Merci Heminionne pour ton commentaire. J'avoue avoir beaucoup de plaisir à publier mon histoire rapidement, même si en faisant cela on ne reçoit pas autant de commentaires qu'on le souhaiterait. Toutefois, je n'ai pas beaucoup de mérite puisque mon histoire est déjà écrite et que je n'ai qu'à la retravailler pour la publier. C'est beaucoup moins long que si je l'écrivais au fur et à mesure.

Alors voilà la suite!

Miriamme

Troisième partie

Arrivée chez elle, Élisabeth raconte à Jane tout ce qu'elle vient d'apprendre au sujet de William. Jane tente de défendre le jeune homme en argumentant qu'il ne peut pas être aussi mauvais que cela puisque Charles Bingley était son ami. Élisabeth clos le sujet en agaçant sa sœur concernant son manque d'objectivité envers Charles et tout ce qui l'entoure.

Deux jours plus tard, Jane arrive chez Élisabeth complètement bouleversée. Non seulement son poste à l'École Saint-Émilie vient d'être aboli, mais en plus, elle est transférée dans un autre Centre Local de Services communautaires (CLSC). Pour couronner le tout, elle apprend ensuite, de la bouche de Caroline que c'est Georgianna, la jeune sœur de William, également travailleuse sociale qui s'occupera de la clientèle de l'École. Sans cesser d'essayer de consoler sa sœur, Élisabeth ne peut s'empêcher de penser que tout cela ressemble à un complot. Elle soupçonne que Caroline est derrière tout ça ainsi que William Darcy.

Le lendemain de la visite de Jane, Élisabeth apprend une bonne nouvelle, elle est enfin convoquée pour passer une entrevue par la commission scolaire. George avait tenu sa promesse. Arrivée sur les lieux 30 minutes d'avance le lendemain, Élisabeth passe saluer son bienfaiteur qui lui annonce qu'elles seront trois à passer l'entrevue cet après-midi là.

-Pour te questionner, ils seront trois aussi. Un conseiller pédagogique, un enseignant et un directeur. Malgré qu'elle cherche à connaître à l'avance l'identité des gens qui lui feront passer son entrevue, George est incapable de la renseigner puisque le choix est toujours totalement aléatoire.

Le moment venu, Élisabeth se présente sur les lieux du rendez-vous et va prendre place sur la seule chaise vide qui est à côté de la porte. Elle donne son nom à la secrétaire qui lui apprend qu'il y a un peu de retard et que l'autre jeune femme qui attend déjà doit passer avant elle. Élisabeth sort donc son cahier de notes et commence à réviser ses papiers. Soudain, la porte s'ouvre avec fracas, livrant le passage à une jeune fille en larmes. Elle claque la porte derrière elle tout en hurlant : C'est injuste! Je suis certaine qu'il avait étudié mon dossier avant! Comment se fait-il qu'il savait ça?

Terrorisée, la seconde jeune fille fait signe à la secrétaire qu'elle a changé d'idée et qu'elle n'ira pas. Devant son recul, la secrétaire fait signe à Élisabeth d'y aller à sa place. Nerveuse, mais décidée, Élisabeth fait son entrée. Se trouvant face à de grandes fenêtres, Élisabeth n'arrive pas à apercevoir les visages des trois représentants. Seules leurs silhouettes se découpent devant elle, menaçantes. Soudain, une voix qu'elle ne connait pas s'adresse à elle.

-Mademoiselle Gauthier, si vous voulez bien prendre place.

-Pardon, Fitzwilliam, il s'agit de mademoiselle Élisabeth Bennet! La connaissant, elle prend surement un grand plaisir à nous induire en erreur!

Reconnaissant la voix de William Darcy, Élisabeth se tourne vers lui pour lui dire : Pardonnez-moi, mais celle que vous attendiez était terrorisée à l'idée de ressortir dans le même état que la dernière candidate.

Les deux autres représentants s'esclaffent. Puis, celui que William avait appelé Fitzwilliam procède à leur présentation.

-J'ai beaucoup entendu parler de vous, mademoiselle Bennet! Lui dit-il en jetant un œil amusé du côté de William.

-Je ne vois pas ce que je pourrais faire pour vous convaincre que je suis une bonne enseignante si ma réputation est déjà démolie par les critiques de Monsieur Darcy.

-Vous m'étonnez? S'exclame le dénommé Fitzwilliam.

-Voyez-vous même comment il me regarde même maintenant : avec désapprobation!

Sortant tout à coup de sa torpeur, William lui demande : Comment se porte votre sœur?

-Cette question fait-elle partie de mon entrevue?

Les deux autres hommes pouffent de rire.

-Vous savez certainement qu'elle a été transférée dans un autre CLSC. J'ai entendu dire qu'elle dérangeait les plans de certaines personnes. Lui répond Élisabeth avec ironie.

-Passons maintenant à l'entrevue comme telle si vous le voulez bien! Voici comment celle-ci va se dérouler. Vous serez interrogée par chacun d'entre nous à tour de rôle. Pour ma part, en tant que conseiller pédagogique, je m'intéresserai à vos connaissances au niveau des stratégies d'apprentissage, monsieur William Colins, qui est à ma gauche, vous présentera, en tant qu'enseignant, des mises en situation que vous devrez résoudre par votre gestion de classe, puis, pour couronner le tout, monsieur Darcy, que vous connaissez déjà tentera d'établir comment vous vous comportez vis à vis de l'autorité et donc, au sein d'une équipe-école sous la gouverne d'une direction. Cela vous va-t-il?

-Je ne crois pas. Je dois malheureusement dire non!

-Et pourquoi, je vous prie? La questionne Fitzwilliam surpris.

-Je ne crois pas à l'objectivité de monsieur Darcy!

-Pardon! Fitzwilliam, puis-je dire quelque chose?

-Non William, laissons-la finir! Expliquez-vous, mademoiselle Bennet.

-Ce qu'il y a c'est que, durant mon stage à l'école Saint-Émile, chaque fois que je me suis retrouvée confrontée à certaines situations, monsieur Darcy m'a toujours fait porter le blâme. Et ce, avant même de me demander ma version des faits. Il m'a toujours condamné à l'avance simplement à cause de ma condition de stagiaire. Je ne le crois donc pas capable d'exercer un jugement objectif visant à établir ma capacité ou non à avoir une bonne relation avec une direction d'école. Je préférerais être évaluée par un directeur ne me connaissant pas du tout.

-Bon, bien, William, que dis-tu de cela?

-Mademoiselle Bennet a tout à fait raison. Par contre, elle oublie de dire que ma réaction à sa présence dans l'école peut être totalement expliquée, par son attitude envers moi et également par le fait que je ne connaissais pas encore l'équipe en place. Elle doit aussi savoir qu'il est tout à fait normal, pour un directeur remplaçant d'accorder sa confiance à l'équipe en place et à un superviseur d'université avant de le faire avec une stagiaire.

-Bon, tout cela me semble assez compliqué! Mais, compte tenu des circonstances, mademoiselle Bennet, je vous offre deux alternatives : nous suspendons votre entrevue et la remettons à plus tard, ce qui revient à dire que vous pourrez, au mieux être reçue à nouveau dans un mois, où, ce qui me semble le plus raisonnable, vous passez l'entrevue maintenant, mais c'est moi qui aurai la responsabilité de vous noter lorsque William vous posera ses questions! Alors, qu'en pensez-vous?

-J'accepte de passer l'entrevue immédiatement.

-Bien. Nous commencerons donc avec monsieur Collins.

Les parties dirigées par Collins et par Fitzwilliam se déroulent bien. Les deux hommes ne cachent pas leur admiration devant tant de maîtrise et de compétences. Puis, vient le tour de William Darcy. Cette fois également, les choses se passent étonnement bien. William prend toutefois un malin plaisir à réagir à ses réponses et à lui faire voir qu'il relie certaines questions à leur expérience de collaboration personnelle. Lorsqu'il pose sa dernière question, Élisabeth est épuisée.

-Comment décririez-vous un bon directeur?

-Après un long et lourd silence, Élisabeth commence à répondre en sachant très bien qu'il comprendrait qu'elle le visait personnellement dans sa description : Pour moi, un bon directeur, c'est une personne qui reconnaît ses erreurs, qui les assume et qui ne les répète jamais. C'est un être auquel tous reconnaissent une certaine autorité, mais qui ne l'utilise pas à outrance. Il est sans préjugés, sait reconnaître les forces des membres de son équipe-école et donne une direction, une vision pédagogique à ses enseignants. Il doit être inspirant.

-Très bien, merci! L'arrêta Fitzwilliam avant de ramasser la feuille qu'il avait devant lui. Je vois ici que vous avez réussi le test de français écrit avec des résultats exceptionnels? Félicitations. Maintenant, mademoiselle Bennet, vous n'avez plus qu'à attendre chez vous! Vous recevrez un appel de la commission scolaire d'ici une quinzaine de jours et vous connaîtrez vos résultats.

-Au revoir messieurs.

Élisabeth quitte la salle, bien plus nerveuse qu'avant son entrevue. Dès qu'elle disparaît derrière la porte. Les trois hommes se mettent à discuter de son cas.

-Décidément, personnellement, en tant qu'enseignant, c'est ce que j'ai vu de mieux depuis que je participe à des entrevues. Et vous Fitzwilliam?

-Moi aussi. Mais vous savez pertinemment tous les deux qu'on peut être très bon en entrevue, mais être incompétent dans une classe!

-Pour l'avoir vue à l'œuvre, je peux vous dire qu'elle est à la hauteur de ce qu'elle vous a montré ici. Et ce qui est encore plus merveilleux, c'est qu'elle l'ignore totalement.

-Étonnant qu'elle t'en veuille tant! Bon, si j'ai bien compris, vous êtes donc tous les deux d'accord pour qu'on lui donne la meilleure note? Vous savez ce que cela veut dire? Toutes les écoles vont se l'arracher.

-Oui, mais c'est pleinement justifié. Précise William avant de ramasser sa mallette.

-Je suis d'accord. Dit Collins avant de partir.

Lorsqu'Élisabeth rentre chez elle, elle est encore préoccupée par la présence de William à l'entrevue. Qu'il ait été autorisé à l'évaluer la dépasse. Mais, une fois calmée, elle est bien obligée de s'avouer qu'il a été correct et que rien dans son attitude ne trahissait plus l'animosité qu'il avait toujours eu à son égard. Deux jours plus tard, à sa grande surprise, Élisabeth est convoquée à la commission pour rencontrer les membres du syndicat des enseignants. Arrivant devant l'édifice un peu en retard, elle se heurte à Fitzwilliam.

-Mademoiselle Bennet, je suis content de vous voir!

-Moi aussi!

-Le comité vous a déjà contacté?

-Non, je viens pour rencontrer les membres du syndicat! Je suis même en retard!

-Vous recevrez un appel sous peu! En toute confidentialité, sachez que vous serez invitée à signer un contrat en voie de permanence. En avez-vous pour longtemps avec le syndicat?

-Jusqu'à 11h30, je crois!

-Laissez-moi vous inviter à dîner alors? Croyez-moi, mes intentions sont honorables, je veux simplement vous donner quelques conseils pratiques que ni le syndicat, ni les fonctionnaires de la commission ne peuvent vous donner.

-Cela me fera vraiment plaisir. Où voulez-vous que nous nous retrouvions?

-Ici même vers 12h00, ça vous va?

-Très bien.

Une fois la tête remplie de détails inutiles relativement aux contrats, Élisabeth se presse d'aller rejoindre Fitzwilliam dans l'entrée de l'édifice.

Une fois au restaurant.

-Alors, en savez-vous assez sur le fonctionnement du syndicat?

-J'en ai appris plus en faisant mon stage à l'école Saint-Émile qu'à ma réunion ici. Il faut dire que Monsieur Bingley, s'y connaissait beaucoup. Connaissez-vous le directeur adjoint de monsieur Darcy?

-Pas personnellement, mais j'ai beaucoup entendu parler de lui.

-Il est vraiment charmant! Si seulement il choisissait mieux ses amis!

-Décidément, le moins qu'on puisse dire, c'est que vous ne portez pas William dans votre cœur!

-En effet, mais ne perdons pas notre temps à discuter de lui!

-Vous savez, à mon avis, vous avez simplement été victime tous les deux de ce que j'appellerais, un mauvais départ... Car, vous n'êtes pas sans savoir que monsieur Bingley est vraiment chanceux d'avoir un ami tel que William.

-Oh! Je n'ai aucune peine à croire ça!

-Tenez, pas plus tard d'hier, William m'a avoué être arrivé à éloigner une jeune fille trop collante des griffes de son ami. Il le savait très attiré par cette jeune fille, et, le connaissant, William s'est arrangé pour qu'elle soit mutée dans un autre secteur. Monsieur Bingley ne s'est rendu compte de rien. Vous voyez, il protège ceux auquel il tient avec beaucoup de cœur.

-Vous a-t-il donné ses raisons pour rejeter cette jeune fille.

-Non, pas précisément. Il m'a simplement dit qu'elle ne provenait pas du même milieu que son ami et qu'elle ne cherchait qu'à lui mettre le grappin dessus pour obtenir un poste ou quelque chose comme ça.

-Si je jette ma vision pédagogique sur cet événement, il me semble qu'en agissant ainsi, monsieur Darcy n'aide pas vraiment son ami à devenir autonome dans ses histoires de cœur. Si ça se trouve, il ne fait que le rendre encore plus dépendant de lui. C'est souvent lorsqu'on croit aider le plus qu'on aide le moins! Si c'est bon pour les enfants, c'est aussi bon pour les adultes.

-C'est possible! Donc vous le trouvez donc trop maternel?

- Enfin, rien de ce que vous venez de me raconter ne me permet de changer l'opinion que je m'étais déjà faite de lui. Pour moi, il n'avait pas à intervenir dans les affaires de son ami. À la limite, il aurait pu lui parler de ses craintes sur la jeune fille, mais jamais il n'aurait du agir dans son dos.

Remarquant les efforts de Fitzwilliam pour changer de sujet, Élisabeth essaie de penser à autre chose, mais a beaucoup de difficulté à passer par-dessus la colère qu'elle éprouve envers William. Finalement, bien que reconnaissante pour les nombreux conseils techniques que lui donne le jeune homme, Élisabeth est soulagée lorsque vient le temps de prendre congé.

En rentrant chez elle deux jours plus tard, Élisabeth constate qu'elle a un message sur William Darcy sur son répondeur. Extrêmement surprise, elle essaie de le rejoindre immédiatement.

-Direction de l'école Saint-Émile, bonjour!

-Monsieur Darcy, ici Élisabeth Bennet! Je vous retourne votre appel!

-Mademoiselle Bennet, quelle bonne surprise... vous avez eu mon message?

-C'est la raison de mon appel, effectivement! Répond-elle sarcastique.

-Accepteriez-vous de dîner avec moi demain midi, enfin, êtes-vous libre?

-Ça peut s'arranger... Où dois-je vous rejoindre?

-Venez ici à l'école et je vous conduirai dans un restaurant de mon choix...

Silence

-Connaissez-vous le petit extra? Sur la rue Ontario?

-C'est juste à côté de chez-moi.! Je préfère allez vous y rejoindre, si ça ne vous dérange pas!

-Non bien sur! Je vous attendrai vers 12h00. La réservation sera à mon nom.

-Parfait. À demain alors!

-À demain!

Lorsqu'elle se présente au restaurant le lendemain midi, William est déjà assis, un verre de vin rouge à la main. Il accueille Élisabeth avec beaucoup de chaleur et lui offre un verre de vin rouge.

-Non merci, pas de vin... j'ai tendance à faire des migraines.

-Préféreriez-vous du blanc?

-Non, pas d'alcool merci.

-Ça ne vous dérange pas si on commande maintenant? Le service est lent ici et il est préférable de leur donner notre commande rapidement.

-Non non. Servez-moi de guide si vous voulez! Je ne suis jamais venue ici, mais je connais le restaurant de nom! Je demeure sur la rue Champlain, au coin d'Ontario. Je passe devant ce restaurant tous les jours.

Après avoir commandé leur repas, William raconte à Élisabeth comment les choses évoluent à son école.

-Alors, j'ai pris la décision de ne pas garder madame Malette l'année prochaine. Depuis votre départ, je n'ai pas cessé de recevoir des parents des élèves de sa classe. Ceux-ci n'arrêtent pas de me dire à quel point ils vous ont appréciée et comment Denise terrorise leurs enfants.

-Oui, effectivement, j'ai constaté qu'elle était très dure avec eux. Mais tout ça est assez relatif. Comme j'étais différente et que je ne suis plus là, il est normal qu'ils se servent de ma présence dans la classe pour faire passer un message à madame Malette. Elle est dure, mais elle est également capable de reconnaître la chose. Reste à savoir si elle veut faire l'effort de changer.

-Il semble que non! Écoutez, suite aux nombreuses plaintes dont je vous ai parlées, j'ai finalement rencontré madame Malette et, elle a accepté disons un petit arrangement! Elle souhaite prendre congé définitivement pour cause de maladie! Elle est en bonne voie de faire un «burn-out». Voilà pourquoi je tenais à vous voir. Je souhaite vous offrir un contrat pour les trois derniers mois de l'année de même qu'un poste permanent pour les années subséquentes. Qu'en pensez-vous?

Élisabeth est incapable de répondre tant la surprise est grande.

-Je sais bien que je vais mécontenter un nombre important d'enseignants dans mon équipe en vous offrant ce poste, que je devrai en répondre auprès d'eux, mais tout ça n'a pas d'importance puisque c'est vous que je veux! Alors, que dites-vous de mon offre?

Silence.

-Et puis?

-Je la refuse!

-Quoi?

-Vous ne croyez tout de même pas que j'allais accepter de travailler pour celui qui est responsable du transfert de ma sœur! Vous vous êtes arrangé pour qu'elle soit mutée et vous avez le culot de m'offrir un poste.

-J'avais de bonnes raisons pour agir ainsi comme j'ai de bonnes raisons de vous offrir ce poste.

-Bien sûr! Je n'en doute pas un seul instant, comme vous aviez de bonnes raisons pour rayer George Wickham de votre vie!

-Vous prenez trop à cœur les intérêts de cet homme!

-Qui n'en ferait pas fait autant en connaissant son histoire! Après votre intervention, ses chances d'avenir ont été réduites à zéro.

-Heureusement! Décidément, je ne vous comprends pas! Je vous offre un contrat formel pour le restant de l'année et un poste pour l'an prochain….

-Vous m'auriez offert n'importe quoi que j'aurais refusé de toute façon.

-Bien. Je n'insiste plus!

-Me permettez-vous de me retirer...

-Loin de moi l'idée de vous imposer ma présence.

Arrivée chez elle très rapidement, Élisabeth laisse aller sa colère et pleure de rage pendant au moins vingt minutes. Poussée par je ne sais quel démon, elle contacte Josiane et lui raconte l'événement. Tout en comprenant la situation, Josiane trouve dommage qu'un différent l'opposant à William la prive de l'avoir comme collègue d'enseignement. Elle lui confirme le départ de madame Malette et l'informe qu'elle même vient d'accepter un poste dans une autre école pour l'année suivante. Elle travaillera comme orthopédagogue à l'École Saint-Jean-Baptiste-de-Lasalle avec le directeur William Collins.

Quelques jours plus tard, Élisabeth est convoquée à une nouvelle entrevue. Puisque la lettre de convocation est signée de la main de Fitzwilliam, plutôt que d'ouvrir le reste de son courrier, Élisabeth le contacte immédiatement et apprend qu'il veut la voir le plus tôt possible. Après s'être changée, Élisabeth se rend à son bureau.

-Wow, quelle rapidité. À peine 20 minutes après mon appel. Il vous faut donc moins de cinq minutes pour vous faire belle?

-Non, j'habite à deux pas d'ici.

-J'ai tenu à vous voir pour vous annoncer la bonne nouvelle moi même. Vous êtes sélectionnée pour obtenir un poste bien particulier. Que diriez-vous de servir d'enseignante ressource pour l'ensemble du secteur 4?

-Heu!... qu'est-ce qu'une enseignante ressource au juste?

-Vous allez dans les écoles, vous rencontrez les membres du personnel, de la direction, les enseignants et vous vous faites une idée des besoins de l'école en terme de ressources éducatives. Tous les domaines peuvent être évalués : besoins matériels, pédagogiques, ressources didactiques, perfectionnements, etc. Rien ne doit être négligé. Vous travaillez de pair avec les directions pour obtenir les ressources que vous jugez essentielles et nécessaires à la bonne marche de l'école. Libre à vous d'imposer des changements de pédagogie si vous en constatez aussi le besoin! Voilà qui résume assez bien vos tâches si vous acceptez le poste.

-Combien d'école devrais-je couvrir?

-6 ou 7 écoles, pas plus. Et je vous préviens, l'accueil de certains enseignants ne sera pas toujours chaleureux. Il y va de même pour certaines directions d'école. Les résistances sont grandes dans certains milieux.

Voyant qu'elle se rembruni, Fitzwilliam pose une main sur son bras, dans un geste rassurant et ajoute : Rassurez-vous, j'ai beau ne pas comprendre pourquoi vous persistez à détester William, je n'ai pas mis son école dans votre liste. D'ailleurs, au cas où vous ne le sauriez pas, il quitte définitivement la direction de l'école Saint-Émile. Il remet les choses en ordre pour l'année prochaine, Charles prendra sa place! Non, William lui, est promu directeur général du secteur Pointe-De l'Ile.

-Wow! Il grimpe vite!

-Tout comme vous mademoiselle Bennet! Tout comme vous!

Elle le regarde incrédule.

-Vraiment, vous ne savez pas? Une offre comme celle qu'on m'a autorisé à vous faire est unique en son genre. Jamais une finissante n'a obtenu des résultats académiques suffisants pour mériter un tel honneur.

-Je ne sais pas quoi dire!

-Alors que décidez-vous? Puis-je compter sur vous?

-Et comment! Que dois-je faire en tout premier lieu.

-D'ici les trois prochains mois, vous n'avez qu'à prendre connaissance avec l'historique des écoles auxquelles vous serez rattachée. Vous êtes autorisée à aller sur les lieux, constater si la réalité correspond effectivement à l'opinion que vous vous serez faites suite à vos lectures, ensuite, vous vous chargerez d'organiser votre plan d'action et d'implantation pour l'année à venir. Vous devez administrer votre propre budget.

-J'ai hâte de m'y mettre.

-Je suis soulagé de vous voir accepter notre offre. Et je ne suis pas le seul. Pouvez-vous être présente vendredi matin lors de notre prochaine réunion officielle, j'aimerais vous présenter à chacun des directeurs et officialiser votre engagement avec eux.

-Certainement, je serai là sans faute.

Arrivée chez elle, elle s'empresse de contacter Jane pour lui apprendre la nouvelle. Celle-ci est folle de joie et invite Élisabeth au restaurant. Lorsqu'elles se retrouvent, les deux sœurs profitent de l'instant pour célébrer l'engagement d'Élisabeth.

-Je suis tellement contente pour toi! Tes collègues d'université vont être vertes de jalousie.

-Elles peuvent bien dire ce qu'elles veulent. Ah, en passant, sais-tu que c'est la deuxième offre que je reçois cette semaine.

-Non! De qui te provenait l'autre?

-De William Darcy! Il voulait que j'aille remplacer madame Malette pour les trois derniers mois et m'offrir un poste pour l'année prochaine.

-Tu vas de voir le rappeler pour lui dire que tu renonces.

-Non! Je ne l'avais pas accepté.

-Quoi? Mais tu as perdu la tête! Tu jouais gros!

-Tu sais très bien pourquoi j'ai refusé!

-Comment a-t-il pris la chose?

-Fidèle à lui-même! Voyant que sa sœur ne semble pas comprendre, Élisabeth ajoute : Il va surement raconter que je suis une ingrate, une écervelée! Détruire ma réputation quoi, comme il l'a fait à George.

-Je continue à penser qu'il doit y avoir une autre explication...

-Pauvre Jane, tu ne peux pas les excuser l'un comme l'autre... Tu es trop naïve.

Pendant le reste du repas, les deux jeunes femmes parlent de leur famille et plus particulièrement de leur plus jeune sœur qui vient tout juste d'obtenir un poste de secrétaire administrative dans une firme informatique. Connaissant son caractère romantique, les deux sœurs souhaitent qu'elle ne s'engage pas trop vite sentimentalement avec l'un ou l'autre des comptables ou des informaticiens de la firme.

Jane reconduit Élisabeth chez elle et l'embrasse sur les deux joues avant de la laisser pour la nuit. Entrée dans son appartement, Élisabeth caresse machinalement Diabo, son gros chat noir obèse et se laisse tomber dans son fauteuil.

C'est alors qu'elle remarque le courrier qu'elle a négligé d'ouvrir durant la matinée. Une lettre attire soudain son attention plus que les autres. Regardant de plus près, elle constate que celle-ci lui vient de William Darcy. D'un geste rageur, elle la jette à la poubelle puis s'empare des autres lettres. Finalement, incapable de penser à autre chose qu'au contenu de la lettre de William, intriguée, elle la reprend et déchire violemment l'enveloppe.

Chère mademoiselle Bennet,

Ne vous en faites pas, j'ai parfaitement saisi votre message et ne tenterai donc pas de vous convaincre d'accepter une offre qui vous semblait si choquante alors. Voilà, si j'ai décidé de vous écrire c'est qu'il me faut me défendre au sujet de deux accusations que vous avez formulées à mon égard et qui méritent que je vous apporte, à titre d'éclaircissement, ma version des faits. Ce que, je vous le rappelle, j'ai négligé de faire lors de ce fâcheux dîner.

Votre première accusation, bien que pleinement justifiée, m'oblige à dénoncer le comportement d'un tierce personne que vous n'auriez probablement pas soupçonné de malice tant vous m'attribuiez à moi l'ensemble de ce défaut. Caroline, la sœur de Charles qui ne porte pas votre sœur dans son cœur, a porté plainte au CLSC afin d'arranger un transfert entre ma propre sœur et la vôtre. Je n'ai appris la chose qu'une fois que les dispositions furent prises. Et, comme j'ai présumé – à tors - que vous étiez volontairement venue me rejoindre dans ma chambre lors de l'incident du chalet et que vous aviez même planifié de me séduire pour obtenir un poste, j'ai décidé de ne pas faire marche arrière.

Maintenant, pour ce qui est de votre seconde accusation. Celle concernant mon attitude envers monsieur George Wickham. Sachez seulement, que si je n'étais pas intervenu, il aurait convaincu ma sœur de fuir avec lui et de laisser tomber ses études. Lorsque je le retrouvai après que nos choix respectifs nous aient séparés au secondaire, je ne pouvais pas le reconnaître. Il trichait aux examens, collectionnait les aventures amoureuses. En fait, tout ça me laissait passablement indifférent. Je le considérais suffisamment adulte pour savoir ce qu'il risquait en agissant ainsi, mais, lorsqu'il s'évertua à vouloir entrainer ma sœur dans ses filets, j'ai décidé d'agir.

Je me suis mis à observer ses faits et gestes, afin de découvrir une faille que j'espérais pouvoir utiliser pour convaincre ma sœur de son comportement méprisable. J'ai réussi à mettre la main sur des travaux qu'il remettait à ses professeurs. Des copies et des documents achetés à prix fort. J'ai deviné ses intentions envers ma sœur. Je savais qu'il comptait la séduire uniquement pour lui soutirer son héritage dont elle lui avait déjà parlé à cause des liens étroits qui nous unissaient tous dans l'enfance. Mais, heureusement, j'ai convaincu ma sœur de sa malhonnêteté en lui montrant les documents recueillis. Évidemment, George réagit avec colère, mais, heureusement, il laissa ma sœur tranquille. Je ne sais pas sous quel jour il m'avait dépeint à vous, mais compte tenu de votre réaction, mon portrait ne devait pas être très flatteur.

Votre agressivité à mon égard est certainement explicable si vous possédiez de moi une description aussi épouvantable. J'espère seulement que vous n'en resterez pas là et que vous serez capable, un jour, de penser à moi, autrement que sous un jour aussi défavorable.

Bonne chance dans votre carrière.

Une fois la lettre terminée, Élisabeth ne sait si elle doit accepter ou refuser les allégations de William. Une partie d'elle lutte encore contre ce qu'elle devine être la vérité.

Elle en reparle avec Jane, avec Josiane et même avec George, une fois. C'est suite à cette dernière conversation d'ailleurs, qu'elle comprend que William avait raison. Voyant que George refuse de s'excuser, Élisabeth quitte son bureau, déterminée à ne plus le revoir et à oublier tout ce qui a trait aux deux hommes.

Celui qui lui a menti et l'autre qui la croit capable de séduire autrui par intérêt.

À suivre!

Miriamme