Make me feel
CHAPITRE TROISIEME
Avant lecture, je tiens à préciser que les opinions tenues dans ce chapitre n'ont pas la prétention d'être des vérités générales ou encore d'être un discours moralisateur. Cela n'engage que l'auteur pour le déroulement du récit. Merci de votre compréhension.
« - Bonjour Harry.
- Hermione ? »
Il demeura comme une statue face au visage hésitant et craintif de sa meilleure amie. Elle n'avait pas changé, le visage cuivré toujours encadré par d'épaisses boucles brunes et illuminé par des yeux marrons aussi amicaux que scrutateurs.
« - Je peux entrer ?
- Bien sur. »
Elle fit un pas dans l'appartement, lui laissant le soin de fermer la porte. Il ne savait quelle conduite adopter. La voir, là, savoir qu'elle était venu le voir lui faisait monter une bouffée d'espoir et de reconnaissance telle qu'il avait les larmes aux yeux. Elle se tourna vers lui et brusquement le prit dans ses bras, et éclata en sanglot.
« - Oh Harry, je suis tellement désolée de ne pas être venu plus tôt. Je le voulais, bien sur que je le voulais ! Mais tu comprends, Ron ne voulait pas, il ne comprenait pas. On s'est beaucoup disputé...Il te tient pour responsable. Moi je sais que ce n'est pas de ta faute. Mais tu comprends... On s'est beaucoup disputé. Et..Et...
- Je comprends 'Mione, je comprends... »
Chacune des phrases d' Hermione avait été ponctuée d'un sanglot. Et il pleura à son tour, longtemps. C'était un réel soulagement après tout ce temps de sentir un corps, une chaleur contre soi. Cela n'avait rien de sexuel. C'était juste l'expression du plus fondamental des besoins humains. Le besoin d'amour, d'une présence. La peur de la solitude. Alors ils pleurèrent de concert, de regret, de soulagement, et d'amitié. Quand leurs pleurs se fut taris, il l'invita à s'asseoir sur le canapé, et après qu'elle eut accepté une bièraubeurre, il prit place à ses côté.
« - Ainsi, Ron m'en veut. Cela ne m'étonne pas.
- Il pense que tu as tué sa sœur. J'ai tenté par tous les moyens de lui faire comprendre, mais il ne s'en est pas remis et ce n'est pas tous les jours faciles. Surtout avec les enfants.
- Ne te fatigue pas. Comment pourrais-tu le persuader d'un mensonge ?
- Que veux-tu dire ?
- Tu sais bien que c'est vrai. Je l'ai tuée aussi sûrement que si j'avais noué sa corde de mes propres mains. Si seulement j'avais su l'aimer correctement... Il avait détourné les yeux pour dire cela. C'était la première fois qu'il confiait cela à une autre personne que son thérapeute. Le regard d' Hermione s'adoucit et elle passa son bras autours de lui pour amener sa tête sur son épaule.
- Harry, tu sais que tu n'es pas responsable de son acte. Je sais que tu as fait de ton mieux pour la rendre heureuse, pour la choyer, et pour être un bon père pour tes enfants. Ginny avait toujours pensé que la vie était fade et répétitive, et ce, bien avant de t'épouser. Elle vivait dans un monde de chimères dorées, il était normal qu'elle n'arrive pas à savourer la vie à force de la rêver. Elle n'avait pas à te tenir pour responsable.
Ses mots lui faisaient du bien, l'apaisaient. C'était une chose d'entendre un psychiatre vous déculpabiliser. Il y avait toujours le doute qui vous murmurait qu'il faisait cela pour avoir sa paye, qu'il était là pour vous faire aller mieux à tout prix et qu'au fond, il s'en moquait bien. Mais, l'entendre de la bouche d'une amie, d'une véritable amie, c'était un soulagement indicible. Il avait l'impression d'être en apnée depuis la découverte de la lettre et de pouvoir à nouveau respirer. Comme il l'avait attendu ce soutient, cette voix maternel lui disant qu'il n'était pas coupable. Hermione se mordit la lèvre avant d'ajouter :
« - Les sentiments ne se commandent pas Harry. Tu aimais quelqu'un qui t'était inaccessible. Tu étais dans ton droit de vouloir tourner la page et de tenter d'oublier en fondant un nouveau ménage.
Il se redressa d'un coup, les yeux écarquillés et la voix tremblante.
- Tu savais ?
- Évidemment. Tu es mon meilleur ami. J'ai toujours connu ton obsession pour lui. Ce n'était pas étonnant que ce sentiment évolue vers un autre.
- Je me sens tellement coupable 'Mione...tellement sale !
Et il pleura à nouveau, il cria dans le pull de sa meilleure amie sa rage d'aimer quelqu'un qui avait indirectement coûté la vie d'une autre. Il évacua toute cette haine de lui-même, et sans pouvoir le nommer à voix haute, tous deux savaient qu'il pleurait Draco Malfoy. Il hurla la faute à pas de chance, sa frustration, l'injustice. Et enfin, il osa pleurer sa colère envers Ginny Weasley. Pleurer le fait qu'il lui en voulait de l'avoir porté pour responsable, le fait d'avoir fait en sorte que ses enfants la trouve pour se venger de lui, le fait d'avoir souillé sa pièce à lui de sa mort, comme pour condamner à jamais ses pensées et rêves. Hermione écouta tout, essuya ses larmes, embrassa son front comme une sœur pour en chasser le dégoût, la honte et la colère. Quand il se fut calmé, elle lui parla de tout et de rien. Elle parla longtemps, de ses enfants à elle, de ses enfants à lui, du fait que c'était elle qui avait porté ses vêtements et fait le plein du frigo dans son nouvel appartement quand le Docteur Millepertuis l'avait informée du programme de réinsertion. Et il l'écouta, plongé dans cet état de semi-inconscience qui suit les grands chocs. Sa voix était pour lui comme une berceuse. Ils restèrent longtemps dans le silence, simplement dans les bras l'un de l'autre. Puis, quand le jour commença à tomber, elle décida qu'elle devait partir.
« - Ron ne sait pas que je suis venue.
- J'avais compris.
- Je t'ai apporté un livre. Je pensais que cela te ferait un peu de bien.
- Cela ne m'étonne pas de toi.
- Ne te moque pas. Parfois, cela fait du bien de s'évader...
- De quoi s'agit-il ?
- Du Domaine des Murmures. De Carole Martinez. Il est magnifique, tu verras.
- Avec plaisir. »
Sur le seuil, elle le reprit dans ses bras. Ils semblaient ne pouvoir se détacher l'un de l'autre.
« - Tu reviendras ?
- Bien sur.
- C'est promis ? »
Il ressemblait à un enfant. Pour toute réponse, elle lui offrit un sourire éblouissant et se dressa sur la pointe des pieds pour déposer le plus fraternel des baisers sur sa joue. Puis elle s'engagea dans l'escalier. Il referma la porte sur son parfum. Son appartement ne lui semblait plus aussi triste qu'avant. En s'asseyant, il constata qu'elle avait laissé un paquet sous un coussin. En l'ouvrant, il tomba nez à nez avec les trois visages souriants de ses enfants, dans un beau cadre doré. La photo semblait être récente. Il y avait également un autre cadre, dans lequel se trouvait la photo de ses parents. Une nouvel bouffée de reconnaissance le submergea. Il serra un moment les deux cadres sur son cœur, et le posa religieusement sur sa table de chevet. Leur regard pourrait le couver pendant la nuit et chasser ses cauchemars. Puis il s'adossa à l'aide d'un coussin contre le mur, et débuta le roman.
Plusieurs semaines avaient passé. Le mois d'août s'était bien engagé et tout le personnel de la Gazette avait pu constater le changement majeur qui s'était opéré dans le comportement d' Harry Potter. Il était plus souriant, plus avenant. Il voyait Hermione une fois par semaine, elle l'avait même persuadé de sortir. Ils avaient fait les boutiques, s'étaient promené dans un parc. Elle avait insisté pour l'aider à décorer son appartement. Il exprimait désormais le confort et le soulagement de rentrer chez soi avec un tapis dans les tons bruns, des plaids très doux, des lampes ouvragées, une belle nappe, des livres choisis par lui, et même un ordinateur. Comme ses dépenses des mois précédents s'étaient limités à un quart de salaire, juste de quoi payer la nourriture nécessaire et le loyer, il avait pu se faire plaisir. Une de leur sortie les avait même mené à faire du jogging dans le parc, riant jusqu'à n'en plus pouvoir tandis qu'ils s'essoufflaient, et s'était terminée à la terrasse de la Fève Dansante, servant effectivement une recette de chocolat à base de bouse de dragon, chose qui avait fait crier Harry d'horreur avant qu'ils ne repartent dans un énième grand fou rire. Ron était désormais au courant de la destination hebdomadaire de sa femme. Elle avait bien été obligée de lui avouer le but de ses sorties lorsqu'il l'avait accusé d'adultère. Il refusait toujours de revoir son ex-meilleur ami, cependant, il n'empêchait pas sa femme de lui rendre visite. Et certains jours exceptionnels, il demandait même des nouvelles.
La relation entre Harry et Draco avait également bien évolué en dépassant le stade de la froide cordialité pour l'amicalité. Il n'était plus rare de les voir s'échanger les nouveautés sur un ton amusé, voire de rire de concert face aux notes assassines envoyées à La Fouine de la part de certains lecteurs pour qui l'ouverture d'esprit se limitait à une fracture crânienne. La chose ravissait Rosemina qui arpentait désormais les couloirs arborant un sourire n'allant pas sans rappeler la moue satisfaite d'un gros chat. Désormais, Harry pouvait plus facilement accompagner La Fouine sur le terrain, notamment lors des interviews sportives, ayant un contact plus facile. Il avait lentement basculé du rôle de simple secrétaire vers le rôle d'assistant particulier. La Fouine le présentait d'ailleurs comme tel, bien qu' Harry préférasse encore se faire discret.
Ce soir là, ils ne se trouvaient nulle part ailleurs qu'en pleine allée des Embrûmes, où La Fouine, son assistant et ses photographes assistait à l'arrestation de membres d'un trafic de poisons par la Brigade de Police Magique. Ils avaient mis longtemps à récolter les témoignages, et Harry avait même du partir interroger lui même des témoins tant Draco était débordé. Le journaliste avait même récolté un témoignage de la part du chef de la Brigade. Ce serait en première page le lendemain. Il était tard, et ils étaient tous deux euphoriques du travail accompli. Aussi, aux vues de l'évolution de leur relation, rien d'étonnant au fait que Draco invite Harry à boire un verre dans son manoir afin de fêter cela. Ce dernier hésita un moment. Mais après tout, un verre n'engageait à rien, il pouvait parfaitement passer un début de soirée en compagnie de son employeur sans que ce soit dangereux. Dans le tourbillon de surprise et de joie qu'avait pris sa vie ces derniers temps, il semblait avoir oublié ses anciennes réticences, mais surtout le fait que son bouclier n'était plus aussi étanche qu'avant. Ils transplanèrent donc, et se retrouvèrent devant le prestigieux manoir Malfoy. Une demeure taillée dans une architecture gothique, et dont le vent estival portait à leur nez les senteurs des fruits du jardin. Ils pénétrèrent le hall, et après qu'un elfe fusse venu pour les accueillir et les installer au salon, ils savourèrent le confort du vaste canapé de cuir fauve et Harry put constater le goût certain de Draco en matière de décoration mais surtout en matière de Whisky.
Ils apprécièrent d'ailleurs un peu trop ce dernier. Harry, qui n'avait déjà pas l'habitude de l'alcool étant plus jeune, senti rapidement sa tête lui tourner et se surprit à rire pour tout et n'importe quoi. Il était appréciable de se sentir si léger, libre de tout, capable de glousser pour n'importe quelle blague stupide. Draco, qui avait plus l'habitude de ce breuvage, se contenta d'apprécier les effets chez son invité en riant. Mais au bout de quelques verres supplémentaires, il se retrouva dans le même état. Il ne s'autorisait pas souvent à être ivre, aussi, il en profita pleinement. Rapidement, il se mit à évoquer des sujets personnels, tel son divorce, le fait qu'il versait une pension alimentaire exorbitante mais que rien n'était trop beau pour son fils, et qu'il adorait son métier. Ils parlèrent longtemps, évoquant leurs souvenirs de Poudlard, riant de leurs anciennes querelles. Harry se surprit à raconter l'hôpital, son arrivée, les innombrables heures de thérapie.
" - Et tu parlais de tout avec ce Docteur Millepertuis ?
- Oui, répondit-il d'une voix rendue pâteuse par l'alcool, je lui ai tout raconté, le Sauveur dans ses moindres recoins.
- Je ne pourrais pas confier toute ma vie à un psychiatre. Je n'aimerais pas qu'un inconnu sache tout de moi, qu'il 'intruse mes moindres pensées.
- Ce n'est pas comme si j'avais eu le choix. Rétorqua-t-il d'une voix un peu amère.
- C'est vrai. Puis, après un silence : Et donc, tu lui as tout dit.
- Non, pas absolument tout. Mais je reconnais bien là votre déformation professionnelle chère Fouine, rigola Harry, tu aimerais bien fouiller mon dossier afin d'établir un nouvel article du genre : "Les faiblesses du Survivant" !
- Certes non. Je suis curieux c'est tout. Et puis, une question me hante depuis un moment.
- Et quelle est-elle ? Je te répondrais peut être. Susurra-t-il en jetant un œil à sa bouteille.
- L'inconnue de la lettre, celle que ta femme te reprochait d'aimer, qui était-elle ?"
Harry tourna un regard coupable vers le sol, et sentit une boule glacée obstruer sa gorge. Cependant, la vérité lui brûlait les lèvres, elle cognait sa langue afin de trouver la liberté. Il était si proche de pouvoir se défaire de son fardeau... Mais quelles seraient les répercussions ? Les conséquences. Il fallait qu'il se taise, qu'il la refoule comme une nausée au fond de son ventre. En sentant le malaise de son interlocuteur, Draco se réajusta dans son fauteuil et s'excusa subtilement :
" - C'était déplacé. Je retire ma question.
- C'était toi."
Voilà. C'était dit. Il avait dit cela comme on annonce une maladie, grave et incurable, ou un crime tâchant la mémoire. Un long silence suivit cet aveu. Coupable pour Harry, qui s'était un peu recroquevillé sur lui-même, attendant la morsure froide de la guillotine sur sa nuque. Choqué pour Draco qui n'arrivait pas à intégrer la nouvelle, à laisser l'idée s'insinuer jusque dans son cerveau, à en saisir la pleine ampleur. Ne supportant plus ce malaise ambiant qui n'allait qu'en s'aggravant, le brun décida finalement de fuir, de rentrer se calfeutrer chez lui, comme si la porte close allait le séparer, le protéger des conséquences d'une telle chose, de l'évasion de son plus lourd secret.
" - Bien, je vais rentrer. Réussit-il à prononcer d'une voix hésitante. Il était tout proche de le supplier d'oublier ce qu'il venait de dire, que c'était la faute de l'alcool ou une mauvaise blague. Il souhaitait réussir à s'enfuir avant de subir une telle humiliation.
- Reste. L'ordre avait été lancée d'un ton froid, d'une intonation typiquement Malfoy. Puis, le visage d'albâtre se fendit d'un sourire en coin quand il ajouta : Tu peux rester dormir ici si tu le souhaites.
- Je te dis que tu as été indirectement la cause du suicide de ma femme et tu me proposes de rester faire l'amour avec toi !
N'enregistrant pas du tout la première partie de la phrase, Draco éclata d'un grand rire amusé.
- Tu es impayable Potter. Je ne fais pas l'amour. Je baise. Et je fais ça hard. "
La déclaration avait été accompagnée d'un haussement de sourcil et d'un sourire charmeur. Avec horreur, Harry sentit s'agiter dans son cœur le désir coupable qui revenait à l'assaut après plusieurs mois de refoulement. Une chaleur qui partait de son crâne pour se répandre en vague brûlante vers le bas de son corps, un peu trop bas à son goût. Quand il le conscientisa, la bile lui remonta jusque dans l'œsophage, autant que des larmes de honte à ses yeux. Il détourna son visage de celui de sa nemesis en rougissant de gêne et de fureur, fureur dirigée entièrement vers lui-même.
" - Tu te détournes de moi comme si me désirer était un crime, un vilain secret à mettre au placard pour ne pas qu'il nous fasse de tâche. Cracha l'aristocrate d'une voix venimeuse.
Et Harry explosa.
- Mais c'est un crime ! C'est une honte ! Ma femme s'est suicidée, elle s'est pendue pour ça ! J'ai été incapable de la rendre heureuse, de l'aimer alors qu'elle le méritait amplement ! Non ! J'étais trop occupé à tenter de refouler mon désir pour toi par tous les moyens possibles et inimaginables, à tenter de ne pas voir ton visage se superposer au sien quand nous faisions l'amour, à éviter ton regard acier qui me suivait partout, à oublier que sa voix douce n'avait pas les inflexions que j'aimais dans la tienne ! Comprends tu l'Enfer que c'était de me dire que j'étais condamné à vivre une vie par procuration, par défaut parce que j'étais incapable d'aimer la femme que j'avais épousé dans l'espoir de te rayer de ma vie, de mes pensées ? Je voulais lui cacher, je voulais au fond qu'elle soit heureuse malgré tout, alors j'ai masqué tout cela, j'ai joué la comédie pour être un bon père et un bon mari. Mais j'ai échoué ! Elle savait, et plus je tentais de jouer à merveille le rôle que je m'étais imposé, plus elle s'enfonçait dans l'amertume et le chagrin ! Le seul endroit où je m'autorisais à penser à toi, à ce que je ressentais pour toi, c'était le petit grenier où je m'isolais quelques heures quand ma poitrine et mon crâne semblaient sur le point de se fissurer en mille éclats, quand ma gorge semblait n'être plus que du verre pilé sous le poids des non-dits ! Et c'est là qu'elle s'est pendue ! Là ! Pour me montrer que j'étais son assassin, le seul fautif, à cause de moi elle est morte et mon fils a perdu sa voix en la découvrant ! Il avait hurlé la dernière phrase. Depuis longtemps, les sanglots se mêlaient à ses cris, diatribe haineuse dans laquelle il avait tout oublié sauf le soulagement d'extérioriser, de vomir cette enclume qui l'oppressait depuis Poudlard, depuis l'instant où il avait dit oui, vingt-et-un ans plus tôt.
- Assez ! Hurla Draco en retour. Potter, tu es, et tu resteras un abruti de gryffondor toute ta vie ! Tu rejettes toute la faute sur toi, tu te traites de montre hideux mais enfin regardes les choses en face ! Oui, tu as aimé quelqu'un d'autre, oui, tu t'es marié par dépit et résignation, mais avoues quand même que c'était ta belette qui avait un sérieux problème. En voyant que la rage envahissait son vis-à-vis à ces mots, il hurla encore plus fort. Boucles-là ! Tu m'écoutes et tu ne m'interromps pas ! Quand on se rend compte que son mari n'est pas amoureux, ou que l'on est plus heureuse avec, on divorce ! Lorsque l'on est normalement équilibré et que l'on rencontre un problème de couple, on communique, ou du moins on se dispute. On ne se pend pas du jour au lendemain, avec une lettre accusatrice ! Et encore moins au moment on l'on sait que l'enfant est celui qui vous trouvera à coups sur ! Je ne dis pas que tu n'es pas fautif également, tu n'aurais jamais du l'épouser pour tromper un désir. Mais ta Ginny était une garce égocentrique, doublée d'une perverse narcissique ! Parce que faire en sorte que son cadavre soit trouvé par son fils afin de se venger de son mari, ne vas pas me dire que cela ne relève pas de la perversion !
A la fin de sa tirade, il était si furieux qu'il dut reprendre son souffle. Il était décidément aux antipodes de ses valeurs familiales. La rage de Draco avait dénoué quelques choses en Harry, un nœud inextricable qui avait retenu tous ses désirs et tous ses rêves comme autant de mouches sur une toile arachnéenne. Le discours d' Hermione l'avait apaisé. Celui de Draco l'avait libéré. Socialement, ce n'est jamais la faute du suicidé. On le plaint, c'est un acte si atroce que la première chose que les bonnes gens font c'est de blâmer les proches de ne pas avoir vu les signes avant-coureurs, de ne pas avoir été à la hauteur. Le suicidé, c'est la victime, et les victimes n'ont jamais tort. Mais l'on oublie que le suicide est la voie de facilité. Le suicidé ne fait que s'ôter la vie, il ne pense pas à ceux qui vont découvrir son corps, à la culpabilité des proches qui s'incriminent, qui se flagellent mentalement en se demandant ce qu'ils ont pu faire pour mériter cela. Le suicide est un acte égocentrique. Ses amis s'étaient détournés de lui, les journaux en avaient fait des choux gras suite à l'article de La Fouine. "La Faute du Survivant". "Le Sauveur imparfait". "L'adultère criminel". Personne à qui exprimer sa colère, la haine qu'il avait commencé à ressentir pour Ginny quand il n'avait plus eut la force de rêver, lorsqu'il avait perdu le peu de vie qu'il lui restait. Cependant, le désir c'était encore trop. Rationnellement, il savait qu'il avait le droit, qu'il ne serait pas punie par quelques spectres ou divinités invisibles. Mais émotionnellement, la culpabilité, même affaiblie, demeurait toujours là comme une vipère attendant son heure sous une pierre.
- Cela me fait du bien ce que tu viens de me dire. Murmura-t-il si bas que Draco douta de l'avoir entendu. Mais désirer quelqu'un à nouveau, surtout toi, ce serait la trahison finale.
- Désirer quelqu'un, même moi, ce ne serait pas la trahir, mais vivre. Tu as le droit de tourner la page. Tu en as même le devoir. Pour toi. Pour tes enfants. Oui, ils ne veulent plus te voir. Mais ce sont des enfants. Bientôt des adolescents. Ce ne sont pas eux qui doivent revenir, c'est toi qui doit aller les voir, qui doit leur montrer que tu es un père équilibré et que vous pouvez reconstruire votre vie. Tu as toujours vécu pour les autres Potter. Tu as vécu pour le monde sorcier depuis que tu as onze ans, pour débarrasser ces assistés en puissance du plus grand mage noir de tous les temps. Cela t'a bouffé ton adolescence. Sorti de là, tu as épousé ta belette pour sauver ton image. Car ne me dis pas que c'était par peur de ma réaction, tu n'as jamais crains de m'affronter. Tu as donc vécu pour elle. Puis, tu as voulu vivre pour tes enfants. Il serait peut être temps de vivre pour toi Potter.
Vivre pour lui. Après tout ce temps, cela lui paraissait tellement étrange, voire effrayant. Il avait toujours été le soutient des autres, avait toujours eu une ligne directrice qu'une sorte de destin imposé lui avait dicté.
- Ne me demandes pas de tout envoyer valser Malfoy, ne me demandes d'oublier qu'elle s'est tuée parce que je te désirais. Je ne peux pas tourner la page du jour au lendemain.
- La culpabilité n'est pas inscrite dans tes os Potter, c'est un sac de brique que tu es libre de poser au détour de n'importe quel chemin. Et quand ce sera fait, à ce moment là, on avisera."
Suite à cela, il était parti. Il avait préféré rentrer à pied plutôt que de transplaner. Cela lui laissait plus de temps pour réfléchir. Les vapeurs d'alcool avaient depuis longtemps déserté son esprit, et il se sentait à la fois plus lucide que jamais et plus vide que jamais. Ce n'était pas un vide comateux comme il avait longtemps vécu, c'était le vide du fardeau qui s'en est allé et qui n'attend que d'être comblé. Il avait autant l'envie d'éclater de rire que de se recroqueviller au sol et de pleurer. Une fois dans sur son lit, il s'endormit encore tout habillé, d'un sommeil sans rêve et, pour une fois, il s'autorisa à penser à son pale alter ego.
Voici le troisième chapitre qui s'achève. Je vous remercie de votre soutien, et de vos reviews, cela me fait très plaisir que mes écrits vous plaisent. J'espère que la suite vous plaira tout autant. Je me vois obligée de préciser tout de même qu'il risque d'il y avoir du retard dans la publication du prochain chapitre à cause de mon cher disque dur externe qui a eu la bonne idée de tomber en panne. A la semaine prochaine !
