DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

Rating : M+ 18

Genre : romance / slash / Yaoi


Chapitre 1 – Ex corpus

18 juin 1996 – Département des Mystères, Ministère de la Magie

- SIRIUS ! NOOOOOOON !

Harry tomba à genoux alors qu'il voyait son parrain disparaître derrière le voile.

Quand il entendit derrière lui le ricanement de Bellatrix Lestrange qui se vantait d'avoir tué Sirius Black, une vague de haine incommensurable submergea Harry.

D'un bon, il fut devant la favorite de Voldemort, la baguette brandie, prêt à lancer sur elle n'importe quel sort impardonnable.

Mais en plus d'être cruelle, Bellatrix était lâche et plutôt que d'affronter l'adolescent, elle préféra s'enfuir.

Harry la poursuivit jusque dans le hall du Ministère, en lançant doloris sur doloris mais aucun sort ne parvenait à l'atteindre.

Finalement la mangemort trouva refuge dans une des cheminées qui s'alignaient dans le hall, où elle disparut dans un dernier ricanement et une nuée de flammes vertes.

- NOOON ! cria à nouveau Harry.

Il s'effondra sur le sol. Sa cicatrice le brûlait atrocement, signe que Voldemort n'était pas loin.

Comme pour confirmer son sentiment, le Mage Noir apparut devant lui, son immonde face de serpent à quelques centimètres de son visage, son doigt froid, maigre et crochu caressant sa joue avec ce qu'on l'on aurait pu associer à de la tendresse si le geste ne venait pas du sorcier le plus cruel de tous les temps.

- NE ME TOUCHEZ PAS, SALE SERPENT ! rugit Harry en dégageant brusquement la main de Voldemort.

- Harry, dit-il d'une voix exagérément douce … comme on se retrouve. J'ai appris pour ton parrain … comme c'est triste, poursuivit-il d'un ton rempli de feinte compassion. Te voilà de nouveau … seul.

- JE NE SUIS PAS SEUL IMMONDE BATARD ! MES AMIS …

- Tssst … quel langage, le coupa le Lord. Tes amis … ah oui, ceux qui sont en ce moment aux prises avec mes meilleurs mangemorts … Je doute qu'ils en réchappent Harry …

D'un geste négligent de la main, le Lord jeta un puissant sort d'entrave à Harry qui le laissa immobilisé, à la merci de Voldemort en plein milieu de l'Atrium du Ministère.

A ce moment, une porte s'ouvrit sur Lucius Malefoy, accompagné de Crabbe et Goyle Seniors ainsi que d'Antonin Dolohov.

- Maître, dit Lucius en s'agenouillant respectueusement au pied du Serpent.

- Lucius, mon cher ami si fuyant, susurra Voldemort en s'arrêtant devant lui. As-tu accompli la mission que je t'avais confiée ?

- Oui Maître, dit Malefoy en sortant de la poche de sa cape une petite sphère en verre, remplie d'une fumée couleur perle.

Alors qu'il tendait la main pour remettre le précieux objet à son maître, Lucius fut curieusement déséquilibré. Il bascula en avant, lâchant la sphère qui se brisa en mille morceaux sur le sol en marbre. Le nuage de fumée s'évapora laissant derrière lui l'écho de murmures incompréhensibles.

- NOOON ! Espèce d'incapable ! rugit le Lord qui déchaîna sa colère sur son bras droit.

Alors qu'il s'apprêtait certainement à tuer Malefoy, les membres de l'Ordre du Phénix au grand complet apparurent dans le Hall. Harry vit avec soulagement que derrière eux, se tenaient Ron, Hermione, Neville, Luna et Ginny.

- Tom ! dit calmement Albus Dumbledore. C'en est fini pour toi.

- Oh non vieil homme … Au contraire, ça ne fait que commencer …

Voldemort arborait un rictus effroyable et Harry pouvait sentir au plus profond de lui que le Lord jubilait.

D'un geste, avant que qui que ce soit ait pu réagir, il pointa sa baguette sur Harry et prononça d'une voix forte :

- EX CORPUS !

Le sort frappa Harry de plein fouet.

Voldemort émit un rire suraigu avant de disparaître dans un nuage de fumée noire, ses mangemorts à sa suite.

Harry était hébété. Il savait avoir été frappé par un sort mais il ne ressentait pourtant rien de particulier. Par contre, il était inquiet des visages qu'il voyait devant lui.

Hermione avait la main plaquée sur la bouche, Ron les yeux écarquillés et Neville secouait la tête en marmonnant « non, non … ».

Mais le plus terrible était le regard de Dumbledore. Ce regard bleu perçant toujours si bienveillant, si malicieux, exprimait à l'instant la colère et quelque chose d'autre qu'Harry interpréta comme du dégoût.

Il n'eut pas le temps de s'interroger davantage que les ténèbres l'engloutirent.

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Août 1996 – Infirmerie, Poudlard

POV Harry

Je n'arrive pas à ouvrir les yeux. Pourtant Merlin sait que je le voudrais. Il faut absolument que j'ouvre les yeux sinon je vais retomber dans cette inconscience qui m'emporte à chaque fois et qui me fait atrocement peur.

Où suis-je ?

Dans un lit à n'en pas douter. Et si je me fie à la vague odeur de potions que je sens autour de moi, je dois être à l'infirmerie ou dans un hôpital.

Pourquoi ?

Ah oui. Le Ministère. Le sort que Voldemort m'a lancé. Sirius. Sirius est mort. Par ma faute. Je sens les larmes qui piquent derrière mes paupières et je voudrais pleurer mais je n'y arrive pas non plus.

Bon sang, qu'est-ce qui m'arrive ?

J'entends des bruits sur ma droite et puis des voix.

- Alors Mrs Pomfresh ?

La voix de Dumbledore. Je me sens rassuré. S'il est là, c'est que tout ira bien désormais.

- J'ai refait l'examen plusieurs fois. C'est toujours négatif.

Je perçois un soupir. Exaspéré ?

- Ecoutez, Monsieur le Directeur. Si le diagnostic se confirme, il n'y a pas de raison qu'il reste ici. Cela fait deux mois maintenant qu'il est là et il n'y a aucun changement. Je ne vois pas ce que vous attendez pour agir ! je l'entends dire d'un ton qui semble très contrarié.

- Je ne sais pas … j'ai peut-être l'espoir qu'elle revienne … répond le Directeur d'un ton las.

Que qui revienne ? Qui est parti ? Et en quoi cela me concerne-t-il ? Et pourquoi dit-elle que je suis là depuis deux mois ? C'est impossible ? Tout au plus quelques heures …

- Laissons-le ici le temps qu'il se réveille, conclut Dumbledore.

- Comme vous voulez Monsieur le Directeur.

J'entends les pas qui s'éloignent.

Non, revenez ! Pitié, ne me laissez pas seul ! Ne me laissez pas sombrer à nouveau !

J'ai l'impression de crier à m'en casser les cordes vocales mais je sais bien que personne ne m'entend. Je crois que je deviens fou. C'est ça, je suis devenu fou. Je crie dans ma tête et personne ne m'entend.

Soudain, la porte de l'infirmerie grince légèrement. C'est incroyable ce que la perte d'un sens peut en décupler un autre. Je ne vois pas mais j'entends parfaitement des pas approcher. Ils sont légers, doux et pressés à la fois.

Qui êtes-vous ? ai-je envie de demander, en vain.

- Je suis ton Gardien. Je t'ai entendu. Ne t'inquiète pas, je ne te laisserai pas seul. Tu n'as jamais été seul Harry …

Merlin ! Quelqu'un m'a entendu. Oh Merlin ! Qu'est-ce qui m'arrive ?

- Chhhht … calme-toi… Je ne peux rien te dire pour l'instant mais ne t'inquiète pas, je suis là … Je resterai toujours près de toi. Maintenant, il faut que tu te reposes encore … N'aie pas peur de te rendormir. Je suis là et je veille sur toi.

Comme pour confirmer ces dires, une main caresse mon visage. Cette main a la douceur du velours, la fraîcheur de la brise d'été. Je voudrais qu'elle reste sur ma joue pour l'éternité.

La voix de l'Ange émet un petit rire, si doux, si parfait qu'il résonne à mes oreilles comme la plus belle des mélodies.

Je ne sais pas s'il peut le voir, mais dans ma tête, je souris.

Les doigts de l'Ange quittent mon visage pour migrer vers les miens, autour desquels ils s'enroulent.

Je sens que les Ténèbres m'appellent de nouveau mais cette fois je ne résiste pas, je n'ai plus peur car je sais que je ne suis plus seul.

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2 septembre 1996 – Infirmerie, Poudlard

POV Harry

Je me souviens être sorti de mon inconscience à plusieurs reprises et à chaque fois mon Ange, mon Gardien comme il s'appelle lui-même, était là. Il me parlait, me prenait la main, me caressait le visage. Il me rassurait.

Mais cette fois, je sens que c'est différent. Je suis seul. J'ai l'impression de percevoir les rayons du soleil au travers de mes paupières.

Pour la première fois, je les sens bouger. Elles papillonnent et je finis par ouvrir les yeux. Je les referme aussitôt car je suis aveuglé par la lumière du soleil. J'ai vaguement conscience de porter la main à mon visage pour me protéger de l'agression lumineuse.

J'entends alors le bruit de quelque chose qui se brise au sol, une exclamation et des pas précipités qui sortent en trombe de la pièce.

Quelques minutes plus tard, les pas précipités se font à nouveau entendre. Manifestement plusieurs personnes arrivent, très excitées.

Je tente d'ouvrir à nouveau les yeux, avec plus de succès cette fois.

J'essaie de faire le point sur les silhouettes qui sont debout autour de mon lit mais je ne distingue que des ombres et des tâches de couleur. Fichue myopie.

- Harry ? Harry ? Tu es réveillé ? me demande Dumbledore.

J'acquiesce lentement tout en essayant de parler mais le son qui sort de ma bouche tient davantage d'un croassement que d'un mot.

Quelqu'un a la présence d'esprit de me tendre ma paire de lunettes. Je les chausse maladroitement et cette fois, je peux enfin distinguer les visages. Outre Dumbledore et Pomfresh dont j'avais reconnu les voix, il y a également Ron et Hermione.

- Que … que s'est-il passé ? je demande.

- Tu ne te souviens de rien Harry ? questionne Dumbledore au lieu de me répondre.

- Je … je me souviens que … nous étions au Ministère … Je me souviens de … de Sirius, dis-je en sentant ma gorge se serrer. Et de … Voldemort … un sort … puis plus rien …

Dumbledore se tourne alors vers Mme Pomfresh à qui il fait un signe de la tête. Celle-ci s'empare de sa baguette qu'elle passe méticuleusement tout le long de mon corps, plusieurs fois de suite.

- Rien, dit-elle.

Rien. C'est une bonne nouvelle non ? Alors pourquoi font-ils tous cette tête d'enterrement ?

- Que se passe-t-il ? je redemande.

- Harry, commence Dumbledore en me tendant ma baguette et une plume. Peux-tu faire léviter cette plume, s'il te plaît ?

Je le regarde comme s'il était devenu fou. Le wingardium leviosa, je le maîtrise depuis la première année !

Je fais néanmoins ce qu'il me dit.

- wingardium leviosa !

Il ne se passe rien. Je recommence, une fois, deux fois, trois fois. Rien.

Je regarde Dumbledore avec effroi et incompréhension.

- Je … je ne comprends pas … dis-je.

- Harry … sens-tu quelque chose de particulier dans ton corps quand tu tiens ta baguette en main ?

Maintenant qu'il le dit, c'est vrai que je ne ressens pas ces fourmillements et cette douce chaleur qui m'enveloppe d'habitude, à chaque fois que je tiens ma baguette.

Je secoue négativement la tête et Dumbledore soupire profondément.

- Tu as été victime d'un sort très rare et très puissant que Voldemort a lancé contre toi.

- Je … je sais … je l'ai entendu dire « ex corpus » ou quelque chose comme ça … Mais je n'ai rien senti de particulier. Que fait ce sort ?

- C'est un sort de magie noire qui a pour effet de vider le corps du sorcier de toute sa magie.

- QUOI ? Mais c'est impossible !

- Je suis désolé Harry … Voldemort t'a pris ta magie. Mme Pomfresh a fait plusieurs fois le même examen : tu n'as plus une seule once de magie en toi.

- Mais … comment vais-je faire pour la récupérer ?

Dumbledore me regarde avec consternation avant de répondre :

- Ce sort est irréversible Harry. Ta magie t'a été enlevée, on ne peut pas te la remettre. Elle est partie. Pour toujours.

J'ai l'impression que le monde vient de s'écrouler autour de moi. Ce qui faisait ce que j'étais, ce qui, pour la première fois de ma vie m'avait rendu heureux quand j'avais onze ans, m'a été retiré. A tout jamais.

Les larmes me brûlent les yeux et je les laisse ruisseler sur mes joues.

A ce moment, je prends conscience de la présence de mes deux meilleurs amis. Ils ont assisté à l'échange mais sont restés silencieux. Je regarde alternativement Ron et Hermione et mon cœur se brise encore davantage quand je vois sur leur visage la déception et la colère.

Silencieusement, j'implore leur soutien mais tous les deux détournent les yeux comme si j'étais un lépreux.

Dumbledore s'éclaircit la gorge avant de reprendre.

- Ecoute Harry … Il faut que tu comprennes que maintenant que tu … tu n'es plus des nôtres … tu n'as plus la possibilité de rester dans cette école.

- QUOI ? je crie, complètement affolé. Mais … Mais où vais-je aller ? Je … c'est ma maison ici ! Le seul endroit où je me suis jamais senti chez moi ! Vous … vous ne pouvez pas …

Je me moque d'être pathétique à cet instant mais c'est irrépressible, je sanglote comme un enfant.

- Je regrette Harry … je vais devoir te demander de partir.

- Mais … je … même si je ne peux plus faire de magie, je peux quand même rester ici ! j'implore. Ru … Rusard, il est cracmol … et pourtant il vit ici …

- Tu ne comprends pas Harry, me dit-il de plus en plus exaspéré … Tu n'es même pas un cracmol. Tu es devenu un moldu. Et les moldus ne peuvent pas rester ici.

- Pitié, Professeur ! … je … ne peux pas … retourner … chez les Dursley, dis-je en pleurant de plus belle et en m'accrochant à la robe du Directeur.

Celui-ci me détache brusquement les mains et dit d'un ton dur :

- ça suffit Harry ! A la fin de la matinée, j'exige que tu aies quitté Poudlard ! Et pas la peine d'essayer de récupérer tes affaires, elles sont la propriété de l'école.

- Mais … mes vêtements … mon argent …

- Tu pourras récupérer tes vêtements moldus. Ton matériel scolaire, ta baguette et ton balai devront rester ici. Comme tu n'es plus un sorcier, tu n'as plus le droit de posséder ni l'un ni l'autre. Quant à ton argent, il est dans une banque sorcière dont l'accès t'est désormais interdit … Tu comprends ce que cela signifie ?

Il me dit tout cela un sourire mauvais aux lèvres. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Après un dernier regard méprisant, il quitte l'infirmerie à grands pas.

Je lève les yeux vers Ron et Hermione.

- C'est … c'est un cauchemar … n'est-ce pas ? Je … tout ce qu'il a dit … ça ne peut pas être vrai …

- En fait, si … dit Hermione d'un ton docte. La Conférence des Sorciers de 1567 a décrété que …

- La ferme Hermione ! coupe Ron d'un ton dur.

Il me fixe avec un regard chargé d'une telle haine que je recule contre mon oreiller. En brandissant un doigt accusateur vers moi, il crache littéralement :

- On avait confiance en toi ! Tu étais notre seul espoir de battre le Mage Noir ! Tu te rends compte de tous les efforts que l'Ordre du Phénix a dû déployer pour faire de toi notre arme ? Non, évidemment que tu n'en sais rien ! Tu me dégoûtes ! Tu n'es plus rien ! Même plus un cracmol … rien d'autre qu'un vulgaire moldu ! Casse-toi d'ici ! Tu n'as plus rien à faire parmi nous ! Tu ne nous sers plus à rien !

Chacun des mots de Ron me transperce un peu plus le cœur. Je n'arrive même plus à prononcer le moindre mot. Je me tourne vers Hermione pour quémander un peu de son soutien mais elle baisse piteusement les yeux.

- HERMIONE ! crie Ron alors qu'il s'apprête à quitter la pièce.

Elle le suit sans broncher et sans plus un regard pour moi.

Je m'écroule contre les oreillers, le cœur entièrement consumé. Je ne suis plus rien. Même la voix de mon Ange s'est tue dans ma tête.

Je ne suis plus rien.