Hey hey heeey !
Merci beaucoup, beaucoup, beaucoup pour vos reviews! j'étais très stressée de publier cette fic et ça m'a vraiment rassurée d'avoir vos avis !
Ce chapitre fait toujours partie de l'exposition alors il est encore assez calme pour finir de poser les bases. J'espère qu'il vous plaira quand même et qu'il ne sera pas trop ennuyeux !
Bonne lecture ~
CHAPITRE 2 ━ Art is burning in our veins
" Let's watch this city burn
From the skylines on top of the world
'Til there's nothing left of her
Let's watch this city burn the world. "
(Hollywood Undead, City)
Akaashi ouvrit doucement les yeux pour découvrir que sa chambre était baignée dans la lumière jaune de la fin de journée. Au travers des rideaux de la fenêtre, les derniers rayons du soleil filtraient et jouaient sur les grains de poussière qui dansaient en suspension dans l'air. Il ne s'était pas rendu compte qu'il s'était endormi. Il se retourna sur le dos et poussa un profond soupire alors que tout lui revenait en mémoire.
Qu'est-ce qu'il allait faire maintenant ? Il pensa à toute la peinture, tous les pinceaux, toutes les toiles vierges qu'il avaient dans son placard. Est-ce qu'il devrait les jeter ? Il n'en aurait plus réellement l'utilité maintenant après tout. C'était tellement cruel, être réduit à tout abandonner après des années et des années à rêver. C'était comme tomber. Tomber de très, très haut, sans réussir à se raccrocher à quoi que ce soit pour amortir sa chute. C'était triste. Ça lui donnait envie de dormir encore pour échapper à la cruelle réalité.
Il avait pourtant fait du mieux qu'il pouvait, et rien n'avait changé depuis qu'il était plus jeune. Enfin, si, bien sûr. Il y avait bien eu cet événement, et bien sûr que ça l'avait viscéralement changé, mais il ne pensait pas que cela avait affecté sa peinture. Après tout, il avait toujours peint de la même façon, avec la même application, les mêmes pinceau, la même marque de peinture. Or lorsqu'il était enfant, on lui promettait un avenir grandiose dans l'art, alors qu'aujourd'hui, on dénigrait son travail encore et encore. Était-ce cela, devenir un adulte ? Découvrir que les promesses que l'on nous faisait enfant n'étaient que mensonges ?
Il se rendit alors compte qu'ils mentaient, ces héros de fictions. Tous autant qu'ils étaient. Il ne suffisait pas de vouloir réussir pour réussir. Il fallait aussi en avoir les moyens. Et lui, les moyens, il ne les avaient pas. Plus maintenant.
Il aurait dû se douter que cela se passerait comme ça. Il n'avait jamais vraiment marché avec la chance depuis qu'il était tout petit. Il avait plutôt fait compagnon avec la poisse toute sa vie. Alors pourquoi est-ce que les choses auraient changées maintenant ? Il avait été stupide de penser que la roue pourrait tourner.
Car les ratés restent des ratés.
A ce moment, il entendit frapper contre la porte de sa chambre, et il se sortit de ses pensées noires et pessimistes -mais néanmoins réalistes- lorsqu'il tourna la tête pour voir sa soeur entrer dans la pièce et refermer la porte derrière elle avec son pied, puisque ses deux mains étaient prises par un plateau.
"J'ai fais du thé," dit-elle avec un petit sourire.
"Ah, merci." Keiji s'assit en tailleur pour faire de la place à sa soeur sur son futon. Elle déposa le plateau sur le sol, offrit une tasse à son frère et en garda une pour elle en s'installant à l'autre bout du couchage.
"Papa m'a dit pour ton entretient," annonça-t-elle directement. Elle avait toujours été franche. Elle disait qu'elle préférait dire les choses clairement tout de suite plutôt que de s'embourber dans des silences gênants ou des quiproquos.
Sans qu'il ne sache trop pourquoi, ses mots tirèrent à l'aîné un rire et un sourire amers. Bien sûr que leur père s'était empressé de la mettre au courant. Lui, il était trop heureux que son fils ait échoué. Lui, ça l'arrangeait bien.
Un silence s'étira quelques secondes, avant que sa soeur ne reprenne, hésitante : "Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?"
Keiji se mordit l'intérieur de la joue. Ce qu'il allait faire, cela semblait évident, même si ça ne lui plaisait pas. Il allait devoir entrer dans la vie active morne et plate. La vie active formatée, la vie active en costume, avec les sourires faux et les ras-le-bol. Une vie à laquelle il n'aspirait pas, pour laquelle il n'était pas fait.
"Je vais trouver du travail" Il avait déjà un plan pour ça. Enfin, au moins un plan temporaire. Un ami à lui lui avait assuré qu'il pourrait lui avoir un poste de serveur dans le café français où il travaillait, si jamais les choses se passaient mal.
"Je ne te parle pas de ça, Keiji-nii," précisa sa soeur d'un ton un peu triste.
Il savait, mais il n'avait pas vraiment envie d'en arriver à parler de ce sujet. Il ne pouvait pas encore accepter la réponse qu'il serait obligé de donner.
"Est-ce que tu vas vraiment abandonner la peinture ?"
Tout lui hurlait de répondre par la négative. De dire que non, il n'allait pas abandonner, qu'il allait persévérer parce que c'était tout ce qu'il avait, de persévérer parce qu'il avait fait une promesse. Enfin, il avait aussi promit à son père d'arrêter. Il avait bien été obligé, ce vieux gâteux ne lui foutait plus jamais la paix avec ses histoires de 'vrai travail'.
Il n'avait pas envie d'arrêter. C'était ce qu'il se persuadait de croire. S'il le faisait, il se montrerait indigne. Il se monterait encore plus faible et misérable qu'il ne l'avait jamais été. Après tout, la persévérance, n'était-elle pas la clé de la réussite ?
Mais peut-être que certaines personnes n'étaient pas faites pour réussir.
"Tu sais que j'ai pas le choix, j'ai promis à papa," finit-il par répondre d'un ton vaguement résigné et un peu las.
Sa soeur fronça le nez et les sourcils dans une expression contrariée, le genre qu'elle prenait quand elle allait se mettre en colère. Ça arrivait assez souvent à vrai dire. Elle avait un caractère bien trempé, elle tenait ça de leur mère. Keiji, lui, avait plutôt hérité du calme tempéré de son père. Même s'il avait aussi ses coups de sangs assez dévastateurs lorsqu'il était vraiment à bout.
"Keiji-nii, tu peux pas arrêter, tu le sais !" dit-elle durement.
"Bah, je continuerai à faire des petites peintures et à les vendre aux touristes pour ramener des extra à la maison. Après tout, il y a ton voyage scolaire à Okaido qu'il va falloir payer."
Il sourit devant la moue blasée de sa soeur.
"J'ai déjà dis que je voulais pas y aller," dit-elle d'un ton un peu bougon. Keiji se contenta de lever les yeux au plafond. Ce n'était pas le sujet pour l'instant, ils auraient l'occasion d'en reparler à un autre moment plus propice.
"En tout cas, je continuerai à peindre de temps en temps. Je suppose."
"Mais-" Sa soeur le regarda droit dans les yeux. Elle avait l'air un peu triste -triste pour lui- et ça le gêna. Il ne voulait pas lui causer de tracas. Elle avait déjà ses propres histoires. Mais il savait qu'elle savait l'importance qu'avait la peinture pour lui. "-si tu tente pas d'entrer dans les galeries, alors..."
"Ouais. Je sais."
Il eut un petit pincement au coeur. Toutes les choses que ça impliquait lui donnaient le tournis. Mais c'était peut-être un mal pour un bien après tout. Ils avaient besoin d'argent, alors Keiji avait besoin d'un travail qui puisse mettre de la nourriture sur leur table. Parfois dans la vie, il fallait savoir sacrifier ses rêves. La réalité était bien différente des rêves.
"T'inquiète pas, va ! Ça me dérange pas tellement au fond."
Il mentait. Il le savait. Elle le savait aussi. Personne ne releva le mensonge. C'était pas grave, ils mentaient souvent tous les deux. Tout le monde le faisait. Pour se protéger ou pour protéger quelqu'un, pour se rassurer. Pour ne pas se briser. Pour faire bonne impression aussi, pour faire croire à ceux qui jugent qu'on est quelqu'un d'heureux, pour s'attirer des faveurs. C'était devenu tellement banal dans ce monde où les apparences faisaient tout.
Sa soeur détourna le regard. Elle avait les yeux pleins de tristesse et de colère. Elle trouvait ça injuste. Elle avait à peine 14 ans, c'était beau de la voir encore tellement véhémente parce que la vie n'avait pas encore eu le temps de la rattraper. Il y avait encore bien des choses qu'elle ne comprenait pas, dont elle ne saisissait pas l'ampleur. Elle n'avait pas encore vraiment acquis un sens développé des responsabilités. Elle s'occupait des choses d'adolescents de son âge comme écouter de la pop comerciale, dire des mots à la mode sans en connaître le sens et mettre sa chambre sans dessus dessous.
"Et toi Mei, ta journée s'est passée comment ?" demanda Keiji pour changer de sujet. Ça n'avait aucun sens de continuer à s'apitoyer sur son sort. Les choses étaient ce qu'elle étaient, point.
Elle grimaça comme si un très mauvais souvenir lui revenait en mémoire, et cela donnait déjà une réponse claire à la question.
"Si j'te dis 'visite médicale', ça t'parle ?" demanda-t-elle avec une insolence presque rafraichissante. Sous le rire désolé de son frère, elle posa sa tasse et se laissa tomber en arrière pour s'allonger sur le futon avec un soupire dramatique.
"C'était vraiment si horrible que ça ?"
Mei le regarda avec un air exagérément choqué.
"Sérieusement nii-san ? Evidemment que c'était si horrible que ça !" s'exclama-t-elle en se redressant d'un coup. "Ils m'ont fait me déshabiller, Keiji. Me déshabiller !"
Et puis, quittant son attitude théatrale, elle baissa piteusement les yeux et rentra la tête dans les épaules comme un petit chiot abattu.
"Tu sais que je déteste ça..."
"Est-ce qu'on s'est moqué de toi ?" demanda Keiji avec beaucoup de sérieux. Il ne plaisantait pas sur le sujet, sauf uniquement avec sa soeur, quand il savait qu'elle était d'humeur légère.
Elle secoua négativement la tête. "On n'était pas tous dans la salle en même temps. Et puis l'infirmière est au courant. Mais... pendant qu'elle m'oscultait, j'ai quand même sentit qu'elle me jugeait."
Cela mit son frère en colère et il crispa la mâchoire. Il n'aimait pas ça ; il détestait ça même. Il ne supportait pas qu'on regarde sa soeur de travers, qu'on la juge ou qu'on se moque d'elle. Il savait que ça arrivait souvent à l'école. Les adolescents sont cruels, et certains ne s'arrangent pas en grandissant d'ailleurs. Mais sa soeur ne méritait pas ça. Personne ne le méritait. Elle était aussi gentille qu'un ange, aussi belle et rayonnante que le soleil. Elle était parfaite en tout points, peu importe ce que la société pouvait bien en penser.
Il posa une main affectueuse sur la tête de sa soeur, et il lui caressa doucement les cheveux. Ils étaient dénoués, mais les légères ondulations imprimées dessus laissaient deviner qu'elle les avaient tressés pour l'école.
"Ne t'occupe pas de leurs regards. Tout ce qui importe, c'est que toi tu sois heureuse."
Mei hocha la tête. Elle savait ça, et elle n'était pas vraiment du genre à se lamenter sur son pauvre sort. Ce n'était pas dans sa nature. Elle n'était pas toujours très à l'aise dans certaines situations qui pouvaient vite devenir gênantes pour elle, mais elle était forte et elle faisait front comme une guerrière.
Même si elle avait ses moments de doute, c'était une fille brave. Keiji avait toujours su, depuis la première fois qu'il l'avait vue quand elle était bébé, qu'elle irait loin dans la vie. Il avait tout de suite su qu'elle, elle y arriverait.
Elle releva la tête et sourit.
"Merci Keiji-nii."
Elle se leva du futon, lissa son t-shirt Soul Eater et rejeta machinalement ses cheveux en arrière. Keiji se fit la réflexion qu'ils commençaient à être vraiment longs, et que cela devait lui valoir des réprimandes au collège. Il lui couperaient ce week-end.
"On va bientôt passer à table alors tu devrais aller te laver," dit-elle, et elle quitta la chambre pour aller finir de préparer le repas.
Akaashi se fit la réflexion qu'il n'avait pas vraiment faim. Les déceptions de la journée lui avaient coupé l'apétit. Il n'avait pas vraiment envie de voir son père non plus. Il aurait beaucoup trop envie de lui balancer son riz au visage. Il allait encore le regarder avec son air blasé de gars que la vie a déjà détruit, avec ses cernes sous les yeux et sa barbe de deux jours négligée. Il allait encore lui parler avec sa voix lente d'homme qui a perdu son âme.
Ce qu'il pouvait détester son père, s'en devenait physique. Et c'était encore pire maintenant qu'il le forçait à abandonner sa raison d'avancer.
Il prit son téléphone et envoya un texto à son ami. Il n'entra pas dans les détails, bien qu'il savait que l'autre en mourrait certainement d'envie. Le message fut simple, bref et froid.
J'ai raté.
J'ai besoin du job.
Le texte envoyé, il se leva et passa dans la salle de bain. Une douche lui ferait du bien. L'eau avait toujours su laver sa fatigue et sa détresse. Rester les yeux fermés sous le jet, c'était son plaisir coupable. Il savait qu'il ne le devrait pas, ou leur facture d'eau serait salée, mais là, franchement, il s'en foutait. Il avait besoin de son moment de détente rien qu'à lui.
Il s'assit dans la baignoire, ramena ses jambes contre son torse. Le pommeau de douche était accroché au support bancal sur le mur, l'eau lui tombait dessus, chaude et reposante. Quand il était sous l'eau comme ça, il n'entendait plus, ne voyait plus. C'était comme s'il était vraiment plongé dans l'océan. Juste le son de l'eau, et l'obscurité des abysses. Il était seul avec lui-même.
Mais pas ce soir. Ce soir, il n'arrivait pas à s'isoler. Ce soir, derrière ses paupières closes, derrière le bouclier de l'eau, il y avait les visages acerbes des critiques, et leurs voix qui le transperçaient de part en part. Il y avait leurs critiques, l'hostilité hautaine de leurs regards.
Il y avait aussi son visage. Avec son sourire encourageant. Le sourire doux d'une personne qu'il avait aimée, qu'il avait admirée. Et puis il y avait le glas de la déchéance qui résonnait à ses tympans, et il ne voyait plus rien. Il entendait juste, au fond de sa mémoire, sa voix qu'il lui répétait ces mots, encore et encore, comme une malédiction.
"Tu dois peindre, Keiji. N'arrête jamais de peindre. Tu dois toujours continuer à peindre."
Comme il pouvait abhorrer cette malédiction qu'elle avait posée sur lui. Et en même temps, comme il l'adorait, comme il en avait besoin, comme elle lui était chère. Il en avait fait sa raison d'être, et sans elle il n'était rien.
Parfois, les maudits n'avaient que leur fardeau pour donner un sens à leur vie.
Quand il revint dans sa chambre, il prit son téléphone, espérant une réponse. Un mail était là.
Tu commences jeudi à 9 heures.
C'était plutôt curieux de la part de son ami de donner une réponse si courte et si froide. Sans doute avait-il comprit que l'heure n'était pas à la plaisanterie ou aux grands discours. Il n'y avait même pas un 'désolé que ça n'ai pas marché', rien. Juste un soutien silencieux, implicite.
Akaashi lui en était reconnaissant.
Trois jours plus tard, à huit heures trente-deux, Keiji était prêt. Il avait fait dans la sobriété en portant un jean bleu et une chemise blanche dont il avait retroussé les manches jusqu'aux coudes. C'était comme ça qu'étaient généralement habillés les serveurs, n'est-ce pas ? C'était le cas là où il allait travailler en tout cas.
Il était un peu nerveux. Non, carrément nerveux. Il se sentait comme une vraie boule de nerf prête à exploser au moindre frôlement. C'était la première fois qu'il allait travailler, et il avait entendu plus d'une fois que le travail de serveur était un des plus épuisant qui soit. Et c'était vrai que lorsqu'il voyait son ami après le boulot, il avait souvent l'air exténué.
Ça avait tendance à l'inquiéter un peu. Pas qu'il avait forcément peur de faire un travail éprouvant, mais il avait peur de ne plus avoir le temps ou la force de faire autre chose dans ses journées. C'était lui qui s'occupait de pratiquement tout à la maison après tout. Les courses, le ménage, préparer le bento de sa soeur et celui de leur père.
C'était quand même un comble, il était tout juste majeur, et il était pourtant plus mature et responsable que l'adulte de la maison. C'était déjà fatiguant, alors couplé à des horaires difficiles, ça risquait de le laisser cassé, au moins au début le temps qu'il s'habitue.
Son ami lui avait proposé de venir le chercher avec la moto dont il venait de faire l'achat, et dont il n'était pas peu fier, mais Keiji avait insisté pour qu'ils se retrouvent là-bas.
"Tu t'en vas ?" lui demanda une voix alors qu'il ouvrait la porte d'entrée. Son père était là, derrière lui. Il ne lui adressa pas un regard, ne lui répondit pas non plus. Il ferma la porte derrière lui, avec autant de force que possible. Depuis ce qui était arrivé trois jours auparavant, il avait à peine desserré les dents en sa présence.
Comme si trois jours pouvaient lui suffire pour digérer.
Dehors, il faisait incroyablement beau. Tellement que s'en était fatiguant. Le ciel était bleu, immaculé, l'air chaud était agréablement rafraîchit d'une brise. C'était ce qu'on pouvait appeler 'une journée parfaite', ou bien 'une journée heureuse'. Pour Keiji, ce n'était ni l'un ni l'autre. La fin de l'été était une période épuisante et le temps avait tendance à faire des siennes entre les journées dignes de la mi-août et celles annonçant froidement l'automne.
Et puis le soleil était ennuyeux. Le beau temps, c'était le temps que les gens préféraient pour sortir, pour rire entre amis et se balader en amoureux. C'était le temps des gens heureux, celui de la bonne humeur. C'était tout ce qu'Akaashi n'était pas et n'avait pas.
Il n'était ni heureux, ni de bonne humeur. Il était perdu, devait abandonner son rêve, et faire un boulot qui, il le savait, ne lui plairait pas. Dans ces conditions, c'était difficile de voir la vie du bon coté.
Enfin, il allait devoir faire avec.
"Tu as une tête affreuse Akaa-chan." Ce furent les premiers mots que prononça son ami lorsqu'il le vit pénétrer dans le café. Akaashi fronça les sourcils. Ce n'était pas les salutations les plus agréables de bon matin.
"Salut Oikawa," se contenta-t-il de répondre.
"Tu es prêt pour ton premier jour ?" demanda le serveur en déposant le plateau qu'il portait sur le bar pour se concentrer sur son nouveau collègue.
Keiji haussa les épaules avec désinvolture. "Je suppose que oui."
Tooru lui offrit un petit sourire compatissant, comme il savait qu'il n'était pas du tout heureux de venir travailler ici, et y avait été forcé. Enfin, comme eux-tous en fait. Sauf que pour Akaashi, s'était encore un peu différent.
"Tu sais, ça aurait pu être pire," commenta Tooru en lui faisant signe de le suivre.
"Je serais curieux de savoir en quoi," répliqua Akaashi avec ironie, en grimaçant.
"Le cadre est plutôt agréable. Le café aurait pu être dans un coin beaucoup plus craignos."
Akashi se fit la réflexion qu'ils n'étaient quand même pas vraiment dans ce que Tokyo avait de plus beau à montrer. Ils n'étaient pas très loin de la vieille gare qui servait de repère à quelques drogués de ce qu'il en avait entendu dire ― même s'il ne s'était jamais risqué là-bas en personne, et à moins d'une quinzaine de minutes à pieds de son quartier qui était, il fallait le dire, pas le mieux famé de la ville. Mais bon, il était vrai que le café en lui même n'était pas si mal positionné. En plus, une caméra de sécurité qui avait été épargnée par les petits voyous couvrait son emplacement. Finalement, pas mal de personnes fréquentaient l'endroit sans trop s'inquiéter du cadre alentours.
Il soupira, "Je suppose que tu as raison."
Oikawa rit, "Bien sûr que j'ai raison !"
Ils étaient arrivés dans une pièce à l'arrière, vraiment très étroite, comme un couloir, et contre le mur de droite s'alignaient des casiers. Deux casques étaient posés au dessus. Alors deux des employés possédaient un deux roues, Tooru étant l'un d'eux.
Ils s'arrêtèrent devant le quatrième casier et Oikawa l'ouvrit pour en sortir un tablier semblable au sien, le genre qu'on portait à la taille, et un veston bleu nuit. Il tendit le tout à son camarade.
"Tes affaires."
Akaashi les prit, "Merci."
"Ton casier aussi, au passage," ajouta-t-il en désignant la porte métallique ouverte. "Ils ne ferment pas à clé mais y'a moyen de bricoler de quoi mettre un cadenas si t'as pas confiance. Ou alors tu garde tes trucs de valeur sur toi c'est comme tu préfères. Perso, on m'a jamais rien volé mais bon."
Pas de cadenas au casier, ça semblait un peu bizarre pour Akaashi, mais après tout c'était peut-être juste qu'il n'avait pas l'habitude. C'était peut-être comme ça partout. Il se dit qu'il garderait quand même son téléphone et son porte-feuille sur lui pendant son service, au moins au début. Après tout, il ne connaissait pas encore ses collègues, et ne pouvait pas vraiment leur faire confiance sans même savoir comment ils étaient.
"Ok, enfile ton tablier. Je vais te présenter et puis on commencera !"
"Est-ce qu'il n'y a pas un moment où je devrais rencontrer le responsable ? J'ai même pas encore signé de contrat."
"Il n'est pas là pour l'instant," expliqua vaguement Oikawa. "Tu le verras plus tard. Allez viens !"
Akaashi soupira. Bien, il ne pouvait qu'aller dans le sens du courant après tout. Il passa le tablier autour de sa taille et l'attacha dans le dos. Il enfila aussi le veston et le ferma. Ils revinrent dans la salle principale. A cette heure-ci, l'endroit sentait les pâtisseries.
Keiji n'était pas vraiment au fait de la gastronomie française, mais paraissait-il qu'ils aimaient avoir des croissants au petit déjeuner. Alors il était légitime qu'on en serve dans un café français. Le peintre se demanda si le propriétaire de l'établissement était français lui-même, mais il n'osa pas poser la question.
Oikawa lui présenta deux de ses futures collègues qui étaient de service à ce moment-là. Masshiro, un garçon dans la vingtaine à l'apparence un peu fébrile mais qui parlait fort et semblait assez excentrique, et Ko, une femme qui avait sûrement dépassé la trentaine et qui avait l'air plutôt souriante.
Il lui expliqua les bases du service. Toujours sourire aux clients et être à leur écoute, ne jamais se montrer désagréable, même avec les clients odieux, souhaiter bon appétit en apportant de la nourriture. Beaucoup de choses se jouaient sur les manières et le savoir-vivre. Il fallait aussi faire preuve d'adresse et apprendre à porter quatre assiettes en même temps. Pour ça, Oikawa lui avait promit qu'il l'aiderait à s'entraîner.
"Allez, à toi. Tu t'occupes des clients qui viennent d'arriver à la table près de l'entrée," chantonna Tooru en lui tendant un calepin et un stylo-bille.
Akaashi déglutit en prenant les deux objets. Il avait les mains moites et le coeur qui battait un peu n'importe comment. Bien, puisqu'il fallait y aller...
Sa nouvelle vie de serveur commençait ici.
"Hey hey heeey !" claironna la voix enjouée de Bokuto, alors que la porte de la salle communautaire était poussée énergiquement et qu'il y entrait avec toute la discretion du monde.
La salle communautaire, c'était un ancien magasin qui avait fait faillite et qui avait été aménagé par des jeunes du quartier pour en faire un repère. Techniquement, ils n'avaient jamais reçu d'autorisation officielle, mais on fermait les yeux parce que de toute façon, aucun commerce ne voulait s'installer dans ce coin de la ville. C'était là que se retrouvaient certain habitants de la zone pour traîner ensemble. Ils y avaient installé un vieux canapé, quelques pouf, une table et deux-trois chaires, un mini-bar, une vieille télé et quelques magazines.
Les quelques personnes présentes le saluèrent vaguement, tous trop concentrés sur ceux qu'ils faisaient : lire un manga, accorder une guitare, écrire sur un petit calepin, recroquevillé sur le canapé, et surtout trop habitués à ses entrées bruyantes pour y faire encore attention.
Bokuto ne se formalisa pas plus que ça du manque de réaction qu'avait provoquée son arrivée et il traversa joyeusement la pièce, balança son sac à dos sur le sol, et se laissa tomber sur le vieux canapé déglingué contre le mur du fond avec un soupire d'aise.
"Alors, ce repas de famille ?" demanda doucement Kenma qui était déjà assit là, sans lever les yeux de son carnet.
"D'un ennui mortel," répondit le nouvel arrivant en se passant une main dans les cheveux. Il se pencha pour ouvrir son sac et en sortir un petit appareil photo numérique. "J't'ai pas encore montré à toi, regarde ce que j'ai fais l'autre nuit avec Kuroo !"
Vaguement intéressé, son ami leva les yeux et se retrouva forcé de reculer la tête en fronçant les sourcils pour réussir à voir quelque chose sur le petit écran qu'on lui avait collé sous le nez. C'était la photo d'un mur tagué à la bombe. Le cliché était un peu sombre parce qu'il avait été prit de nuit, mais l'on reconnaissait le motif. Grandiose et un peu intimidant, c'était du Bokuto tout craché.
"Pas mal," siffla-t-il. Et il baissa de nouveau les yeux sur son papier. "T'as fait ça où ?"
"Pas loin du repère d'Iwa."
"Y'a pas des caméras de surveillance là-bas ?"
"Ah bon ?" s'étonna Bokuto en ouvrant de grands yeux ronds. "Merde !"
"Si Bo' retourne en garde-à-vue, j'donnerai pas un rond pour le faire sortir cette fois," prévint le garçon qui lisait un manga.
"T'avais rien donné la dernière fois non plus Tendou," rappela Bokuto en plissant les yeux.
Il se contenta d'un léger ricanement, retournant à sa lecture.
Bokuto haussa les épaules. Il éteignit l'appareil photo et le remit dans son sac.
"Où il est Kuroo d'ailleurs ?"
"Boulot."
"Il était pas en congé aujourd'hui ?"
"Une cliente le voulait lui en particulier. Il a été obligé d'y aller."
Le peintre de rue tira une grimace. "C'est glauque quand même..."
"C'est pas le pire du groupe," répliqua Kenma en lançant un regard en biais au guitariste installé à l'envers sur une chaise tout près d'eux.
"J'dois me sentir concerné ?" demanda-t-il avec amusement.
"Oui."
"Je le prends comme un compliment" Il tira la langue et Kenma roula des yeux. Bokuto gloussa, et il se pencha sur le blondinet à son coté pour voir ce qu'il faisait par dessus son épaule.
"T'écris quoi ?"
Kenma s'empressa de cacher ses notes avec ses mains, et il grimaça d'être écrasé par son ami. Il lui enfonça un coude dans le ventre pour le forcer à s'éloigner, ce qui fonctionna à moitié.
"T'es pas autorisé à voir," dit-il sèchement.
"Pourquoi !?" Bokuto semblait parfaitement scandalisé par cette interdiction, et il posa une main sur son coeur pour appuyer l'indignation qui se lisait déjà sur son visage.
"Tu connais Kuroo et Iwa," répondit Kenma en haussant les épaules. Il se leva et alla s'installer à la table bancale un peu plus loin pour ne plus être espionné. Bokuto le suivit du regard, l'air toujours profondément blessé.
"C'est des paroles ?" demanda-t-il.
Kenma hocha la tête.
"Je suis, genre, votre fan number one et j'ai même pas le droit d'avoir un aperçu des paroles de votre prochaine chanson !?"
"Pourquoi tu m'inclus ? Je fais même pas partie du groupe," souligna le blond décoloré, détournant le sujet de la vraie question par la même occasion.
"Dis pas ça Kenma, bien sûr que tu fais aussi partie du groupe !" le contredit le guitariste, et un joua un accord pour vérifier si son instrument était bien accordé.
"Je fais qu'aider pour écrire les paroles. Je joue pas, je chante pas."
"T'es aussi notre ingé son ! C'est super important !"
Kenma grimaça.
"Ingé son ? Faut pas un master en ingénierie du son pour brancher un ampli à une guitare. Tu devrais savoir le faire sans moi, de base."
"Je sais le faire !"
Tendou gloussa depuis son siège. Il ne manquait pas une miette de la conversation, malgré qu'il était plongé dans sa lecture qui avait l'air pour le moins fascinante. Une scène de combat épique semblait-il.
"La ramène pas toi," grogna le guitariste. "On peut parler de la fois où t'avais oublié de brancher ton synthé avant un concert ?"
"C'est arrivé une fois !" répliqua Satori en prenant un air dangereux. Il n'aimait pas qu'on ramène ça sur le tapis.
"Une fois de trop."
"Oi Teru, fout-lui la paix," gronda une nouvelle voix depuis l'entrée.
Ils tournèrent la tête. Kuroo venait d'arriver. Terushima marmonna que c'était Tendou qui avait commencé à le chercher, mais personne ne l'écouta.
"Yo Kuroo !" le salua Bokuto, la main levée pour la frapper contre celle de son ami.
"Yo," répondit-t-il en frappant dans sa main, et il s'affala sur le canapé à son coté en soupirant. "Pff, j'suis claqué."
"Je sais pas comment tu peux accepter d'aller bosser un jour de congé.."
"C'est le job qui veut ça." Kuroo haussa les épaules et il desserra sa cravate. Il n'avait même pas prit le temps de rentrer se changer avant de rejoindre sa bande ici et portait toujours son costume noir de couturier.
"Kuro, j'ai corrigé les paroles que tu m'as demandé de regarder," l'informa Kenma depuis la table.
"Ah, merci !" Il se leva pour aller s'asseoir à table et lire le contenu du calepin. C'était lui qui trouvait les thèmes, les idées de paroles pour les chansons de leur groupe avec Iwaizumi, mais comme ils avaient parfois tendance à un peu trop s'emballer, ils laissaient à Kenma le soin de corriger certaines tournures de phrases et d'autres détails.
Il se mit à discuter à demi-voix avec Kenma du résultat. Ce qu'il trouvait bien, ce qu'il voulait changer. Le nom d'Iwaizumi fut prononcé plusieurs fois, parce qu'il faudrait qu'ils lui montre aussi pour avoir son avis.
La vie d'artiste était vraiment faite de plein de choses, songea Bokuto en observant ses amis. Terushima et sa guitare, Tendou et son manga (son instrument était un peu encombrant à emmener ici tous les jours alors souvent, il ne faisait que lire quand il venait), Kuroo et Kenma et leurs paroles de chansons. Finalement, c'était un monde qui lui était un peu inconnu. Ils étaient artistes musicaux, lui artiste pictural. Il savait faire un peu de piano, sans doute grater un ou deux accords de guitare, mais pas beaucoup plus.
Il sourit vaguement, et il sortit un carnet et un stylo à paillettes violet de son sac. Les coins du petit livre étaient cornés par l'action de l'usure et du temps, et la couverture noire était couvertes d'inscriptions faites au blanco. Il l'ouvrit, et sembla hésiter une seconde avant de commencer à écrire.
jeudi 15 septembre 2016
Aujourd'hui j'ai été forcé d'assister à un repas de famille. Mes grands-parents étaient en ville pour voir le bébé de Seijuro et Reiko. Ils ne l'avaient toujours pas vu depuis sa naissance. Chiyoe était là aussi et elle m'a forcé à retirer mes piercings avant d'aller saluer nos grands-parents. Apparemment, quelqu'un "comme moi" ne devrait pas porter des trucs "aussi grossiers". J'ai quand même gardé une boucle d'oreille et je crois que personne ne l'a remarquée. Grand-mère a critiqué mes cheveux. Grand-père ne m'a pas adressé la parole une seule fois ; il n'a fait que parler boulot avec Seijuro et notre père. Comme d'habitude, Chiyoe a été sur mon dos tout le repas. "Tiens-toi droit", "ne mange pas si vite", bla bla bla. Faut qu'elle arrête de faire genre on est une famille de rois ! Je me suis enfui dès que j'ai pu pour rejoindre Kuroo et la bande. Kuroo et Iwa travaillent sur les paroles d'une nouvelle chanson avec Kenma.
Demain, on doit aller déjeuner avec Iwa près du café français.
Tout va bien.
Il relut rapidement ce qu'il venait d'écrire, et quand il eut l'air satisfait, il rajouta une note au bas de la page, qu'il entoura :
Vérifier s'il y a vraiment des caméras de surveillance.
Satisfait, il referma le carnet et le fourra dans son sac, en vrac avec le stylo à paillettes.
"Eh les gars, ça vous dit d'aller faire un tour à la salle d'arcades ? C'est moi qui invite !" déclara-t-il gaiement
"Oui !" répondirent immédiatement Terushima et Tendou, comme poussés par un instinct, avant de se dévisager en fronçant les sourcils.
Kuroo haussa les épaules pour dire que ça lui était égal, et il lança un regard à Kenma pour avoir son avis. Le blond vérifia l'heure sur son téléphone. 16 heures passées, un jeudi. Normalement, les collégiens et lycéens étaient encore à leurs activités de clubs ou aux cours supplémentaires à cette heure-ci, alors il n'y aurait probablement pas trop de monde.
"Ok," finit-il par dire. Il referma son calepin.
Bokuto et Terushima lâchèrent une exclamation d'excitation en échangeant un sourire, et ils s'empressèrent de récupérer leurs affaires pour y aller. Tendou rangea son manga. Kuroo les laissa à la sortie de la salle en disant qu'il rentrait d'abord se changer et qu'il les rejoindraient ensuite. Bokuto lui demanda de récupérer le reste de la bande au passage, ce à quoi il répondit qu'ils étaient encore en cours.
Ils n'avaient pas tous la chance de quitter tôt ou de pouvoir sécher la fac à tour de bras.
"Akaa-chan, tu es prêt ?"
"Oui, c'est bon."
Il referma la porte de son casier dans lequel il avait laissé son tablier et son veston, et il soupira. Il était 15 heures, sa première journée venait de s'achever. Oikawa lui avait expliqué qu'il ne ferait pas ses horaires-là une fois qu'il aurait signé son contract, ce n'était qu'aujourd'hui où il avait plus observé et apprit que véritablement été serveur. Malgré tout, cela l'avait étrangement épuisé et il n'avait envie que d'une chose : rentrer et dormir.
"Tu veux qu'on aille faire un tour ?" proposa Oikawa alors qu'ils sortaient, tout en posant ses lunettes de soleil sur ses yeux. "Je vois suffisamment le café en y travaillant, mais je connais un autre endroit sympa pas très loin où ils ont un cappuccino super !"
"C'est gentil mais je préfère rentrer," répondit poliment Akaashi.
"Allez, s'il te plaît ! Tu sais, je ne t'ai rien demandé l'autre jour, mais..." Il marqua une pause, comme s'il hésitait à terminer sa phrase. Et puis il se lança prudemment : "Je voudrais quand même savoir ce qu'il s'est passé à l'entretient."
La gorge du peintre s'assécha d'un coup, et il peina à déglutir. Il n'avait pas envie d'en parler. Oikawa le savait. Il avait toujours eu une curiosité mal placée, même si généralement, il savait ne pas trop dépasser les limites. Ils se fixèrent du regard pendant un instant. Les yeux de Tooru, cachés derrière ses verres teintés, scrutaient ceux d'Akaashi sans qu'il ne puisse les voir. Mais il sentait à quel point ce regard braqué sur lui était insistant. Il était déterminé à savoir.
Après tout, il lui devait bien ça pour lui avoir trouvé ce boulot. Et puis c'est lui qui lui avait parlé de cet entretient qu'il avait passé, et échoué.
"Ok," soupira Keiji avec résignation. "Allons prendre un café."
"Génial !"
Oikawa invita Keiji à le suivre. Ils partaient à pieds. Apparemment, quand bien même sa moto était sa toute dernière fierté, le châtain avait envie de marcher.
C'était une belle journée et on ne ressentait pas encore tant que ça les prémices de l'automne qui serait bientôt là. Les journées étaient encore chaudes et belles. Pendant qu'Oikawa racontait des histoires qui lui semblaient intéressantes qu'il avaient entendues par erreur au café, Akaashi, l'écoutant d'une oreille distraite, baladait son regard tout autour de lui.
Bien que généralement, les gens se promenaient par ici sans trop de méfiance, le quartier n'en restait pas moins situé dans un coin plutôt difficile de Tokyo. Cela se voyait au premier coup d'œil. Les bâtiments étaient vieux et la mairie ne voulait vraisemblablement pas gaspiller d'argent en les rénovant. Sur les bancs et sur certains murs, des mots et des dessins étranges avaient été tagués à la bombe, sûrement par des gosses qui avaient manqué d'éducation.
Akaashi trouvait ça désolant (non, plutôt juste dommage) que des jeunes qui se prenaient pour des rebelles dégradent ainsi des biens publiques pour les décorer de motifs insensés et de mots parfois grossiers.
Tout près du café, il y avait un petit quartier de vieilles maisons minuscules. Le loyer y était sûrement très abordable, bien plus que dans le centre de la ville. Ils étaient passé par là. Les logements avaient quelque chose de pittoresque, mais beaucoup des murets qui les séparaient n'avaient pas été épargnés par les tagueurs.
Il y pensait, regardant sans vraiment voire, quand soudain il s'arrêta. Oikawa ne le remarqua pas tout de suite, trop lancé dans ses ragots, et il fit encore quelques mètres avant de se retourner.
"Akaa-chan ?"
Mais Akaa-chan ne l'écoutait déjà plus du tout. Il avait le regard fixé, et plus rien ne semblait pouvoir le ramener à la réalité.
Là, sur le mur en béton, bien à la vue de tous au bord de la route, il y avait la chose la plus grandiose qu'il lui avait jamais été donnée de voir. C'est à peine s'il clignait des yeux, comme s'il avait peur que dans un battement de cils, ce qu'il admirait ne disparaisse.
C'était un tag à la bombe. Mais ce n'était pas comme les tags grossiers qu'il avait vus ailleurs, et qu'il trouvaient irrespectueux envers la communauté. C'était autre chose. Et il ne savait pas comment l'expliquer, mais il avait des papillons dans le ventre en regardant ce tag-là.
Il était grand, sans doute plus de deux mètres sur trois. Il était plein de couleurs, mais il y avait surtout du rouge et du orange. Il était impressionnant.
Il représentait une ville, avec de hautes tours d'immeubles noires. Une ville très sombre et sans doute très triste. Cette ville était en feu. De hautes flammes sortaient des fenêtres des buildings et s'élevaient pour rejoindre le plumage embrasé d'une immense chouette. L'oiseau de proie surplombait les gratte-ciels, les ailes déployées, grandes ouvertes et prêtes à enrouler la cité flambante. Elle était si grande et si impressionnante qu'on se sentait presque inquiet en la regardant. Les plumes du rapace étaient faites de longues flammes qui léchaient le toit des bâtiments et semblaient prêtes à réduire la ville en cendres. Dans son regard jaune, on pouvait presque voir le reflet de cette ville qui périssait au milieu du brasier. Dans ces yeux jaunes, on pouvait presque voir l'étincelle d'une vie.
Entourant la peinture, une phrase était écrite en lettres majuscules, en gros caractères noirs et rouges.
The city looks so pretty
do you wanna burn it with me ?
Quelque chose dans ce tag, dans ce tag-là, celui là et aucun autre, attirait inévitablement l'œil. Il avait saisit le regard d'Akaashi, et il ne pouvait plus en détacher les yeux. Tant de colère s'en dégageait qu'il en avait presque le souffle coupé. C'était impressionnant. Comment pouvait-on transmettre un tel flot d'émotion en peignant sur un mur sale avec des de la peinture en spray ? Lui qui n'avait toujours eu comme outils que des pinceaux, il ne comprenait pas.
Et pourtant, il trouvait ça incroyable.
Cette peinture... on dirait qu'elle hurle, pensa-t-il toujours sans pouvoir en détacher les yeux. Qu'elle hurle désespérément pour qu'on la regarde. Elle appelle... 'reconnaissez-moi, je suis là'
Placée là, à la vue de tous, si grande, si majestueuse et provocante, si pleine de colère et d'une telle beauté, cette peinture devait être celle d'une âme oubliée. Celle de quelqu'un qui voulait être vu, être entendu. Celle d'une personne pleine de rage, mais aussi pleine d'une sensibilité artistique incroyable.
Il avait vu de nombreuses toiles pendant sa courte vie. Dans les musées, dans les catalogues qui traînaient parfois à la maison, dans les galeries, les quelques fois où il avait assisté à des vernissages. Mais jamais il n'avait été si touché par une oeuvre.
Lui qui était si petit et perdu, si insignifiant et oubliable dans le monde où il rêvait d'évoluer, lui qui aujourd'hui avait dû renoncer à son unique rêve et qui en voulait à la terre entière et à lui-même, lui à qui on avait refusé toutes les chances, en regardant ce tag, il se sentait vivant.
En le regardant, il ressentait la colère, il ressentait la frustration et la haine envers le monde, envers la ville qui l'avait vu naître et grandir en lui fermant toutes les portes qu'il avait voulu ouvrir de ses petites mains fébriles.
En regardant ce tag, il avait envie de brûler la ville.
En le regardant, il sentait son coeur battre plus vite, sa respiration se bloquer dans le fond de sa gorge et cette dernière se nouer. En le regardant, il sentait des frissons le parcourir, et une envie irrationnelle d'arracher ce mur pour le ramener chez lui le saisissait.
C'était comme si il venait de trouver la seule chose qui le rendrait jamais heureux. C'était un sentiment étrange, celui d'une dépendance aussi soudaine que violente.
C'était comme tomber amoureux de son âme-soeur et ne plus jamais vouloir être séparé d'elle.
Il se demanda qui avait bien pu peindre cette oeuvre.
Il pensa qu'il donnerait tout pour en rencontrer l'auteur.
DONE.
omg j'ai eu tellement de mal à écrire ce chapitre c'était l'horreur ! dans mes plans de base, l'introduction ne devait pas être aussi looongue ! je suis désolée, j'espère que ça ne vous a pas trop ennuyés !
Dès le prochain chapitre, l'action commence enfin ! les vies d'Akaashi et Bokuto vont s'accrocher pour (peut-être) ne plus jamais être détachées~
Bref ! j'espère que ça vous a plu quand même ! Qu'est-ce que vous pensez de la soeur d'Akaashi ? Je l'aime beaucoup, j'étais impatiente de l'introduire ! par contre, j'ai toujours pas vraiment décidé de comment elle appelle son frère alors c'est possible que sa change entre keiji-nii, kei-nii, Keiji ou nii-san.
J'ai finalement décrit le tag de Bokuto ! dans ma tête, il est vraiment magnifique, mais quand j'avais essayé de le dessiner... disons que la chouette ressemblait plus à une chauve-souris/fourmis démoniaque qu'à une chouette. ahem. je suis nulle en dessin.
J'avais aussi hâte de montrer la bande de Bokuto (bien qu'Iwa n'était pas dans ce chap, et qu'il y en a deux qu'on ne connait pas encore) ! Et je suis tellement contente de mettre enfin mon Teru d'amour dans un truc que j'écris parce que bless this child je l'aime d'amour. Bientôt, vous découvrirez aussi le nom du groupe de Kuroo (c'est un nom qui claque, j'l'adore héhé!)
Bref, laissez vos avis, c'est ce qui fait vivre les auteurs !
A bientôt !
