Disclaimer : L'univers appartient à J.R.R. Tolkien. Anfauglir (et quelques autres personnages) et son histoire sont à moi ; j'ai également procédé à quelques modifications mineures dans l'Histoire de la Terre du Milieu, mais rien d'extraordinaire, c'est juste que ça me semblait peu crédible que Sauron ait éternellement dissimulé son fils #sonarme. Mais ça, vous le découvrirez en temps voulu ;).

Ceci est la réécriture d'une fiction, avec quelques points différents, quelques ajouts et quelques suppressions. J'espère que ça vous plaît, et j'attends vos retours. Bonne lecture !


CHAPITRE 2

Échevelée, la gorge prise aux abus de l'orage
Victime abandonnée des ombres
Et des pas les plus doux et des désirs limpides
Son front ne sera plus le repos assuré


Une ombre grise.

Une ombre grise marchait.

Une ombre grise marchait parmi les arbres sombres et tortueux bordant les racines des Monts Cendrés. C'était un vieil homme barbu, coiffé d'un chapeau pointu gris et soutenu par un bâton noueux. D'apparence fatiguée et courbée, il avait l'air de rien comme ça.

Étrangement, alors que personne ne pouvait entrer dans cette forêt sans s'attirer l'hostilité de toutes les créatures y vivant, ce vieillard semblait jouir d'une immunité particulière – à moins que ce fait ne soit dû à l'inquiétante baisse de la population des environs... D'une certaine façon, l'instinct animal de tout être s'approchant, qu'il soit un prédateur potentiel ou non, soufflait de ne pas toucher à la silhouette grise qui, bien que d'apparence fatiguée et courbée, irradiait de puissance contenue.

L'homme avançait d'un pas vif malgré son âge, posant un regard perçant sur les alentours. Ses sourcils broussailleux étaient froncés dans une expression pensive et inquiète à la fois, accentuant les rides de son front.

Gandalf le Gris, aussi appelé Mithrandir, était en pleine recherche. Et il se doutait que la personne qu'il venait voir ne se laisserait pas facilement trouver. Ce n'était, après tout, pas pour rien qu'elle s'était exilée en plein cœur de ces bois, en bordure du Mordor.

Grommelant dans sa barbe, il s'aidait de son bâton pour écarter les fourrés et faciliter son passage entre les arbres tordus qui l'entouraient. Une pierre, semblable à un cristal, était plantée au bout de l'objet, diffusant une lueur trouble, bien utile pour percer l'obscurité.

Il retint difficilement un grognement lorsqu'un pan de sa robe grise s'accrocha à un buisson épineux et y resta solidement empêtré. Il haussa finalement les épaules d'un air résigné, songeant qu'avoir une petite déchirure dans son vêtement était un moindre mal. Il tira d'un coup sec. Contrairement à ce qu'il pensait, ce fut un grand lambeau d'étoffe rugueuse qui resta accroché aux longues épines. Pestant à voix basse contre le buisson, le vieillard se demanda par quelle folie il avait été saisi, lorsqu'il avait décidé d'aller crapahuter dans la végétation agressive des abords du Mordor, plutôt que de profiter des derniers temps de paix. Il n'avait plus qu'à espérer que son habit endommagé ne révélait pas ses mollets.

Préoccupé par sa nouvelle tenue, Gandalf faillit ne pas remarquer le hêtre à moitié déchiqueté qui se dressait devant lui. Il fronça les sourcils et évalua les dégâts. La bête, quelle qu'elle soit, était d'une taille et d'une force tout bonnement monstrueuse. Elle s'était probablement dressée sur ses pattes arrière pour laisser libre cours à sa furie. Elle s'était visiblement acharnée sur le sommet de l'arbre, arrachant, creusant d'impressionnant sillons dans le tronc, dessinant d'étranges dessins dans l'écorce. Très haut. Terriblement haut. Si Gandalf s'était tenu debout sur les épaules d'un homme adulte de taille respectable, il aurait à peine atteint la cicatrice la plus basse.

- Aucun animal ne peut être aussi énorme... murmura-t-il.

Du moins, aucun animal normal.

Gandalf posa une main ridée sur l'écorce et étudia l'arbre du mieux qu'il le pouvait. Fort heureusement, les marques étaient vieilles. La sève avait déjà durci, elle était presque noire. Le hêtre avait été saigné au moins deux jours plus tôt. Il n'était pas rassuré pour autant.

Le vieux Magicien plissa les yeux avec méfiance.

-Quelle genre de monstre peut faire ça ?

Avant même qu'il n'ait eu le temps d'y réfléchir, une forme sombre se laissa tomber à ses côtés, accroupie. La surprise arracha un grognement au vieillard, qui sursauta et resserra sa prise sur son bâton noueux.

- Une création du Mordor. Un démon à forme d'ours. Mais il mort maintenant. Son foie avait bon goût.

Un simple regard sur la silhouette élancée, à l'étrange peau couleur de cendres, et à la longue queue animale balayant le sol, apprit à Gandalf que celui qu'il cherchait encore quelques minutes auparavant était désormais juste devant lui. Il se détendit sensiblement.

- Par les Valars, Anfauglir ! Vous m'avez fait peur ! Se plaignit le vieil homme avec un air de reproche. Je ne m'habituerai jamais à vos apparitions furtives. Ne pouvez-vous pas vous annoncer, comme n'importe qui ?

Anfauglir sourit avec malice et plongea son regard couleur d'or au plus profond de celui du Magicien, empoignant son cœur, déshabillant son âme, mettant à nus ses secrets les plus noirs. Il avait l'air curieux.

- Bien le bonjour à vous aussi, Mithrandir. Comment allez-vous ? Qu'est-ce qui vous amène par ici ? Je n'ai encore jamais eu la chance de vous avoir en invité. Êtes-vous venu prendre fumer la pipe et boire le thé en ma compagnie ? Je parierais volontiers qu'il y a une autre motivation derrière votre présence, hm ? Dîtes-moi.

- Je vous cherchais mon ami, se contenta de répondre le Magicien.

Pour toute réponse, les lèvres fines d'Anfauglir, à peine plus pâles que le reste de sa personne, s'étirèrent à nouveau dans un silence effrayant. Elles s'étirèrent tellement qu'elles laissèrent apparaître ses crocs acérés et fermèrent à moitié ses paupières. C'était un sourire innocent, un morceau de paradis, un rire sucré qui s'échappait d'une gorge fragile. Et il noya le pauvre vieillard dans l'océan instable de ses yeux trop grands. Qui restaient froids. Vides. Impassibles. Comme morts.

Puis, Anfauglir amorça un pas de danse en pirouettant sur lui-même. Il tournoyait avec une telle grâce, une telle élégance, qu'on eut dit, non une étrange créature, mais un cygne élégant déployant ses ailes blanches ou une feuille d'automne emportée par le vent. Puis, s'immobilisant en pleine action, il tira la langue avec facétie, en parodie de grimace. Mais il avait beau déformer son visage, il ne parvenait pas à s'enlaidir. Il cligna de l'œil en direction de son vis-à-vis et reprit ses entrechats comme si de rien n'était.

Il était pareil à un enfant mal élevé, s'amusant aux dépends d'autrui. Gandalf secoua la tête et étouffa un petit rire en observant les faits et gestes d'Anfauglir. Chaque fois qu'il le voyait, il ensoleillait son cœur. Quand bien même il savait que les nuages s'attardaient sans jamais s'éloigner sur celui d'Anfauglir.

- Ne cesserez-vous donc jamais ces gamineries ?

Mais le ton était juste amusé, tout comme l'étincelle dans son regard.

Anfauglir cessa ses cabrioles et, plissant les yeux, détailla longuement son interlocuteur. Il ne bougea pas les lèvres et pourtant, Gandalf entendit clairement sa voix résonner dans son esprit :

« Que vous importent mes gamineries, mon bon Gandalf ? Je suis vivant, voilà tout ce qui compte. Et vous voilà devant moi, avec moi. Je suis heureux. Oh, vous prenez tout trop au sérieux. Il faut bien que quelqu'un vous rappelle que l'on doit rire de tout, même, et surtout, de ce qui paraît tragique. La vie n'est rien de plus, et rien de moins, qu'un songe, mon ami, ne l'oubliez pas. Elle est comme une étincelle, fugace, vite allumée, aussi vite éteinte… »

Comme pour appuyer ses propos, il plongea une main dans ses cheveux qui, instantanément se transformèrent en flammes crépitantes. Avec son corps et son visage couleur de cendres, et ses cheveux brûlants, il ressemblait à un cierge vivant, un véritable feu follet. Il retira sa main, la laissa choir le long de sa hanche, et le flamboiement de sa chevelure s'apaisa pour finalement disparaître. Il avait une parfaite maîtrise de sa magie, comme il l'avait maintes et maintes fois prouvée. Et bien qu'il répugnât particulièrement à l'utiliser en temps normal, il aimait se fondre dans le feu ou l'air. Il pouvait tour à tour devenir brasier ardent ou vent capricieux, se rendant insaisissable ou invisible à quiconque. Un mélange d'audace et de légèreté qui faisait tout son charme et le rendait imprévisible.

Dangereux, aussi. Le croire vulnérable et innocent, à la merci d'une quelconque attaque, était une erreur à ne pas commettre. Une erreur qui s'avèrerait à coup sûr mortelle, car si Sauron l'avait conçu, si le monde était devenu hostile à sa présence, ce n'était pas pour rien. Le Mal avait fait de lui une créature à craindre, aux côtés des Balrog et des Grands Vers. Une créature dont le désir et le goût pour la violence, le sang, n'avaient d'égal que ses pouvoirs maléfiques.

Anfauglir vint frôler son épaule du bout des doigts, comme pour le ramener à la réalité.

Un sourire, l'ombre d'un rire.

- Vos pensées vous ont égaré.

Un sourire, l'éclat d'un rire.

- Gandalf, Gandalf, vous ne changez pas, vous ne changez jamais, mais le temps tourne, le destin roule.

De nouveau, un murmure dans sa tête :

« Ce que vous voyez n'est qu'apparences. Souvenez-vous… Personne n'est vraiment immortel. Pas même les Elfes. Pas même Sauron. Pas même moi. Nous nous éteignons tous lentement. Un jour, nous n'aurons guère plus de consistance que les nuages qui flottent dans le ciel. Alors, pourquoi s'en faire ? »

Il pencha la tête sur le côté, évoquant un enfant à la fois curieux et malicieux, et poursuivit :

« Faîtes donc comme moi, mon ami : amusez-vous, prenez du plaisir, jouissez de la vie ! Le reste n'est rien… »

Parfois, Gandalf se disait que les paroles de son vis-à-vis n'étaient que baume, ou bien poison, sur son âme, se distillant goutte à goutte en lui, reflétant ses propres convictions.

- Pourquoi cet air inquiet, Gandalf ? Quelque chose semble vous préoccuper, s'inquiéta soudain Anfauglir, troublant le silence de la forêt.

Gandalf hésita un instant, posant un regard critique sur Anfauglir, qui lui sourit, de ce sourire qui faisait à la fois tellement mal et tellement plaisir. Quelque part, il semblait avoir volé la pureté d'un ange – si une telle créature existait. Oui, il avait volé cette pureté, cet aspect innocent, pétrifié, presque malade… Comme mort de l'intérieur. Un frisson parcourut l'échine du vieil homme. Son ami était aussi froid et doux que la mort, aussi gris et tranchant que sa lame. Vide, tellement vide, et pourtant là, face à lui. Il ne put que penser à un fantôme, à un oiseau sans ailes, à un être hanté par quelque chose qui le torturait, l'envenimait et ne lui permettait plus de reculer, à une âme errante cloîtrée dans un corps trop parfait.

- Gandalf ?

En percevant l'inquiétude véritable dans la voix d'Anfauglir, le Magicien se sentit cruel et immonde. Il allait le pousser à replonger en enfer... Quel genre d'ami ferait ça ? Mais il n'avait pas le choix. Il ne l'avait plus. Alors il se résigna à briser la fragile paix que son vis-à-vis avait réussi à obtenir et parla.

- J'ai besoin de votre aide.

- Mon aide ?

- L'Unique est revenu.