Q.G de Central.
Roy tapotait nerveusement des ongles sur son bureau. Les gens de la marine devait venir le voir aujourd'hui pour faire le point. Voilà déjà quinze jours que lui et son équipe avaient fait naufrage. Ils avaient ramé pendant deux jours avant qu'un bateau, qui avaient intercepté le signal de détresse au moment de la catastrophe, ne les trouve. Tout le monde était revenu à la caserne, le moral en berne. L'expédition avait coûté deux membres importants, tant pour eux que pour l'armée. A peine arrivé, Roy avait immédiatement lancé des recherches. Sans nouvelles de ses subordonnés manquants depuis des jours, il n'était pas au mieux de sa forme.
Pâle, amaigri, les traits tirés par la fatigue et l'inquiétude, il n'était plus que l'ombre de lui-même. Et aujourd'hui, les sauveteurs devaient lui annoncer soit qu'ils les avaient retrouvés, soit qu'ils arrêtaient les recherches. Et Roy attendait leur venue avec angoisse et impatience. Enfin, on toqua à sa porte, figeant tout le monde. Roy inspira avant de donner l'ordre d'entrer, d'une voix plus émue qu'il ne l'aurait voulue.Deux gardes-côtes entrèrent, et firent le salut militaire. Le colonel les invita à s'asseoir.
" Non merci colonel. Je pense que vous avez hâte d'entendre ce que nous avons à dire." dit l'un d'eux.
Roy acquiesça, tendu comme un arc.
" Nous venons vous informer que nous cessons toute recherche. Après deux semaines les chances de les retrouver sont quasi-nulles. Vos collègues sont donc déclarés disparus en mer."
" Non ..." dit Roy.
Havoc se prit la tête entre les mains, Kain retomba sur sa chaise anéanti, pendant que Breda se frottait le visage et que Falman baissait la tête.
" Non vous ne pouvez pas ..." reprit Roy.
" Je suis désolé colonel Mustang. Mais nous avons fait tout notre possible."
Ils saluèrent à nouveau, et s'en allèrent. Roy regarda la porte un moment, comme s'ils allaient revenir et démentir. Mais elle ne se rouvrit pas. Lui revanche, tomba comme une masse sur sa chaise.
" C'est pas possible ... c'est un cauchemar ..." dit-il.
" Je n'arrive pas à le croire ... pas eux !" ajouta Fuery.
" Et Alphonse ... comment je vais lui dire ça ?" fit Roy une main sur le front.
Personne ne put lui donner de réponse satisfaisante. Le colonel décida de le contacter immédiatement. Alphonse arriva quelques heures plus tard, alarmé par le ton inquiet qu'avait eu le brun au téléphone. Roy était pâle, et une larme coulait de temps à autre sur ses joues, malgré qu'il fasse tout son possible pour les retenir. Les mots fusèrent, aussitôt :
" Il est mort !"
" Disparu en mer à vrai dire. Mais pour l'état civil et l'armée, ça revient au même. Je suis vraiment désolé Alphonse." précisa Roy.
Un grand cri de désespoir s'échappa de l'armure. Le cadet Elric fut ensuite pris d'une véritable crise de nerfs, qui le conduisit à tout balancer par terre. Il fallut bien les cinq hommes présents pour l'immobiliser. Al resta là sans bouger, regrettant plus que jamais de ne pas pouvoir pleurer. Il se contenta donc de lamentations déchirantes, qui finirent par être rejointes par les pleurs des militaires.
Pendant ce temps-là sur l'île, Riza continuait à vivre. Elle pistait depuis son réveil une proie qui d'après ses traces, pourrait la nourrir pendant plusieurs jours.
Elle portait toujours son pyjama, qu'elle lavait deux fois par semaine avec un peu des produits trouvés dans la trousse de toilette de Roy. La blonde examinait le sol et la végétation. Les branches des arbustes cassées plus les empreintes indiquait le passage de son gibier. Elle continua donc dans son sens. Une dizaine de minutes plus tard, elle le vit enfin. Un cochon sauvage.
Riza prit une flèche qu'elle cala dans son arc. Si elle visait la tête ce serait suffisant. Elle arma et visa. Soudain, une lance vint transpercer l'animal, qui émit un son strident. Riza resta interdite, l'arc et la flèche en main.
" Qui est-ce qui s'amuse à me piquer ma proie ?" se demanda-t-elle.
C'est alors que des bruits de pas se firent entendre. Quelqu'un approchait, elle n'était pas seule alors ... Riza vit soudain apparaître une silhouette familière, et en resta sans voix. Mais pas longtemps.
" Edward ?" dit-elle en se montrant.
Le FullMetal leva la tête, surpris d'entendre son prénom. Il cligna des yeux en apercevant Hawkeye.
" Lieutenant ?" dit-il.
" Ed !" sourit Riza.
" Miss Hawkeye ! Pour une surprise !" reprit Edward en se levant.
Ils allèrent l'un vers l'autre, et le plus naturellement du monde s'enlacèrent.
" Si je m'attendais à te trouver ici ... comment va-tu ?" demanda Riza en le regardant.
" Et moi donc ! Je vais plutôt bien, et même mieux maintenant que j'ai trouvé quelqu'un que je connais !" répondit l'alchimiste.
" C'est sûr ! Ca fait longtemps que tu es là ?"
" Ca doit bien faire deux semaines. Et vous ?"
" Aussi. Mais comment se fait-il qu'on ne se soit pas croisés plus tôt ?" s'interrogea la blonde.
" Ben ... moi j'ai atterri d'un côté de l'île entouré par une falaise." raconta Edward.
" Ah je vois. Moi je suis arrivée sur une plage absolument déserte. Mais puisqu'on est réunis, on pourrait s'entraider."
" Evidemment ! D'autant plus que vous chassiez ma proie." sourit Edward.
" C'est plutôt toi qui me l'a prise ! Je la piste depuis mon réveil." protesta Riza.
" Bon bon, pas la peine de s'énerver. Elle est suffisante pour nous deux. Venez, je vous amène chez moi."
Riza l'aida à porter l'animal, et suivit Edward. Il avait trouvé une grotte qu'il avait un peu aménagée. Riza remarqua surtout l'arsenal d'outils qu'il s'était confectionné. Il y avait également quelques carcasses dehors.
" Eh bien ! Tu m'as l'air de t'y connaître en survie." déclara-t-elle en lâchant la bête.
" Oui. Durant mon entraînement alchimique, mon maître m'a obligé à vivre sur une île déserte pendant un mois. Alors la chasse je connais." expliqua Edward.
Il transmuta son automail en lame, et commença à découper le cochon.
" Et tu avais quel âge ?" reprit Riza.
" Onze ans."
" OO ! Et ton maître t'a abandonné toi et ton frère sur une île déserte tout seuls pendant un mois ?!" s'exclama Riza stupéfaite.
A la mention de son petit frère, Ed s'était rembruni. La jeune femme en comprit aussitôt la raison.
" Je suis désolée. A moi aussi les autres me manquent." dit-elle en s'agenouillant.
" Ce n'est rien ... pauvre Alphonse ... qu'est-ce qu'il va devenir ? Oh je suppose que mamie Pinako et Winry vont s'en occuper, mais je lui avait promis de lui rendre son corps. Comment je vais faire maintenant ?" dit-il d'une voix étranglée.
Instinctivement Riza le prit dans ses bras. D'abord surpris, Edward finit par la serrer avant de pleurer un peu. Elle lui dit des mots apaisants tout en passant une main dans les cheveux d'or. Edward finit par se calmer.
" Chuis désolé. Je chiale pas comme ça d'habitude." dit-il en s'essuyant les yeux.
" Faut dire que d'habitude, tu n'es pas sur une île déserte."
" Voui. Bon on se le mange ce bestiau ?"
" Bonne idée, je meurs de faim."
Edward acheva de le préparer pendant que Riza allumait du feu. L'animal cuisait ensuite sur une broche, que la jeune femme tournait de temps à autre.
" Dis-moi, as-tu retrouvé des objets provenant du bateau ?" demanda-t-elle.
" Non, et vous ?"
" Oui quelques uns. Par contre, j'aimerais qu'on se tutoie et que tu m'appelle par mon prénom. Ce sera plus convivial, qu'en dis-tu ?" proposa Riza.
" Entendu Riza !" sourit Edward.
Il découpa ensuite un bon morceau de viande qu'il planta sur un bâton avant de lui donner. Ils mangèrent en silence, Riza appréciant de pouvoir à nouveau déguster de la viande. Ed proposa une salade de fruits en dessert. Comme il pouvait faire de l'alchimie, il avait fabriqué des bols.
" Dites, puisqu'on s'est retrouvés tu pourrais venir habiter ici." suggéra le FullMetal.
" Avec joie ! Une grotte c'est toujours mieux qu'une hutte."
Après leur repas, ils se rendirent donc du côté de l'île où vivait Riza. Ils comencèrent à rassembler ses affaires. Edward remarqua la veste du colonel, qu'il tendit devant lui.
" Son sac est arrivé un peu après moi." dit simplement Riza.
" Hm. Ah la la ce colonel ! Tu ne va pas le croire, mais il me manque un peu à moi aussi." déclara Edward.
Ils sortirent de la hutte, embarquant le plus de choses possibles Heureusement il n'y en avait pas énormément. Ils revinrent à la grotte d'Ed, et commencèrent à installer les affaires de la blonde.
" On va aller chercher de quoi te faire un lit. Moi tu vois ce sont des feuilles, comme pour toi." dit-il.
" Je te suis." répondit Riza.
Edward modifia un peu l'aspect de la grotte : ainsi un morceau de paroi sortit, et prit l'aspect d'un lit creux. Tous deux allèrent ensuite cueillir des feuilles de bananier, et en remplirent le creux de façon à former un matelas assez confortable. Riza remercia chaleureusement le jeune à la fin. Il se déclara aussi ravi qu'elle d'avoir de la compagnie après deux semaines en solitaire.
" Je crois qu'on devrait explorer l'île, voir si on trouve des gens. J'ai regardé de mon côté, mais je n'ai rien trouvé." dit Riza, allongée sur son lit.
" Moi non plus. En revanche, je suis monté voir d'en-haut à quoi elle ressemble." annonça Ed depuis son lit, à l'autre bout.
" Faudra que tu me montre ça alors. Au fait, que penses-tu de mes outils ? Toi qui t'y connais." demanda-t-elle.
L'adolescent attrapa une des perches de Riza.
" Celle-là c'est pour pêcher." l'informa-t-elle.
" Tu devais avoir quelques soucis pour sortir le poisson de l'eau."
" Comment le sais-tu ?
" La pointe est lisse. Quand on fabrique un harpon, il vaut mieux faire des entailles, pour éviter qu'il ne s'échappe." expliqua Edward.
Il montra un de ses harpons. Riza vit en effet des crans au bout. Edward examina le reste de l'outillage, et déclara qu'elle s'était bien débrouillée pour une première fois. Après avoir sommeillé un moment, Edward conduisit Riza vers un grand piton.
" C'est dangereux de grimper là-haut, tu es sûre de vouloir y aller ?" demanda-t-il.
" J'aimerais bien voir la taille de cette île quand même. Allons-y."
Elle commença l'escalade, suivie du blondinus. Etant plus agile, il la devança rapidement. Après un long moment, ils arrivèrent enfin au sommet. Ils dominaient toute l'île depuis cette falaise.
" C'est vraiment grand dis donc !"fit Riza en découvrant l'étendue de l'île.
" Pratiquement un quart d'Amestris." répondit Ed.
" Et de l'eau à perte de vue."
" Hm. J'ai installé ici de quoi faire un signal, comme tu l'avais fait."
La jeune femme découvrit un grand tas de bois, qui se trouvait probablement déjà là.
" En tout cas, ça va nous prendre un moment d'explorer tout ça."
" Oui, mais s'il y a des gens ici ils pourraient nous aider à rentrer chez nous." continua le FullMetal.
Après être restés un instant à contempler l'île, ils redescendirent à la grotte.
Edward améliora l'harpon de Riza, avant qu'ils aillent pêcher un peu. Edward ramena un poisson de plus de que son amie, mais peu importe. Le lendemain, tous deux décidèrent de partir explorer l'île. Ils emportèrent de quoi chasser avec eux, et s'enfoncèrent dans la jungle. Maintenant qu'ils étaient deux, l'espoir s'était renforcé. Et comme Edward s'y connaissait davantage en survie que Riza, il lui apporta une aide précieuse, sans parler de son alchimie qui était fort utile.
Deux jours passèrent sans qu'ils ne trouvent trace de civilisation.
" Mes habits sont tous déchirés." remarqua Edward un matin.
" Les miens aussi. Je crois qu'on devrait s'en confectionner avec les peaux des animaux qu'on chasse." fit Riza en regardant son pyjama, qui n'en était plus vraiment un.
" Je crois aussi."
" Je sais coudre, je pourrais m'en occuper."
C'est ainsi qu'ils gardèrent les peaux des animaux abattus. Avec une aiguille en os et des nerfs séchés, Riza fut confectionner deux shorts, un pour lui, plus un haut pour elle.
" Ca me va et confortable." décréta Ed en se regardant.
" Oui. Bon, je crois qu'on peut continuer maintenant." dit Riza en s'examinant elle aussi.
Son haut laissait tout le ventre libre, et le short s'arrêtait à mi-cuisse. Nos deux explorateurs reprirent leur marche, pieds nus comme ils en avaient pris l'habitude. Le soir ils dormaient dans des abris que le FullMetal transmutait, et chassaient à tour de rôle : des oiseaux, des porcs sauvages, des lézards petits ou grands, et quelques poissons quand ils arrivaient devant un cours d'eau. Bref, la vie continuait.
