.


LE SABLE DE JAKKU


Les dunes grondent sous ses pieds. Les minuscules grains de sable fourmillent et s'enfuient en dévalant la pente. Et l'onde de choc se répercute dans ses vieux os. Pour la première fois depuis des heures, Chedel relève la tête. Loin à l'horizon, une colonne de fumée noire et épaisse déchire le ciel limpide. Intrigué, il retire les larges lunettes qui le protègent des assauts du désert pour mieux voir. La main en visière au dessus de ses yeux bleus déjà plissé par les rides, il scrute les alentours à la recherche du moindre mouvement. Gêné par les cahots de son vieux Luggabeast fatigué, il impose une halte à l'animal semi-mécanique avant de reporter son attention sur les volutes de noirceur qui ne cessent de s'agrandir et de se répandre dans sa direction.

Incapable de distinguer quoi que ce soit sous le soleil de plomb qui semble ne jamais devoir décliner, il s'apprête à renoncer lorsque deux objets dans le ciel accrochent la lumière incandescente, faisant miroiter des reflets aveuglants. Ils fondent de front sur le lieu de l'incendie, se mettent à tournoyer, comme d'insatiables oiseaux de proie, avant de reprendre de l'altitude et de disparaître dans l'atmosphère. Le chuintement strident de leurs moteurs résonne longtemps après leur passage, vrillent les tympans du vieil homme qui croit sentir leur vrombissement courir sur sa peau tannée. Tétanisé, il reste sans bouger ce qui lui paraît une éternité, priant pour qu'ils ne l'aient pas vu, infime point noir noyé dans un océan d'ocre chauffé à blanc. Parce que lui les a vus. Des chasseurs TIE. Et qu'il sait ce qu'ils représentent, ce qu'ils amènent chaque fois que leurs ailes noires frôlent le sol de Jakku.

Dans son impatience ignorante, le Luggabeast laisse échapper un long barrissement. Comme extirpé d'un cauchemar, Chedel lui assène un coup de bâton sur son énorme patte avant. Une seconde, il craint qu'on ne l'ait entendu. Tout ce silence, au cours de son long voyage, a eu raison de ses sens. Mais la menace est déjà loin. Petit à petit, il reprend ses esprits, frissonnant lorsqu'une sueur froide coule le long de son dos. La menace est loin. Elle s'est envolée, se répète-t-il pour se donner un peu de courage, obtenir de ses jambes qu'elles acceptent de le porter et cessent enfin leurs stupides tremblements. Il peut repartir. La menace est loin.

Avec lenteur, il grimpe sur l'armature métallique, s'aidant des filets qui retiennent ses bagages. Juché sur son dos, il ne voit guère plus loin. Un soupir de soulagement lui échappe, mais en donnant un petit coup sur les rênes pour relancer la marche, il sent la tension crisper ses membres. D'une main tremblante, il remet ses lunettes, resserre le grand foulard qui lui couvre le nez et la bouche. L'idée de faire un détour pour éviter la fumée et ce qu'elle recouvre lui traverse l'esprit. Mais il la rejette bien vite. Il ne peut pas rester là, il lui faut avancer. Et les pillards peuvent venir de n'importe quelle direction. Qu'importe s'il s'approche un peu. Il doit avant tout la dépasser au plus vite. Rentrer chez lui. Enfin.

Son radar clignote depuis un moment maintenant. Depuis combien d'années n'y a-t-il pas prêté attention ? Cette région est un cimetière. Les épaves y sont plus nombreuses que les voyageurs. Toutefois là c'est différent. Il a tout vu – presque tout vu. Il était là et ne peut s'empêcher de penser que, d'une certaine façon, il fait partie de l'histoire. Qu'il était le premier.

Une curiosité malsaine titille quelque chose dans son ventre, lui souffle de s'approcher. Juste pour voir. Dans cette partie isolée du désert, encore si loin de Reestkii, les pillards n'auront pas eu le temps d'arriver. Il sera réellement le premier. Un rapide coup d'œil sans être vu, avant de repartir. Quelque chose à raconter en rentrant. Pouvoir dire « J'ai vu ». Ne pas se contenter des « Il paraît » pour une fois. Avoir cette fierté, là où il n'est en fait question que de hasard, et que s'il n'avait pas été si pauvre, il n'aurait pas eu à partir pour Niima en premier lieu. Alors la curiosité – puisqu'il refuse de parler d'orgueil – la curiosité l'emporte.

À mesure qu'il progresse, le sable se couvre de cendres, l'air vicié devient plus lourd. À travers son foulard, il peine à respirer. De fines particules flottent tout autour de lui, s'accrochent à sa peau et à ses vêtements. Sous l'immense nuage noir, il perd vite ses repères, guidé seulement par les bips de plus en plus rapprochés de son radar. À quelques mètres devant lui, il finit par distinguer les dernières lueurs de l'incendie qui s'éteint. Peut-être a-t-il eu tort, finalement. Il n'y a rien à voir ici. Rien que des débris calcinés et la carcasse d'un vaisseau qu'il est incapable de nommer. À quoi s'attendait-il au juste ?

Sa propre naïveté lui arrache un faible sourire. Résigné, il secoue la tête, comme pour chasser les restes de ses illusions déçues et entreprend de contourner l'épave. C'est donc sur ça qu'ils construisent leurs histoires ? Sa découverte l'amuserait presque, si la carcasse aux ailes brisées, animée de grincements sinistres, ne lui rappelait pas les chasseurs qui rôdaient là quelques instants auparavant.

Décidé à ne pas s'attarder dans cet endroit macabre, il s'apprête à reprendre sa route lorsqu'une masse sombre sur le sable souillé attire son attention. À quelques mètres de la zone du crash, sa forme ne ressemble en rien aux fragments acérés de l'appareil qui jonchent le sol.

Malgré la peur qu'il sent revenir, il met pied à terre. Les doigts crispés sur son bâton, il s'approche avec précaution. Comme si un malheureux bout de bois pouvait le protéger d'une quelconque menace. Se dessine alors devant lui la silhouette d'un homme. Les bras repliés sous le corps dans un angle étrange, le visage dans le sable, il semble inconscient – probablement mort, à en juger par l'état de son vaisseau. Sous la cendre et les brûlures, ses vêtements ne ressemblent pas à ceux du Premier Ordre, Chedel en est certain. Il connaît trop bien leurs armures blanches et leurs casques de clones pour avoir le moindre doute.

Rassemblant son courage, le vieil homme se résout à s'approcher. Les soulèvements à peine perceptibles de son dos lui indiquent que le pilote respire encore. Déposant son bâton, il agrippe sa veste et, au terme d'un effort qui l'épuise, parvient à le retourner. Sa tempe et son arcade ouvertes souillent de sang et de sable agglutiné le visage de l'étranger.

En dépit de ses appels, Chedel ne parvient pas à lui faire reprendre connaissance. En essayant de le secouer, il remarque un fragment de métal acéré planté dans son abdomen. Effrayé à la vue de la tâche pourpre qui s'étend alors sur la chemise rongée par les flammes, il réprime un cri et lâche aussitôt prise. À genoux, il contemple sans savoir quoi faire ce corps dont la vie s'échappe, répandant une trainée sombre que la dune absorbe.

Soudain, une explosion retentit dans la carlingue calcinée. Chedel se redresse d'un bond, scrutant les alentours. Les battements erratiques qui menacent de faire exploser sa poitrine lui font reprendre conscience du monde alentour. Alors qu'il s'abîme les yeux sur le paysage vide et stérile, il comprend que sa décision est prise. Le bruit ne provenait que des débris qui finissent de se consumer derrière lui. Mais il n'aura peut-être pas la même chance la prochaine fois. Il lui faut faire vite.

Sans réfléchir une seconde de plus, il se précipite vers le Luggabeast, détache les filets qui pendent à son flanc et en dégage deux longs bâtons ainsi qu'un large carré de tissus. À l'aide de cordes, ils confectionne à la hâte un brancard de fortune sur lequel il hisse le blessé. Prenant le plus grand soin à ne pas effleurer sa blessure, il le sangle du mieux qu'il peut afin qu'il ne glisse pas et ne se blesse pas davantage.

Avec un dernier regard inquiet en arrière, il remonte sur la bête et lui fait presser le pas. Le chemin est encore long. Que dira-t-on, à Reestkii, s'il revient en traînant un cadavre ?


Les aspérités du désert ballottent son corps que le brancard de fortune ne protège ni du sable ni des assauts du soleil. Les heures passent, rythmées par le cliquetis lancinant du Luggabeast et des diverses pièces de métal qu'il transporte. De temps en temps, Chedel se retourne, s'assure que son improbable chargement traîne toujours à l'arrière. Il ne peut pas descendre à chaque fois, s'assurer qu'il est toujours en vie. Il doit rentrer avant la tombée de la nuit. En voyant la tête du jeune homme rouler de gauche à droite au gré des cahots qui secouent sa civière il se dit qu'il est peut-être déjà trop tard.

Dans sa semi-conscience, Poe gémit. Ses paupières sont lourdes. Si lourdes qu'il a comme l'impression d'avoir les yeux bandés. Un bourdonnent étouffé résonne dans sa tête. Il creuse, creuse dans son crâne jusqu'à le fendre. Ses pensées s'échappent par cette plaie béante qu'il ne peut toucher ou voir. Une douleur aigue le transperce. Et le sang se met à battre si fort contre ses tempes qu'il devient sourd à tout ce qui l'entoure.

Luttant contre une faiblesse implacable qui le paralyse, il parvient à entre-ouvrir les yeux. Assailli par une lumière blanche et crue qui lui brûle la rétine, il sent des milliers d'aiguilles s'enfoncer dans son crâne. Et la douleur devient insoutenable. Comme si ses os se brisaient, que des griffes lacéraient sa chair. Il voudrait se tordre, s'échapper. Il voudrait hurler. Mais la chaleur et la souffrance le clouent au sol. Ses cris meurent dans sa gorge en feu. Ses membres arrachés et torturés refusent de lui obéir. Il a mal. Si mal que son supplice envahit tout son être, submerge tout sur son passage, anéantit jusqu'à la peur. Désespérément.

Il croit voir le sable s'enfuir sous lui. Comme si l'on s'acharnait à traîner son cadavre jusque dans une gueule ardente. Un liquide chaud et poisseux lui brouille la vue. Tout se teinte de noir. Et un goût de métal lui remplit la bouche. Un goût de mort. La tête lui tourne, l'air lui manque, la nausée soulève sa poitrine.

Il n'a plus la force d'avoir mal, plus la force de comprendre ou de résister. Seuls persistent les hurlements dans sa tête. Tous ces cris qui refusent de sortir et menacent de le faire exploser. La fournaise lui arrache la raison. Son corps s'enfonce. Le sang l'étouffe. Le sable l'engloutit.

Alors que ses yeux se ferment, il n'aspire plus qu'au silence. Qu'on cesse de le déchirer. Tant pis s'il ne reste plus rien de lui quand tout sera fini. Que tout s'arrête.


Ailsen laisse retomber lourdement son sac sur le comptoir. Irrités par le bruit de tous ses outils qui s'y entrechoquent, plusieurs clients dardent sur elle un regard réprobateur. Très bien. C'est ce qu'elle veut, un peu d'attention. Après des heures passées sur le Quadjumper défoncé d'Unkar Plutt, elle a bien mérité un peu de reconnaissance.

Il ne se sert jamais de tous les vaisseaux qu'il possède. Il se contente de les voler. Les voler et les étaler au soleil pour que personne ne puisse douter de l'étendue de sa fortune. Et c'est à elle que revient la tâche de réparer ses épaves. Si tout cela est inutile, elle veut que les autres sachent qu'elle, elle ne l'est pas. Elle travaille dure. Et elle est douée. Peut-être même la meilleure de cette planète. Pour ce que ça vaut

Le vieux Crolute acariâtre tourne sa carcasse imposante et sa face rougeaude vers elle. Son aspect repoussant lui fait faire un pas en arrière et elle se maudit intérieurement pour ce moment d'inadvertance. Ce n'est pas le moment de se laisser surprendre, encore moins de montrer le moindre signe de faiblesse. Ce n'est jamais le moment ici. Elle pourra faire un faux pas, être une fille, quand elle sera rentrée, à l'abri de ses quatre murs sous le sol. Pas ici, pas au dehors. Jamais au dehors.

Elle sent l'huile et la sueur. Ses mains laissent des trainées noires de cambouis sur les pans de son large pantalon. Elle se sent sale, épuisée. Après toutes ces heures, penchée sur les mécanismes rouillés qui lui ont entaillé les doigts, sans prendre le temps de manger, elle vacille un peu. La tête lui tourne et le brouillard devant ses yeux l'empêche de discerner les visages dans la foule qui se masse sous la tente.

Peu importe. Ce ne sont pas les gens qui l'intéressent. Elle secoue la tête, reprend son équilibre et pose les deux mains à plat sur le comptoir. Le chef ferrailleur lui a promis deux rations entières pour son travail. À ce prix là, elle peut bien endurer la fatigue et les sarcasmes de tous les voleurs qui l'entourent.

— Pas trop tôt, grommelle Plutt.

Tout à son troc, il lui tourne le dos, s'adressant à elle sans lui accorder un regard. Ailsen serre les dents, crispe les poings. Elle expulse tout l'air de ses poumons, ravale ses insultes. C'est peut-être une bonne chose, finalement, qu'il la méprise au point de ne pas lui faire face. Derrière son dos crasseux, il ne peut pas voir toute la rage qui brûle dans ses yeux.

— Personne ne serait allé plus vite, cingle-t-elle avec assurance, une pointe de provocation dans la voix. Et personne n'aurait fait mieux.

Il marmonne quelque chose qu'elle n'entend pas et balance un quart de portion sur le comptoir à l'attention du Melitto face à lui. L'énorme insecte au masque opaque s'en empare vivement avant de quitter la tente. Du bout de ses gros doigts boudinés, le Crolute range avec des précautions inutiles et une lenteur insupportable les pièces de moteur défoncées qu'il a obtenues en échange de ce ridicule bout de nourriture. Derrière lui, à bout de patience, Ailsen se racle bruyamment la gorge.

— Ça vient ! gronde-t-il.

Sans prévenir, le brigand baisse la grille de sa cahute sous les protestations de la foule massée de l'autre côté, attendant leur tour. Il leur crache une insulte que la jeune femme ne comprend pas puis, pour la première fois, se tourne vers elle.

— On va voir ça.

Elle lève les yeux au ciel à l'idée que le brigand le plus pourri de cette planète ne lui fasse pas confiance. Sans dire un mot, elle le suit dans le hangar où elle a passé la plus grande partie de sa journée. Elle le laisse entrer, s'avancer vers le quadjumper et l'inspecter sous tous les angles avec minutie. Lui qui n'y connaît rien.

Le dos calé contre la grosse porte de tôle froissée, un sourire insolent au coin des lèvres, elle le laisse faire son petit manège. Le voir jouer si ouvertement avec ses nerfs lui donne à la fois envie de rire et de hurler, d'enfoncer son couteau dans son corps gras et répugnant.

Mais elle a faim. Elle aura faim demain. Et tous les jours qui suivront. À vrai dire, ce n'est peut-être pas lui qui lui donne envie de hurler.

Unkar Plutt revient sur ses pas, la bouscule en lui passant devant et retourne à sa cahute. Sur ses talons, elle entre avec lui dans le réduit puant. Sans prendre la peine de remonter la grille, il se met à fouiller dans les innombrables bacs qui gisent sous le comptoir et remplissent les étagères. Après un moment d'hésitation, il jette trois quarts de portion devant elle. Le regard fixé sur la nourriture, Ailsen attend le reste.

— Tu comptes dormir ici ? lance le Crolute d'un ton agressif.

— On avait dit deux portions, réplique-t-elle sans se démonter. Tu peux continuer à en sortir d'autres, il n'y en a même pas une entière dans ce que tu m'as donné.

— Parce que ton travail mérite pas plus.

Son ton catégorique la fait trembler de rage. En jetant un rapide coup d'œil derrière elle, elle aperçoit ses larbins s'approcher se la porte. Alors elle pose une main sur les sachets qui sont à sa portée. Sans toutefois se résoudre à laisser tomber si facilement.

— On avait un accord !

— C'est pas ma faute si tu l'as pas respecté. Je me trouve déjà généreux de te donner tout ça, assène-t-il.

— Tu es surtout un voleur ! s'emporte-t-elle.

À ces mots, les trois acolytes du ferrailleur se tendent, amorcent un pas en avant. Et elle commence à regretter son accès de bravoure.

— Pousse pas trop ta chance, menace Plutt. Fous-moi le camp !

Maudissant son impuissance et la lâche soumission à laquelle elle est réduite, elle fourre ses trois sachets dans son sac. Lorsqu'elle passe la porte et traverse la tente, elle relève la tête. Le peu de dignité qui lui reste suffit à peine à maintenir les apparences. Une fois à l'air libre, elle plisse les yeux, aveuglée par le soleil. Et les larmes qui rendent le village un peu plus flou, un peu moins laid, ne sont dues qu'à la lumière trop vive. De quoi pourrait-il s'agir d'autre ?

Elle traverse le village en trombe sans se soucier de ceux qu'elle bouscule sur son passage. Ni de ceux qui la bousculent. C'est à eux de se s'écarter, à eux de s'excuser. C'est à leur tour. La boule qui lui noue la gorge et lui tord le ventre l'empêche de respirer correctement. Elle est fatiguée. Et le quadjumper n'y est pour rien. Combien d'années de sommeil lui faudrait-il pour que cette sensation disparaisse ?

À la sortie du village, arrivée près de son motojet fait des pièces hétéroclites qu'elle a rassemblées dans ses errances, elle laisse ses épaules retomber un peu. Son sac glisse. Dans un soupir, elle se contente de le trainer derrière elle. À quoi bon ? Ce n'est pas comme si la nourriture allait s'abîmer.

Alors qu'elle s'apprête à sangler ses affaires à l'arrière de son véhicule de fortune, elle entend des murmures et des bruits de pas derrière elle. D'un mouvement brusque, elle fait volte face.

Devant elle, deux hommes à peine plus âgés qu'elle s'arrêtent aussitôt. L'étonnement fige un instant les trais de leur visage, mais ils reprennent vite contenance. Tant pis pour l'effet de surprise. Ils restent deux contre un. Contre une.

Elle voit leur regard glisser vers son sac. Sans les quitter des yeux, elle vient se placer entre eux et ses rations.

— Il y a quoi là dedans ? lance l'un deux avec un signe du menton.

— Rien qui te regarde, crache-t-elle.

Les deux hommes échangent un regard, un sourire, et fondent sur elle. D'un geste vif, elle dégage la lame cachée dans sa ceinture. Mais pas assez vite. Le premier homme attrape son poignet et tord son bras en arrière, la forçant à lâcher son arme dans le sable. Malgré ses contorsions, elle ne parvient pas à se libérer. Alors que son adversaire la retient, le deuxième voleur lui assène un coup de poing en plein visage. Le choc la jette au sol. Le goût du sang emplit sa bouche. Un filet écarlate coule de sa lèvre éclatée et goutte de son menton.

Déjà, les brigands ne font plus attention à elle. Leurs ricanements s'éloignent et avec eux ses outils et sa nourriture. La jeune femme essuie sa bouche d'un revers de main. Fébrile, elle fouille dans le sable à tâtons jusqu'à ce que ses doigts se referment sur le manche de son couteau. Sans prêter attention à la douleur, elle se jette sur celui qui emporte son sac. Sa lame mord la chair de son dos. Un hurlement retentit. Avant qu'il ait le temps de se retourner, elle creuse une profonde entaille dans son bras qui lui fait lâcher le sac. D'un bond, elle s'en empare avant de reculer, sa lame brandie entre elle et eux.

Le deuxième agresseur regarde successivement son acolyte et cette fille à l'air sauvage. Il hésite d'interminables secondes, dans un silence lourd de tension. De l'autre côté, Ailsen serre les dents, priant pour qu'il s'enfuie avant que la souffrance ne la force à baisser son arme. De là où il est, elle est presque sûre qu'il ne peut pas voir ses tremblements. Peut-être parce qu'il tremble trop lui même.

Il finit par se baisser, relever le blessé et le soutenir tant bien que mal. Le doigt pointé vers la jeune femme en signe de menace, il l'emporte à la hâte dans le village.

— On te fera la peau !

Lorsque leurs deux silhouettes disparaissent enfin derrière les premières habitations, Ailsen se laisse tomber à genoux dans le sable. Un sourire satisfait étire ses lèvres tuméfiées et se transforme aussitôt en grimace. Lentement, elle se relève, prenant soin à ne pas solliciter son bras droit. Elle titube jusqu'à son motojet, attache son sac et allume le moteur.

Alors que l'engin prend de la vitesse, les battements de son cœur se font plus rapides. Elle aurait pu mourir. Elle aurait pu mourir pour les trois quarts d'une portion.


Voilà ! chapitre 2 ... Plutôt un chapitre de transition, il y avait quelques trucs à mettre en place.

Merci à ceux qui lisent cette histoire. J'ai réédité le premier chapitre, mais j'ai lu vos commentaires et ils sont toujours appréciés !