Auteur: Kuro-Hagi – 13/06/2019
Genre: Drama – Hurt/Comfort - Yaoi
Disclaimer: Tout ce monde et ces personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki.
Note: Me revoilà mais… Pas là où vous m'attendiez ! ^^ J'ai eu de l'inspiration subite sur Memories et donc il y'aura du retard sur 'Where I can't see, there is you'.
J'espère que vous me pardonnerez cet écart et apprécierez ce chapitre !
Bonne lecture
Remerciements : Merci à PerigrinTouque pour la bêta, à Futae pour ses encouragements (et tout et tout) et merci à VOUS pour votre fidélité !
- Memories -
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L'infirmière posa un plateau devant lui. Perdu dans ses pensées, il marmonna quelques vagues remerciements. Il était préoccupé par la dernière visite de Taiga. Il avait l'air si mal. Il faisait un métier difficile et devait être confronté à des scènes terribles régulièrement. Même si aucun souvenir précis ne lui revenait, il avait la certitude qu'il avait vu son ami dans cet état plus d'une fois. Il avait le sentiment d'une situation familière. Instinctivement, il avait eu envie de l'enlacer et son rejet lui avait vraiment fait mal. Pourquoi Taiga le fuyait à ce point ? Ça n'avait aucun sens.
"Je vous laisse manger. Je reviens dans une heure pour vous accompagner pour votre rendez-vous avec le radiologue.
- Ah oui... Merci."
Il déjeuna à peine mais consulta le répertoire de son nouveau téléphone. Le sien n'ayant pas survécu à l'accident, Kuroko lui en avait fourni un autre et y avait renseigné quelques numéros qui lui semblaient importants. Celui de Taiga s'y trouvait évidemment. Il n'avait pas eu l'occasion de l'utiliser jusqu'à présent, ni osé le contacter sans une excuse valable. Il hésita longtemps, l'impression de la veille lui laissait un sentiment amer et il éprouvait vraiment le besoin de prendre contact avec lui. Néanmoins, il ne savait pas comment. Et puis, s'il pouvait créer un lien par téléphone à défaut de réussir à le voir physiquement, il espérait que ça l'aiderait à retrouver ses souvenirs. Depuis le début, Kagami était la clé de ses souvenirs. Il lui était tellement important. Mais quel sujet aborder ?
L'infirmière revint, il ne s'était toujours pas décidé à envoyer quelque chose à Taiga. Il enfonça son téléphone dans le fond de sa poche et la suivit pour rejoindre le cabinet du radiologue.
"Ça se présente bien. D'ici deux semaines vous pourrez retirer le plâtre.
- J'pourrai rentrer chez moi ?
- Eh bien... Ce n'est pas moi qui décide. Mais je n'y vois personnellement aucun inconvénient.
- Et rejouer au basket ?
- Oui, sans problème."
C'était au moins une bonne nouvelle. Daiki quitta le radiologue pour retourner dans sa chambre en souriant. Il avait enfin le sujet idéal pour contacter Kagami et le moral qui remontait un peu.
"Yo ! J'vais pouvoir retirer mon plâtre dans deux semaines d'après le doc... Et les résultats sont bons. J'vais pouvoir rejouer au basket ! So wait for me dude !"
Il s'étonna lui-même du naturel avec lequel il avait ajouté quelques mots d'anglais dans son message. L'influence du tigre sûrement. Et puisqu'il s'ennuyait comme toujours, il attendit avec impatience une réponse de Taiga qui mit beaucoup trop de temps à arriver à son goût.
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Taiga se déshabilla. Il avait mal partout. Comme chacun de ses jours de repos, jours dont il se serait bien passé, il s'était assuré de s'épuiser physiquement. Le sport était son échappatoire, lui évitant de trop penser, de trop tourner en rond. Salle de musculation, running et basketball encore et toujours, du sport pendant des heures. Cinq semaines de ce traitement et son corps déjà bien musclé s'était encore développé. Il s'adossa contre le plan de travail en buvant de longues gorgées d'eau. Malgré ses séances physiques et intensives, le vide de sa vie était toujours aussi intense. Il ferma les yeux se rappelant comme Daiki investissait l'espace de leur appartement. Kagami avait toujours été un féru de sport, pourtant depuis Daiki il avait réduit un peu ses activités pour simplement passer du temps avec lui, sans toutefois arrêter. Quand il revenait après un petit quinze kilomètres, transpirant, les vêtements lui collant à la peau et les gouttes de sueur perlant sur son front, Daiki s'approchait de lui pas du tout incommodé. Il trouvait son homme sexy après le sport, et lui qui avait toujours aimé les femmes aux courbes fines et délicates, aimait son homme tout en muscles, il était fasciné par le dessin de ses abdominaux, par ses pectoraux puissants et son dos large.
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Le tigre se servit une bouteille d'eau fraîche du frigo et la but à grandes gorgées. Il faisait chaud, même en courant très tôt le matin à cette période de l'année, la chaleur était difficilement supportable. Malgré son pouls qui battait encore un peu vite et bruyamment à ses tempes il entendit les pas des pieds nus de son homme qui s'approchaient derrière lui. Il l'enlaça sans se préoccuper de la sueur qui recouvrait son corps. Taiga faillit en lâcher sa bouteille d'eau de surprise.
"Dai ! J'ai transpiré.
- Hm... m'en fous."
Le garçon aux cheveux rouges tourna légèrement la tête pour voir son homme. Il avait les yeux clos et sortaient visiblement du lit. Il sourit, attendri et glissa sa main dans ses cheveux.
"... Tu m'as laissé tout seul.
- SorryDai. C'est l'heure la plus fraîche de la journée pour courir. Tu veux partager ma douche ?"
Un sourire se dessina sur les lèvres du garçon aux yeux encore bouffis de sommeil et qu'il peinait à ouvrir.
"Ouais j'veux."
Taiga se retourna entre ses bras pour glisser une main sur sa nuque et l'embrasser tendrement.
"Bonjour Dai.
- 'jour."
Daiki se réveilla un peu dès que Taiga retira son t-shirt. Il vint aussitôt glisser ses mains sur lui. Il aimait à plaisanter en disant que le tigre entretenait son corps exprès pour lui plaire. En réalité, il appréciait que son homme fasse ces efforts, il savait que c'était effectivement un peu pour lui que Kagami le faisait.
Il n'avait pourtant rien à lui envier, ni d'ailleurs bon nombre de leurs amis sportifs. Mais il était toujours fasciné par le corps de Taiga. Bien plus qu'il ne l'avait été par ceux des nombreuses femmes qu'il avait connus. Ses mains remontèrent de ses reins jusqu'à ses omoplates, alors qu'il l'embrassait encore. Sa bouche aussi était tellement addictive.
"Un massage après la douche ?
- Hm... Ouais carrément."
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Oui là un massage lui ferait le plus grand bien. Mais Daiki n'était pas là pour l'aider à se détendre. C'était devenu une habitude que son homme le masse ainsi après le boulot ou après le sport. Il ne savait pas où il avait appris mais il était doué. Et puis, ces petits moments bizarrement étaient pour eux sujet à confidences. Parce que le massage était apaisant autant pour le massé que le masseur, ils en avaient naturellement profité pour résoudre quelques points de désaccord entre eux sereinement. Le calme du moment les aidait à se confier et à s'écouter. C'était lors de l'un d'eux d'ailleurs que Taiga avait avoué à Daiki que tous ces magazines de charme qu'il utilisait encore le rendaient nerveux et inquiet. Le policier avait compris que Taiga avait surtout besoin d'être rassuré, oui il l'aimait et le désirait vraiment, et pour preuve de sa bonne foi s'était engagé à mettre ses revues définitivement au placard. Lors de ce même échange, le tigre avait été surpris d'apprendre qu'en réalité Daiki les feuilletait parfois mais ne les utilisait plus pour se masturber. Son homme ayant un appétit sexuel à peu près équivalent au sien ou en tout cas se laissant toujours facilement convaincre, il n'éprouvait aucune frustration de ce côté là. Et non, toucher, aimer une femme ne lui manquait pas. Depuis qu'il avait réalisé ses sentiments pour Taiga, il n'avait pas désiré quelqu'un d'autre. D'ailleurs la découverte de son attirance physique pour le tigre l'avait obnubilé au point d'être contraint de lui avouer au risque d'en devenir fou.
Il se glissa sous la douche et profita longuement des bienfaits de l'eau glissant sur sa peau. Il avait toujours aimé prendre des douches délassantes. Effectivement, il avait rapidement appris à apprécier les sources chaudes et la détente des bains traditionnels et dès qu'il pouvait, il aimait y traîner son amant. Réticent au départ, il avait rapidement su convaincre son homme que le yukata était très sexy. Pas trop difficile à convaincre cela dit, il lui avait suffit de le porter une fois.
Tatsuya avait essayé de le convaincre de venir passer quelques jours dans l'un des Ryokan de la famille de Murasakibara avec eux, Kuroko et Momoi. Mais il avait refusé. Parce que depuis trois ans, il n'y allait jamais sans Daiki. Parce que depuis trois semaines il attendait un appel de l'hôpital lui annonçant que la mémoire de son homme était revenue. Et si on l'appelait pour lui dire que Daiki, son Daiki l'attendait et qu'il était à l'autre bout du pays ?
Il coupa l'eau de la douche, se sécha méticuleusement et se rhabilla. Le sport avait l'avantage de lui donner faim même si, la solitude avait tendance à lui couper l'appétit. Quelques légumes revenus dans l'huile avec une petite viande grillée et du riz seraient parfaits pour le rassasier. Il jeta un œil à son téléphone qu'il consultait fréquemment avec angoisse. Il ne savait jamais trop s'il espérait des nouvelles ou au contraire s'il les craignait. Après tout, ces derniers temps les nouvelles n'avaient jamais été suffisamment bonnes à son goût. La notification d'un message reçu un peu plus tôt qu'il n'avait pas lu était toujours là, mais pas d'appel. Sûrement Tetsuya ou Tatsuya qui s'inquiétaient pour lui et lui envoyaient chacun dix messages par jour comme pour s'assurer qu'il était toujours bien vivant. Il se décida à déverrouiller son smartphone pour enfin consulter le message. En voyant le nom qui s'affichait sur l'écran, il crut à une blague. Ça faisait plus de trente-cinq jours qu'il ne s'était pas inscrit sur son téléphone. Dai. Son pouce glissa sur l'écran pour venir afficher le message. Le fil de discussion s'afficha. De vieux messages qu'il avait déjà lu et relu s'imprimèrent sur l'écran et tout en bas le dernier. Il esquissa un sourire. Il aurait aimé une toute autre annonce mais pouvoir de nouveau affronter son homme sur un terrain de basket était déjà une belle perspective. Il n'arrivait pas à savoir s'il était content ou triste de ce message. Il se sentait un peu comme un collégien recevant un premier message de son crush du moment. Son cœur battait vite dans sa poitrine, un frisson de chaleur parcourut son corps, un peu plus il avait les mains moites. Il répondit choisissant ses mots avec soin, avec un petit nœud à l'estomac.
"Super bonne nouvelle ! Content pour toi. J'ai hâte de pouvoir t'affronter de nouveau !"
La réponse ne se fit pas attendre.
"Mec ! Comme t'as mis trop longtemps à répondre !"
"Sorryj'étais occupé."
"Ça va mieux qu'hier ?"
"Ouais. T'inquiète."
"J'm'inquiète ouais. T'avais vraiment une salle gueule. Tu dors assez ?"
"Oui maman."
"Taiga ! J'plaisante pas !"
"C'est un peu dur en ce moment... Mais je gère."
"Il se passe quoi ?"
"T'inquiète pas."
"J't'ai dit qu'si ! Tain t'es chiant même par texto. Bon laisse tomber. J'espère aussi qu'j'pourrai rentrer bientôt chez moi. J'en peux plus de cet hôpital."
Taiga déglutit, sa main tremblait un peu. Il soupira.
"Oui. Ce serait bien que tu rentres."
Il ne savait pas comment il allait devoir gérer ça. D'ailleurs, est-ce que son médecin l'autorisera vraiment à rentrer chez lui sans savoir, la tête toujours vide de ses souvenirs ? Il était à la fois impatient de le revoir dans cet appartement et effrayé de savoir dans quel 'état' il allait rentrer.
oOoOoOoOoOo
Daiki trouvait le temps long. Mais genre, vraiment long. Il s'ennuyait. Et autant au début il avait été content de ne pas se retrouver seul. Quoique la première semaine après son réveil, il avait tellement dormi qu'elle restait très floue. Autant aujourd'hui, la situation lui pesait tellement qu'il n'avait parfois envie de voir personne. Enfin si. Une personne. La seule qui refusait à venir le voir. Non ce n'était pas vrai. Taiga était revenu après qu'il l'ait engueulé mais jamais seul et il restait en retrait se contentant d'observer de loin et semblait gêné de participer à la conversation. Comme s'il ne se sentait pas à sa place. Et Daiki ne voyait pas pourquoi alors qu'il envahissait les rares souvenirs qui lui revenaient.
Aujourd'hui encore Tetsuya semblait avoir traîné Taiga jusqu'ici. Même s'il avait l'impression que le pompier n'était pas très heureux d'être là, égoïstement il était content que Tetsuya l'ait fait venir. Surtout, depuis ces quelques jours où ils avaient réussi à s'échanger quelques messages. Taiga semblait plus à l'aise par téléphone interposé, c'était mieux que rien. Ses deux amis étaient venus avec des photos. Daiki comprit que c'était la première fois que certaine des photos qu'on lui apportait, appartenaient au pompier. Étrangement, il hésita. Il avait à la fois l'espoir que ces photos lui parleraient plus que les autres. Mais d'un autre côté il avait peur d'être déçu qu'elles ne lui révèlent rien. Et puis, une autre sensation aussi se mêlait. Une légère angoisse, une petite appréhension, comme s'il craignait d'entrer dans l'intimité du pompier. Peut-être qu'il craignait ce qu'il pourrait y découvrir ? Non. Ce n'était pas ça. Il releva la tête sur Tetsuya.
"Tetsu tu veux bien aller nous chercher des cafés ?"
Son regard fixait le jeune professeur de maternel pour le supplier de comprendre qu'il voulait juste un peu d'intimité avec le pompier. Tetsuya comprit parfaitement et ne laissa pas le temps à Taiga de se proposer pour y aller et se leva pour laisser les deux hommes ensembles. Daiki ne prononça pas à un mot à l'intention du pompier alors qu'il regarda une première photo. Taiga avait été chiche il n'en avait amené que cinq. La première lui était très familière. Il ne put s'empêcher de sourire en la regardant. Le souvenir sembla lui revenir en mémoire instantanément, si facilement.
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Il était allongé par terre et laissait son regard errer autour de lui, détaillant l'appartement qu'il connaissait par cœur à présent. Ce n'était pas la première fois qu'il se faisait cette réflexion, l'appartement était luxueux, spacieux très fonctionnel mais décidément trop impersonnel. Sorti de la chambre de Taiga où finalement ils passaient très peu de temps, l'appartement ressemblait aux pubs des grands magasins suédois. Sa mère avait tendance à foutre des plantes partout, autant ça l'agaçait un peu quand il fallait les arroser quand elle n'était pas présente, autant ça donnait de la vie et de la couleur à un appartement. Cet appartement ne ressemblait pas à Taiga. Il n'avait pas ce côté rustique et brut, il ne faisait pas ressortir la lumière chaleureuse de son locataire. Il était lumineux, mais froid.
"Dai ?"
Il sursauta il avait oublié que Taiga lisait un magazine derrière lui.
"Hm ?
- J'vais aller au conbini. T'as b'soin de quelque chose ?
- Ouais ! Attends j'viens avec toi."
Il vit la surprise dans le regard de son ami. Habituellement, il préférait faire sa liste de course plutôt que se bouger les fesses.
"J'ai envie de bouger. Ça me fera du bien.
- Si tu le dis.
- Ton appart... Faut l'décorer un peu. On a l'impression d'être dans un magazine. Alors j'viens avec toi."
Daiki ne laissa pas le temps à son ami d'entrer dans les rayons du magasin qu'il l'attrapa par le poignet pour le pousser dans un photomaton.
"Oi ! Dai ! Qu'est-ce que tu fous ?
- Pour décorer un appart. Commence par mettre des photos !
- Hein ?"
Il était entrélui aussi dans la toute petite cabine qui peinait à contenir deux grands gaillards comme eux, il écrasa de son poids Taiga, pas le choix. Et il mit des pièces.
"Nan mais t'es vraiment sérieux ?!
- Ouais ! Une photo avec ton meilleur pote !
- Le meilleur ?"
Il avait passé son bras autour de son cou et serrer un peu en rigolant pour lui faire passer l'envie de nier encore les faits.
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Il se souvenait de cette scène si précisément. Leur proximité physique, la chaleur du bras de Taiga qui tenait sa taille, tout ça lui semblait si naturel, si évident. Alors pourquoi maintenant Taiga se tenait-il aussi loin que possible de lui ? Est-ce qu'il avait fait quelque chose après ces évènements qui aurait blessé son meilleur ami, au point d'imposer cette distance physique ?
Il raconta ce souvenir avec précision espérant se 'connecter' un peu à Taiga. Celui-ci avait acquiescé et sourit avec nostalgie.
"Ouais... J'ai toujours gardé la photo... Et la plante tu en prends toujours soin.
- Moi ?! Sérieux ?
- Ouais. Ça m'étonne aussi j'avoue."
Taiga avait ri légèrement, coupant Daiki dans une réponse acerbe pour se défendre. C'était la première fois qu'il entendait le pompier rire ailleurs que dans l'un de ses souvenirs.
"Tai... Pourquoi tu viens pas me voir ? Il s'est passé un truc... J'ai dit une connerie pour que tu m'fuis ? T'es... Enfin... là c'est sûr t'étais mon meilleur pote... Alors quoi ?"
Le pompier resta un moment silencieux, cherchant comment il pouvait expliquer.
"C'est pas toi. C'est moi. J'arrive pas à m'faire à l'idée que tu t'souviennes plus... Il s'est passé encore tellement de choses après ça. Ça m'met mal à l'aise."
Le policier ne voyait toujours pas en quoi. Satsuki, Tetsuya et même sa mère s'étaient habitués à évoquer des choses qui pouvaient totalement lui échapper.
"Mouais..."
Il regarda la photo suivante et resta en état de choc. C'était Taiga avec un bébé dans les bras. Il respira profondément. Non pas moyen que le garçon soit marié et ait un enfant, il était gay après tout. Ce n'était pas possible n'est ce pas ? Bizarrement, il avait vraiment envie de se tromper. Mais vraiment beaucoup là.
"Bordel Tai... C'est quoi ce gosse ?
- La petite de Momoi. Regarde la suivante c'est toi avec la petite."
Daiki vit la seconde photo et comme il était mentalement préparé, il ne fût pas trop choqué de se voir avec un nourrisson dans les bras. Enfin un peu quand même. Et mais attend...
"Oi ! Satsuki a une fille ?"
Taiga ne put s'empêcher d'exploser de rire en voyant la tête du policier.
"'Tain t'as eu exactement la même réaction quand tu as appris qu'elle était enceinte."
Ce rire lui faisait terriblement chaud au cœur, malgré la confusion dans laquelle il était. Il venait d'apprendre que sa petite sœur était 'maman'.
"Depuis quand ?
- Hm... La petite va avoir un an bientôt."
Daiki se gratta la nuque, bizarrement rien ne lui revenait.
"C'est trop récent... Je suppose. Qui est le père ?
- Tu veux pas en parler avec elle plutôt ?
- Dis-moi s'te plaît.
- Kiyoshi.
- Huh ?! Ton senpai ?
- Ouais.
- Oh. J'savais pas qu'elle et lui...
- Ils sont pas mariés. Disons qu'elle est tombée enceinte un peu prématurément et que Kiyoshi était encore engagé avec son ex. Donc... ils sont ensemble depuis même pas deux ans. Mais ils vivent ensemble, ils sont heureux et ils s'en sortent plutôt bien comme parents."
Il regardait la photo pensif.
"J'aimerai bien la voir.
- La petite ?
- Ouais.
- Je suppose que Momoi pourrait venir une fois avec elle.
- Comment elle s'appelle ?
- Kiyoshi Marina."
Même si cette conversation ne l'aida pas à se rappeler, juste pouvoir discuter avec Taiga avait été agréable. Tetsuya avait pris son temps et c'était aussi bien. Il était content d'avoir eu cet échange avec le pompier.
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Tetsuya avait proposé son aide, mais Taiga avait refusé. Il avait préparé un repas pour deux, il y avait longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Ils s'étaient installés à table. Depuis six semaines c'était la première fois que Taiga l'invitait dans l'appartement qu'il partageait avec Daiki. Il avait le sentiment que malgré l'appréhension du pompier, le tête à tête forcé qu'ils avaient eu dans l'après-midi lui avait fait du bien. Peut-être que c'était le moment de lui dire de ce qu'il pensait de tout ça. Il l'aida à desservir la table.
"Je sais ce que le médecin en pense. Mais je pense qu'on devrait lui dire. Ce n'est bénéfique pour personne.
- Je sais pas...
- C'est normal que tu t'inquiètes. Mais je suis sûr qu'il réagirait bien."
Taiga ricana.
"Bah voyons. Et pourquoi en es-tu si sûr ?
- Parce que tu es sa principale préoccupation en dehors de sa mémoire qui ne revient pas et ses blessures. Il n'a même pas demandé plus que ça à voir son père... Alors qu'à chaque fois que j'y vais, il faut qu'on parle de toi. Depuis que tu es entré dans sa vie, depuis le lycée tu es le centre de son univers..."
Le pompier ne pouvait pas nier que ces mots le touchaient. Il en était même un peu gêné comme en témoignaient les quelques rougeurs sur ses joues. Néanmoins, amitié était différent d'amour et surtout en matière d'homosexualité, il n'était pas évident de l'accepter.
"Ouais mais... Je peux pas m'empêcher de penser que peut-être il m'a oublié parce qu'inconsciemment il n'assume pas."
Tetsuya le regarda durement, il était à deux doigts de foutre une raclée à son ami tellement la connerie qu'il venait de sortir était plus grosse que lui. Mais il se retint, sachant pertinemment que son ami souffrait déjà bien assez. Il se contenta d'une dernière remarque acerbe avant de prendre congé.
"Tu as si peu confiance en lui... Tu me déçois Taiga."
Le pompier resta figé au milieu de son salon. Bien-sûr il voulait avoir confiance. Il savait que si la mémoire ne lui revenait pas, il faudrait bien qu'il l'apprenne d'une manière ou d'une autre. Et Daiki ne le rejetterait probablement pas de manière trop violente. Ils étaient amis. Néanmoins, s'il ne s'en souvenait pas de lui-même. Il n'imaginait pas possible que Daiki l'accepte comme si de rien était. Non. Il serait peut-être gêné... Il s'excuserait probablement de ne pas se souvenir et de ne pas pouvoir lui retourner ses sentiments, peut-être qu'il aurait besoin de temps. Et Taiga ne savait pas s'il préférait que Daiki reste dans l'ignorance ou le regarde avec pitié. Ce n'était pas comme s'ils étaient mariés ou qu'ils avaient des enfants ou simplement qu'il était une femme. Daiki avait fait le cheminement seul pour accepter son attirance pour un homme. Mais il n'était pas prêt à coucher avec n'importe quel mec au contraire d'une femme. Il se mettait dans la position du policier. Si on lui annonçait qu'il avait une femme, lui qui n'avait jamais été attiré par les filles, il serait probablement très embêté de s'imaginer une relation sexuelle avec cette personne même s'il l'appréciait énormément. Avec un homme ce serait bien différent, même s'il ne se souvenait pas de ses sentiments, il pourrait sûrement se laisser tenter par les plaisirs charnels, ça ne serait pas la première fois qu'il couchait avec un homme sans amour. Mais avec une femme... C'était inenvisageable. La frontière entre l'amour et l'amitié s'avérait si mince, comme il l'avait expérimenté avec Daiki. Il pourrait facilement se laisser convaincre qu'il était en couple avec un très bon ami à lui. Mais avec une amie ça lui semblerait si peu crédible, ce serait juste gênant. Alors non, il n'était pas prêt à tout balancer comme ça à Daiki. Ce serait tellement douloureux pour lui comme situation, peut-être plus que ça ne l'était maintenant.
Il soupira, se servit une bière et s'installa devant la table basse où il avait laissé les photos qu'il n'avait pas osé montrer à Daiki. Il regarda celle sur le haut de la pile. Lui-même en Yukata, leur premier Onsen. Daiki avait pris la photo sans prévenir alors qu'il revenait des bains et servait des coupes de saké.
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"Dai ! Pose cet appareil photo !
- Pas moyen ! J'veux des souvenirs et t'es trop sexy comme ça."
Lui aussi il trouvait son homme sexy. Trop même. Ça faisait deux mois qu'ils étaient ensemble maintenant. L'évolution de leur relation s'était faite beaucoup plus naturellement que ce qu'il avait craint. Même si au départ, il avait été un peu inquiet,Daiki l'avait très vite rassuré, réclamant toute son attention. Et câlin comme un gros chat, jamais le policier n'avait montré la moindre réticence du fait qu'ils soient deux hommes. Au contraire, Daiki se montrait même très curieux notamment en matière de sexe. Ils en avaient beaucoup parlé. Ils avaient beaucoup joué aussi, testant, découvrant. Et même s'ils n'avaient pas encore franchi le pas, l'envie de passer à l'étape supérieure se faisait de plus en plus sentir. Et ce soir, dans ce lieu à l'ambiance feutrée, vêtu de ces tenues traditionnelles,Taiga désirait son petit ami plus que jamais.
"Toi aussi...
- Hm ?
- Toi aussi... T'es trop sexy."
Daiki lui sourit et posa l'appareil. Il s'avança vers lui à quatre pattes tel un prédateur et se jeta sur ses lèvres pour l'embrasser. Taiga avait répondu avec la même passion, doucement ses mains avaient relevé le vêtement de Daiki pour se glisser dessous. Il caressait ses cuisses et remonta sur...
"D-dai...
- ça te plaît ?"
Le policier rit doucement, en embrassant la nuque de Kagami.
"Ouais..."
Il ne portait rien sous son yukata. Maintenant, qu'il y réfléchissait, Taiga l'avait vu trafiquer un truc lorsqu'ils étaient remontés quelques instants plutôt du repas dans la salle commune. Daiki aimait bien lui faire des surprises sexy. Mais ça devenait trop tentant.
"... Dai... Faut qu't'arrête de me provoquer comme ça sérieux..."
Ses lèvres étaient venues se poser sur les siennes délicatement pour un tendre baiser. Il avait rompu l'échange pour poser son front contre le sien et le regarder dans les yeux.
"J'ai envie de tester un truc ce soir...
- J't'écoute.
- J'sais... Qu'tu l'as déjà fait... En tant que donneur et receveur et qu't'as pas trop kiffé mais... J'ai vraiment très envie d'essayer.
- Dis-moi. Avec toi... J'kiffe des trucs que j'kiffais pas avant... Alors j'veux bien tout retester avec toi.
- Oh... Même de m'donner ton p'tit cul.
- Ouais... Même."
Daiki l'avait regardé avec stupeur.
"T'es sérieux ?!
- Bien-sûr que j'suis sérieux."
Un sourire magnifique avait fleuri sur les lèvres du policier.
"J'te promets qu'tu l'regretteras pas le moment venu Tai.
- Alors... Tu voulais essayer quoi ce soir ?
- J'ai envie que tu me lèches..."
Daiki avait demandé et il l'avait fait sans se faire prier. En fait, ça faisait déjà quelques temps que lui aussi voulait goûtercette partie de l'anatomie de son homme. Oui il avait eu des expériences peu satisfaisantes par le passé, mais avec Daiki il se découvrait de nouveaux désirs. Daiki s'était allongé sur le futon sans retirer son vêtement. Taiga avait délicatement écarté les pans du yukatapour dévoiler ses cuisses musclées. Il avait embrassé l'intérieur de l'une d'elle. Daiki souriait, il pouvait lire dans son regard et ce sourire son impatience. Il remonta doucement le long de cette cuisse en de multiples baisers, dévoilant un peu plus de sa nudité à mesure qu'il progressait jusqu'à son intimité. Bientôt le vêtement glissa dévoilant un membre tendu par l'excitation. Taiga vint le goûter avant de descendre plus bas, caressant ses bourses jusqu'à venir enfin explorer son anus. Le pompier progressait doucement jusqu'à sa cible, qu'il vint cercler doucement du bout de son appendice buccal. Daiki gémit légèrement encourageant son homme à continuer. Taiga prit son temps, léchant, massant le petit orifice encore inviolé. Les doigts de Daiki vinrent s'emmêler dans ses cheveux. Il bougeait doucement le bassin.
"Ouais... Tai... C'est bon... Tu peux... Tu peux y aller..."
Alors Taiga poussa doucement sa langue en lui, lui arrachant un gémissement de plaisir. Daiki s'ouvrit comme une fleur sous ses caresses délicates. Il faisait haleter de plaisir son homme. Taiga se découvrit gourmand. Il avait effectivement essayé plusieurs fois l'anulingus sur d'autres hommes, mais n'en avait éprouvé aucun plaisir, voire du dégoût. Alors que là, le nectar de Daiki l'excitait sévèrement.
"T-tai... Touche-moi aussi... Putain... C'est trop bon."
Il s'était exécuté, sans cesser de le caresser de sa langue, il était venu masser sa verge tendue. Et rapidement Daiki avait cédé à un orgasme qui l'avait laissé presque K.O.
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Taiga soupira, repenser à cet évènement réveillait inévitablement son bas ventre. Après ce petit jeu, Daiki était devenu accro à ce genre d'attention et avait rapidement voulu passer à la vitesse supérieure. Il était étonnamment parfaitement à l'aise avec le plaisir anal.
Le pompier sursauta, son téléphone avait vibré annonçant un message et le sortant de ses rêveries.
"Tu passesune bonne soirée ? J'm'ennuie... Tu fais quoi ?"
"J'me branle en repensant à nos premières fois..."
S'il avait été dans son état normal Daiki aurait adoré cette réponse. Il lui aurait même probablement demandé de lui montrer via un appel vidéo. Ce que Taiga aurai catégoriquement refusé évidemment. Il soupira en rédigeant un pieu mensonge à la place.
"Rien de fou. J'matte un DVD."
"Quoi ?"
Taiga réfléchit rapidement et regarda les DVD du salon. Qu'est-ce qu'il pourrait regarder seul ? Son regard parcourut les pochettes sans grande conviction jusqu'à ce qu'un titre accroche son regard.
"Avatar."
C'était un des films préférés de Daiki.
"Ahhh j'te manque ? :) C'est moi qui t'aies fait découvrir ce film."
"Bingo."
"C'était sympa aujourd'hui... J'suis content d'avoir pu parler avec toi. Reviens me voir ok ?"
"OK. J'essaierai."
"Bonne nuit."
"Bonne nuit Dai."
Taiga serra son téléphone dans sa main et murmura.
"Je t'aime Dai."
oOoOoOoOoOo
"Entrez."
Ryo Sakurai fit son apparition. Daiki le regarda surpris.
"Ryo ?!
- Aomine-san j'ai appris pour ton accident. J'ai pensé que je pourrais t'apporter un bento.
- Ah ouais ! Mega bonne idée! Ce sera bien mieux que la merde qu'on m'sert ici ! Tu as toujours été le meilleur pour faire la bouffe."
Ryo sourit gentiment. Bien-sûr que Daiki préférait depuis toujours les plats de Taiga.
"Hm… Je suis pas le meilleur. Mais je me débrouille."
Il lui tendit la boîte.
"Poulet teriyaki. Je sais que tu adores ça."
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"Poulet teriyaki. Je sais que tu adores ça."
Ryo lui tendait la boîte à bentoavec sa solennité habituelle, mais quelque chose lui mit la puce à l'oreille. Peut-être était-ce son sourire crispé, ou alors le choix du plat 'tu adores ça'. Ou alors tout simplement le fait qu'ils avaient vieillis et qu'à présent Daiki avait cessé d'exiger de son ami qu'il lui apporte un repas tous les jours. Depuis qu'ils avaient intégré l'école de police, c'était la première fois que Ryo lui offrait un bento. C'était certainement très louche. Il voulait quelque chose de lui.
"Crache le morceau."
Ryo devint livide. C'était vraiment trop facile de lui faire peur au champignon. Il se mit à balbutier des choses incompréhensibles. Il le laissa se démener un moment, ouvrant tranquillement son repas.
"Oi ! Calme-toi. Tu veux me demander un truc non ? Le 'poulet teriyaki' c'est pour ça. Donc vas-y je t'écoute. Si ton poulet est bon… Peut-être que je te rendrais service."
Il avait peu de doutes quant à la qualité de ce poulet. Ryo était un très bon cuisinier. Et même si ce n'était pas le meilleur qu'il ait mangé, bien-sûr qu'il lui rendrait ce service. Il aimait jouer les connards et intimider Ryo, mais en réalité il aimait bien ce gars qui s'excusait tout le temps. Il regardait son ancien co-équipier rougir et tenter de prendre son courage à deux mains pour se lancer. Il se courba face à lui et parla d'une traite.
"Si Kagami n'a pas de petit ami… J'aimerai sortir avec lui. Peux-tu m'aider ?"
Daiki regardait le champignon ébahi. What ?! Are you kidding me ? No way ! Kagami is mine !Il avait blêmit à son tour en réalisant ses pensées. Il avait maugrée.
"J'en sais rien s'il a un mec. J'verrai ce que je peux faire. Merci pour le bento."
Il avait refermé la boîte et s'était levé.
"J'vais manger dehors."
Il monta sur le toit. Il resta un moment con devant sa boîte fermée. Taiga et Ryo ensemble ? C'était tous les deux des mecs biens. Ils méritaient l'un comme l'autre de rencontrer quelqu'un qui prendrait correctement soin d'eux. Pourtant l'idée que ses deux amis se fréquentent ne lui plaisait pas du tout. Il eut encore cette idée persistante de s'accaparer le tigre rien que pour lui. Mais c'était absurde et très égoïste de sa part. Bien-sûr qu'il souhaitait le bonheur de Taiga mais... pas au détriment de leur amitié. Sauf que l'un serait difficile sans impacter l'autre. Il fallait se rendre à l'évidence, si Kagami se trouvait un mec, il consacrerait forcément moins de temps à Daiki.
Il soupira et se décida à attaquer son bento. C'était bon, mais un peu trop sucré, comme d'habitude, Ryo aimait les choses douces. Lui préférait le poulet teriyakide Taiga. Son repas terminé, il s'allongea sur le sol dur, observant les nuages défiler. Ryo et Taiga ? Ils pourraient être heureux ensembles. Il n'avait pas le droit de les en empêcher. Il voulait le bonheur de ses amis évidemment. Ça signifierait qu'il aurait moins de temps à passer avec Taiga. Il n'aurait qu'à se trouver une petite amie lui aussi. Il n'était pas très convaincu mais se résigna. Il sortit son téléphone et envoya rapidement un message à l'ancien as de Seirin.
"Oi ! Tu as tapé dans l'œil de Ryo Sakurai. Il me semble que tu as personne en ce moment. Je t'envoie ses coordonnées."
Il avait envoyé son message à contrecœur. Il laissa son bras retomber sur ses yeux. Il avait vraiment l'impression d'être un connard, à vouloir monopoliser Kagami ainsi alors qu'ils étaient juste 'amis'. Il profitait bien du célibat du tigre, squattant son appartement quand bon lui semblait et se laissant mitonner de bons petits plats. Si Kagami ne cuisinait pas aussi bien, il n'aurait pas envie d'aller tout le temps chez lui. C'était évident que ce n'était que pour cette raison tout à fait rationnelle qu'il aimait aller chez Taiga. Son téléphone sonna dans sa main, il regarda l'écran : un message de son ami. Il sourit, avant de se rappeler la raison de l'échange d'aujourd'hui. Il pianota pour ouvrir le mail.
"Salut. Je savais même pas que Sakurai étaithomo. Il est mignon mais c'est pas vraiment mon genre. Tu viens à la maison ce soir ?"
Daiki se redressa intrigué. Ryo n'était pas son genre hein ?
"Et c'est quoi ton genre alors ?
- Qu'est-ce-qui te prendstout à coup ?! Laisse tomber. Alors tu passes ce soir ?"
Daiki avait fait la moue. Il ne lui tirerait pas les vers du nez si facilement.
"Ok pour ce soir. Et pour Ryo c'est un mec sympa, il mérite à être connu. Faut pas s'arrêter au physique. Lui dit jamais que j'ai dit des trucs gentils sur lui steplé ma crédibilité en dépend."
Daiki s'étonnait lui-même d'insister pour Ryo, il regarda rapidement la réponse de Taiga avant de redescendreen classe et rendre la boîte à son champignon de propriétaire.
"Ok. Ok. Je le contacterai."
Aomine reposa la boîte sur la table de Ryo.
"J'ai filé ton num à Tai. Il devrait te contacter."
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"Aomine-san ? Est-ce que ça va ?
- Hein ?! Ah oui… Désolé. Je viens de me souvenir d'un truc."
Ryo le regarda surpris.
"Oh ! Et qu'est-ce que c'est ?
- Tu es sorti avec Taiga ?"
Pour la première fois il se rappelait de l'école de police, du fait que Ryo l'avait suivi dans cette voie et qu'il était gay. Pourtant, ce qui l'intriguait vraiment était le souvenir de la relation que son ancien coéquipier et son meilleur ami avait entretenu.
"Euh… oui.
- Tu sors toujours avec lui ?
- Non. Non. C'était il y a longtemps.
- Ah… D'accord. Tu es avec quelqu'un ?"
Le policier nerveux sur sa chaise était de plus en mal à l'aise et agita la tête négativement. Il avait le sentiment de subir un interrogatoire et craignait de faire une erreur. Il connaissait l'inspecteur Aomine du lycée mais surtout dans l'exercice de ses fonctions et son regard dur et pénétrant en avait fait avouer plus d'un.
"Ah non… Désolé. J'ai… J'ai personne.
- Et Taiga ? Il a quelqu'un ?
- Euh… Oui. Oui. Il a quelqu'un."
L'agitation de Ryo ne lui échappa pas. Il cachait un truc c'était évident.
"Qui ?"
Ryo soupira.
"Aomine-san c'est gênant de parler de ça… Tu devrais lui demander directement. Mais… C'est assez facile de savoir..."
Il se mordit la lèvre il en avait sûrement trop dit.
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"C'est assez facile de deviner de qui est amoureux Kagami… Toi qui squattes tout le temps chez lui… Les indices sont évidents."
Ryo se leva.
"Excuse-moi. Je crois que je vais rentrer. Merci pour le verre."
Daiki l'avait regardé partir. Ryo devait être sincèrement amoureux de Taiga. Il semblait vraiment triste de cette rupture. Il était désolé pour Ryo mais soulagé. Ça n'avait duré que deux semaines, mais ne plus pouvoir squatter l'appartement du tigre avait été ennuyeux. Il se leva après avoir payé et se rendit chez Taiga. Maintenant que son ami était célibataire rien ne l'empêchait de retourner chez lui comme il voulait. Et puis, il était intrigué et voulait savoir qui était le mec qui l'intéressait. Il sortit sa clé et entra dans l'appartement.
"Tadaima."
Les chaussures de Taiga n'étaient pas là. Il n'était pas encore rentré. Il posa ses clés sur la tablette, sa veste sur le portant et ses chaussures à côté de sa paire de basket qu'il laissait ici en 'dépannage'. Il traversa le sas d'entrée pour rejoindre le salon. Il regarda l'appartement comme s'il le voyait pour la première fois. Il entra dans la pièce de vie. A gauche la cuisine, séparée par un bar où trois tabourets étaient alignés. Il aimait s'installer avec une bière ou un magazine pendant que Taiga cuisinait. À droite la salle à manger, avec une longue table à l'occidentale, six chaises réparties autour. Ils ne l'utilisaient jamais cette table, parfois Taiga y pliait le linge. Dans le prolongement de la cuisine, un meuble sur lequel était posé le téléphone fixe et une plante. Au dessus du meuble était accroché un pêle-mêle de photos. Daiki s'avança pour les observer. Ils avaient mis ensemble là les premières images. Il avait fait remarquerque l'appartement de Taiga était vraiment trop impersonnel. Les murs étaient blancs avec un ou deux cadres noir et blanc au mur. En descendant au conbini, ils avaient acheté une plante et il l'avait forcé à entrer dans un photomaton. Il avait poussé le tigre dans la petite cabine et s'était assissur ses genoux sans lui demander son avis. Il regarda la série de photo en question, la surprise et les rougeurs sur les joues de Taiga sur la première photo, le fou rire sur la seconde, son bras passé autours des épaules du tigre sur la troisième et où leurs sourires étincelaient, enfin le sourire attendri de Taiga lorsqu'il le regardait sur la dernière. Il avait lui-même collé cette première série de photo avant de lui suggérer d'en accrocher une de sa mère. Taiga avait semblé hésiter. Il savait à quel point la mère de son ami lui manquait. Quelques jours plus tard, Daiki avait remarqué que Taiga avait accroché une photo de lui-même enfant avec sa mère et son père. Il aimait cette photo, le petit Taiga était mignon et y semblait vraiment heureux. Pendant quelques temps, il n'y avaiteu que ces deux photos jusqu'à ce qu'il incite de nouveauson ami à en ajouter d'autre. Une de l'anniversaire de Kuroko où ils étaient tous réunis. Une de l'équipe de Seirin et des Vorpals Swords. Petit à petit les photos s'étaient multipliées. Taiga mettait cellesde son choix et laissait Daiki en accrocher d'autre sans protester. Ils avaient aussi ajouté des cartes postales, des petites affiches. Basket, concert, voyage. L'inspecteur regarda de nouveau les photos attentivement et chacun des éléments qui étaient affichés. Il réalisa qu'excepté la photographiedu jeune Taiga avec ses parents, tout lui évoquait quelque chose à lui personnellement. Il était sur presque toutes les photos. Chaque petite affiche, chaque carte postale étaient un souvenir d'un voyage qu'ils avaient fait ensemble, un concert, un match qu'ils avaient vu tous les deux. Est-ce que c'était parce que c'était lui qui avait insisté pour décorer un peu l'appartement ? Ou parce que la vie de Taiga tournait autour de lui ? Tout comme la sienne tournait autour du pompier ? Chaque fois qu'il faisait un truc fun, il le faisait avec lui. Depuis qu'ils se connaissaient ils ne faisaient presque rien l'un sans l'autre.
L'inspecteur poursuivit son exploration. Dans la salle de bain deux brosses à dents, deux rasoirs, deux déodorants. Dans le dressingde Taiga deux piles de fringues qui ne lui appartenaient pas. Et dans l'entrée, une paire de basket bleue. Taiga les préférait toujours rouges. Il regarda de nouveau tout autour de lui dans le salon, dans la cuisine. Partout il avait laissé des traces de ses allées et venues ici. Il se faisait souvent la réflexion qu'il vivait presque chez le tigre. Est-ce que c'était de lui dont parlait Ryo ? Taiga était-il amoureux de lui ? Il n'y avait en tout cas pas de trace d'autres squatteurs.
Daiki s'était posé dans le divan, réfléchissant à cette découverte. Ça ne prouvait rien. Néanmoins, l'idée lui plaisait. Ou plutôt le rendait heureux. C'était même la première fois qu'il expérimentait l'expression 'avoir des papillons dans le ventre' et ça ne le laissait pas indifférent. Ça le rendait à la fois nerveux et curieux. Pourquoi était-il aussi content de penser que peut-être son meilleur pote était amoureux de lui ? Parce que bon, il savait que son ami était gay, mais lui de n'étaitpas du tout. Par curiosité, il avait cherché à retourner l'appartement de Taiga pour trouver ses magazines et films pornos. Il en avait été frustré de ne rien dénicher. Il avait quand même tenté de regarder du porno gaypour voir. Ça ne l'avait pas transcendé, limite gêné ou dégoûté peut-être. Clairement, ça ne l'avait pas excité du tout. Il n'était donc pas gay, ni même bi. Est-ce que son envie de monopoliser Taiga était un pur égoïsme malsain, où ils se complaisait de le savoir amoureux de lui sans rien lui donner en retour et en se pavanant aux bras des plus gros seins ? L'inspecteur réalisa que vu de l'extérieur c'était en tout cas aisément ce qu'on pouvait penser de lui. Tout çane prouvait rien. Mais si Ryo avait raison. Il faisait souffrir Taiga là... Et pas qu'un peu. Les papillons laissèrent place à un vide glacial dans son abdomen. Il voulait s'accaparerson ami mais surtout pas le faire souffrir. C'était bien en pensant à lui qu'il l'avait poussé dans les bras de son collègue et ancien co-équipier. Mais ce n'était pas suffisant. Tout mec qui viendrait dans son appartement en arriverait à la même conclusion que le champignon. Il devait prendre ses distances avec lui. C'était la meilleure chose à faire n'est-ce pas ? Ouais. La meilleure chose à faire.
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Daiki était blême. Les sentiments qui l'avaient traversé lors de cette découverte l'assaillirent de nouveau. Et surtout cette conclusion, cette conclusion ne lui plaisait pas du tout. Il n'avait pas pu s'éloigner de lui comme ça. Il était le centre de tout jusqu'à présent pour lui. Il était la clé de tout. S'ils s'étaient éloignés après ça... ça pourrait expliquer pourquoi Taiga se montrait si distant. Mais l'idée lui faisait terriblement mal.
"Aomine-san ? Tout va bien ? On dirait que tu as vu un fantôme...
- Ryo ?"
Il avait oublié que le policier était encore présent. Il se ranima un peu en croisant son regard et se saisit de son poignet serrant fortement.
"Ryo ! Tai et moi... On s'est éloigné ?
- Aie... Hm... E-éloignés ? Comment ça ?
- On est toujours proche ?
- Ou-oui... Vous... Vous êtes toujours très proches."
L'inspecteur libéra la main de l'autre homme qui caressa son poignet douloureux. Il respira doucement en s'excusant, visiblement soulagé par la réponse de Sakurai.
"Qu'est ce qui se passe Aomine-san ?
- Rien... J'me suis souvenu d'un truc... Mais c'est rien. T'inquiète. Désolé."
Daiki réfléchissait. Ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas souvenu d'autant de choses en si peu de temps et sa tête le faisait un peu souffrir. Pourtant il était toujours dans le flou et insatisfait.
"C'était quand... Quand tu es sorti avec Tai ?
- Euh...
- Désolé... J'sais que tu étais vraiment amoureux de lui alors... C'est pas sympa de remuer le couteau dans la plaie mais... C'est juste pour que je resitue dans le temps mes souvenirs qui viennent de me revenir...
- Oh oui... J'comprends. Hm... C'était pendant notre dernière année à l'école de police. Il y a un peu moins de quatre ans. Juste avant notre stage de dernière année…
- Ok. Merci."
Il emmêla ses doigts dans ses cheveux et pressa un peu sur son crâne. Ça tambourinait sévère là dedans.
"Tai et moi… On s'est jamais éloigné ? T'es sûr ?
- Pas à ma connaissance.
- Ok… Oh dis… Si j'récupère mon vieux tel qui a pris cher dans l'accident. Tu crois qu'tu pourrais demander aux gars des équipes techniques s'ils peuvent récupérer des trucs dessus ? Comme les photos tu vois ?
- Oh… Oui. Bien-sûr. Toute l'équipe attend ton retour… Ce qui vous ait arrivé c'est moche et… bref… Bien-sûr qu'ils seront prêts à te rendre ce service. Le chef Ando mettra ses meilleurs gars sur le coup j'en suis sûr.
- Oh j'en d'mande pas tant… J'imagine que c'est pas le boulot qui manque. Hm… J'demanderai à Tetsu de me le ramener. J't'appellerai pour qu'tu repasses le prendre ok ?
- Oui d'accord.
- Merci Ryo !"
Cette perspective le tranquillisa un peu. Il était sûr qu'il trouverait des réponses dans le contenu de son téléphone. Lui, il osera lui dire ce que ses amis refusent de dévoiler. Il se rallongea un peu contre ses oreillers, sa tête lui faisait atrocement mal et il se sentait épuisé. Ryo sembla le remarquer, car il se leva sans bruit.
"Je vais te laisser te reposer Aomine-san… J'attends ton appel.
- Ouais… D-désolé… Merci… Tu m'as beaucoup aidé en venant. Mais maintenant j'ai un mal de tête affreux.
- Je comprends. Il faut que j'aille prendre mon service de toute façon. A bientôt Aomine.
- Merci Ryo."
Malgré la fatigue et le mal de tête, Daiki envoya un message à Tetsuya pour lui demander de ramener son vieux téléphone. Et sans savoir pourquoi, il envoya un message à Taiga. Bizarrement, il avait envie de lui dire qu'il avait encore progressé et peut-être aussi sonder un peu sa réaction.
"Yo. Comment va aujourd'hui ? J'ai eu la visite de Ryo. J'me suis rappelé de quelques trucs. Surtout que ton poulet teriyakiest vachement meilleur que le sien. Tu serais trop un super pote de m'en faire un, j'mange trop de la merde ici ! Sauve-moi stp ! é_è"
Il s'endormit le téléphone à la main.
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Il était plutôt fier de porter son uniforme de policier. Il venait de débuter son stage. Il accompagnait un vétéran pour faire la ronde dans le quartier. En pleine nuit, un vendredi soir, beaucoup de personnes très alcoolisées, des couples qui rejoignaient des hôtels et puis d'autres qui ne prenaient pas cette peine pour se cacher simplement dans une ruelle sombre. Il patrouillait déjà depuis deux heures. Son acolyte lui rappelait les règles et faisait quelques commentaires personnels sur le coin.
"On entre dans le quartier gay. Reste correct s'il te plaît."
Daiki s'était tourné vers le plus âgé surpris de cette remarque et par son regard sévère.
"Quoi ?!
- Tu es policier tu représentes la loi. Tu dois le respect à tous les citoyens sans les juger.
- Huh ?! … Oh ! Non mais j'ai pas de problèmes avec ça. Mon meilleur pote est gayet j'suis le premier à donner du poing si on lui manque de respect.
- Ça non plus c'est pas une bonne réponse !
- Je sais il me le dit tout le temps… Mais j'peux pas rester stoïque quand des cons viennent insulter un ami quelque soit la raison.
- Hm… Fais tout de même attention quand tu es en uniforme.
- Oui Hara-san."
Il resta silencieux avant de poser la question sur le sujet qui l'inquiétait.
"Vous avez précisé que je devais rester respectueux parce que j'suis policier… On devrait tous être respectueux pas seulement quand on est dans la police… Mais y'a des problèmes avec certains flics ?
- Agent de police.
- Pardon… Certains agents de police.
- Il ne faut pas idéaliser la profession gamin. Des homophobes et des gens qui jugent pour tout et n'importe quoi, il y en a partout. Et tu n'es pas le premier jeune que j'emmène en patrouille… J'ai préféré anticiper tout problème."
Le plus âgé avait souris en voyant le visage déçu de son apprenti.
"Nous avons besoin de jeune comme toi. Tu feras un très bon flic.
- J'croyais qu'on disait agent de police."
L'agent rit.
"Tu vois tu apprends vite. Viens allons par-là."
Il lui indiqua une ruelle qui menait dans la rue parallèle, sombre et mal éclairée autour des couples s'embrassaient ici deux femmes, là deux hommes ou encore un peu plus loin trois individus dont Daiki ne put identifier le sexe dans la pénombre. Peu importait de toute façon. Un peu plus loin un homme faisait une fellation à un autre qui ressemblait étrangement à une femme, vêtue comme l'une d'elle, le visage maquillée et très fin. Le regard du jeune policier croisa furtivement celui du travesti qui lui sourit. C'était un peu étrange parce qu'on aurait dit vraiment une fille, pourtant la gâterie dont il bénéficiait ne pouvait définitivement pas se pratiquer sur une femme. Mais cela ne le dégoûta pas. Il hocha la tête simplement pour saluer la personne et détourna le regard.
"Donc ton meilleur ami il est policier aussi ?
- Hm ? Ah non… Il est pompier. Enfin il va être pompier.
- Beau métier aussi.
- Ouais. Il fera un bon pompier lui aussi. Il a une âme de sauveur.
- Un ami du lycée alors ?
- L'époque du lycée oui. Mais on n'était pas dans le même. On s'est rencontré au basket. C'est le meilleur joueur que je connaisse.
- Tu sembles avoir beaucoup de respect pour lui.
- Hm… C'est une belle personne. Sans lui j'serais pas là où j'suis aujourd'hui. J'étais un p'tit con au lycée… Il m'a remisà ma place en quelque sorte."
Il tourna la tête. Taiga lui tendait un sac de courses.
"Tu viens encore squatter rends-toi utile au moins.
- Oh ça va ! Tu te ferais chier sans moi !
- Ou pas."
Il grogna pour la forme. Si Taiga n'avait pas voulu qu'il vienne, il le lui aurait dit. Ils montèrent jusqu'à l'appartement. Et d'autorité le tigre, ne lui laissa pas le choix que de l'aider à ranger les courses. Mais les corvées n'étaient jamais désagréables tant qu'il discutait avec Taiga.
"Tu as vu les résultats des Lakers ? J'ai regardé un peu la rediff du match… Sérieux ils ont pas assuré.
- Ouais… Ils ont perdus deux de leur meilleur joueur. Clairement ça leur fait mal.
- Huh ?! Depuis quand tu prends ce déo ?"
Taiga avait levé les yeux sur lui.
"Ben c'est pas la marque que tu utilises ?
- Si…
- Vu qu'tu squattes tout le temps ici… C'est chelou qu'tu piques tout le temps le mien.
- Ah bon ? Un déo… C'est un déo non ?
- Mouais… Celui-là te va mieux."
Il avait explosé de rire. Taiga s'était un peu vexé, alors il s'était rapidement excusé pour aller ranger le déodorant à côté de celui du tigre dans sa salle de bain. Il ne voyait pas en quoi il pouvait lui aller mieux que l'autre, son ami avait vraiment des idées bizarres. Lui aimait bien l'odeur de celui de Taiga.
Décidément le canapé de Taiga était confortable. La partie était serrée. Un truc… Il lui fallait un truc pour perturberle tigre. Les regards rivés sur la télé, où ils s'affrontaient à Mario Kart, Daiki commença à discuter.
"Mais… Comment tu fais avec un mec ? J'veux dire… Tu l'encules ?
- Euh… Tu veux vraiment parler de ça ?
- Ouais.
- Est-ce que je te demande si quand tu couches avec une meuf tu lui la mets par devant ou par derrière ?
- Jamais testé la porte de derrière. Elles sont rarement chaudes.
- Non mais je voulais pas vraiment de réponse !"
Taiga grimaça et Daiki rit. Il venait de le dépasser à le perturber avec sa conversation à la con.
"A toi de me répondre maintenant !
- La sodomie c'est pas obligé.
- Hein ?! Mais comment ça ?
- Y'a pleins d'autres moyens de se faire plaisir… Tu dois bien le savoir.
- Oh… Ok."
Taiga jeta un œil en coin à son ami, amusé, qui en perdit le fil et il en profiter pour le redoublerdans un virage. L'absence de réaction du futur policier à ce retour en seconde position en disait long sur ses réflexions.
"T'as l'air perplexe.
- Ouais… Juste que si je vais pas au bout avec une meuf… Je considère que j'ai pas baisé tu vois…
- Hm… Bah tant que tu jouis et tu prends du plaisir… Se masturber c'est simplement se faire l'amour à soi-même.
- C'est chelou quand même !
- C'est plus sympa à deux mais des fois ça dépanne.
- Ohhh ! Tu te masturbes ? Toi ?
- Ça m'arrive. Pourquoi ça t'étonne ?!
- J'sais pas… T'as même pas d'porn…"
Les deux garçons se turent un moment jusqu'à ce que Daiki décidément très curieux repose encore une question.
"Et… Tu t'es déjà fait sodo toi ?
- Non. Et toi ?
- Nan. J'suis hétéro.
- L'un n'empêche pas l'autre.
- Ouais mais… Nan. T'es au dessus alors ? Je veux dire… Tu as déjà pratiqué ?
- Ouais.
- C'était comment ?
- Très bien. Tu devrais essayer un jour.
- J'ai jamais trouvé de nana consentante !
- Ben tente un mec. Je peux t'en présenter si tu veux !
- Nan merci. Si j'dois prendre un cul de mâle ce sera le tiens mec !"
Daiki traversait la foule de la boîte de nuit difficilement en direction de la sortie. Il avait l'impression de faire du surplace. Il faisait une chaleur étouffante, la musique électrique lui vrillait les tympans. Pourquoi était-il venu ici exactement ? Il n'aimait pas ce genre d'endroit. Il n'appréciait pas plus que ça ce genre de musique et encore moins danser. Il préférait sortir dans des endroits calmes, picoler en discutant avec des potes et draguer éventuellement quelques jolies minettes. Il ne venait pas souvent dans ce genre de lieu, pourtant il lui semblait qu'il y avait un truc étrange. Quelqu'un le bouscula en s'excusant, il se retrouva nez à nez avec deux jeunes hommes qui s'embrassaient en dansant langoureusement. Il se recula juste à temps pour ne pas les percuter. Il regarda plus attentivement autour de lui. Il était dans une boîte gay, mais qu'est-ce qu'il foutait là ? Il n'était jamais venu dans ce genre d'endroit. Il avait l'impression que la foule se resserrait autour de lui. Bon la sortie. Il se retrouva devant des canapés rouges en velours. Bizarre, la sortie était totalement à l'opposé. Des couples encore et encore. Des hommes uniquement. Ils se touchaient. Ils s'embrassaient. Ça lui faisait un peu penser à une partouze géante. Il devait sortir d'ici. Il n'était pas paniqué où dégoûté, mais une petite alarme sonnait quelque part en lui, il avait un mauvais pressentiment. Il n'eut pas le temps de chercher de nouveau l'échappatoire, il se retrouva cette fois non loin des sanitaires. Il se retourna, l'ambiance était différente comme s'il n'était pas dans le même lieu. Peu importe il devait sortir. Le bar était… Il avait bougé non ? La sortie… Il se figea soudain.
Là, dans un coin sombre, il aperçut un tigre en train de dévorer une jolie gazelle blonde de sexe clairement masculin. Taiga plaquait le mignon contre le mur et l'embrassait avidement. Il savait que son ami était gay, mais savoir et voir étaient deux choses totalement différentes. Il resta dans l'ombre hypnotisé par cette vision du pompier la bouche collée à celle d'un autre homme. L'une des mains de Taiga caressait tendrement la joue de sa proie. La seconde remontait avec douceur sous le t-shirt pour caresser sa peau. Son partenaire n'était pas en reste et caressait lui aussi possessivement le corps du tigre. Un sentiment ambigu d'envie, de jalousie peut-être envahissait Daiki. En les observant, il réalisait à quel point l'échange entre deux hommes était clairement différent de ce qu'il connaissait. Toutes les filles qu'il avait connu posaient leur mains délicates sur ses épaules sans vraiment le toucher, elles se laissaient peloter, tripoter mais elles restaient tellement passives. Là, les deux hommes, comme dans tous les autres couples qu'il avait croisé ce soir semblaient actifs. L'échange semblait plus équilibré, ils donnaient vraiment le sentiment de partager quelque chose. Il devait avouer que ses ex avaient plutôt tendance à se laisser faire sans participer, comme si c'était un passage obligé pour lui faire plaisir. Ça manquait de passion, de désir, de jeu, de… Challenge. Peut-être que c'était aussi pour ça qu'il n'avait jamais tenu très longtemps avec la même fille. Généralement, il s'ennuyait, elles n'avaient aucun répondant mais pas uniquement au lit. C'était une des raisons qui lui faisait dire qu'il préférait nettement passer son temps avec Taiga qu'avec une nana.
Il voulait sentir des mains parcourir son corps avec avidité, comme le faisaient Taiga et sa proie. Deux hommes se touchaient devant lui pourtant il était fasciné. Et l'érotisme qui se dégageait d'eux ne le laissait pas du tout indifférent. Il ne quittait pas Taiga du regard, son corps musclé dans ce t-shirt un peu moulant, le galbe de ses fesses. Il avait chaud et sentait son bas ventre réagir. Il voulait être étouffé par les lèvres de Taiga lui aussi. Il évitait de regarder le blond envers lequel il commençait à ressentir une vive jalousie. Il en avait croisé d'autres des couples, il n'avait pas réagi comme ça. Ça l'avait laissé plutôt indifférent. Mais pas quand il regardait le tigre. Le tigre lui donnait des envies de bestialité, de soumission. Il voulait sentir son corps écrasé par le poids du sien contre un mur brut et froid. Il rêvait que ses mains le fassent frémir.
Le tigre tourna la tête vers lui et lui sourit. Son cœur s'emballa. Il ne voulait pas avoir l'air d'un voyeur, mais il était tellement fasciné qu'il ne pouvait détourner les yeux. Taiga ne sembla pas lui en vouloir, au contraire il le provoquait. Il savait qu'il le regardait et pourtant ne parut pas gêné de s'en retourner à son tendre repas. Dans le regard de Taiga il avait vu une flamme qu'il ne lui voyait que sur le terrain de basket. La flamme de la passion, du désir. Les mains de l'autre s'agrippaient aux vêtements du tigre. Il était plus grand, plus fin ce n'était plus le blond… Sakurai ? Kagami le serrait contre son corps si fermement. Les mains délicates de la proie du tigre vinrent s'agripper à ses cheveux rouges, une plantureuse et magnifique femme brune, Mai-chan ? Le partenaire de Kagami ne cessait de changer rapidement, Daiki commençait à paniquer, des hommes, des femmes, des inconnus, des personnes connus. Ils semblaient tous prendre plaisir à se noyer dans les bras du tigre.
Daiki était soudain trop proche d'eux. Il n'y avait plus rien autour, ils étaient maintenant allongés sur un canapé de velours rouge. Ils avaient tombé les vêtements. Son cœur s'affolait dans sa poitrine, sa gorge était sèche, il suffoquait. Kagami tenait entre ses bras un frêle jeune homme brun sans visage. Leurs corps bougeaient sensuellement l'un contre l'autre. C'était ça qu'il avait tant craint. Il devait sortir. Il ne voulait pas voir ça. Il hurla. Mais aucun son ne sortit de sa bouche. Eloignez-vous !
TAIGA !
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"Taiga !"
Aomine se redressa en criant le prénom de son ami, affolé. Sa gorge était sèche. Son cœur battait fort dans sa poitrine, il avait l'impression de suffoquer. Il haletait. Un rêve… Il venait de rêver. Ce n'était qu'un cauchemar. Il regarda autour de lui, sa chambre d'hôpital toujours aussi sinistre. Il était seul. Il tremblait un peu. Il ressentait encore trop vivement les émotions qui l'avaient submergé quelques instants plutôt. Il prit son visage dans ses mains, sa cage thoracique se comprimait douloureusement et l'envie de pleurer lui serrait la gorge. Une évidence lui torturait l'esprit à présent, il était amoureux de Taiga. La question était de savoir s'il l'était déjà avant son accident et si oui, s'il l'avait avoué.
Un peu calmé, il se laissa de nouveau tomber sur ses oreillers. C'était tellement réel. Le mal de tête était toujours là. Quelque chose lui chatouilla la lèvre qu'il essuya par réflexe, du sang ? Il saignait du nez maintenant. Il soupira et attrapa un mouchoir sur le chevet. Son cœur se calmait doucement dans sa poitrine. Son rêve. Il frissonna. Il lui avait semblé tellement réel par moment. Il ferma les yeux. Non. Tout n'était pas qu'un rêve. Il essaya de faire un peu le tri dans ses souvenirs après la confusion de ce cauchemar. Cette patrouille avec son collègue, le coup du déodorant il se souvenait c'était arrivé effectivement quand il avait commencé son stage. Et cette conversation, depuis qu'il avait découvert la sexualité de son meilleur ami il était plutôt curieux sur le sujet. Mais la suite de son rêve, en réalité il n'avait jamais vu Taiga avec un homme, pas comme ça. En tout cas, pas jusqu'où il se souvenait à présent. Cependant, suite à la rupture de Ryo et Taiga, et de sa découverte lors de sa visite chez le tigre, il avait commencé à être particulièrement conscient de la présence de son meilleur ami à ses côtés. Malgré sa décision, il n'avait pas réussi à s'éloigner au contraire même. Il éprouvait le besoin de se rapprocher encore plus de lui, de le toucher. Il ne se souvenait pas clairement, mais il lui semblait qu'il devait déjà avoir conscience de ses sentiments pour le pompier.
Il regarda l'heure sur son téléphone. Deux messages attendaient d'être lus. Il commença par celui de Tetsuya.
"Bonjour Aomine-kun. Je n'ai pas ton vieux téléphone. C'est Kagami-kun qui a récupéré tes affaires après l'accident."
Parfait, une autre raison de faire venir Taiga. Il n'attendait que ça ! Il ouvrit donc le second message qui provenait justement du tigre.
"'Tain t'as perdu la mémoire mais pour ça tu changes pas. J'gagne quoi à te faire à bouffer ?"
"Ma reconnaissance éternelle ? La satisfaction d'aider ton meilleur pote ? Hm… Te faire pardonner de pas venir me voir assez souvent ?"
"Ça c'est petit..."
"Ok… Ok. Désolé. S'il te plaît ?"
"Ok. J'ai pas fait de poulet teriyaki, mais j'peux t'amener du curry pour demain midi."
"Yeah ! C'est parfait ! Tu pourras me ramener mon tel ? Celui qui a morflé dans l'accident ?"
"Ok mais… Il va te servir à quoi ?"
"J'vais voir si des collègues des services techniques pourraient pas récupérer quelques trucs dedans. J't'attends pour midi alors !"
"Treize heures plutôt. A demain."
"Ouch… J'vais crever la dalle… Tu manges avec moi alors ?"
"Ok. Bonne nuit Dai."
"Dis que j't'emmerde aussi. Hey ! Encore une chose… Pourquoi t'aime bien l'odeur de mon déo ?"
" ?"
"On en reparle demain;) Bonne nuit Tai !"
Daiki avait hâte de le voir. Chaque petit échange avec Taiga lui donnait le sourire, un peu comme une collégienne face à son premier amour. Premier amour. C'était tellement évident. Son dernier rêve était particulièrement déroutant, si réaliste, il y avait vraiment éprouvé du désir pour Taiga et de la douleur de le voir coucher avec quelqu'un d'autre. Femme, homme ça n'avait pas d'importance, il voulait Taiga pour lui.
.
Le nez dans le réfrigérateur, Taiga fit la moue. Comme il s'en doutait, il ne restait clairement pas suffisamment de curry pour deux. Il ne travaillait pas le lendemain. Il était tard mais il descendit au conbini ouvert non-stop pour racheter des ingrédients et en préparer de nouveau comme son homme l'aimait. Il faisait doux, à presque vingt-trois heures en t-shirt il n'avait pas froid. Il entra dans la boutique. Derrière le comptoir l'employé le salua. Il fit le tour rapidement, il savait où trouver ce dont il avait besoin, même si c'était plus souvent Daiki qui faisait les courses. Il était rare pour lui de venir les faire seul à présent, généralement Daiki l'accompagnait. Ça le rendait à la fois mélancolique et heureux de cuisiner pour lui. Ça lui avait tellement manqué. Il avait appris à cuisiner assez tôt, son père n'étant pas toujours à la maison et vu les quantités qu'il lui était nécessaire pour contenter son appétit gargantuesque, c'était tout de même moins cher de cuisiner que d'acheter des plats tout prêts. Il cuisinait donc par nécessité. Et puis, quand Daiki avait commencé à venir squatter chez lui et partager ses repas, il avait découvert le vrai plaisir de préparer un repas. Il avait toujours aimé rendre service et faire plaisir. Et voir Daiki apprécier autant sa cuisine le motivait plus que jamais. Il adaptait les recettes pour qu'elles soient parfaitement au goût de son petit ami. C'était une façon, agréable, simple et efficace de lui faire plaisir.
Il remonta dans l'appartement et se mit au travail. Ce n'était pas compliqué à faire, mais la cuisson était un peu longue. Il mit une rediffusion d'un match de basket tout en préparant le plat. Émincer les oignons, découper grossièrement les carottes et la viande, puis faire fondre le bloc de curry dans une marmite et enfin laisser mijoter le tout. Une bonne odeur envahissait la pièce. Le fond sonore diffusé par le téléviseur ne suffisait pas à combler le vide de l'appartement. Il mélangeait son plat doucement et soudain il sentit sa poitrine se contracter et les larmes monter. Il prit une profonde inspiration pour se calmer et les empêcher de couler. Il ne pleurait plus trop ces derniers temps, s'habituant si on pouvait dire ça comme ça, à la situation et surtout à la solitude. Néanmoins, parfois un coup de blues le prenait comme ça, venu de nulle part.
"Dai…I miss you so much… Come back to me… I'm begging you..."
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Le micro-onde tinta indiquant que les plats étaient prêt. Taiga les sortit et les remit dans son sac. La cafétéria de l'hôpital était bruyante à cette heure. Il faisait un temps magnifique à l'extérieur. Daiki l'attendait dans le parc, mais il n'avait pas d'autres précisions. Le sac dans une main en faisant attention à ne pas tout renverser il fit sonner le téléphone de son petit ami.
"Helloooo Taiga ! T'es arrivé ?
- J'sors de la cafet. T'es où ?
- Ah… Tu vois le grand chêne au bout du parc ? Y'a une table dessous et des gamins qui jouent au foot à côté.
- Ok. J'arrive."
Taiga prit la direction indiquée. Il était un peu nerveux. Il ne s'était pas retrouvé seul avec Daiki depuis longtemps. Il ne savait toujours pas quelle attitude adopter, jusqu'à quel point il pouvait se montrer familier avec lui. Les mots de Kuroko le travaillaient depuis quelques jours. Il devait avoir confiance en son homme. Peut-être que son ami avait raison et qu'il devrait lui dire la vérité contrairement à ce que le médecin préconisait. Il vit son ami au loin, il portait un t-shirt rouge bordeaux qu'il lui avait offert et un pantacourt noir qui n'était même pas à lui. Taiga soupira. Il n'aurait jamais dû laisser Kuroko se charger de remplir la valise de Daiki en son absence. Enfin ça ne semblait pas avoir étonné le policier plus que ça. Il lui fit signe de la main. Il avait toujours une jambe dans le plâtre, mais le reste de ses blessures semblaient être remises. Il affichait un large sourire. Il avait maigri, perdu des muscles de toute évidence, mais il était toujours aussi séduisant et son sourire toujours à tomber.
"Salut Dai...
- Content de te voir Tai !
- Moi où la bouffe que j't'apporte ?
- Toi bakagami ! Pfff… La bouffe c'est un bonus."
Il ouvrit le sac et sortit les boîtes à bento.
"Oh putain… ça sent trop bon !"
Le policier ouvrit sa boîte avec précaution et huma l'odeur qui s'en dégageait. Taiga l'imita, amusé de sa réaction. Daiki le regarda en souriant.
"Itadakimasu !"
Il attaqua sans attendre son plat et la discussion.
"Comment ça va au boulot ?
- Ça va. Moins de malades. Plus de bras. Moins d'heures pour moi.
- T'as quand même l'air très fatigué.
- Ouais… Du sommeil à rattraper mais ça va s'arranger."
Daiki se montra très curieux sur le travail du pompier. Il semblait surtout inquiet de la dangerosité de son métier, même si finalement c'était lui qui se retrouvait coincé dans un hôpital à cause d'un accident lié à son activité professionnelle. Ils terminèrent leur plat et Daiki faisait en sorte d'alimenter autant que possible la conversation pour retenir le tigre qu'il sentait toujours un peu fuyant.
"Hm… Tu as ramené mon téléphone au fait ?
- Oui."
Taiga fouilla dans son sac et en sortit le smartphone inutilisable.
"Tu espères en tirer quoi ?
- Ben… P'tet sauver quelques photos…"
Daiki observait le téléphone sous toutes les coutures mais il ne lui rappelait absolument rien. Néanmoins il avait envie de découvrir les secrets qu'il détenait. Taiga devina qu'il se posait des questions sur l'objet.
"Tu l'avais depuis deux ans. Tu dois avoir pas mal de photos dessus.
- Deux ans… Il me reste au moins deux ans de ma vie dont j'me souviens toujours pas…
- Jusqu'où tu te souviens ?
- Stage de police dernière année…
- Hm… Alors… Il te manque plutôt quatre ans encore.
- Sérieux ?"
Daiki regarda douloureusement le pompier. C'était désespérant. C'était étrange de se retrouver là comme ça à déjeuner ensemble. Leurs regards étaient un peu fuyants. Taiga ne voulait pas que Daiki y lise sa peine et s'inquiète plus. Le policier quant à lui, se sentait rougir comme une collégienne dès que le regard rubis du charmant pompier croisait le sien. Il avait encore trop de questions, trop d'incertitudes.
Sans prévenir, les doigts de Daiki se saisirent de sa main, Taiga sursauta et se retint de s'éloigner. Il ne voulait pas blesser son petit ami, mais ce contact lui laboura la poitrine et apporta une vague de nostalgie de celle qui avait tendance à le faire craquer. Daiki pointait du doigt des pansements sur son avant-bras.
"Qu'est-ce que c'est ?!
- C'est rien. Ça arrive."
Daiki lui tenait la main fermement comme s'il craignait qu'il s'enfuit et porta sa seconde main sur son front. Il souffla, son visage affichait une tension comme s'il souffrait.
"Ça t'arrive souvent…"
Ce n'était pas une question mais bien une affirmation. Il n'était pas rare que Taiga se blesse, des plaies mineures mais fréquentes, lors de ses interventions. Surtout aux beaux jours quand Taiga qui ne supportait pas la chaleur travaillait en manches courtes.
"Ouais..."
La main du policier tenait la sienne d'une manière familière et tout aussi familièrement, le réflexe d'un geste fait tant de fois, son pouce vint doucement caresser sa paume. Taiga frémit. Est-ce que Daiki se rendait compte de ce qu'il faisait ? Il avait encore plus ce sentiment de désespoir qui le prenait à la gorge, c'était un geste que son homme faisait si souvent... Avant.
Le ballon arriva dans leur direction comme un boulet de canon. Daiki lâcha la main de Taiga pour bloquer la balle avant qu'elle ne s'écrase sur eux. Plus loin, les deux gamins qui jouaient au foot, regardaient dans leur direction tout penauds. Comme Daiki se retournait pour leur renvoyer la balle, Taiga en profita pour ranger le pique-nique. Il était temps qu'il parte. Il travaillait dans une heure, il ne voulait pas risquer d'arriver en retard et encore moins en étant ravagé.
"Tai ?
- Je bosse. Faut que j'y aille.
- Déjà…
- Désolé. J'essaierai de repasser. Mais j'commence ma semaine de nuit aujourd'hui, je peux venir la semaine prochaine pour un déjeuner si tu veux.
- Ouais… Ok."
Daiki n'était visiblement pas satisfait de cet arrangement mais n'insista pas. Taiga le salua et s'éloigna rapidement. En se dirigeant vers la sortie il regarda sa main que Daiki avait tenu si longtemps. Il se rappelait encore de la sensation de la chaleur de ses doigts qui la serraient.
oOoOoOoOoOo
La balle orange tournait entre les grandes mains de Daiki. Il la fit rebondir une fois, deux fois, puis la fit passer d'une main à l'autre. Le gamin qui avait oublié ce ballon presque tout neuf devait être bien déçu. Il ferma les yeux pour apprécier le contact de la surface rugueuse dans ses paumes. Le basket lui manquait tellement. Il lança le ballon en l'air plusieurs fois et le rattrapa avec agilité. Il se demanda s'il y avait un terrain à proximité. A défaut, d'un panier, en se tenant sur une seule jambe et une seule béquille il lança la balle pour faire des passes avec un mur, ça n'avait rien de passionnant, mais juste la sensation sur sa main et le bruit du ballon qui rebondissait lui faisait du bien.
Son téléphone sonna. Il bloqua la balle pour répondre.
"Salut Tetsu.
- Bonjour Aomine-kun.
- Tu es où ?
- Dans le parc derrière la cafet.
- J'arrive."
Daiki rangea son téléphone et recommença son manège. Il entendit son ami si discret pourtant s'approcher derrière lui. Il ne lui laissa pas le temps de parler et de s'étonner de le voir avec une balle de basket.
"Tai me fuit toujours…
- Il est très occupé.
- Nan. S'il voulait il pourrait comme toi venir un peu tous les jours…
- Il répond à tes messages.
- Hm… Mais c'est mieux quand il vient.
- Je croyais qu'il t'amenait des bentos tous les jours maintenant…
- Ouais… Mais il a bien voulu manger qu'une fois avec moi. Après… il passe juste en coup de vent ou laisse carrément la boîte à l'infirmière. Sérieux Tetsu… C'est quoi son problème ?"
Comme le jeune professeur restait silencieux, Daiki reprit d'une voix un peu agressive. Il avait tendance à passer ses nerfs sur Tetsuya. Il savait que c'était injuste. Mais il ne voulait inquiéter ni Momoi ni sa mère. Alors c'était Tetsuya ou Taiga qui prenaient. Mais des deux, seul le plus petit venait le voir régulièrement donc c'était lui qui prenait. Bien-sûr il n'était pas responsable de la fuite de Taiga, ni de l'accident, ni de sa perte de mémoire. Pourtant, il avait besoin d'exprimer ses craintes et son angoisse.
"J'lui ai fait un truc ? J'veux dire. Dans mes souvenirs c'est… Mon meilleur pote. Comment est-ce qu'on peut s'être éloigné comme ça ? J'ai dû le blesser d'une manière ou d'une autre. Il m'a dit que j'avais rien fait mais… J'y crois pas… C'est quoi le truc que vous me cachez ? J'ai épousé une nana qui est homophobe et horrible avec mon meilleur pote ?
- Tu crois vraiment qu'tu aurais pu faire ça ?
- Nan… Mais on sait jamais. J'sais pas ce qui s'est passé. Donc j'suis pas marié…
- Non.
- Alors quoi ? On a fini par s'éloigner parce qu'il a un mec… Et son mec était jaloux ?
- Son mec aurait eu des raisons d'être jaloux ?
- J'vivais pratiquement chez lui… J'aurai une meuf avec un meilleur pote qui la squatterait comme ça… J'aurai pas confiance une seconde. Même si ce pote était gay.
- Un point pour toi. Mais tu vis toujours avec Kagami-kun."
Daiki releva la tête vers son ami, surpris. Tetsuya le regardait avec son habituel stoïcisme.
"T'es sérieux ?
- Oui.
- De manière officielle ? Genre je paye une part du loyer… Pas juste en gros squatteur relou ?
- Oui. C'est bien ton adresse officielle.
- Donne-la-moi ste'plait."
Tetsuya prit le téléphone que Daiki lui tendait et y nota l'adresse. Et comme son ami semblait plutôt enclin à lui répondre aujourd'hui il continua ses questions.
"J'suis veuf ? J'ai des gosses ?
- Non.
- Non à quoi ?
- Non tu n'as pas d'enfants.
- J'suis veuf ?
- Non plus.
- J'suis célibataire ?
- Non.
- Qui ?!"
Le garçon sembla réfléchir à la question. Il pesait visiblement le pour et le contre. Ça faisait un moment qu'il mourrait d'envie de tout lui balancer. Il voyait que Daiki se torturait et commençait à s'enfoncer dans la dépression à chercher des réponses que personne ne voulait lui donner. Et il était bien placé pour savoir que la dépression était très très mauvaise pour la panthère. Sans compter son autre ami, le tigre aux cheveux rouges qui se réfugiait dans son boulot pour ne plus réfléchir à rien. Il ne comprenait pas pourquoi le médecin s'évertuait à refuser de dire la vérité. Une infirmière les interrompit pour prévenir que les visites étaient terminées.
"Je suis sûr que tu connais déjà cette réponse… Même si tu ne t'en souviens pas. Tiens je te laisse les affaires que tu m'avais demandé."
Daiki voulut le retenir pour lui demander si c'était Taiga. Mais il se retint. Au fond, il avait peur de se tromper. Il avait pu se passer tellement de chose en quatre ans comme rencontrer d'autres personnes. Une jolie jeune femme par exemple. Mais ça lui paraissait peu probable. S'il avait quelqu'un dans sa vie, il n'imaginait pas que cette personne ne soit pas venue le voir une seule fois. C'était donc forcément quelqu'un qui était venu régulièrement. Momoi était la seule femme à lui rendre visite en dehors de sa mère, et ce n'était pas possible d'abord parce qu'il n'avait jamais vu Momoi comme ça et Taiga lui avait dit qu'elle était avec Kiyoshi. Il ne lui restait donc comme choix guère que Tetsuya et Taiga. Non décidément, s'il se plantait ça le mettrait dans une position très délicate vis-à-vis de son ancienne ombre. La probabilité que ce soit Taiga était forte, mais si seulement il pouvait en avoir la certitude ce serait tellement plus confortable.
Daiki remonta dans sa chambre, ballon sous le bras. Il posa la balle sur son lit, oubliant qu'elle ne lui appartenait pas et sortit son téléphone pour lire l'adresse donnée par Tetsuya. Elle ne lui évoquait absolument rien, pas le moindre écho en lui. Il était un peu déçu. S'il avait pu se rappeler quelque chose, peut-être aurait-il pu être fixé.
oOoOoOoOoOo
Il avait attendu ce jour depuis si longtemps qu'il s'était réveillé à l'aube. Depuis que Kuroko lui avait avoué qu'il vivait avec son meilleur ami. Il avait lu et relu l'adresse à s'user les yeux mais rien ne lui revenait. Il jouait avec la clé de l'appartement que Tetsuya lui avait aussi ramener à sa demande quand l'infirmière entra enfin.
"Bonjour ! Comment allez-vous Aomine-san ?
- Bonjour. Toujours bien quand la plus jolie des infirmières vient me réveiller."
La jeune femme rit, des patients qui faisaient ce genre de réflexions elle en voyait tous les jours, cependant ils étaient rarement aussi mignons. Elle lui servit son petit déjeuner.
"Arrêtez ! Vous me gênez !" dit-elle en gloussant.
Elle avait des attributs intéressants et cela n'avait pas échappé au policier qui lorgnait discrètement sur son décolleté quand elle se penchait un peu pour l'aider à se redresser.
"Je ne fais que dire la vérité. Vous êtes célibataire ?
- En effet, mais vous êtes un patient. Cela-dit je vois que vous avez quelques magazines pour vous occuper..."
Elle attrapa la pile posée sur une étagère. Daiki rigola.
"Ahh ! Mai est ma préférée.
- Vous en voulez un ?
- Nan j'ai arrêté. Si mon petit ami me trouve avec un de ces magazines il va faire la gueule !"
Daiki s'arrêta soudain de rire. Que venait-il de dire ? Une impression fugace, un truc qui lui nouait l'estomac. Il avait le sentiment d'être sur le point de se rappeler de quelque chose, une image floue, une bulle de chaleur naissante dans son corps, comme l'effleurement du souvenir d'une sensation très agréable. Et une certitude, cette affirmation était vraie. Aussi vraie que la terre est ronde. Il aimait un homme. Il était en couple avec un homme. Il frissonna. Il savait mais les souvenirs lui échappaient toujours. Il l'avait déjà déduit des indices qu'il avait pu glaner les jours précédents, mais être sûr lui apportait une sensation bien différente. Une certaine excitation et peut-être un peu de peur aussi, il n'avait jamais été attiré par les hommes.
L'infirmière s'était tue l'observant avec attention. Elle connaissait le patient et savait de quoi il souffrait. Elle était surprise de cette affirmation, mais n'en laissa rien paraître.
"Aomine-san ?
- Hm ?! Euh... Désolé. J'ai cru... Ah... C'est pas grave."
La déception, la tristesse étaient visibles sur son visage. Son regard douloureux faisait peine à voir.
"Je vous laisse manger. Je reviens dans une heure pour vous accompagner pour votre rendez-vous vous allez enfin être débarrassé de votre plâtre et il faudra en profiter pour vous doucher.
- Ah oui... Merci."
L'infirmière sortit. Et Daiki se laissa retomber contre les coussins dans son dos. Lui ? Avec un homme ? Son cerveau et son cœur s'emballèrent, encore une fois le visage de Taiga s'imposa à lui comme une évidence. Et cela pourrait expliquer certaines choses mais il voulait tellement être sûr.
"Tai… Dis-moi que c'est toi..."
Daiki passa une main sur son visage. Il n'arrivait pas à se souvenir. Ça ne revenait pas et il enrageait. C'était Taiga c'était obligé. Il voulait que ce soit lui. Il se souvenait de la jalousie grandissante quand il avait commencé à réaliser. De tout ce temps passé à squatter le garçon aux cheveux rouges, à se laisser dorloter par lui, ses bons petits plats, l'appartement toujours propre. Il lui lavait même son linge sale ! Il avait réalisé que ce n'était pas juste parce qu'il était fainéant, mais surtout parce qu'il aimait que Taiga s'occupe de lui. Il ne voulait pas que quelqu'un d'autre le fasse et il ne voulait pas que Taiga le fasse pour quelqu'un d'autre. Il se souvenait du moment où il avait commencé à le désirer. L'envie de le toucher, de glisser une main dans ses cheveux, d'embrasser sa nuque, de caresser son corps. Taiga n'avait rien, absolument rien d'une femme. Et pourtant il voulait le toucher et il voulait que Taiga le touche, comme dans ce rêve. Il voulait sentir les mains possessives, avides du pompier sur lui.
Comme prévu, l'infirmière revint. Il avait à peine mangé, perdu dans ses pensées et dans la révélation qui accaparait encore toute son attention. Il se vit enfin retirer son plâtre. Il devait garder une attelle et se déplacerait encore avec des béquilles quelques temps. Mais il était plus libre de ses mouvements et il put presque prendre sa douche seul. Il n'avait jamais été pudique et se promener nu ne le gênait pas le moins du monde, mais se faire laver intimement par une aide-soignante ou une infirmière était définitivement humiliant. Tellement humiliant que même lorsqu'elles étaient canons, son corps n'avait pas du tout envie de plaisanter en affichant une belle érection par exemple. Ce qui avait été sa hantise depuis le début de son hospitalisation. Il attendait avec impatience la venue du médecin pour lui demander l'autorisation de sortir. Il voulait rentrer chez lui. Il voulait confronter Taiga. Il voulait sortir de ce lieu étouffant, retrouver une vie normale et peut-être avec, il l'espérait, le reste de ses souvenirs. Il avait pris l'habitude de sortir dans le parc, mais il avait trop peur de rater la visite du médecin aujourd'hui et resta à tourner en rond dans sa chambre. Il fit un bond quand on frappa à la porte.
"Oui ?!
- Dai-chan ?
- Hey Satsu. Comment tu vas ?"
Daiki ne put cacher sa déception qui n'échappa à la jeune femme très observatrice. Elle entra en souriant.
"Désolée ce n'est que moi. Tu espérais Kagamin peut-être. Je vais bien et toi ?
- Tai vient pas. J'vais bien. Ils ont retiré mon plâtre. J'espère pouvoir rentrer bientôt chez moi… J'attendais de négocier avec le docteur.
- Ah ! Vraiment ?!"
Satsuki était un peu gênée. Daiki ne se souvenait pas encore de Taiga comme il devrait. Elle était à la fois pressée de le voir sortir de cet hôpital où elle le voyait bien déprimer de plus en plus et inquiète de savoir comment les choses pourraient se passer s'il rentrait sans avoir tous ses souvenirs.
"Tu vas quand même avoir de la rééducation...
- Je peux revenir ici tous les jours pour la rééduc… C'est pas un souci.
- Oui c'est vrai. J'espère que le médecin te l'accordera.
- J'fais du surplace ici. J'suis sûr que si je rentre… J'me souviendrais…
- Oui peut-être… Je te le souhaite en tout cas Dai-chan."
Elle s'installa sur la chaise à côté de son ami et sortit une enveloppe de son sac.
"Tu voulais voir quelques autres photos de Marina."
Finalement la présence de Satsuki lui permit d'attendre l'arrivée du médecin, elle quitta l'hôpital et le laissa s'entretenir avec le patricien.
"Aomine-san vous devez vous sentir plus léger sans votre plâtre.
- Oui. Ça fait du bien. J'vais pouvoir rentrer alors maintenant.
- Hm… Eh bien nous pourrions peut-être effectivement commencer à envisager une date de retour.
- Une date ? C'est à dire ? Qu'est ce qui me retient encore ici ?
- Votre mémoire vous fait encore défaut, vous avez beaucoup de séance de rééducation.
- Non non. J'suis pas d'accord. J'veux rentrer chez moi ! Vous n'avez pas la possibilité de m'empêcher de sortir… Je rentre chez moi. Demain ou après demain… Mais je rentre. Je signerai tout ce que vous voulez mais je ne resterai pas."
Daiki parlait vite et commençait à s'emporter.
"J'suis sûr que j'me souviendrais en rentrant chez moi ! J'ai besoin de retrouver ma vie !
- Je comprends Aomine-san. Écoutez… Nous pourrons en rediscuter demain. Je reviens vous voir dans l'après-midi. Je vais réfléchir à la question avec mes collègues.
- Faites ce que vous voulez. Moi je rentre chez moi quoique vous décidiez."
Il détourna le regard indiquant au médecin qu'il n'avait plus envie de discuter. L'homme quitta la pièce. Aomine prit le ballon de basket qu'il avait trouvé et conservé et descendit pour essayer de se calmer en jouant avec la balle. Mais ce n'était pas très efficace. Il était déçu que le médecin se soit montré encore aussi réticent à l'idée de le laisser sortir. De quoi avait-il peur ? Qu'en apprenant qu'il est en couple avec Taiga il fasse une syncope ? Bien au contraire, il en serait tellement soulagé. Il envisagea une seconde d'aller voir le médecin pour lui poser la question. Il se remémora le jour de son réveil, la fureur de Taiga, le médecin qui marchait sur des œufs. Il laissa tomber la balle au sol et elle roula lentement jusqu'au pied du mur. Évidemment. Évidemment que Taiga était en colère et blessé. Si les positions étaient inversées et qu'ils étaient en couple, il n'aurait pas non plus apprécié devoir se tenir à l'écart surtout après six jours à le veiller. Il sortit son téléphone, sans vraiment réfléchir.
.
"Taiga..."
La voix de Daiki lui rappelait les derniers temps, cette intonation qui ne disait pas juste un prénom comme ça, non cette façon de le prononcer d'une manière douce, tendre qui semblait dire qu'il était aimé.
"Ouais.
- …
- Dai ?
- Ça y est ils m'ont retiré mon plâtre.
- Really ? C'est une super bonne nouvelle. J'suis content pour toi.
- Ouais… J'vais pouvoir passer à la rééduc."
Il était évident dans l'intonation de sa voix que Daiki n'était pas au mieux de sa forme. Taiga éteignit la plaque de cuisson pour aller s'installer dans le canapé du salon. Un truc chagrinait son homme et il voulait être tout à lui.
"Hey Dai… J't'écoute...
- … Je… Je vais faire quoi si ma mémoire revient pas ?
- Comment ça ? Le doc a dit quelque chose ?
- Non… Mais… J'en sais rien. J'le sens pas tu vois… J'sers plus à rien. J'peux plus jouer au basket. J'peux pas reprendre le boulot et j'suis loin d'être inspecteur là où j'me rappelle. Et… J'sais même pas où je vis. Ça m'fait peur de pas savoir c'que j'ai vécu ces quatre dernières années.
- Tes souvenirs vont revenir… Tu en as déjà retrouvé beaucoup… Faut juste qu'on-que tu sois patient."
Taiga se frottait la nuque nerveusement. Il entendait le ton un peu agressif de son homme, quand il se dévalorisait. Il n'aimait pas le voir comme ça, sur une pente descendante. Le retrait de son plâtre aurait dû être quelque chose de positif il s'attendait à ce que son moral remonte, mais au contraire ça semblait empirer.
"J'ai déjà perdu presque quatre ans de ma vie... Je ne veux pas perdre dix ans à essayer de me rappeler ! J'ai l'impression de plus savoir qui j'suis.
- T'es toujours toi… J'te promets qu't'es toujours le même.
- Ah ouais vraiment ?! C'est pour ça qu'tu m'fuis ?"
Le pompier soupira, Daiki tapait là où ça fait mal. Oui, c'était exactement pour ça qu'il le fuyait. Daiki reprit en soupirant, las d'attendre une réponse de sa part à sa dernière question.
"Le Taiga que j'connais n'est pas un lâche…
- Me cherche pas Dai…
- Prouve-moi que j'ai tort… Si mes souvenirs reviennent pas... Tu vas me laisser comme ça... Vide ? Sans rien me dire?
- Quand tu rentreras. On te racontera…
- Non! Pas on! Toi! J'veux que ce soit toi qui m'raconte putain ! T'es mon meilleur pote oui ou merde ?"
La douleur dans la voix du policier, presque du dégoût et de la haine, rappelait les temps où il était en dépression, lors de leurs premiers affrontements où Daiki n'avait plus foi en rien. Il était clair que le policier n'allait pas bien, à sa façon de s'accrocher à lui. Taiga sentit sa gorge se serrer, il ne savait pas comment lui répondre. Il était tellement plus que ça. Tellement plus.
"Finalement j'avais raison. T'es juste un lâche. Y'a quatre ans… Tu te serais pas défilé comme ça ! T'as peur de m'affronter ou quoi ? 'Tain et dire que j'croyais que j'pouvais compter sur toi, comme tout bon ami qui se respecte."
Taiga savait que Daiki le provoquait volontairement. Il voulait le faire sortir de ses gonds. Il espérait qu'il lâche le morceau. Il savait. Et parce qu'il savait. Parce que Daiki avait cette façon de s'exprimer, de tellement insister pour que ce soit lui et personne d'autre. Comme l'avait dit Kuroko, il devait avoir confiance en son homme. Il répondit à la provocation sans se retenir, lui aussi était à bout et lui aussi il souffrait de la situation.
"Arrête ça Dai…
- Arrête quoi ? Arrête quoi hein ?! Dis-moi ? Tu veux que j'arrête de te traiter de gros lâche ?
- Tu crois qu't'es le seul à souffrir bordel ?! J'suis pas juste ton pote… ou ton meilleur pote… On est bien plus que ça ! Et toi t'as oublié les meilleures années ! Le plus important ! Comment j'suis censé faire moi, hein ?!"
Daiki ne répondait plus rien. Mais Taiga n'attendit pas qu'il reprenne ses esprits et enchaîna, un peu calmé par sa tirade.
"Quand tu rentreras… J'te dirais tout c'que tu voudras… Bonne nuit Daiki."
