Vous ne pouvez pas vous cacher, je vous vois.
Il n'y a pas de fuite dans le néant.
Seulement la mort.


Chapitre 3 : La traque.

Ils s'étaient déployés de manière à lui couper toute retraite. Leur chevaux maudits lancés à fond de train semblaient voler au dessus de tous les obstacles : haies, fossés, barrières…

Et Bilbo courait. S'il n'avait pas la vitesse pour lui, il avait la connaissance de la Comté et comptait bien la mettre à profit. Il courait vers l'Est aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Il avait bifurqué dans cette direction dès qu'il avait passé Hobbitebourg.

Il se dirigeait vers le pont du Brandevin, une fois qu'il l'aurait passé, il n'aurait plus qu'un infime effort à faire et il attendra la vieille forêt, trop dense pour que les chevaux puissent y pénétrer.

L'endroit le plus dangereux de la Comté, celui où il sera le plus à l'abri.

Il sentait le spectre de Kili vaciller à chaque cri que poussaient les Nazgûls, mais qui restait à sa hauteur ou alors partait devant pour repérer la route et revenait pour le guider, sous la pluie dense, Bilbo ne savait pas vraiment où il allait.

Les cavaliers furent bientôt à sur lui et le cambrioleur dû se jeter sur le côté pour éviter de se prendre le poitrail de l'un des chevaux de plein fouet. Un autre cheval se dressa devant lui en hennissant sourdement et Bilbo trébucha et tomba en arrière lorsque l'animal le bouscula. Un spectre hurla et Kili répondit en sifflant de rage, dressé devant le hobbit qui venait de se relever, meurtri et trempé.

- Kili, il faut que tu t'en ailles, tu ne fais pas le poids, va t'en, ils ne s'intéressent qu'à moi.

Mais Bilbo se trompait, Kili était la première âme, vivantes ou non, qui osait se dresser ainsi entre eux, entre un Nazgûl et sa proie et avait réveillé la colère des spectres noirs.
Les créatures hurlèrent de nouveau et descendirent de cheval.

Au son de ces hurlements, l'esprit de Kili se tordit de douleur et le cœur de Bilbo se rempli de terreur, il tremblait comme s'il était sous l'effet d'un froid glacial. Mais sa peur fut submergée par la soudaine tentation de mettre l'anneau. Ce désir s'empara de lui et il ne put penser à autre chose. Il chercha à lutter, Gandalf lui avait dit de ne pas abuser de cet objet et il ne voulait pas échapper à la vue des créatures en abandonnant Kili. Mais la résistance devint insupportable et il sortit l'anneau. Et le mit à son indexe.

Aussitôt, bien que le reste resta comme avant : distinct malgré le rideau de pluie, il les vit, les neuf ombres qui avançaient vers eux. Des visages blancs aux yeux noirs, impitoyables et surtout : Kili, dont les traits apeurés étaient nets, qui se tenait devant lui et qui le regardait bouche bée, avec surprise reflétant le même étonnement que le visage de Bilbo devait aussi présenter.

Les ombres, dès qu'il eut mis l'anneau à son doigt, tirèrent leur épée et chargèrent. Le cambrioleur tira la sienne et Kili vint se placer à ses côtés, levant sa lame avec un air menaçant.


- Une âme dites vous ?
- Oui, il me semble qu'il soit constamment accompagné d'un esprit en détresse depuis la bataille des cinq armées, mais je n'arrive pas à définir à qui elle a appartenu.
- Mon vieil ami, que voulez vous que j'y fasse ? Des âmes en détresses, nous pouvons en voir à tous les coins de rue, si les Valars ont refusé sa mort, que pouvons nous y faire ?

- Il ne s'agit pas d'un simple tourment. Je n'ai jamais entendu parler d'un esprit qui s'accroche ainsi à une personne. Normalement, il devrait se contenter de veiller sur son tombeau en attendant d'être appelé.
- Gandalf, pourquoi passez vous votre temps à vous inquiéter de telles futilités ? Peut-être qu'il s'agi d'un ami du semi-homme, vous avez une autre théorie ?

- J'en aurait bien une.

- Je vous écoute.

Les deux magiciens marchaient côte à côte dans les jardins d'Orthanc, sous les arbres millénaires qui les abritaient de leur ombre. Gandalf sentait qu'il y avait un truc louche sous cette histoire, mais ne savait pas situer le danger, il aurait pensé que son ami, et supérieur de son ordre, aurait su le conseiller.

- Le hobbit a trouvé un anneau dans les grottes…
- Or donc? En quoi cela nous avance t-il?
- Je suppose qu'il s'agit d'un anneau de pouvoir, leur volonté attire les âmes comme un aimant.

- Un anneau de pouvoir ? Voyons Gandalf, de telles choses n'existent plus ! Comment aurait-il bien pu mettre la main sur un objet pareille ?
- Je l'ignore, mais il a le pouvoir de le rendre invisible.

- Et c'est tout ? Et mis à part rendre invisible et attirer les morts, en quoi considérez vous ceci comme un anneau de pouvoir ? Ce n'est peut-être qu'un simple artefact.

Gandalf soupira, il n'obtiendrait aucun conseil de Saroumane sur ce coup là. Il salua respectueusement le mage blanc et prit congé. Il parti prestement vers le Nord, vers la Comté, essayer de mettre des mots lui même sur cette énigme.


Bilbo ne freina même pas et traversa la haie comme un boulet de canon, il n'avait pas fait dix mètres qu'il entendit les bruits de sabots atterrirent derrière l'obstacle, il étaient vraiment très proche. Ils n'avaient pas mit longtemps avant de se remettre à cheval lorsque le hobbit et l'âme de Kili avaient réussit à se dépêtrer dangereusement de leur encerclement et qu'ils s'étaient enfuis aussi vite qu'il le pouvaient vers l'Est. Parvenant à les semer suffisamment pour que les créatures retrouvent difficilement leur traces. Il ne lui restait plus beaucoup de chemin à parcourir, le Brandevin était derrière maintenant.

Cela faisait des heures que la chasse durait. Ils s'étaient parfois cachés dans des fossés ou derrière des arbres, laissant les cavaliers prendre de l'avance pour se perdre devant eux. Ils ont emprunté les chemins dans des marécages où les chevaux ne pouvaient marcher et ceux dans les sous-bois touffus, dans lesquels seul un petit hobbit pouvait se déplacer. Toujours entourés par les hennissements lugubres et les cris effroyables. Toujours en voyant au loin un cavalier se tenir immobile, attendant qu'ils sortent de leur cachette et se mettent à découvert pour charger.

Bilbo avait rampé dans la boue sur plusieurs mètres pour s'approcher plus, toujours plus du pont du Brandevin sans être remarqué. Retardant le moment fatidique où il sera en vu. Deux cavaliers gardaient le pond, ils savaient que le hobbit chercherait à y passer. Et, encore une fois, le secoure de Kili arrangea grandement les choses : le jeune spectre apparut sur la route et provoqua les cavaliers, qui le poursuivirent aveuglément, s'éloignant loin vers l'ouest, traquant furieusement cette âme qui les narguaient, laissant le passage à Bilbo.

Le hobbit avait fusé de sa cachette et, au moment où il posa un pied sur le pond, deux cavaliers apparurent sur la route derrière lui en hurlant. Et il avait encore accéléré, malgré son cœur qui lui suppliait de se reposer, malgré ses jambes qui brulaient de douleur et malgré son souffle qui ne parvenait plus à suivre, il avait réussit l'exploit d'accélérer.

La vieille forêt, son esprit n'était obnubilée par rien d'autre : la forêt, les spectres ne pourraient l'y suivre.

Une haie touffue se dressa devant lui, mais il ne ralenti même pas et la traversa comme un boulet de canon. Les branches lacèrent sa peau et ses vêtements, mais il ne s'arrêta pas. Il bifurqua vers le Sud-Est, il voyait à travers la pluie la masse sombre de la vieille forêt. Il fit un tournant serrer en dérapant lorsqu'il senti un cheval sur ses talons, l'animal eut un hennissement de douleur lorsque son cavalier lui fit plier les jarret pour poursuivre le hobbit, qui amorça un autre changement de direction brusque. Les deux cavaliers qui le serraient durent piler pour ne pas se rentrer dedans et cela offrit une courte avance au porteur de l'anneau à bout de souffle.

La haie, il devait traverser la haie qui ceinturait la vieille forêt, c'était tout ce qui comptait. Il se jeta à terre et dérapa sur plusieurs mètres pour passer sous une barrière. Les Nazgûls la survolèrent au moment où il se releva. Il vit de la lumière luire devant lui à travers les trombes d'eau : Bourg-neuf, dernier village avant la frontière de la forêt. Il s'y précipita. Il savait qu'il ne mettrait pas la population du village en danger en y amenant les spectres, aucun hobbit digne de ce nom ne mettrait un nez dehors avec cette pluie. Mais son souffle eut un accro.

Il passa à côté d'un muret de pierre, attrapa un coin du mur et se plaqua contre lui. Il était à bout, son corps ne le portera pas plus loin.

Les cavaliers passèrent devant lui et s'engagèrent dans le village. Bilbo reprit sa respiration douloureusement et se laissa glisser le long du mur pour s'asseoir à même le sol, le souffle court et entièrement trempé par la pluie. La vieille forêt était juste là, devant lui. Tellement proche et pourtant si loin.

Sa tête bourdonnait douloureusement et semblait prête à exploser, son corps entier tremblait. Il n'avait plus aucune force, s'il voulait avancer, il lui faudra dorénavant ramper.

Il se rendit compte avec effarement que Kili n'était toujours pas revenu à ses côtés et un poids lui alourdit la poitrine : l'esprit du jeune nain n'était pas plus en sécurité que lui et il semblait qu'il soit bien plus sensible aux tourments que pouvait lui faire subir le roi sorcier que n'importe qui. Et puis si lui n'avait que deux cavaliers à ses trousses, cela voulait dire que le spectre du nain avait affaire aux sept restants... Bilbo serra les dents, Kili n'avait pas le droit de finir ainsi, pas lui, surtout pas lui. Il ne savait pas ce que les Nazgûls pouvaient bien lui offrir comme tourments, mais il se dit que s'ils s'en prenaient à son âme à vif, le plus jeune irait au delà de grandes souffrances, qui seraient irréparables.

Il posa la tête contre le muret lorsqu'il entendit un Nazgûl hurler. La créature venait de se rendre compte qu'ils avaient perdu la trace du porteur de l'anneau. Bilbo leva sa main tremblante pour s'emparer de Dard et la sortir de son fourreau faiblement. Il voyait les ombres des cavaliers au loin faire demi tour pour revenir sur leur pas. Il se releva difficilement en se tenant au mur, l'épée en garde devant lui. Les silhouettes masquées par la pluie prenaient en netteté alors qu'elles approchaient du hobbit.

Toujours adossé au mur, Bilbo regarda les spectres s'arrêter face à lui, mettre pieds à terre puis tirer leur épée.

Il abaissa la sienne, elle pesait trop lourd pour son bras fatigué. Elle se ficha avec un bruit mat dans le sol détrempé lorsque la main sans force du cambrioleur la lâcha.

Le spectre noir attaqua et Bilbo voulut hurler. Mais un puissant tourbillon apparut à ce moment. Un tourbillon glacé, empli de colère, de rage et de détermination. Les Nazgûls reculèrent. L'âme qui venait d'apparaître n'était pas une âme en détresse comme celle de Kili, ni une âme déchue comme les assaillants de Bilbo, c'était une âme pure et forte, qui avait obtenu des Valars le droit de venir chercher ici ce qui lui appartenait. Les deux Spectres noirs furent submergés par cette force inattendue qui les attaqua avec ardeur et finirent par s'enfuir en emmenant leurs hurlements stridents avec eux après une bataille violente qui se déroula sur un plan que le hobbit ne pouvait que percevoir.

Bilbo n'eut pas le temps de réfléchir ou de souffler : l'esprit l'enveloppa aussitôt et il entendit la voix du spectre hurler en lui.

- Où est Kili ? Où se trouve mon frère ?