Chapitre Deux : Courses

La première surprise d'Axel à son retour du cabinet d'avocat fut le blason qui ornait le fronton de la porte d'entrée du Manoir. L'habituel renard arctique sur fond anthracite se retrouvé entouré d'un Ouroboros noir piqueté d'émeraude et le fond porté trois griffures violines.

La deuxième surprise fut les bagages faits dans l'entrée. Les deux elfes de maison le regardaient de leurs grands yeux globuleux, debout aux côtés de la malle.

« Maître Maximilien à dit à Gypsi d'aller chercher le courrier pour le jeune Maître Axel » lança le premier en lui tendant un épais pli cacheté.

« Maître Maximilien a dit à Matti de faire les malles du jeune Maître parce que le jeune Maître va aller à la Grande Ecole de Poudlard. » Après un échange de regard, les deux elfes s'écrièrent « Le jeune Maître doit faire attention ! Poudlard est une grande école mais tous les sorciers ne sont pas bons comme Maître Maximilien ou le jeune Maître, certains sont même très mauvais… »

Axel les regarda les deux elfes de maison qui l'avaient pris en affection à son arrivée et soupira avant de renfiler son manteau. Maximilien avait tout prévu. Les deux petites créatures lui promirent de bien s'occuper du Manoir avant de lui tendre un portoloin ainsi qu'un bon de réservation pour le Chaudron Baveur et une enveloppe vierge. En mois de temps qu'il n'en faut pour dire « Renylos », le Libéré apparaissait dans le salon d'arrivée de l'auberge sorcière avec bagages et Démon. Il réduisit sa malle qu'il glissa dans sa poche avant de se rendre au comptoir.

Tom était déjà là, quelques rides en moins et le visage un peu moins soucieux que la dernière fois qu'il l'avait vu. L'homme jeta un regard suspicieux à l'adolescent aux cheveux blanc bleuté qui sortait du salon réservé aux arrivées par portoloin. Il fallait dire que tout le démarquait : sa longue crinière à la couleur étrange, son étrange manteau noir aux larges manches qui s'arrêtaient au coude et qui laissait voir de longues manches émeraude, sa démarche féline et silencieuse rappelant celle d'un fauve en chasse ou encore le chat posé sur son épaule. Mais il n'eut rien à redire devant le billet de réservation que le nouvel arrivant lui tendit. Quelques minutes plus tard, Axel se tenait sur le lit de la chambre 7, ses enveloppes à la main.

« Kya' ? C'est moi ou je n'ai pas eu le temps de tout comprendre ? »

« J'avoue que c'est allé un peu vite, là. »

« Tu trouves aussi… »

« … »

« On fait quoi maintenant ? »

« Commence pour ouvrir ces lettres, baka ! »

Axel grogna et se pencha sur le courrier. Au creux de l'enveloppe vierge, une clé en or accompagné du numéro 77 ainsi qu'un court billet.

« Axel,

Je sais que tu accepteras le contrat aussi je ne t'offrirai qu'un conseil. Il y a un temps pour chaque chose. Ne pas le respecter n'amène qu'une perte. Ecoute le vieil homme que je suis et profite de tes instants présents, futurs et passés.

Max.

P.S. : La clé t'aidera pour préparer ta rentrée. »

Le Lié secoua la tête avant de tirer de sa poche l'épais pli que les elfes lui avaient remis plus tôt. Il portait le sceau de Poudlard. Axel savait qu'il venait de se faire manipuler en beauté mais il savait aussi que l'acte de Maximilien aurait plus de répercussion que le vieil homme ne le pensait. Il était temps de prendre les choses en main. Quelques minutes plus tard, il était sur le Chemin de Traverse, sa liste à la main.

« Acte Deux, Scène Un » pensa Axel avant de se diriger vers Gringotts. En plus de vingt ans, l'imposant bâtiment blanc de la banque sorcière n'avait pas changé le moins du monde, peut être que les Gobelins semblaient un peu plus jeunes mais peu d'humains pouvaient donner l'âge réel d'un Gobelin juste par son apparence.

Le jeune homme marcha d'un pas sûr vers l'un des guichets de libre, tâchant d'ignorer les regards qui se posaient sur lui. Il savait que ses cheveux presque blancs, son manteau à la coupe étrange et le chat dans la capuche attiraient les regards, mais il comprit aussi que la montée en puissance de Lord Voldemort attisait les tensions et les suspicions envers les étrangers. Axel réprima un soupir et accéda au guichet.

« Monsieur, » le salua le Gobelin d'une voix rocailleuse.

« Bonjour. Je souhaiterai retirer un peu d'argent de mon coffre s'il vous plait. »

« Avez-vous votre clé ? »

« La voici, » affirma Axel en lui tendant la clé dorée de Maximilien.

« Ah, l'héritier du Seigneur Isatis. Si vous voulez bien me suivre, Gladblec va vous y conduire. »

Axel emboîta le pas à un jeune Gobelin arrivé sur un signe du Gobelin guichetier et le suivit vers les chariots. Le coffre 77 était situé au treizième sous-sol, derrière le dragon dont le Lié n'aperçut que la vague forme dans la pénombre des couloirs souterrains. L'immense porte de bronze et d'acier mêlés était recouverte d'entrelacs formant des runes de protection dont la puissance hérissa le poil de Kishia. La protection semblait être plus qu'importante, et Axel en comprit la raison en voyant l'épais panneau s'ouvrir.

Le coffre faisait la taille d'une grotte à la voûte taillée dans la roche même et soutenue par des piliers cylindriques entourés d'entrelacs de pierre et d'acier représentant des rameaux de lierre. Si on y regardait de plus, on pouvait distinguer dans le feuillage des runes de protection et d'autres renforçant la solidité des piliers. Sous cette voûte imposante, de véritables trésors s'entassaient, plus ou moins bien rangés : meubles, tapisseries, toiles de maître, porcelaines et autres sculptures sans prix, bijoux, vaisselles,… De quoi refaire six fois la décoration intégrale du Manoir Isatis et d'avoir encore assez pour redécorer Poudlard. Décidant de faire une rapide visite, Axel se promena dans les allées, découvrant ici des coffres remplis de pierres précieuses ou de spécimens magiques rares sous sorts de stase, là des râteliers supportant épées, katanas, arcs, sabres, lances et autres haches, ici encore d'immense bibliothèques croulant sous les rayonnages de livres et grimoires plus ou moins anciens, sur des sujets plus ou moins obscures.

Se disant qu'il faudrait qu'il fasse un inventaire de ses nouvelles possessions, Axel emprunta néanmoins quelques volumes de Potions, Défense et Sortilèges qu'il rapetissa et glissa dans sa poche avant de remplir sa bourse. Il allait quitter le coffre quand son regard tomba sur un médaillon présenter dans un écrin de velours azur : un renard d'or gris aux yeux de saphir. Il ne lui fallut qu'à peine deux secondes de réflexion avant de le prendre et de le glisser dans sa poche. Le bijou irait rejoindre les deux autres quand il serait à l'abri des regards.

Une fois sur le perron de la banque, axel déplia sa liste qu'il relut une nouvelle fois : livres, ingrédients, uniformes, parchemins, plumes, chaudron, baguette… Oui, une nouvelle baguette car si depuis sa Libération sa baguette était devenue capricieuse, depuis son Lien, elle refusait purement et simplement de fonctionner pour son sorcier. Harry la conservait précieusement dans sa malle, comme un témoin de son ancien lui, de son ancienne vie. La journée promettait d'être longue et chargée. Près de son oreille, Kishia pestait d'être coincé sous sa forme animale - lui qui aimait tellement le shopping ! – étirant les lèvres de son Lié en un sourire moqueur. Le Bakeneko avait transmis sa fièvre acheteuse au jeune Libéré, activement aidé par un certain Gryffondor de leur connaissance.

Fleury et Bott était aussi encombré qu'à son époque. Au milieu des rayonnages débordants de grimoires, des élèves de toutes années s'interpellaient, se retrouvaient, échangeaient des nouvelles… ou des injures.

« Tiens, le Potty et son chien favori. »

« Tiens, un serpent hors de son trou… Pas trop effrayé j'espère ? »

« Et tes parents, pas trop désespérés devant la supériorité du Seigneur des Ténèbres ? »

Axel fixa dès la première réplique les deux groupes qui se faisaient face. De dos, il pouvait reconnaitre la tignasse sombre et ébouriffée si caractéristique des Potter et les boucles ondulées de son parrain. Apparemment, Remus et Peter n'étaient pas dans le coin. Les regardant en chien de faïence, Snape avait le regard noir et la mâchoire crispée, à droite des silhouettes aristocratiques de Lucius Malfoy (la copie conforme de Malfoy Junior grimaça intérieurement Axel), Bellatrix et Narcissa Black (Kishia planta ses crocs dans l'épaule de son Lié pour l'empêcher de commettre un meurtre au beau milieu de la librairie). En retrait, les imposantes statures de Crabbe et Goyle tenaient lieu de gardes du corps. Les deux groupes étaient prêts à tirer leurs baguettes quand deux Aurors leur demandèrent d'aller se calmer ailleurs.

« Mauvaise idée » pensa Axel en déposant une pile de grimoires sur le comptoir. En plus des volumes scolaires, il faisait l'acquisition des Grands Evènements des Trente dernières années d'Edward Kronich ainsi que de L'Encyclopédie des 150 000 ingrédients courants ou non des Potions qu'il avait commencé plus tôt, ou vingt ans plus tard, à La Boucle. Il se demandait toujours comment Snape et Malfoy Junior pouvait, à son époque, vivre dans un manoir qui lui appartenait à cette époque-ci. Réduisant ses achats pour les glisser dans ses poches, il était sur le point de sortir dans il sentit Kishia s'aplatir au fond de sa capuche.

« Kya' ? »

« Tu comprendras en sortant, Kitsu'. »

Au beau milieu du Chemin de Traverse, les deux groupes précédents se tenaient les uns face aux autres, baguettes au clair. Le regard d'Axel se posa de suite sur la boule de poils qui feulait depuis l'épaule de Sirius. « Sympa le paradoxe temporel » grimaça mentalement Axel avant de s'avancer. Ce n'était pas tout mais la bagarre se tenait juste sur le seuil de l'apothicaire. Jetant un coup d'œil aux sorts mineurs qui fusaient, il créa rapidement un bouclier de vent invisible à l'œil nu qui se mit à tourbillonner rapidement autour de lui. Il n'avait pas besoin de baguette pour la magie Démoniaque. Mais maîtriser la Sorcellerie sans baguette n'était pas encore à sa portée et il souhaitait garder sa maîtrise des Sceaux secrète, non pas parce qu'il savait qu'elle interdite, mais surtout parce qu'il voulait garder des cartes dans sa manches. Garder des atouts pour les abattre au moments où l'adversaire s'y attend le moins, quand il n'a plus de quoi pour reprendre la main. Axel vérifia son bouclier et s'avança tranquillement vers la zone de duel et plus précisément l'entrée de la boutique qui se trouvait juste derrière.

Du coin de l'œil, Sirius vit une silhouette se diriger vers le centre de leur bataille rangée. Il n'eut ni le temps de prévenir les autres, ami comme ennemis, ni le réflexe suffisant pour retenir son sort. Il regarda avec un sentiment d'horreur les nombreux sortilèges se diriger vers la silhouette svelte d'un jeune homme de son âge au longs cheveux blancs, sans savoir que chacun des élèves présents se trouvaient dans la même situation. Ils virent comme au ralenti les faisceaux lumineux se rapprocher du visage impassible de l'inconnu puis, au moment de le toucher, la scène reprit sa vitesse normale et chacun dû éviter son propre sortilège. Certains y parvinrent, d'autres pas…

Axel dû retenir un fou-rire devant le spectacle mais un coup de griffes de Kishia le rappela à l'ordre. Ici, il n'était pas censé les connaître et toute personne normalement constituée aurait dû les engueuler. Mais… une telle personne ne se serait pas jetée au milieu d'un échange de sortilèges, et Axel était tout sauf normal, à condition qu'il existe une définition bien précise sur la normalité des sorciers, évidemment. Il se contenta donc d'un regard froid et d'un visage impassible, avant de leur tourner définitivement le dos et d'entrer dans l'échoppe. Ces courses-ci furent vite expédiées, peut être à cause de l'explosion soudaine du chaudron que le vendeur surveillait quand le Démon et son Lié passèrent à proximité. Sous le regard soupçonneux de l'apothicaire, Axel termina rapidement ses achats.

Le « nouvel » élève de Poudlard acheva ses achats pour l'acquisition d'une nouvelle malle dans laquelle il rangea ses courses, d'un jeu de trois chaudrons en étain, d'une balance en argent, d'un télescope ainsi que d'un stock important d'encre, de plumes et de parchemins. Il plaça le tout dans sa malle puis la réduisit et la glissa dans sa poche. Un sourire aux lèvres, il se tourna vers le bas haut du Chemin de Traverse. Restaient les courses intéressantes, à savoir la baguette et les vêtements et Axel pénétra chez Guipure sous les marmonnements désespérément jaloux de son Démon, un léger sourire aux lèvres.