Genre : Pas vraiment de genre.

Couple : Qui sait ?

Commentaire : De retour après un long passage à vide j'ai enfin réussi à me remettre à écrire.

Merci à tous ceux qui ont lu et liront.

Bonne lecture

Hahn tah Yhel


L'âme couverte de cendres

Chapitre 3) Les assurances assurent, oui, mais jusqu'à un certain point

La Terre - AC 200 - 13 Avril

Duo fut réveillé avec douceur par Quatre.
Le blondinet était plein de sollicitude, mais il ne voulait pas pour autant laisser le natté se complaire dans son hébétude de la veille.

Il y avait des formalités à accomplir.
Et c'était à Duo de les accomplir.

Donc, sitôt le petit déjeuner avalé le natté fut placé devant le téléphone avec les numéros à joindre en urgence.

A commencer par l'assurance.

Plein d'un optimisme renforcé par le délicieux chocolat chaud qu'il venait de déguster Duo composa le numéro sans hésiter.

Expliqua sa situation.

On lui demanda d'attendre un peu.

Puis on lui dressa la liste de ce qu'il allait devoir faire pour être remboursé.

Duo nota avec application, soucieux de ne pas se mettre à dos l'assurance.

Le premier point, à savoir dresser une liste des objets perdus avec indication de leur valeur marchande le fit tiquer mais il garda le silence, il aviserait plus tard.

Les notes prises il se risqua sur un terrain plus aventureux.

Son relogement.

Son interlocuteur lui donna un autre numéro, celui du service compétent pour ce qui était relogement d'urgence en cas de sinistre visiblement.

Numéro déjà obtenu, les gundams savaient comment, par Quatre.

Duo remercia, remercia encore et prit congé.

Il n'osa pas demander à Quatre comment il avait obtenu le numéro et se contenta sagement de téléphoner au service compétent pour ce qui était du relogement d'urgence en cas de sinistre.

La personne au bout du fil était charmante.

Elle expliqua d'une voix posée qu'effectivement il y avait bien prise en charge d'un relogement en cas de sinistre.

A l'hôtel.

Pendant trois jours.

Duo resta silencieux un instant.

Entendant à nouveau le propriétaire lui expliquer qu'il n'était pas prêt de retourner vivre dans l'appartement incendié.

Quatre qui le surveillait du coin de l'œil tout en étudiant des dossiers s'enquit de la situation.

Duo expliqua.

Quatre fronça les sourcils et prit le téléphone.

Mais il s'avéra au final que même un Raberba Winner ne peut pas triompher partout.

Et lorsque Quatre raccrocha, sourcils froncés et œil assombri, il n'avait gagné un jour d'hébergement de plus.

Ce qui le laissa d'humeur maussade pour le reste de la journée.

Ce dont certains de ses employés firent les frais.

Duo et Trowa échappèrent seuls à sa mauvaise humeur.

Duo parce qu'il restait une victime même s'il avait du mal à se faire à l'idée d'en être une.

Trowa parce que, comme un fauve qui flaire une menace et n'a pas envie de l'affronter se retire avec prudence et dignité, le méché avait opté pour un retrait stratégique en d'autres lieux.

On ne le revit qu'au soir, œil vert encore empli de défiance surveillant l'humeur de son compagnon.

Généreusement invité à rester jusqu'à ce que sa situation se soit améliorée Duo se retrouva devant une feuille blanche, à devoir rédiger la liste.

Il resta longuement immobile.

Figé.

Pétrifié.

Horrifié même.

Lui ?

Rédiger une liste des objets perdus ?

Mettre un prix sur ses précieux souvenirs ?

Depuis quand les souvenirs avaient ils une valeur marchande ?

C'était dur.

Cruel.

Indispensable…

Il commença à écrire d'une main tremblante, réticente.

Il ne voulait pas.

Oh non…

Cela lui faisait aussi mal que de les avoir perdus.

Il aurait volontiers renoncé.

Mais Quatre se montra inflexible.

Il devait le faire.

Il passa des heures devant sa feuille, revoyant les objets tant chéris.

Pour la plupart sans grande valeur commerciale.

Mais si précieux pour lui.

Des souvenirs.

Des témoins de moments heureux, de jours de peine et de joie.

Plus que des objets.

Bien plus que des objets…

La main au dessus du papier, le bout du stylo mordillé machinalement Duo replongea brièvement dans ses souvenirs.

Wu Fei lui avait plus d'une fois fait remarquer que ce n'étaient que des objets, l'avait accusé de devenir matérialiste.

Cette idée le faisait sourire alors.

Lui ?

Matérialiste ?

Etait on donc matérialiste parce qu'on aimait à s'entourer d'objets emplis de souvenirs ?

Etait il matérialiste lorsqu'il dépliait la robe de mariée d'Hilde, cousue à la main d'après un dessin de la jeune fille ?

Qu'il se souvenait de son sourire au jour de son mariage ?

Pour éviter de penser qu'elle n'était plus pour la revoir heureuse et souriante.

Pour ne plus penser à sa disparition tragique dans un attentat un an après le mariage.
En regardant la robe il revoyait Hilde heureuse et c'était là ce qui comptait le plus.

Etait il matérialiste lorsqu'en regardant le vieil ordinateur d'Heero il le revoyait assis devant, les yeux rivés sur l'écran, les doigts volants sur les touches ?

Chacun des objets qu'il avait perdus dans cet incendie était un précieux témoin des jours passés.

Et ces témoins n'étaient plus.

Et voila qu'on l'obligeait à leur donner un prix.

A les chiffrer.

Tout son être se rebellait à cette idée.

Mais il le fit.

S'acharnant à traquer le moindre prix, à estimer la moindre chose.

C'était comme presser encore et encore sur une blessure infectée pour la faire saigner, la vider de tout ce qu'elle renferme.

Douloureux.

Et pourtant, on le fait, encore et encore, et la douleur devient une habitude.
Une délivrance ?

Duo cessa d'y penser, à force d'être inscrits, chiffrés, les objets redevenaient de simples objets.

On les dépouillait de leur magie secrète qui les rendait uniques.

Leur gloire s'éteignait, ternie par des chiffres.

De source de joie et de souvenirs ils étaient devenus débris et cendres balancés à la fourche par une fenêtre et sur le papier on les profanait encore.

Au final ils n'étaient plus qu'une liste.

Des mots et des chiffres.

Et Duo laissa une part de plus de son cœur sur cette liste.

Renfermant ses larmes pour la mener à terme.

Il s'interrompait parfois, quand cela devenait trop pénible.

Se levait de sa chaise, décidé à filer.

Il n'allait jamais très loin.

Quatre ne le lâchait pas.

Le pressant de terminer.

Il fallait la transmettre au plus vite aux assurances pour qu'elle soit étudiée.

Vérifiée.

Sous la pression de Quatre que la liste mettait lui aussi sur le grill Duo termina la liste.

Oubliant dans sa hâte certains objets.

Il s'en souviendrait, des semaines plus tard.

Trop tard.

S'en réjouirait presque.

Ces objets là au moins n'auraient pas été profanés par la liste.

Ils resteraient des souvenirs inestimables, inestimés.

Perdus mais toujours intacts dans sa mémoire.

Loin de la blessure de cette liste abjecte.

Ultime profanation de ses biens.

Cette liste qu'il avait terminée au plus vite, tout en retardant pourtant le moment de la rendre.

Cette liste qui lui laissait un gout amer.

Il ne remplacerait aucun des objets perdus de la liste.

L'aurait il pu qu'il ne l'aurait pas fait.

D'autres, même identiques n'auraient pas eu la charge d'émotion des chers disparus.

Ils n'auraient été que des objets.

Et ce n'étaient pas les objets que chérissait Duo.

Quatre transmit la liste à l'assurance.

Soulagé que cette épreuve soit enfin terminée.

Voir Duo souffrir à la rédiger avait été un vrai supplice.

Il l'aurait bien exonéré de cela, mais comment expliquer à l'assurance une telle décision ?

Sans compter que l'argent au final ne serait pas un luxe.

Le monde étant ce qu'il était le natté trouverait sans nul doute à l'employer.

Bien sur, cela ne le consolerait pas, mais l'aiderait tôt ou tard.

De cela Quatre était certain.

Duo aurait besoin de cet argent.

Cette certitude l'avait soutenu pendant qu'il incitait son ami à poursuivre, encore et encore.

La liste terminée Duo la déposa sur le bureau de Quatre et refusa de la revoir.

Il ne voulait plus y penser.
Plus jamais.

Comprenant son état d'esprit Quatre n'insista pas et l'envoya visiter l'agence de location qui n'avait pas daigné donner signe de vie depuis le sinistre.

Duo fonça aussi vite que possible vers les locaux en question.

Il fut reçu par un jeune homme souriant dont le sourire s'effaça quelque peu lorsque Duo se présenta.

Duo essaya de ne pas prendre cela comme un mauvais présage.

Il avait tort.

Son vis-à-vis et ceux qui lui succédèrent furent catégoriques : ils n'étaient en rien concernés par ses problèmes et n'avaient aucune location à lui proposer pour le temps des réparations.

Il eu beau insister, assurer qu'il se contenterait d'un studio, aussi minuscule soit il, rien à faire.

Oui, ils avaient des locations, mais aucun propriétaire n'accepterait d'après eux de louer pour quelques mois.

Duo sortit des locaux le moral dans les chaussettes.

Fonça vers la mairie pour expliquer son problème.

Fort heureusement il trouva là des oreilles plus complaisantes et fut reçu par le maire en personne qui décrocha sans tarder son téléphone et lui donna rapidement de meilleures nouvelles.
Un HLM avait des appartements vides et il allait avoir le soutien du maire auprès des personnes procédant aux attributions.

Il rentra chez Quatre le cœur plus léger.

Rien n'était encore certain, mais il avait l'accord pour visiter l'appartement qui serait peut être sien un jour prochain.

Quatre accueillit la nouvelle avec le sourire.

Nota dans un coin de son cerveau l'attitude des gens de l'agence à qui il réservait un traitement de faveur lorsque le moment serait venu.

On ne touchait pas impunément à ses amis.

Le lendemain il accompagna Duo pour la visite du HLM.

Ce dernier leur réservait un lot de bonnes surprises.

Un parking tranquille, un petit immeuble à l'écart de la route, protégé du bruit par une grande haie et juste une route à traverser pour rejoindre le canal local.

Des petits jardins et de la verdure de l'autre côté.

Duo retrouva le sourire.

L'appartement qu'il était susceptible d'obtenir se trouvait au premier, avec vue sur le canal par la large baie vitrée du salon et sur les jardins par la fenêtre de la cuisine.

La chambre lui sembla petite, mais il y avait un débarras et un cellier et surtout une baignoire dans la salle de bains qui le fit presque ronronner d'aise.

Quatre le laissa apprécier la chose puis le mit au travail pour prendre les mesures des pièces afin de calculer la place de chaque meuble qui survivrait à l'incendie.

Tout mesuré et noté ils ramenèrent les clefs aux responsables.

Quatre était soulagé.

Duo serait bien dans cet endroit.

Mieux même que dans le logement incendié, si l'on considérait qu'il entendrait moins les bruits de la circulation.

La dernière bonne surprise attendait Duo devant chez Quatre.

Un homme parlait à Trowa et se retourna en entendant leur véhicule se garer.

Le cœur de Duo bondit dans sa poitrine.

Il bondit au dehors.

- Heero !