout était normal, alors qu'un garçon en habille de loup regardait attentivement le professeur comme une proie. Tout ça n'avait pas de sens.
Ils se levèrent à temps pour le déjeuner, et se mirent d'accord pour passer voir Remus juste après. Sirius avait pensé prendre un sac à dos complet de bonbons et friandises pour passer une après-midi en compagnie de leur ami. Sa coupure au visage se voyait un peu, et à chaque personne qui lui posait une question, il répondait quelques choses de différent, parfois même d'impossible. L'histoire du dragon avait quand même fait sourire son frère croisé dans la grande Salle.
Ils arrivèrent sans faire le moindre effort de discrétion, fidèle à leur réputation, et s'installèrent sous le regard exaspéré de l'infirmière qui les incitait au silence, bien que personne d'autre ne soit allongé. Il était difficile cependant d'ignorer l'état déplorable de Remus. Son visage étaient couvert de cicatrice, ses bras et son cou étaient cachés par des bandages.
-je sais qu'elle nous adore, souffla Sirius avec un clin d'œil vers James. Tu as vu tout le travail qu'on lui donne, ça se voit, elle est presque reconnaissante
-Presque, intervint Remus en ouvrant les yeux.
-Tu sais que c'est vachement flippant d'ouvrir les yeux comme ça...
On sentait quand même un certain soulagement dans la voix de Sirius. Le jeune garçon sourit, mais croisa les regards inquiets de ses amis. Il avait passé une pleine lune extrêmement difficile, peut-être même la plus éprouvante jusqu'ici. Il savait comment refreiner cet instinct meurtrier, et même s'il souffrait en se mordant lui-même au moins il ne blessait personne. Il aurait pu avouer à ces amis, que leur présence si peu de temps avec sa transformation avait attisé son envie de tuer, sa soif de déchirer la chair avec ces griffes, de chasser sa proie. Il se dégouta lui-même de penser ses mots, il sentit si horrible qu'il aurait voulu être…être autre part, sauf ici, devant eux.
-Rassurez moi, finit par demander le lycanthrope. Je ne vous ais pas fait mal ?
-Non, rassura James la bouche pleine alors qu'il n'avait pas faim. Mais je t'avoue que nous n'avons pas pris le temps de savoir si tu étais bien installé, finit-il avec une pointe d'humour un peu ratée.
Le silence s'installa, ou aucun d'eux ne trouva un sujet de conversation susceptible de faire disparaitre la tension qui régnait. Peter se tordait les mains, au bout du lit. Aucun des garçons ne savait quoi dire. Qu'y avait-il à dire de toute façon ?
« Tiens Remus, je sais que tu es un véritable loup garou », pensa James.
Remus se redressa avec une grimace et souffla :
-Ecoutez, je suis désolé…je ne pensais pas que ça se passerait si vite…
-Tu n'y es pour rien, coupa Sirius. On ne pouvait pas se douter que la lune apparaitrait si haute dans le ciel en si peu de temps.
-Je vous ai fait peur, je le vois bien. Et c'est normal, après tout je suis un loup-garou, dit-il doucement.
-Non, tu es Remus, et une fois par mois tu ne te contrôle pas, rétorqua James. On ne savait pas que c'était…si brutal, et douloureux…
Le lycanthrope ne sut quoi répondre, et se contenta alors de demander ce qu'ils avaient apportés. Les garçons se mirent alors à dévaliser les friandises, Peter en premier. Remus se sentit un peu mieux, bien qu'au fond il se sentait proche de la culpabilité. Tout s'était joué sur une question de temps. Quelques minutes de trop, et il aurait pu transformer ses amis en monstres. Quelques minutes de trop et il aurait peut-être mordu Sirius ou James, quelques minutes de trop, et il aurait transformé un jeune garçon.
-Donc on en a conclu, chuchota Sirius qui parlait depuis un moment sans que Remus ne l'écoute, que notre animal est représentatif de notre personnalité.
-C'est bien, mais on arrête tout, lâcha Remus sérieux en froissant le papier de chocogrenouille qu'il tenait.
-Pas question, nous t'avons déjà dit-
-Et vous ne m'avez pas laissé le choix, mais je suis encore concerné par ce qui se passe. Vous ne comprenez pas ? Je suis dangereux, et hier si j'avais...enfin...j'aurais pu vous blesser et vous transformer. Vous ne comprenez vraiment pas les risques et les enjeux de ce que vous faites.
-Tu ne nous as même pas effleuré hier, râla Sirius devant un tel sermon.
-La marque de ton front en témoigne, lança ironiquement le jeune garçon.
-C'était la branche du saule-
-Oui mais j'aurais pu te blesser, toi ou James, ou en Peter, et je ne veux pas mettre vos vies en danger. Alors on arrête tout ça. On arrête cette idée qui pourrait tous nous couter notre place.
Les garçons se regardèrent. L'ambiance n'était plus au beau fixe, et ils comprirent qu'il était temps de le laisser se reposer. Remus avait parlé avec fermeté, et camperait sa position jusqu'au bout. Il se sentait assez coupable pour l'évènement de la veille et son irresponsabilité. Dumbledore avait assez confiance en lui pour ne pas mettre des élèves en danger, et lui faisait tout le contraire. Il s'apprêtait à s'endormir quand sa sœur vint le voir.
-Tu as mauvaise mine, souffla-t-elle en déposant un baiser sur son front.
Il accepta sa compagnie malgré son inquiétude vis à vis de son état. Elle s'allongea près de lui, et Remus, fatiguée aussi bien moralement que physiquement, ne se força pas à faire la conversation. Au lieu de ça, il se laissa bercé par les mouvements circulaires que sa sœur exerçait sur son front.
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Ellie ignora la sensation d'engourdissement qui paralysait ses mains accrochées au manche de son balai, et continua à répéter la même figure qu'elle faisait depuis plus d'une heure. Elle aimait vraiment voler, et après les tensions qui régnaient dans le dortoir, et les yeux bouffis d'Alice, elle avait eu besoin de s'échapper quelques heures.
Même si l'hiver s'éternisait, et que le soleil, toujours aussi paresseux, tombait rapidement sur l'horizon, elle resta jusqu'à ne plus rien distinguer. Quand elle redescendit de son balai, elle vit Franck installé dans les gradins. Il devait être là depuis quelques temps, et lui sourit quand elle redescendit.
-Il fait un peu froid pour voler non ? Demanda-t-il après l'avoir rejointe.
-Ça va, dit-elle en ramassant ses affaires et quittant rapidement le stade. Elle e mi à marcher d'un pas rapide, mais le garçon la rattrapa rapidement.
-Attends, soupira-t-il en lui tenant le bras.
Elle se tourna vers lui, presque offusquée par ce geste si intrusif, et regarda son visage rougit par le froid. Franck était un garçon très mignon, et elle devait reconnaître que son assurance et sa gentillesse ne l'aidait pas à l'ignorer ou l'éviter.
-Tu peux me dire pourquoi tu ne me parles presque plus ? Demanda-t-il posément en relâchant la pression sur son bras.
Elle soupira, bien sûr que non elle ne pouvait pas lui avouer. Elle ne pouvait pas lui dire qu'Alice était amoureuse de lui et qu'elle ne voulait pas faire souffrir une amie. Tout ça allait trop loin. Et est-ce que ça valait le coup ? Ellie avait déjà perdu toutes ses amies, qu'avait-elle d'autre à perdre ? « un garçon très gentil », fit une petite voix.
-J'ai besoin d'espace.
-Arrête, on a passé un super bon moment à Près-au-Lard, et...et je t'aime bien Ellie.
La jeune fille sentit son cœur s'arrêter, ses joues la piquèrent anormalement, et elle ne sut quoi réponde. Franck dut comprendre, car il eut un petit sourire timide, replaça une mèche de la jeune fille derrière son oreille et souffla :
-Je vais te laisser réfléchir.
Lui-même semblait mal à l'aise, et ses joues avaient pris une teinte rosée qui n'avait rien à voir avec le froid. Et puis réfléchir à quoi ? Il ne pouvait pas partir comme ça ! Il ne pouvait pas la planter là après lui avoir dit ça ! Elle resserra son étreinte sur son balai, et se demanda ce qu'elle devait faire. Elle n'avait personne à qui parler. Lily était du côté d'Alice, et elle n'était pas proche de Dorcas. James quant à lui, ne cesserait de lui faire des blagues si jamais elle abordait un sujet pareil.
Aimait-elle au moins Franck ? Et puis est-ce qu'elle était prête à avoir un petit copain ? D'accord, quelques filles de leur promotion sortaient avec des garçons, mais elle… ?
Et Alice dans tout ça, que penserait-elle si elle acceptait de sortir avec Franck ? Non seulement elle perdrait définitivement l'amitié de Lily, et Alice, mais elle serait la risée de la classe, ayant brisée le cœur d'une des filles les plus gentilles sur cette terre. La jeune fille songea alors à envoyer une lettre à son père, qui l'avait toujours très bien conseillé dans les moments difficiles. Elle prit soin de demander des nouvelles de toutes sa famille, et clôtura sa lettre en lui demandant comment elle devait agir dans une situation ou aucune solution ne semblait apparente. C'était vague, peut-être même incompréhensible, mais enfin, il ne lui restait plus que cette idée.
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